Articles Tagués ‘Ukraine’

Faut-il armer l’Ukraine ?

Publié: 6 février 2015 par gandibleux dans Actualités, Europe, Monde
Tags:
LE MONDE | 03.02.2015 à 11h46 • Mis à jour le 03.02.2015 à 16h48

A l'Est de l'Ukraine (près de Debaltsevo), du côté de l'armée ukrainienne.

Editorial du « Monde ».

Chaque jour qui passe, les milices ukrainiennes prorusses, encadrées sur le terrain par l’armée russe, dépècent un peu plus ce malheureux pays qu’est l’Ukraine. Elles accroissent le pseudo-Etat qu’elles se sont taillé dans l’est du pays. Sauf à se payer de mots, il faut décrire cette réalité pour ce qu’elle est : un pays, la Russie, en agresse un autre, l’Ukraine – par la guerre. Ce n’est pas une guerre froide, c’est une guerre chaude, et qui fait essentiellement des morts parmi les civils.

Les Européens sont sollicités au premier chef, au moins autant que les Etats-Unis. Car, in fine, le cœur du débat, la cause profonde du drame en cours, c’est bien le refus du Kremlin de laisser l’Ukraine libre de conclure un accord commercial avec l’Union européenne. C’est le « niet » de M. Poutine au choix de Kiev de sortir de la zone d’influence russe et de privilégier ses relations avec l’UE. C’est la volonté de Moscou de maintenir l’Ukraine dans une vassalité héritée de l’Histoire et de la géographie.

La cause profonde du drame en cours, c’est le refus du Kremlin de laisser l’Ukraine libre de conclure un accord commercial avec l’UE

Le Kremlin connaît les positions de départ des Occidentaux. D’une part, ils ont dit qu’ils ne feraient pas la guerre pour l’Ukraine. D’autre part, mais c’est lié, ils refusent d’ouvrir les portes de l’OTAN à ce pays. Ils ont répliqué par des sanctions à l’agression de Moscou. Celles-ci ont eu un impact certain sur l’économie russe, mais pas au point de dissuader M. Poutine d’amputer l’Ukraine de sa partie orientale après avoir annexé, en 2014, l’ensemble de la Crimée.

Le Kremlin viole un cessez-le-feu conclu en septembre 2014. Il se refuse à toute négociation sérieuse. Ces dernières semaines, des centaines de chars, pièces d’artillerie autotractées, blindés divers, porte-missiles, stations radars ont été livrés aux milices. Inévitablement, le ton monte aux Etats-Unis. Des voix de plus en plus nombreuses, y compris dans les milieux officiels, se prononcent en faveur d’une livraison massive d’armes défensives à Kiev.

« Il n’y a pas de solution militaire »

Le président Barack Obama hésite, avec raison. Il sait le chemin qui court de l’assistance militaire à l’affrontement direct. Les Européens sont divisés – les ex-membres du bloc soviétique étant les plus en pointe pour aider Kiev. Allemands, Britanniques, Français sont réservés. Ils s’en tiennent aux sanctions, qui peuvent être alourdies. Ils relèvent que le président ukrainien est lui aussi prudent. Dans un entretien au Monde (21 janvier), Petro Porochenko constate que l’Ukraine fait face « à la plus grosse armée du continent » et qu’« il n’y a pas de solution militaire » au conflit.

Kiev réclame des drones de surveillance, des systèmes de commandement et de communication, mais pas d’armes létales, et M. Porochenko croit dans l’efficacité des sanctions. Au bord du défaut de paiement, l’Ukraine a besoin d’une aide financière massive pour réussir ses ambitieuses réformes. Commençons par accéder à cet ensemble de demandes : sanctions, assistance technologique et aide financière. M. Poutine doit savoir que la guerre qu’il mène aura un coût de plus en plus élevé.

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 02.05.2014 à 06h01 • Mis à jour le 02.05.2014 à 08h57

Les forces spéciales ukrainiennes arrivent à Slaviansk, bastion pro-russe dans l'est de l'Ukraine, le 24 avril. (AFP PHOTO/KIRILL KUDRYAVTSEV)

Les forces de sécurité ukrainiennes ont lancé, vendredi 2 mai à l’aube, une opération militaire pour reprendre la ville de Sloviansk, principal bastion des séparatistes prorusses. Des tirs et de fortes détonations ont résonné à l’aube, tandis que les rebelles mettaient le feu à des pneus dans leur fuite.

Le ministre de l’intérieur Arsen Avakov indique que les forces ukrainiennes tentent pour l’instant de reprendre le contrôle des barrages et barricades autour de la ville. Il fait état de combats à l’arme lourde et confirme qu’un hélicoptère a été abattu, et que son pilote est mort :

« Contre les forces spéciales ukrainiennes, les terroristes ont recours à l’artillerie lourde, y compris des lance-grenades et des missiles antiaériens portatifs. Un pilote est mort et il y a des blessés. »

« C’est une attaque d’envergure totale », a déclaré la porte-parole des prorusses, qui ont commencé à se regrouper dans le centre-ville. Un journaliste britannique présent sur place explique qu’il a été stoppé à l’entrée de la ville et que les policiers avaient déclaré que Sloviansk était désormais une « zone de guerre ».

