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Mondial-2014 : le Burkina Faso et la Tunisie n’acceptent pas leurs éliminations

Mondial-2014 : le Burkina Faso et la Tunisie n'acceptent pas leurs éliminations
Le Burkinabè Jonathan Pitroipa incrédule
© AFP

Le Burkina Faso et la Tunisie ont déposé des recours auprès de la Fifa contestant leur non-qualification pour le Mondial-2014. Une pratique de mauvais perdant fréquente dans le football africain.

L’Afrique sera représentée à la Coupe du monde de football 2014 par les mêmes équipes qu’au Mondial-2010, à savoir l’Algérie, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria. Une issue qui ne convient pas à deux sélections africaines éliminées à l’issue des barrages : le Burkina Faso et la Tunisie.

 

FEUILLE DE MATCH BURKINA FASO – ALGÉRIE (CLIQUER POUR AGRANDIR)

 

Le 20 novembre dernier, des scènes de joie surréalistes se sont produites au Burkina Faso. La raison : une rumeur faisait état d’une qualification des Étalons sur tapis vert [l’instance sportive décide après le match de modifier l’issue de la rencontre pour sanctionner une tricherie ou un non-respect du règlement, NDLR] malgré une défaite bien réelle face à l’Algérie le 19 novembre (3-2 à l’aller à Ouagadougou, 0-1 au retour à Blida). La rumeur s’est propagée telle une traînée de poudre, tant et si bien que la population est descendue dans les rues des deux principales villes du pays, Ouagadougou et Bobo Dioulasso, pour fêter une « victoire » totalement fausse.

L’Afrique, plus mauvais élève de ces éliminatoires au Mondial-2014

Ce qui est vrai en revanche, c’est que la Fédération burkinabè a bel et bien déposé une réclamation auprès de la Fédération internationale de Football (Fifa). La FBF a ainsi expliqué le 21 novembre dernier avoir déposé un recours juste avant le barrage retour à Blida. La raison : la présence de Madjid Bougherra sur le terrain. Les dirigeants burkinabè affirment en effet que le défenseur algérien, buteur décisif à Blida, aurait reçu un carton jaune à Ouagadougou qui aurait dû être synonyme de suspension pour le match retour en Algérie.

La feuille de match officielle de la Fifa ne mentionne pourtant aucun avertissement adressé à Madjid Bougherra à Ouagadougou. Mais la FBF n’en a que faire. Selon elle, il s’agit d’un oubli de la part du commissaire de match. Et elle affirme pouvoir prouver, vidéo à l’appui, ses dires. Mais quand bien même, l’erreur, si elle était avérée, ne viendrait pas des Fennecs, mais des officiels de la rencontre. Il n’y a donc quasiment aucune chance pour que le Burkina Faso obtienne gain de cause dans cette affaire. De quoi soulever une nouvelle fois la question de la pertinence de ces actions…

 

« J’INVITE LES POPULATIONS À LA RETENUE » (CLIQUER POUR AGRANDIR)

 

Le secrétaire général du ministère des Sports et des Loisirs, Ahmed Sory Ouattara, a ainsi été contraint d’envoyer le 20 novembre un communiqué pour tenter de désamorcer cette situation de joie surréaliste au ‘pays des hommes intègres’. « Depuis quelques heures, la rumeur persistante faisant croire à une qualification des Étalons au Mondial 2014 sur tapis vert au détriment des Fennecs d’Algérie, s’est répandue à travers l’ensemble du pays. À cet effet monsieur le ministre des Sports et Loisirs a l’honneur d’inviter les populations à la retenue et à s’en tenir jusqu’à preuve officielle au résultat acquis sur le terrain. »

La Tunisie, une habituée des recours

Trois jours plus tôt, le 17 novembre, c’est la Tunisie qui a contesté la qualification acquise par le Cameroun sur le terrain (0-0 à l’aller à Radès, 4-1 au retour à Yaoundé). La FTF (Fédération tunisienne de football) a émis des réserves contre deux joueurs des Lions indomptables : Eric Choupo-Moting et Joel Matip. Selon l’instance du football tunisien, ces deux footballeurs qui avaient joué pour l’Allemagne en sélection de jeunes, n’auraient pas reçu l’autorisation nécessaire de la part de Fifa pour porter les couleurs de la sélection du Cameroun.