Un reporter d’Associated Press a confirmé avoir vu des véhicules blindés de l’armée ukrainienne sur la route entre Kramatorsk et Sloviansk.

MISES EN GARDES ET MENACES

Les troubles dans l'est de l'Ukraine.

Sloviansk est le bastion des séparatistes prorusses dans la région depuis plus de deux semaines. C’est là où est détenue une équipe de 11 observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), sept étrangers et quatre Ukrainiens. Les négociations pour leur libération n’ont jusqu’ici rien donné.

Dans une dizaine d’autres villes de la région, les séparatistes gagnaient encore du terrain, jeudi ; la contestation du régime de Kiev s’étendant progressivement dans l’est de l’Ukraine.

Le gouvernement de Kiev avait annoncé avoir mis ses forces armées en « état d’alerte total » pour le combat, mercredi, face à la menace d’une intervention russe et pour tenter d’empêcher la propagation de l’insurrection. A tel point que Kiev a réintroduit la conscription militaire.

KIEV CRAINT LE MOIS DE MAI

Jeudi, le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a expliqué au Financial times que son pays entrait dans les « dix jours les plus dangereux depuis l’indépendance en 1991 ». Les autorités de Kiev disent craindre particulièrement le 9 mai, jour de la commémoration par les Russes de la victoire sur le régime hitlérien pendant la seconde guerre mondiale, et le 11 mai, date prévu par les prorusses pour organiser un référendum d’autodétermination.

La Russie, qui a multiplié les mouvements de troupes de l’autre côté de la frontière, a mis en garde à plusieurs reprises contre « des conséquences catastrophiques » en cas d’opération militaire ukrainienne. Elle a appelé Kiev, les Etats-Unis et l’Union européenne « à ne pas commettre d’erreurs criminelles ».

Le Monde.fr | 01.04.2014 à 10h47 • Mis à jour le 01.04.2014 à 15h03 | Par Jules Grandin, Flavie Holzinger, Benoît Vitkine et Mathilde Gérard

 

http://www.lemonde.fr/international/visuel/2014/04/01/apres-la-crimee-d-autres-territoires-convoites-par-poutine_4393152_3210.html

L’Ukraine privée de la Crimée et de ses gisements gaziers

Source: BelgaGaz russe (archives) © afp.

L’Ukraine, privée de facto de la Crimée, de ses deux millions d’habitants et de ses stations balnéaires, a perdu aussi le contrôle de ses gisements gaziers de la mer Noire, qui pourraient revenir au géant russe Gazprom.

La déclaration d’indépendance votée par le parlement de la péninsule séparatiste en vue de son rattachement à la Russie, porte également sur « le plateau continental et la zone économique exclusive en mer ».

L’une des premières décisions des autorités séparatistes de la péninsule après le référendum de dimanche, a été de « nationaliser » la société locale en charge de l’extraction des hydrocarbures, Tchornomornaftogaz, filiale de l’opérateur public ukrainien Naftogaz. L’entreprise exploite 17 gisements, 11 de gaz naturel, deux de pétrole et quatre de condensat de gaz et dispose de 13 plateformes offshore, en mer d’Azov et en mer Noire. Elle emploie plus de 4.000 personnes.

Le numéro deux du gouvernement de Crimée, Roustam Temirgaliev, a indiqué au journal russe Kommersant que l’appel d’offres pour sa « privatisation » serait lancé rapidement et que Gazprom avait fait part de son intérêt.

Dans un entretien au site internet de l’édition ukrainienne du magazine Forbes, le vice-président de Tchornomornaftogaz a raconté que dès jeudi, avant le référendum, des représentants du pouvoir local étaient venus installer leurs représentants à la tête de l’entreprise, escortés d’hommes équipés d’armes automatiques. « Il y avait des représentants de Gazprom, ils étaient quatre », a raconté Volodymyr Pletchoune. « Ils ont aussitôt commencé à étudier les documents ». Des hommes armés se sont ensuite postés sur les plateformes de l’entreprise.

Tchornomornaftogaz a produit en 2013 1,6 milliard de mètres cubes de gaz, soit plus de 5% de la production ukrainienne. Cela représente une hausse de 40% par rapport à 2012 et un volume suffisant pour assurer la consommation de la Crimée. « Il n’est jamais bon de perdre un actif » mais « il ne s’agit pas de pertes critiques », relativise Dmytro Marounytch, analyste de l’Institut des recherches énergétiques à Kiev. « Tout le gaz extrait par l’entreprise va aux consommateurs de Crimée. C’est à dire que les habitants de l’Ukraine continentale ne seront pas affectés », explique-t-il.

Sur le plan symbolique, la perte est plus douloureuse pour Kiev, qui ces dernières années multiplie les initiatives pour réduire sa dépendance aux importations de gaz russe. D’importants moyens avaient été mis en oeuvre pour moderniser l’entreprise, qui vise à doubler sa production d’ici 2015 et des gazoducs devaient être construits en direction du sud de l’Ukraine.

L’autre projet des autorités ukrainiennes en mer Noire, annoncé en septembre dernier en marge de l’assemblée générale de l’ONU, vient de subir un revers avec le retrait de l’anglo-néerlandais Shell. L’autre principal investisseur de ce gisement proche de la Roumanie, l’américain ExxonMobil, a suspendu ses discussions en attendant un retour à la normale dans l’ex-république soviétique. Résultat: Kiev pourrait bien se trouver contraint d’acheter au prix fort à Gazprom le gaz extrait par Tchornomornaftogaz.