Une accusation ridicule car les deux joueurs en question sont des internationaux confirmés. Ils portent les couleurs du Cameroun depuis 2010. Ils ont même participé au dernier Mondial en Afrique du Sud sous les couleurs des Lions indomptables. La démarche de la Tunisie est donc sans fondement, mais la FTF s’est peut être sentie poussée des ailes après sa qualification pour les barrages obtenue… sur tapis vert.

En effet, c’est le Cap-Vert et non les Aigles de Carthage qui devait à l’origine disputer ce troisième tour de qualification pour la Coupe du monde 2014, mais les Requins bleus ont finalement été disqualifiés pour avoir aligné un joueur normalement suspendu. Au bénéfice donc de la Tunisie qui non contente d’avoir pu accéder à ce stade de la compétition malgré des prestations décevantes, forme un nouveau recours contre le Cameroun.

Mais ces démarches incessantes ne sont pas que l’apanage de la Tunisie ou du Burkina Faso. En effet, l’Afrique est, de très loin, le plus mauvais élève de ces éliminatoires à la Coupe du monde 2014. Sur 16 cas de victoires données sur tapis-vert par la Fifa lors de ces phases de qualifications, neuf viennent d’Afrique !

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Des Tunisiennes font le « jihad du sexe » en Syrie

Source: BelgaIllustration. © epa.

Des Tunisiennes sont parties en Syrie pour faire « le jihad du sexe » et y assouvir les besoins sexuels des combattants islamistes, a indiqué jeudi le ministre de l’Intérieur Lotfi ben Jeddou lors d’une audition devant les députés.

« Elles ont des relations sexuelles avec 20, 30, 100 » jihadistes, a-t-il déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale constituante (ANC), sans préciser si ces chiffres correspondaient à des actes quotidiens. « Après ces rapports sexuels qu’elles ont au nom du jihad al-nikah (« la guerre sainte du sexe », ndlr), elles reviennent enceintes », a-t-il ajouté, sans dire non plus combien de Tunisiennes étaient rentrées de Syrie dans cet état et dans quelles conditions elles avaient été prises en charge.

Le jihad al-nikah, permettant des rapports sexuels hors mariage avec des partenaires multiples, est considéré par certains dignitaires salafistes comme une forme légitime de guerre sainte. Le ministre n’a pas précisé le nombre de jeunes femmes qui sont ou ont été en Syrie à cette fin, alors que la presse évoque des centaines de cas de ce type tout comme des centaines d’hommes sont partis combattre les troupes du président syrien Bachar al-Assad.

M. Ben Jeddou a cependant estimé que depuis sa prise de fonction en mars, « 6.000 de nos jeunes ont été empêchés d’aller là-bas ». Selon les médias tunisiens, des milliers de Tunisiens ont rejoint, via la Turquie ou Libye, les rangs de jihadistes ces quinze dernières années à travers le monde, en Afghanistan, en Irak et désormais en Syrie. Le chef d’Ansar Ashariaa, principal mouvement jihadiste en Tunisie, Abou Iyadh est ainsi un vétéran de l’Afghanistan et co-dirigeait le groupe responsable de l’assassinat le 9 septembre 2001 du commandant Massoud, chef de la rébellion anti-talibans.

Les Femen condamnées en Tunisie seront libérées

Source: Belga© afp.

Les trois militantes européennes de Femen emprisonnées en Tunisie ont été condamnées mercredi en appel à une peine avec sursis et seront libérées dans les heures à venir, a indiqué leur avocat tunisien Souhaib Bahri.

« Le verdict a été rendu, il est de quatre mois et un jour avec sursis. Elles vont être libérées dans quelques heures », a-t-il dit.

L’avocat n’était pas en mesure de dire dans quels délais les jeunes femmes – deux Françaises et une Allemande – allaient rentrer dans leurs pays.

Les trois militantes sont en détention en banlieue de Tunis depuis le 29 mai et leur action seins nus de soutien à Amina Sbouï une militante tunisienne de Femen emprisonnée depuis la mi-mai.

En première instance, les activistes européennes avaient été condamnées à quatre mois et un jour de prison ferme pour atteinte aux bonnes moeurs et à la pudeur.

Les Femen s’excusent de leur action seins nus à Tunis

Source: Belga© belga.

Trois Femen européennes, condamnées à quatre mois de prison pour une manifestation seins nus en Tunisie, ont exprimé des excuses et promis de ne pas recommencer, lors d’une audience de leur procès en appel mercredi à Tunis.

© reuters.

« Je regrette cet acte et je m’en excuse », a dit l’Allemande Josephine Markmann au juge Moez Ben Frej, qui lui faisait remarquer en français que « le droit musulman interdit de tels actes ».

« On ne pensait pas choquer les Tunisiens à ce point, il est hors de question pour nous de recommencer », a répondu à son tour la Française Pauline Hillier, drapée comme ses co-accusées et comme de coutume pour les femmes jugées en Tunisie, du safsari, le voile traditionnel blanc les recouvrant de la tête au pied.

Les avocats des associations islamiques ont demandé le report pour consulter le dossier, mais le juge leur a demandé de présenter immédiatement leurs arguments pour se constituer partie civile.

« Les associations avaient tout le loisir de consulter le dossier, il y a une stratégie de leur part pour que l’affaire ne soit jamais jugée », a protesté l’avocat français Patrick Klugman, soulignant que les Femen avaient déjà été détenues « trop longtemps ».

« Vous ne pouvez pas pervertir le message de Femen (…) Leurs seins sont à la vue du public mais il y a un message dessus vous ne pouvez l’ignorer. Arrêtez de regarder leur poitrine (…) écoutez les », a-t-il lancé s’adressant à la cour.

Et d’ajouter: « elles croyaient qu’elles ne risquaient rien dans un pays qui vient de se soulever pour la liberté ».

L’audience a été levée après deux heures de débats et le juge a annoncé que le verdict serait rendu dans le journée.

Incarcérées depuis le 29 mai, jour de leur action seins nus devant le Palais de justice de Tunis pour soutenir Amina Sboui, Femen tunisienne détenue, les trois femmes ont été condamnées le 12 juin en première instance à quatre mois et un jour de prison ferme pour « atteinte aux bonnes moeurs et à la pudeur ».

Des Femen belges s’en prennent au premier ministre tunisien

Source: Belga© afp.

Des militantes Femen belges ont voulu manifester mardi matin à l’occasion de la visite officielle du chef du gouvernement tunisien Ali Larayedh, mais sont arrivées au Berlaymont alors que le premier ministre en question avait déjà pénétré dans le bâtiment. Trois activistes sont revenues à l’occasion de sa sortie, et se sont jetées seins nus sur sa voiture, après avoir inscrit les noms Amina, Marguerite, Josephine, Pauline, Weld el XV et Jabeur Mejri sur leurs corps.

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Les trois activistes voulaient protester contre la condamnation de deux Femen françaises (Marguerite et Pauline) et une Allemande (Josephine) par un tribunal tunisien le 12 juin dernier. Ces trois femmes, condamnées à 4 mois de prison ferme pour atteinte aux bonnes moeurs et à la pudeur, avaient eu le malheur de manifester elles-mêmes seins nus à Tunis en soutien à Amina Sboui, leur camarade tunisienne emprisonnée depuis le 19 mai.

Femen Belgique « exige la libération des prisonnier-e-s politiques, des activistes mais aussi du rappeur Weld El XV, du blogueur Jabeur Mejri ainsi que de toutes les personnes enfermées pour avoir fait usage de leur liberté d’expression », explique le communiqué envoyé à la presse par le groupe.

Ce n’est pas la première fois que des activistes Femen belges enlèvent le haut aux alentours du quartier européen bruxellois. Le 12 juin, 7 jeunes femmes avaient déjà milité devant le Parlement européen contre l’emprisonnement d’Amina et des trois militantes européennes. Elles s’étaient également manifestées lors d’une conférence de l’archevêque de Malines-Bruxelles André Léonard, le 23 avril dernier à l’ULB. L’opération avait fait grand bruit, les activistes ayant aspergé le prélat d’eau bénite.

Ali Larayedh et sa délégation entamaient mardi une visite de travail à Bruxelles, sur invitation de l’Union Européenne.

© epa.
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Tunisie: les Femen condamnées à 4 mois de prison ferme

Source: Belga© afp.

Les trois militantes européennes du groupe Femen ont été condamnées chacune à quatre mois de prison ferme à l’issue de leur procès mercredi à Tunis, selon un avocat.

« Le juge a condamné les trois Femen à quatre mois et un jour de prison ferme pour atteinte aux bonnes moeurs et à la pudeur », a indiqué à l’AFP un de leurs avocats Souhaib Bahri.