Pour Gazprom, le producteur d’hydrocarbures de Crimée ne représente pas grand chose: sa valeur est estimée par les analystes entre 500 et 800 millions de dollars, bien peu au vu des 25 milliards de bénéfice dégagés sur les neuf premiers mois de 2013. Sa production et ses réserves ne représentent que 0,5% de celles du géant russe.

Le Monde.fr | 18.03.2014 à 12h45 • Mis à jour le 18.03.2014 à 15h49

Le président russe, qui a signé le traité intégrant la Crimée à la Russie, accuse les Occidentaux de l'avoir « trompé » et d'avoir « franchi une ligne rouge ».

Le président russe, qui a signé le traité intégrant la Crimée à la Russie, accuse les Occidentaux de l’avoir « trompé » et d’avoir « franchi une ligne rouge ». | AFP/KIRILL KUDRYAVTSEV

Devant les deux chambres du Parlement, le président russe, Vladimir Poutine, a officiellement signé le traité qui doit sceller l’intégration de « deux nouveaux sujets, la Crimée et la ville de Sébastopol, » dans la Fédération russe. Après la signature du document, l’intégration de la Crimée est certaine, mais devra encore être entérinée par le Parlement. L’Ukraine a immédiatement déclaré qu’elle ne reconnaissait pas ce rattachement.

Auparavant, dans un long discours aux accents nationalistes, M. Poutine a défendu l’action de son pays depuis plusieurs semaines, affirmant que « la Crimée était et rest[ait] dans le cœur des Russes une partie intégrante de la Russie ».

« En Crimée, tout rappelle notre histoire commune. Nous n’aurions pas pu abandonner la Crimée, sinon nous l’aurions trahie. La question de la Crimée est d’une importance vitale, historique, pour nous tous. Les relations avec l’Ukraine et le peuple frère ukrainien ont toujours été, restent et seront toujours de la plus haute importance pour nous, sans exagération. »

« JE NE ME SOUVIENS PAS D’UNE AGRESSION QUI SE SOIT FAITE SANS COUP DE FEU »

Occupée depuis plus de deux semaines par des soldats russes, la péninsule a voté à 96,6 % son rattachement à la Russie, un scrutin aussitôt rejeté par les autorités ukrainiennes à Kiev et par la communauté internationale. 

« Le référendum a été conduit en toute conformité avec les normes internationales », a soutenu le président russe, avant de dénoncer les critiques occidentales :

« On parle d’agression. Je ne me souviens pas d’une agression, dans l’histoire, qui se soit faite sans coup de feu (…) les forces russes se trouvaient déjà en Ukraine. Nous n’avons pas dépassé le nombre réglementaire de nos troupes en Crimée. »

« NE CROYEZ PAS CEUX QUI CHERCHENT À VOUS EFFRAYER AVEC LA RUSSIE »

Plus globalement, M. Poutine s’est dit « trompé » par les Occidentaux, qui ont franchi « une ligne rouge. Ils ont été irresponsables ». Il a dénoncé un « deux poids deux mesures » en s’appuyant sur l’exemple du Kosovo, dont la prise d’indépendance avait, elle, été soutenue par la communauté internationale en 2008.

Lundi, l’Union européenne et les Etats-Unis ont sanctionné de hauts responsables russes ou prorusses ukrainiens pour riposter. « On nous menace de sanctions, mais nous vivons déjà dans un contexte de restrictions qui portent atteinte à notre économie », a regretté M. Poutine.

M. Poutine a promis que l’annexion de la Crimée resterait un cas isolé :

« Ne croyez pas ceux qui cherchent à vous effrayer avec la Russie et qui hurlent que d’autres régions vont suivrel’exemple de la Crimée (…) Nous ne souhaitons pas une partition de l’Ukraine, nous n’en avons pas besoin. »

 

LE MONDE | 07.03.2014 à 11h52 • Mis à jour le 07.03.2014 à 11h53 |Serge Michel (Kiev, envoyé spécial)

La Place de l'Indépendance de Kiev, vendredi 7 mars.

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 06.03.2014 à 11h24 • Mis à jour le 07.03.2014 à 07h53

Manifestation d'Ukrainiens devant la Maison Blanche, à Washington, contre "l'invasion de l'Ukraine" par Poutine.

A l’issue d’un sommet extraordinaire consacré à la crise ukrainienne, jeudi 6 mars, l’Union européenne a annoncé les premières sanctions politiques contre laRussie. Les dirigeants européens ont décidé de suspendre les négociations sur les visas avec Moscou et menacé de prendre davantage de sanctions, notamment économiques, si la situation continuait à se détériorer en Ukraine. En Crimée, le Parlement, à majorité prorusse, a annoncé la tenue d’un référendum dès le 16 mars pour demander le rattachement de la péninsule à la Russie.