Après la condamnation des deux Françaises et d’une Allemande, la dirigeante de Femen, Inna Shevchenko, a prévenu que son organisation allait mener d’autres actions en Tunisie.

De son côté, l’avocat français des Femen, qui s’apprête à venir à Tunis, a exprimé sa consternation et dénoncé une atteinte à la liberté d’expression.

« Je prends acte avec consternation de cette décision alors que l’infraction n’était pas constituée », a dit maître Patrick Klugman à l’AFP.

« C’est une condamnation extrêmement lourde. C’est une atteinte grave à la liberté d’expression, pas seulement pour ces filles, mais pour la liberté d’expression en général », a-t-il souligné.

Les trois militantes de Femen, détenues depuis deux semaines, avaient été arrêtées le 29 mai lors d’une manifestation seins nus à Tunis en soutien à Amina Sboui, leur camarade tunisienne emprisonnée depuis le 19 mai.

Trois Femen emprisonnées en Tunisie

Publié: 4 juin 2013 par ghaouatyousra dans Actualités, Monde, Société
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Les Inrcoks

 

A la veille du jugement de trois Femen européennes accusées d’atteinte aux bonnes mœurs, la société tunisienne exhume les maux qui la gangrènent depuis la Révolution du Jasmin.

Jusqu’à six mois de prison ferme pour outrage… C’est la peine qu’encourent trois militantes Femen européennes – deux Françaises et une Allemande – pour avoir montré leurs seins mercredi 29 mai, à Tunis, lors de leur première action topless dans le monde arabe. Marguerite, Pauline et Joséphine se sont rendues à Tunis pour réclamer la libération d’une militante féministe, Amina Tyler, et souhaitaient, par le biais d’un happening dont elles ont le secret, dénoncer la condition de la femme en Tunisie. Présente sur place, la journaliste Lilia Blaise témoigne :

“Tout s’est passé très vite, j’ai vu les trois filles arriver et se dénuder en criant ‘Free Amina’ devant une foule interloquée. Il y avait du monde, car le tribunal est très fréquenté le matin et les alentours sont bordés de café. Il y a eu un moment d’accalmie car personne ne savait ce qu’il se passait sauf les journalistes qui se sont rués vers elles. Puis les gens ont commencé à se regrouper. A ce moment là, l’impression dominante, c’est que personne ne comprenait ce qui se passait, donc c’était plus par curiosité que les gens venaient. Même les policiers ne savaient pas vraiment comment agir. A côté de moi, un homme m’a dit “mouch tunssia” (elles ne sont pas tunisiennes) et certaines femmes leur ont jeté des manteaux pour qu’elles se couvrent. La situation a commencé à dégénérer lorsqu’elles sont rentrées dans la cour du tribunal, la foule est devenue compacte et au moment où les policiers les ont mises à l’abri, les gens ont commencé à exprimer leur colère. Celle-ci s’est surtout canalisée contre les journalistes et les cameramen que beaucoup avaient vu avant l’événement, devant le tribunal. Certains ont reçu des coups, d’autres se sont fait sortir de la cour à coups de ‘dégage’.”

 

L’entourage des Femen déplore le manque de soutien du Quai d’Orsay 

Emprisonnées juste après leur action, les trois Femen européennes vont être jugées pour “outrage public à la pudeur” et “atteinte aux bonnes mœurs”. Leur procès aura lieu le 5 juin. A coup sûr, il s’agira d’une décision de justice très commentée dans un pays, la Tunisie post-révolution du Jasmin, en proie aux désirs contradictoires du camp progressiste d’un coté et des conservateurs et islamistes de l’autre. Rencontré à Paris, Sacha, le compagnon de la Femen Marguerite, craint un verdict sévère pour les Européennes. Il déplore également “le manque d’action du Quai d’Orsay alors même que le destin de deux ressortissantes françaises est un jeu”. Déçu, il poursuit :

“Même Najat Vallaud Belkacem, pourtant fort soutien des Femen, a eu un langage politicien très cynique. A un moment donné, il ne faut pas y aller avec des gants. Rendez-vous compte que les filles sont emprisonnées depuis une semaine pour avoir montré leurs seins en public ! Les conditions normales d’un procès ne sont pas vraiment respectées. Il aurait fallu taper du poing sur la table…”

En sait-il plus sur les conditions de détention de son amie et de ses camarades de lutte ? “Pas vraiment. Ce que je sais vient de l’avocat qui est sur place. D’après les infos qui nous parviennent, les trois Femen seraient victimes de pressions psychologiques et d’intimidations. Deux exemples : le personnel de la prison les a laissées seins nus dans leur cellule durant de longues heures. Ce sont finalement des codétenues de leur dortoir qui leur ont donné de quoi se vêtir… On persiste à ne parler aux filles qu’en arabe, jamais en français, alors que la plupart des Tunisiens sont bilingues.”

A la question de savoir si les trois Femen étaient conscientes des risques encourus en préparant une telle action dans un pays peu à l’aise avec la nudité, Sacha répond par l’affirmative. “La sanction est disproportionnée, mais les Femen sont courageuses et très déterminées. Elles sont prêtes à aller en prison ou à risquer des blessures si cela fait avancer leur cause. Et tant que ce qu’elles demandent ne voit pas le jour, elles continueront à lutter !”

Une Tunisie post-révolution tourmentée

Retour à Tunis où, hasard du calendrier, le tohu-bohu consécutif à l’action des activistes féministes emboite le pas à la Fashion Week locale. A la veille du procès, l’opinion publique reste divisée sur le sort des Femen européennes. Blogueuse à Nawaat, un site tunisien regroupant journalistes et cyberactivistes, Lilia Blaise explique la position majoritaire :

“La première impression face à cette action était ‘en quoi cela sert-il vraiment les intérêts d’Amina dont le procès se tenait le lendemain ?’. Outre les tabous comme la monstration du corps, la société tunisienne reste très mitigée sur le cas d’Amina et une telle action n’allait pas forcément l’aider.”

Parfois taxée de néo-colonialisme, l’action des activistes européennes dérange. La justice tunisienne se trouve, elle, écartelée. Concrètement, deux solutions se présentent à elle : condamner lourdement les Femen pour l’exemple et apaiser ainsi les franges les plus radicales du conservatisme local ou bien évacuer en catimini le cas de jeunes filles extérieures au contexte tunisien. A priori, protégées par leurs nationalités, Marguerite, Pauline et Joséphine ont des chances d’échapper aux six mois de détention promis par leurs détracteurs. On le comprend, l’affaire des Femen en Tunisie dépasse largement le cadre de l’atteinte aux bonnes mœurs. Au travers du cas d’Amina et de ses soutiens, c’est en fait tous les maux de la société tunisienne d’après la révolution qui resurgissent. Pour Lilia Blaise, le pouvoir tunisien ne se pose pas les bonnes questions :

“La seule leçon que l’on puisse tirer de cette affaire est que le radicalisme semble s’exprimer aussi bien des deux côtés comme si le débat ne pouvait se faire que par la provocation ou la confrontation. On a eu la même chose, dans un cas complètement différent, avec l’interdiction du meeting d’Ansar Charia où les deux parties se répondaient par médias interposés avec une grande violence dans le discours. Ce que l’on peut craindre, c’est que la réponse à ce genre d’expression soit toujours celle de la répression. Dans le cas du congrès d’Ansar Charia, on a parlé d’une médiation mais, en fait, il s’agissait d’une réelle démonstration de force policière accompagnée d’arrestations massives. Dans le cas des Femen et d’Amina, on craint une justice peu équitable dans la mesure où leur action peut heurter les mœurs tunisiennes. A aucun moment, le débat n’évolue vers les raisons de ces actes Pourquoi Amina a-t-elle ressenti le besoin d’aller s’exprimer ainsi à Kairouan ? Pourquoi Ansar Charia est-il si présent dans la société tunisienne aujourd’hui ? Les deux cas témoignent des problèmes de la révolution : une liberté d’expression, certes acquise, mais encore mal utilisée, un retour du religieux qui se base surtout sur le social, grand oublié de la révolution.”

 

 

 

Des forces spéciales de la police tunisienne sur le toit de la mosquée Okba Ibn Nafaa à Kairouan après l'interdiction du rassemblement annuel du mouvement Ansar Al-Charia, 19 mai 2013. Photo : Fethi Belaid / AFP.

Courrier Internationnal

 

Après les heurts violents du week-end contre le mouvement salafiste Ansar Al-Charia, le gouvernement tunisien a montré qu’il pouvait réagir fermement, estime la presse. Pour assurer la sécurité, mais aussi pour asseoir son autorité.