Aux Etats-Unis, Barack Obama a ordonné la mise en place de restrictions de visas « sur un certain nombre de responsables et d’individus » qui sont tenus pour« responsables ou sont complices de menacer la souveraineté » de l’Ukraine, selon la Maison Blanche. Le président américain a par ailleurs signé un décret qui autorise des gels d’avoirs, visant potentiellement, la Maison Blanche ne le précise pas, des responsables russes et ukrainiens.

La journée du 6 mars dans le détail :

  • Premières sanctions européennes contre la Russie

Les dirigeants européens se sont réunis jeudi pour évoquer la crise ukrainienne. Ils ont annoncé les premières sanctions, d’ordre politique, contre le régime russe. Selon le président du Conseil européen Herman van Rompuy, les dirigeants se sont accordés sur une stratégie progressive de sanctions, en trois étapes, pourcontraindre la Russie à « négocier » une sortie de crise.

Ils ont également jugé « illégale » la décision du Parlement de la République autonome de Crimée, dominé par les prorusses, qui s’est prononcé à l’unanimité, jeudi, en faveur du rattachement de la région ukrainienne à la Fédération de Russie.

Herman van Rompuy a également annoncé que Bruxelles signerait l’accord d’association avec Kiev avant les élections du 25 mai en Ukraine. Cela concerne les principes généraux de la coopération, la coopération politique et en matière de politique étrangère et de sécurité, a précisé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Les 28 ont accueilli avec chaleur le nouveau premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, qu’ils ont assuré du « soutien total » de l’UE.

  • Un référendum sur le statut de la Crimée organisé le 16 mars
Un référendum sur le statut de la Crimée aurait lieu le 16 mars.

 

Le Parlement local de Crimée, dominé par les prorusses, a fait un pas de plus vers la partition de l’Ukraine en annonçant la tenue d’un référendum le 16 mars pour demander le rattachement de la péninsule à la Russie. Les électeurs auront le choix entre un rattachement à la Fédération de Russie ou une autonomie nettement renforcée.

L’Assemblée de la République autonome de Crimée avait jusqu’à présent prévu l’organisation le 30 mars d’un référendum, mais prévoyant simplement un renforcement de son autonomie. La majeure partie des habitants de la péninsule, qui a été rattachée dans les années 1950 à l’Ukraine, sont russophones.

Le Parlement ukrainien va engager une procédure de dissolution du Parlement de la Crimée. La tenue du référendum est « une farce, un crime contre l’Ukraine commis par les militaires russes », selon Olexandre Tourtchinov, le président ukrainien par intérim. Présente lors d’une réunion du Parti populaire européen (PPE), principale formation du Parlement européen, l’ancienne première ministre et opposante ukrainienne Ioulia Timochenko a mis en garde les Occidentaux contre tout signe de faiblesse que Vladimir Poutine ne manquerait pas d’exploiter.« Si vous autorisez la Russie à organiser, sous la menace, le 16 mars un référendum sur l’annexion de la Crimée, vous perdrez l’Ukraine et la stabilité dans l’ensemble du monde », a-t-elle déclaré.

De leur côté, les Etats-Unis ont mis en garde contre la violation du droitinternational que constituerait l’organisation d’une telle consultation. « Le référendum proposé sur l’avenir de la Crimée violerait la Constitution ukrainienne et le droit international. Toute discussion sur l’avenir de l’Ukraine doit inclure le gouvernement légitime » du pays, a affirmé Barack Obama lors d’une brève intervention à la Maison Blanche.

  • Obama s’entretient avec Poutine et justifie les sanctions

Peu après avoir ordonné la mise en place de restrictions de visas « sur un certain nombre de responsables et d’individus » qui sont tenus pour « responsables ou sont complices de menacer la souveraineté » de l’Ukraine ainsi que le gel d’avoirs de responsables ukrainiens et peut-être russes (la Maison Blanche n’a pas précisé), Barack Obama s’est entretenu une heure avec Vladimir Poutine, jeudi soir. Le président américain « a insisté sur le fait que la Russie agit en violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ce qui nous a conduits àprendre des mesures de représailles, en coordination avec nos partenaires européens », a rapporté la Maison Blanche.

De son côté, le président russe a « rappelé l’importance des relations américano-russes pour assurer la stabilité et la sécurité dans le monde » et a souhaité que les relations entre leurs deux pays ne soient pas affectées par des désaccords sur l’Ukraine, selon un communiqué du Kremlin.

  • Les observateurs de l’OSCE empêchés d’entrer en Crimée

Les 40 observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe(OSCE), venus en Ukraine à la demande du nouveau pouvoir, ont été empêchés d’entrer en Crimée par des hommes armés. « Ils sont bloqués mais ils ne font pas demi-tour », a indiqué une source diplomatique occidentale.

Dans la matinée, la police ukrainienne a délogé les manifestants prorusses qui occupaient l’administration régionale de Donetsk, ville russophone de l’est de l’ex-république soviétique, interpellant 75 personnes lors de l’assaut. Après l’opération, une centaine de manifestants continuaient de bloquer le bâtiment, occupé depuis lundi par des opposants au nouveau pouvoir proeuropéen en place à Kiev, qui réclament le ralliement à Moscou.