 

Après un week-end de violences, des affrontements entre des manifestants salafistes et la police et l’arrestation de 200 personnes, la presse de Tunis revient sur le conflit qui se profile entre le gouvernement et le groupe salafiste Ansar Al-Charia.

Dans son éditorial, le quotidien tunisien La Presse réaffirme son soutien au gouvernement. « Les Tunisiens ont choisi, par le biais de la République démocratique et du suffrage populaire, de prendre définitivement en main leur destin […]. Pour cette raison, on reconnaît à l’Etat le droit d’exercer, en cas de nécessité, la contrainte légitime et même la violence. Et l’Etat légitime en est l’unique détenteur. »

Dimanche 19 mai, dans une déclaration retransmise par la télévision d’Etat, le Premier ministre Ali Larayedh avait désigné le groupe salafiste comme étant « en relation et impliqué dans le terrorisme ». Le mot est fort, et c’est la première fois qu’il est employé pour désigner Ansar Al Charia. « Lorsque ces groupes, se présentant comme prédicateurs mais se distinguant par un comportement agressif et intolérent, prétendent organiser un vaste rassemblement de dizaines de milliers de personnes sans avoir d’existence légale et sans en aviser les autorités, cela met en cause la sécurité publique et la souveraineté du pays. »

Pour le quotidien arabophone, Al Chourouk, la bataille entre le gouvernement et le mouvement salafiste est « une bataille politique par excellence ». Le quotidien rappelle d’ailleurs « la proximité idéologique entre le parti principal de la coalition gouvernementale, Ennahda, et [le mouvement] salafiste » : « mais le gouvernement a montré qu’il était capable d’agir lorsqu’il est question de la sécurité du pays. »

Cette réaction ferme est un message lancé aux « citoyens qui commençaient à craindre qu’Ennahda livre le pays à des groupes terroristes. » Pour Al Chourouk, c’est la première fois depuis son arrivée au pouvoir que le Premier ministre apparaît comme un « homme d’Etat ».

Rédaction en ligne – Le soir.be 20/05/2013 

 

Le Premier ministre tunisien a qualifié de « terroriste » le groupe salafiste Ansar Ashariaa, jugé responsable des heurts dimanche à Tunis qui ont fait un mort et une quinzaine de blessés après l’interdiction du congrès de ce mouvement à Kairouan. Le parti islamiste Ennahda au pouvoir durcit le ton face aux groupuscules jihadistes.

 

Faute d’avoir pu tenir son congrès à Kairouan, à 150 km de Tunis, bouclée par un impressionnant dispositif de sécurité, le groupe salafiste Ansar Ashariaa a appelé ses partisans à se rassembler Cité Ettadhamen, un bastion salafiste à 15 km à l’ouest deTunis.

Le gouvernement, dirigé par le parti islamiste Ennahda, avait interdit le congrès d’Ansar Ashariaa à Kairouan en estimant qu’il représentait une « menace ».

Des heurts ont éclaté dans ce quartier dimanche en début d’après-midi et se sont poursuivis dans la cité voisine d’Intikala, où les centaines de manifestants armés de pierres, d’armes blanches et de cocktails Molotov se sont réfugiés après voir été repoussés par des tirs, des gaz lacrymogènes ainsi que l’avancée de blindés.

Le ministère de l’Intérieur a aussi indiqué que ce sont les militants d’Ansar Ashariaa qui ont déclenché les violents heurts dimanche dans les rues de la banlieue ouest de Tunis.

« Quinze policiers ont été blessés, trois grièvement dont un en réanimation. Trois manifestants ont été blessés et un est mort », a déclaré le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Mohamed Ali Aroui. L’hôpital Mongi Slim a précisé que le manifestant, Moez Dahmani né en 1986, avait été tué par balle.

Ansar Ashariaa, un groupe considéré comme proche d’Al-Qaïda

« Ansar Ashariaa est une organisation illégale qui défie et provoque l’autorité de l’État », a déclaré M. Larayedh à la télévision publique en marge d’un déplacement au Qatar. Ce groupe « est en relation et est impliqué dans le terrorisme », a ajouté ce haut responsable du parti islamiste Ennahda qui dirige le gouvernement.

C’est la première fois que M. Larayedh, un ancien ministre de l’Intérieur et bête noire des salafistes, qualifie Ansar Ashariaa de « terroriste ».

Ce groupe est pourtant considéré depuis longtemps comme proche d’Al-Qaïda, alors que la Tunisie connaît un essor des groupuscules jihadistes depuis la révolution de 2011. Il est accusé par les autorités de l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis en septembre 2012 (quatre morts parmi les assaillants).

Ennahda au pouvoir durcit le ton contre les groupes jihadistes

Ennahda a longtemps été accusé de laxisme face aux groupuscules jihadistes. Il a considérablement durci sa position depuis que 16 militaires et gendarmes ont été blessés entre fin avril et début mai par des mines posées par des groupes armés liés à Al-Qaïda à la frontière avec l’Algérie.

Selon une source sécuritaire sur place, 70 militants salafistes ont été interpellés dans cette ville. Aucun chiffre précis n’a été donné concernant les arrestations à Tunis, le ministère de l’Intérieur avançant « quelques dizaines d’arrestations de bandits et de salafistes » dans toute la Tunisie. Le porte-parole d’Ansar Ashariaa, Seifeddine Raïs, a été arrêté dimanche, selon son organisation et une source sécuritaire.

Enfin, samedi soir, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a exprimé son soutien à Ansar Ashariaa, tout en appelant les militants tunisiens à faire preuve « de sagesse et de patience ». « Ne vous laissez pas provoquer par le régime et sa barbarie pour commettre des actes imprudents qui pourraient affecter le soutien populaire dont vous bénéficiez », a déclaré Abou Yahia al-Shanqiti, membre du comité d’Al-Charia d’Aqmi.

Depuis la révolution, la Tunisie a vu se multiplier les violences salafistes. Le pays est aussi déstabilisé par une profonde crise politique et le développement de conflits sociaux dus à la misère. L’état d’urgence est en vigueur dans le pays depuis la chute de Ben Ali.

 

 

 

Les Inrocks

 

 

Dans le pays qui lança le printemps arabe, les noirs s’organisent pour défendre leurs droits.

Tunis, 21 mars. À l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des discriminations raciales, se tient un colloque : “Les noirs en Tunisie, visibles… invisibles”.

L’intitulé peut sembler banal, mais c’est une véritable révolution dans un pays maintenu pendant des décennies dans l’illusion de son homogénéité et qui, depuis son indépendance et la présidence de Bourguiba, cultive une “tunisianité” interdisant toute référence au fait minoritaire : le racisme était jusqu’ici un immense tabou.

À l’origine de l’événement, l’association ADAM, première association de défense des droits des noirs jamais créée en Tunisie. Bien qu’absents des sphères dirigeantes, les noirs constitueraient 15% de la population (soit plus que les Afro-Américains aux Etats-Unis). Leur présence en Tunisie est ancienne, tous ne sont pas des descendants d’esclaves, de générations  de commerçants et de migrants venus d’Afrique subsaharienne au fil des siècles et qui ont donné naissance aux citoyens noirs actuels.

“Alors que je manifestais pendant la révolution, on m’a dit ‘Qu’est-ce que tu fais là ?’”

L’universitaire noire Maha Abdelhamid est la cofondatrice de cette association, née du tourbillon révolutionnaire. Elle me reçoit dans la maison familiale de Gabès dans le sud où les noirs sont plus nombreux :

“Les discriminations, on en n’en parlait qu’entre nous ! Après la révolution, mes amis et moi avons lancé une page Facebook pour dénoncer les propos racistes. Puis vint celle de Taoufik Chahiri, l’actuel président d’ADAM, qui invitait les gens à raconter leurs expériences personnelles”.

Par centaines, les internautes s’insurgent contre le vocabulaire raciste qui empoisonne les médias et la vie quotidienne, comme le mot oussif (esclave domestique), courant pour désigner les noirs. La majorité d’entre eux exprime leur ras-le-bol d’être perçus comme des étrangers : “Alors que je manifestais pendant la révolution, on m’a dit ‘Qu’est-ce que tu fais là ? C’est pour les Tunisiens’ !” se souvient-elle. Son cousin Ahmed salarié d’une société d’ameublement rapporte, agacé, les “plaisanteries” de ses collègues :

“Lors de conversations anodines sur la crise j’ai droit à des commentaires comme ‘on va rétablir l’esclavage, les noirs ne seront plus au chômage’”.