  • Premier ministre ukrainien : « Nous avons moins d’armes, mais nous avons l’esprit de liberté »

Sans évoquer nommément l’Ukraine, le premier ministre russe Dimitri Medvedev a déclaré lors d’un conseil des ministres que Moscou entendait simplifier la procédure permettant l’accès à la nationalité pour certains étrangers russophones ayant vécu en Russie ou dans un pays de l’ancienne Union soviétique. Une mesure perçue comme un signe de défiance vis-à-vis des puissances occidentales qui demandent à Moscou de faire machine arrière après son incursion militaire en Crimée.

De son côté, le nouveau premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a affirmé que l’Ukraine était « déterminée » à signer « dès que possible » l’accord d’association avec l’Union européenne que l’ancien président Viktor Ianoukovitch avait refusé designer en novembre.

« Dans le cas où l’escalade se poursuivrait, le gouvernement et les autorités militaires ukrainiens réagiront comme le permet la Constitution », a-t-il averti, insistant d’un ton grave : « Nous sommes prêts à protéger notre pays. […] Nous avons moins d’armes [que la Russie], pas d’armes nucléaires, mais nous avons l’esprit de liberté. »

Ioulia Timochenko, une ambitieuse revenante

Publié: 25 février 2014 par gandibleux dans Actualités, Europe, Monde
Tags:,

Le Monde.fr | 23.02.2014 à 12h23 • Mis à jour le 24.02.2014 à 10h02 | Par Mathilde Gérard

Au terme d’une journée épique et historique, samedi 22 février, marquée par la destitution du président Viktor Ianoukovitch, Ioulia Timochenko est sortie de prison. Elle incarne pourtant, pour de nombreux manifestants, les intrigues de palais contre lesquelles ils se battent.

C’est en fauteuil roulant, manifestement fatiguée mais très émue, que Ioulia Timochenko a harangué une foule de milliers de personnes, samedi soir 22 février, sur la place de l’Indépendance à Kiev. Le retour aux affaires de la « dame de fer » d’Ukraine, qui a pourtant nié être candidate au poste de premier ministre, pourrait bouleverser la donne politique

Incarcérée depuis plus de deux ans pour la signature, alors qu’elle était première ministre, d’un contrat gazier avec la Rusie jugé défavorable à son pays, son sort était au cœur des réticences européennes à se rapprocher de l’Ukraine. Pourtant, depuis le début de la révolution de Maïdan il y a trois mois, sa libération n’a jamais été une demande des protestataires.

Figure politique du passé, Ioulia Timochenko est d’abord l’un des symboles de la « révolution orange » de 2004. Reconnaissable à sa tresse blonde, cette femme d’affaires charismatique, aux discours tranchants, avait alors mené une active campagne contre l’élection frauduleuse de Viktor Ianoukovitch, obtenant en quelques semaines de manifestations pacifiques l’annulation du scrutin.

Mais la « coalition orange », victorieuse fin décembre 2004, se dissout vite dans les luttes intestines de pouvoir et Ioulia Timochenko ne tient que quelques mois comme première ministre du président Viktor Iouchtchenko en 2005.

Accusant son ancien allié, Viktor Iouchtchenko, de sexisme, Ioulia Timochenko revient toutefois à la tête du gouvernement ukrainien en 2007. Mais son incapacité à déléguer ses prises de décision et à obtenir des compromis politiques grippe le pouvoir et empêche toute réforme substantielle.

Pendant ses années à la tête du gouvernement, l’égérie de la « révolution orange » pro-occidentale entretient paradoxalement d’assez bonnes relations avec la Russie. Native de Dnipropetrovsk, dans la partie russophone de l’Ukraine, Ioulia Timochenko est perçue par Vladimir Poutine comme une pragmatique, comme lui

Paralysie politique, crise économique : les Ukrainiens n’ont toutefois pas gardé un bon souvenir des années de pouvoir « orange », malgré les espoirs démocratiques suscités par la révolution de 2004. Lors de l’élection présidentielle de 2010, Viktor Iouchtchenko obtient à peine 6 % des votes et Ioulia Timochenko est largement battue au second tour par Viktor Ianoukovitch

Commencent alors les ennuis judiciaires pour celle qui promet de lutter sans relâche contre Viktor Ianoukovitch. En 2011, elle est condamnée à sept ans de prison pour la signature d’un contrat avec Gazprom jugé défavorable à l’Ukraine. Des enquêtes sont également ouvertes sur sa proximité avec l’ex-premier ministre Pavlo Lazarenko, incarcéré aux Etats-Unis pour escroquerie et blanchiment d’argent.

Ioulia Timochenko dénonce un procès politique et rejette les accusations contre elle. Quelques mois après son arrestation, elle entame une grève de la faim de trois semaines. Souffrant d’hernies discales, elle est transférée en mai 2012 à l’hôpital-prison de Kharkiv, dans l’est du pays.

A plusieurs reprises, Vladimir Poutine s’exprime en faveur de Ioulia Timochenko pendant son incarcération, proposant à l’ex-première ministre d’être soignée dans un hôpital en Russie. Ses conditions d’emprisonnement sont également au cœur des relations entre l’Ukraine et l’Union européenne, qui fait de sa libération une condition à un accord d’association

Depuis sa cellule de Kharkiv, Timochenko transmet plusieurs communiqués appelant les manifestants à maintenir la pression sur le pouvoir, rester sur les barricades, et à ne signer aucun compromis avec Viktor Ianoukovitch, critiquant en creux les leaders des partis d’opposition au discours plus modéré

C’est une motion surprise au Parlement, proposée par son chef de parti Arseni Iatseniouk, qui a permis d’annuler, vendredi 21 février, l’article du code pénal au titre duquel elle avait été emprisonnée. En vingt-quatre heures à peine, l’opposante est sortie de prison et a signé son retour en politique, à Kiev.

Si son visage trônait depuis trois mois sur l’« arbre de Noël » qui surplombe la place de l’Indépendance, beaucoup de manifestants se méfient du retour de Ioulia Timochenko, perçue comme une pure politicienne. Aux premiers jours de la contestation de Maïdan, en novembre, ils se félicitaient justement que leur protestation soit horizontale, sans « leader providentiel » faisant des promesses intenables

Mais, à l’heure où se pose la question de reprendre les rênes du pouvoir, il est urgent pour les manifestants de se trouver un nouveau chef. A 53 ans, Ioulia Timochenko, qui s’est montrée intraitable ces dernières années avec le pouvoir, a une longueur d’avance sur les autres prétendants au pouvoir.

L'ex-champion du monde de boxe Vitali Klitschko a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle anticipée du 25 mai.

Vitali Klitschko, ex-champion du monde de boxe et parmi les principaux leaders de la contestation en Ukraine, a annoncé, mardi 25 février, qu’il serait candidat à la présidentielle anticipée. « Je suis convaincu qu’il faut changer complètement les principes et les règles du jeu en Ukraine, il faut rétablir la justice », a-t-il déclaré à des journalistes.

La campagne électorale pour l’élection anticipée, prévue le 25 mai, a débuté mardi, selon la Commission électorale centrale. Les candidats ont jusqu’au 30 mars pour s’inscrire.

Le gouverneur pro-russe de la région de Kharkiv, Mikhaïlo Dobkine, s’est d’ores et déjà déclaré candidat. En revanche, Ioulia Timochenko n’a fait « aucune déclaration concernant l’élection présidentielle », selon sa porte-parole. L’ancienne chef de gouvernement, égérie de la « révolution orange » en 2004, emprisonnée depuis 2010 et libérée samedi, s’apprêtait à se rendre en Allemagne pour recevoir des soins.

Vitali Klitschko, lors d'une manifestation pro-Union européenne à Kiev.

L’ukrainien de l’opposant Vitali Klitschko a beau être hésitant, personne ne songerait à lui en tenir rigueur. A chacune de ses apparitions à la tribune de la place Maïdan (place de l’« Indépendance »), épicentre, à Kiev, de la contestation qui secoue l’Ukraine depuis deux semaines, c’est à lui que la foule réserve ses vivats les plus chaleureux, y compris les nationalistes ukrainiens, composante importante du mouvement. Ce traitement bienveillant tranche avec celui réservé au président, Viktor Ianoukovitch, lorsque celui-ci avait, sur le tard, fait sespremiers pas dans la pratique de la langue officielle du pays.

Sans doute parce que Vitali Klitschko, 42 ans, vient d’un autre monde, dans lequel les vieilles rancœurs entre Est russophone et Ouest ukrainophone n’ont pas place. Né au Kirghizistan, il a mené depuis l’Allemagne l’essentiel de sa brillante carrière de boxeur – 45 victoires en 47 combats, dont 41 par KO. C’est là aussi qu’il a bâti sa fortune, loin des arrangements de l’élite politico-économique ukrainienne.

Pour tout cela, le chef du parti libéral Oudar (alliance démocratique ukrainienne pour les réformes, dont l’acronyme signifie « coup de poing ») colle parfaitement au mouvement de contestation né après le refus du président ukrainien de signerun accord d’association avec l’Union européenne. Le « peuple de Maïdan » veut l’Europe. Il l’incarne et promet, s’il parvient au pouvoir, d’en offrir le meilleur : un Etat de droit débarrassé de la corruption, une justice qui fonctionne, une économie assainie. Soit la possibilité de vivre « en respectant les règles », l’un de ses slogans les plus anciens. Et peu importe si la contestation est née hors de tout mot d’ordre partisan ou si ses militants sont peu visibles dans la rue.

LE DIRIGEANT POLITIQUE LE PLUS ÉCOUTÉ DU MOUVEMENT

Son arrivée récente en politique lui permet d’apparaître comme un homme neuf, apte à séduire les déçus de la « révolution orange ». Ce colosse de 2,02 m a créé Oudar en 2010 après avoir échoué à conquérir la mairie de Kiev. Deux ans plus tard, il recueillait 13,95 % des voix aux élections législatives, faisant de saformation la troisième du pays.

Inquiet de sa popularité grandissante, M. Ianoukovitch a signé, au début de novembre, une loi faite sur mesure contre lui, interdisant à toute personne n’ayant pas vécu en Ukraine la décennie précédente d’être candidat à la présidentielle. Depuis le début de la révolte de Maïdan, il s’est imposé, sans être un grand orateur, comme le dirigeant politique le plus écouté du mouvement, plus que le nationaliste Oleg Tyagnibok (Svoboda) ou Arseni Iatseniouk (Batkivtchina), proche de l’opposante emprisonnée Ioulia Timochenko. C’est à lui seul que le ministre desaffaires étrangères français, Laurent Fabius, a lancé une invitation à se rendre àParis, évoquant, dans un entretien à RFI, « un homme (…) réputé incorruptible, ce qui est, paraît-il, là-bas, assez spécifique ».