Sur les réseaux sociaux, des textes demandant des lois pour encadrer les actes et propos racistes apparaissent et l’association naît en 2012.

“Vous divisez la Tunisie !”

À Tunis, la manifestation organisée par ADAM mêle tables rondes et interventions artistiques. Sur l’avenue Bourguiba se produit un groupe de Taïfa, musiciens noirs venus du sud du pays. Après la prestation, les militants sont pris à partie par une demi-douzaine de Tunisiens dits “blancs”, visiblement offensés : “Il n’y a pas de racisme en Tunisie ! Où vois-tu la discrimination ? Vous divisez la Tunisie !”. C’est le déni endémique, que dénoncent inlassablement les antiracistes tunisiens. Dans la cohue, quand Sofiene, juriste et membre d’ADAM, est apostrophé directement en français – “Quel est le problème ?” –, il répond en arabe, d’un ton las : “C’est ça le problème !”. Il est tunisien et, parce qu’il est noir, on s’adresse à lui comme à un étranger.

Les tables rondes évoquent le racisme structurel lié à l’histoire de la Tunisie. Aujourd’hui encore, certains actes de naissance comportent la mention atig (affranchi) suivi du nom du “maître” qui a libéré l’ancêtre esclave. ADAM a présenté un dossier au ministre de la Justice pour retirer ces mentions. En vain. Dans son intervention, l’historien Salah Trabelsi martèle : “Notre histoire, notre langage sont imprégnés de ce passé, il faut faire ce travail idéologique et sémiologique”.

Ce “passé pas encore dépassé”

Sur scène, le slammeur Anis Chouchène dénonce en arabe la mémoire coupable de la Tunisie, ce “passé pas encore dépassé”. Il jette à la figure d’un public où toutes les générations sont représentées la cruauté du racisme ordinaire : “Quand le Kahlouch* rentre dans un café, tous les regards sur lui se sont braqués/ Il entend s’élever la voix de l’orgueil : Et toi le Kahlouch où est mon café ?”. L’audience rit, on sent le vécu.

Nouiri Omran savoure ce moment unique. Il est venu de la région de Mednine dans le sud: “Chez moi le racisme est plus fort qu’à Tunis, il y a un vrai clivage, on nous appelle les abid (“esclaves”), nous appelons les Blancs les h’rar (“libres”)”. La vie professionnelle de ce discret technicien de laboratoire est très affectée par le racisme :

“On m’a confié un poste inférieur à mon niveau et je n’ai pas progressé depuis 2003 ». Il ne supporte plus l’invisibilité des noirs : « Personne ne nous entend, nous ne sommes pas au Parlement, ni dans les ministères”.

Marié à une femme noire, l’homme discret se souvient avoir essuyé le refus de trois familles lorsqu’il a demandé la main de leur fille blanche mais il garde espoir : “Ce que fait ADAM est très important, je suis très fier. J’ai fait cinq cents km pour assister à cela.”.

Les noirs sont les plus défavorisés socialement

La plupart des noirs appartiennent aux couches sociales les plus défavorisées ; pourtant, Maha Abdelhamid ne doute pas qu’ADAM, menée par des intellectuels, saura représenter cette base de sans voix. Portée par cet élan nouveau, la trentenaire défend les revendications de son association qui souhaite peser dans le jeune processus démocratique tunisien. Alors que l’Assemblée nationale constituante (ANC) élabore la nouvelle constitution, elle déplore sa cécité quant à la situation des noirs : “Personne ne parle de notre existence, c’est à nous de nous présenter devant l’ANC”.

Profitant de la présence de milliers d’organisations internationales au Forum social mondial de Tunis, elle interpelle avec verve celles qui œuvrent pour les droits des minorités. Si bien qu’à l’issue du forum, un collectif d’associations brésiliennes, françaises et américaines constitué ad hoc publie un texte appelant entre autres “le gouvernement tunisien ainsi que l’Assemblée nationale constituante (…) à prendre en compte leurs revendications, inscrire dans le projet de constitution le principe de la lutte contre toute forme de discrimination, dont la discrimination raciale, et pénaliser les propos et actes racistes”. Jusqu’à présent, le parti au pouvoir Ennahda est resté sourd aux revendications des minorités tunisiennes.

Rokhaya Diallo

*Terme péjoratif signifiant “noir”