Mais, depuis plusieurs jours, l’étoile pâlit. Vitali Klitschko est écouté, certes, mais, à mesure que le succès du mouvement devient incertain, son message s’obscurcit. Mardi 3 décembre, après la tentative ratée de l’opposition de fairetomber le gouvernement par une motion de défiance, pas plus que les autres dirigeants il n’a su donner un nouveau cap à la foule rassemblée sur Maïdan, réitérant son appel à une grève générale qui ne prend pas.

ON LE DIT DILETTANTE, VOIRE PROCHE DE CERCLES DU POUVOIR

Des doutes sont apparus. « Docteur Poings d’acier » – il est titulaire d’un doctorat en sciences du sport – serait-il trop tendre pour la « révolution » qu’il appelle de ses vœux ? « Si elle s’était retrouvée face à une foule survoltée de plusieurs dizaines de milliers de personnes, Ioulia Timochenko, elle, aurait su quoi faire, assure le politologue Vadim Kassarev. Elle aurait emmené tout ce monde à la résidence du président et aurait lancé une vraie révolution. »

Ceux qui commencent à douter de la capacité de Vitali Klitschko à mener le mouvement à son terme rappellent son passage au conseil municipal de Kiev, où il ne s’est pas illustré. On le dit dilettante, voire, plus grave, proche de certains cercles du pouvoir, comme en témoignerait la visite que lui a rendue en Floride, à la fin de 2012, l’oligarque Sergueï Lavotchkine, chef de l’administration présidentielle. Le boxeur doit maintenant composer avec une base radicalisée tout en ouvrant la voie à une sortie de crise, désormais forcément négociée avec lepouvoir. Dans le même temps, il doit asseoir son leadership sur l’opposition – notamment dans le cas, improbable, d’un retour de Ioulia Timochenko.

Le roi du KO ne se contenterait-il pas d’attendre prudemment l’affrontement avec Viktor Ianoukovitch à l’élection présidentielle de 2015 ? Mercredi soir, s’adressant à la foule de Maïdan, son frère cadet Wladimir Klitschko, boxeur lui aussi, a paruvendre la mèche : « N’abandonnez pas, sinon nous n’aurons pas d’élections justes en 2015. »

Viktor Ianoukovitch, chef de clan et président honni

Publié: 22 février 2014 par gandibleux dans Actualités, Europe, Monde
Tags:,

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, à Kiev, en juillet 2012.

Honni par les manifestants, détesté de sa population, méprisé par Moscou qui le voit comme un « pouvoir sur lequel on s’essuie les pieds », le président ukrainien Viktor Ianoukovitch devient infréquentable, tant sa responsabilité est écrasante dans le bain de sang qui endeuille l’Ukraine.

 

Le mouvement de contestation enclenché fin novembre 2013, pro-européen au départ, est vite devenu anti-Ianoukovitch sous les coups de boutoirs d’une répression policière impitoyable. Sur la place Maïdan occupée au centre de Kiev, les libelles, pamphlets, clips vidéo tournent le président en ridicule. On l’affuble du surnom « Ianoucescu », en référence au dictateur roumain Nicolae Ceaucescu et à sa fin pitoyable en décembre 1989.

Lorsque la statue de Lénine, située face au marché Bessarabski, est détruite, elle est remplacée par une cuvette de WC peinte en doré. Il symbolise le système clanique, incompétent et corrompu mis en place par Viktor Ianoukovitch depuis son élection à la présidence en janvier 2010. Ne dit-on pas, à Kiev et au-delà, que le président aurait fait installer une chasse d’eau et des poignées de portes en ordans son petit Versailles de Mejegorié aux environs de la capitale ukrainienne ? Bien qu’aucun citoyen lambda n’y ait jamais mis les pieds.

COLOSSE, IL EN IMPOSE AUX PETITS VOYOUS

Le train de vie présidentiel fait jaser. La fulgurante ascension du fils aîné du président, Olexandre Ianoukovitch, qui a bâti une fortune colossale depuis que son père est aux manettes, est une autre source d’indignation. Dans l’Ouest ukrainophone et catholique comme dans l’Est russophone et orthodoxe, le constat est le même : « Ceux de Donetsk ont fait main basse sur les ressources du pays. »

Donetsk, la grande région minière et industrielle de l’Est, est le berceau des caciques du Parti russophone des régions, majoritaire au Parlement. Viktor Ianoukovitch en est l’un des piliers.

Né le 9 juillet 1950 dans le village d’Enakievo, il grandit entre les terrils et les cheminées d’usines. Sa vie n’est pas rose. Orphelin dès l’âge de 2 ans, il est élevé par sa grand-mère. Devenu adulte, sa stature de colosse (plus de deux mètres) en impose aux petits voyous toujours prêts à en découdre. A 18 ans, il est condamné pour vol, puis une nouvelle fois dans le cadre d’un viol collectif. Ces condamnations seront effacées de son casier judiciaire lorsqu’il briguera la présidence en 2004.

ASCENSION LABORIEUSE

Son ascension a été laborieuse. Responsable d’un dépôt d’autobus, il devient directeur d’entreprises. Son dévouement au clan de Donetsk est sans bornes. La ville est alors le théâtre de règlements de comptes entre clans pour le contrôle des usines métallurgiques. Protégé par Rinat Akhmetov, devenu aujourd’hui l’homme le plus riche d’Ukraine, le colosse entame une belle carrière. Nommé gouverneur de Donetsk en 1997, il « monte » à Kiev en 2002 pour devenir premier ministre.

On le dit alors « simple » et « proche du peuple », pragmatique en diable et pas si pro-russe que ça. Son élocution est désastreuse, il parle mal l’ukrainien, écorche les mots en russe, accumule les lapsus.

 

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, en février 2010 à Kiev.

 

Sous son aspect de pater familias, impeccablement manucuré et permanenté, se cache un manoeuvrier et un homme duplice, rompu aux méthodes expéditives qui firent son succès à l’Est.

Ainsi, le 29 janvier dernier, quand les députés des régions, comprenant la gravité de la situation, s’apprêtent à faire des concessions (amnistie, réforme constitutionnelle) à l’opposition, Viktor Ianoukovitch débarque au Parlement, blanc comme un linge.

JURONS ET MENACES AUX DÉPUTÉS

Avec des bordées de jurons, il reproche à son groupe parlementaire d’être trop conciliant. Les menaces pleuvent, il promet aux députés de les « couler dans l’asphalte » et leur rappelle qu’il possède « des dossiers compromettants » sur eux. C’est le style de Donetsk, celui de la pègre déguisée en élite politiquedécomplexée, arborant costumes sur mesure, jets privés et voitures de luxe.

En trois ans passés à la tête du pays, M. Ianoukovitch a fidèlement servi son clan et sa famille, aux détriments de l’Ukraine, vouée désormais au défaut de paiement et à la guerre civile. La promesse de nouvelles élections, arrachée par la « troïka » européenne en visite à Kiev, jeudi 20 février, suffira-t-elle à calmer le jeu ? « M. Ianoukovitch est un spécialiste de la falsification des élections », rappelle un diplomate européen en poste en Ukraine.

 

Dans un hôtel à Kiev, un prêtre parle au téléphone près des corps de plusieurs manifestants tués par les forces de l'ordre ukrainiennes.

 

Mais, à l’heure du drame qui se joue aujourd’hui dans les rues de Kiev, le régime est aux abois. Choqués par les images des dizaines de cadavres jonchant le centre de Kiev, douze députés du Parti des régions, majoritaire au Parlement, ont quitté leur fraction, jeudi. Dans le même temps, les militaires se font de plus en plus tirer l’oreille pour venir à la rescousse du président.

Jeudi, le chef adjoint de l’état-major, le général Iouri Doumanski a démissionné, inquiet du projet présidentiel d’impliquer l’armée dans la répression. La veille, le chef de l’état-major, Vladimir Zaman, avait été relevé de ses fonctions. Il n’avait pas manifesté assez d’enthousiasme face à la brillante idée du président, bien décidé à faire venir 500 parachutistes de province vers la capitale ukrainienne, au cas où les choses tourneraient mal.

RESPONSABLE DE L’ESCALADE

En vingt-deux années d’indépendance, le pays n’a jamais vu une telle violence, ni en 1991, lors de la désintégration de l’URSS, ni en 2004, au moment de la « révolution orange » qui n’avait produit ni coups de feu ni vitres brisées.

L’escalade est largement à mettre au compte du président Ianoukovitch, qui a accumulé gaffe sur gaffe tout au long de la crise. A l’incompétence de la direction ukrainienne, il convient d’ajouter la médiocrité de l’opposition, l’inefficacité de l’Union européenne, l’impuissance des diplomates américains, le jeu trouble de Moscou, le pourrissement de la situation sur place, savamment entretenu par une classe politique irresponsable.

Ce terreau a donné naissance au court-circuit qui crépite aujourd’hui à Kiev et dans une quinzaine de régions du pays. La flambée de violence menace de fairede l’Ukraine, pays de 45 millions d’habitants à la charnière de deux mondes – européen et post-soviétique –, une nouvelle Yougoslavie au coeur du Vieux Continent.

  Marie Jégo (Moscou, correspondante) 

Ils se sont regardés en chien de faïence toute la nuit à Kiev et ont continué de le faire après le lever du soleil. Les manifestants antigouvernementaux ont alimenté d’immenses feux à l’aide de pneus sur leur barricade rue Grouchevski près de la place de l’Indépendance.
Face à eux, les forces antiémeutes n’ont pas fermé l’oeil de la nuit, elles non plus, et ont utilisé de puissants projecteurs pour percer les épaisses fumées noires.
Des manifestants ont envoyé pavés et cocktails molotov. Les policiers ont tiré des balles en caoutchouc et ont fait usage de grenades assourdissantes.

Cette artère abrite le siège du gouvernement et le parlement. Elle a été le théâtre des affrontements violents il y a quelques jours. La trêve instaurée jeudi semble bien fragile.

Le ministère de l’Intérieur a indiqué que trois policiers avaient été attaqués. Les manifestants ont nié toute implication dans ces attaques.

Copyright © 2014 euronews