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« Terrorisme » à géométrie variable

Publié: 23 octobre 2014 par soumoylea dans Actualités
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« Une guerre mondiale contre le terrorisme » : c’est le mot d’ordre de la communauté internationale. Depuis treize ans, cette guerre a abouti à une augmentation de la violence dans la région, et au chaos. Cette fois, la campagne rassemble à peu près tous les pays du monde, des Etats-Unis à l’Arabie saoudite, de la France à la Chine, de la Russie à l’Egypte, du Qatar au Maroc. Le seul problème est que personne n’est d’accord sur les objectifs de cette guerre, ni sur ce que recouvre ce mot — « terrorisme ». Je l’ai écrit souvent, dès le début de ce blog en 2006, le « terrorisme » est un concept vide de sens.

Nous en avons eu ces derniers jours deux confirmations. Le premier au Kurdistan syrien. Les Etats-Unis ont confirmé qu’ils coordonnaient leurs bombardements sur Kobané, la ville attaquée par l’Organisation de l’Etat islamique (OEI), avec les combattants locaux. Comme le confirme Radio France Internationale (RFI), le 17 octobre (« Les Américains rencontrent les Kurdes, tout en ménageant Ankara ») : « La porte-parole du département d’Etat a pour sa part révélé que les Américains avaient eu à Paris leurs premiers contacts directs avec des Syriens kurdes, représentant le Parti de l’union démocratique (PYD), dont une milice combat actuellement les intégristes à Kobané. Le problème est que ce parti se rapproche, à la faveur des récents événements, du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, ennemi juré de la Turquie. » Ce que l’article ne dit pas, c’est que le PYD, comme le PKK, est classé par Washington et Bruxelles sur la liste des organisations terroristes. Ainsi donc, l’Occident peut avoir une coordination militaire avec des organisations terroristes. Quant au régime turc, qui ces dernières semaines a changé sa politique à l’égard des Kurdes, il avait lui-même ouvert une négociation avec les « terroristes » du PKK il y a deux ans.

Autre exemple — en dehors de la région qui nous occupe —, le Nigeria. On a entendu, depuis des mois, parler des exactions de Boko Haram, notamment l’enlèvement de jeunes filles, mais aussi des massacres de villageois. Or RFIannonce, le 18 octobre, un cessez-le-feu entre les autorités nigérianes et Boko Haram sous l’égide du Tchad : « Les deux parties ont accepté le principe d’un règlement de leur différend par le dialogue et convenu de poser des actes de bonne volonté. »

« Selon Ndjamena, poursuit l’article, “la récente libération des otages chinois et camerounais et l’annonce d’un cessez-le-feu constituent la concrétisation de ces engagements”. Les pourparlers, d’après les Tchadiens, ont “prévu également la libération par Boko Haram des jeunes filles enlevées à Chibok et celles de certains partisans de ce groupe détenus dans les prisons nigérianes”. Mais les modalités de ces libérations doivent encore être décidées. » Il serait donc possible de discuter avec cette organisation que les médias occidentaux ont présenté, depuis des mois, comme la quintessence du mal. Bien sûr, nul ne sait si le dialogue aboutira, mais le gouvernement a en tout cas décidé que c’était la voie à suivre.

Le danger, avec ce terme de « terrorisme, “à dimension variable” », c’est qu’il empêche la réflexion politique et donc toute stratégie efficace.

Quelques mois avant sa disparition en octobre 2004, il y a tout juste dix ans, le philosophe français Jacques Derrida rencontrait l’Allemand Jürgen Habermas pour penser le « concept » du 11-Septembre. Leur dialogue philosophique, retranscrit dans les colonnes du Monde diplomatique, mérite d’être (re)lu aujourd’hui : « La terreur organisée, provoquée, instrumentalisée, en quoi diffère-t-elle de cette peur que toute une tradition, de Hobbes à Schmitt et même à Benjamin, tient pour la condition de l’autorité de la loi et de l’exercice souverain du pouvoir, pour la condition du politique même et de l’Etat ? »

dimanche 19 octobre 2014, par Alain Gresh

http://blog.mondediplo.net/2014-10-19-Terrorisme-a-geometrie-variable

Du bon usage du mot « terrorisme »

Publié: 23 octobre 2014 par soumoylea dans Actualités
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Du bon usage du mot « terrorisme » et de quelques autres termes : des concepts à dimension variable

Au moment où une coalition internationale, conduite par les États-Unis et à laquelle participe la France est engagée dans une opération militaire contre l’organisation de l’État islamique, il n’est pas indifférent de rappeler combien certains mots sont source d’ambiguïté et objets de manipulations. Par leur usage répétitif, sans discernement ni à propos, ils contribuent à former des opinions erronées et à faire accepter des politiques à courte vue.

LE TERRORISME, DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À L’ORGANISATION DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

1793 : Robespierre érige «  la terreur  » en système politique en proclamant la légitimité du nouveau gouvernement révolutionnaire dont le ressort est «  la vertu appuyée sur la terreur  ». On date de cette époque l’usage moderne des termes «  terreur  » puis «  terrorisme  » et des politiques s’y référant.

16 juin 1916 : accords Sykes-Picot passés entre le Royaume uni et la France qui organisent le partage du Proche-Orient à la chute de l’Empire ottoman.

11 septembre 2001 : attentats d’Al-Qaida contre les États-Unis.

Septembre 2001 : le président Georges Bush lance «  la guerre globale contre la terreur  ».

2002 : installation à Guantanamo Bay des structures destinées à recevoir les membres d’Al-Qaida et les talibans suspectés d’avoir participé à des actions terroristes.

13 octobre 2006 : annonce de la création de «  l’État islamique en Irak  ».

9 avril 2013 : «  L’État islamique en Irak  » devient «  État islamique en Irak et au Levant  » (EIIL), ou «  État islamique en Irak et al-Sham  » (EIIS).

10 juin 2014 : Mossoul, deuxième ville d’Irak, tombe aux mains de l’EIIL. Des dizaines d’autres localités suivent.

10 juin 2014 : L’EIIL publie une série de photos intitulées Briser la frontière Sykes-Picot.

29 juin 2014 : le premier jour de ramadan, le cheikh Abou Mohammed Al-Adnani, porte-parole de l’EIIL annonce le rétablissement du califat sous le nom d’«  État islamique  » avec Abou Bakr Al-Bagdadi comme calife.

14 juillet 2014 : Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) renouvelle son allégeance à Ayman Al-Zawahiri et récuse l’OEI et son calife.

15 septembre 2014 : conférence internationale à Paris pour organiser la coalition des États opposés à l’OEI.

24 septembre 2014 : dans une vidéo intitulée Message de sang pour le gouvernement français, le groupe djihadiste algérien Jund al-Khilafa («  l’armée du califat  »), qui soutient l’OEI, annonce l’assassinat d’Hervé Gourdel capturé trois jours plus tôt en Algérie.

«  Islamiste  », «  salafiste  », «  djihadiste  », «  wahhabite  », «  takfiriste  », «  extrémiste  », «  barbare  » : les médias français et internationaux ne prennent plus la peine de distinguer entre ces termes, qu’ils utilisent depuis plusieurs décennies. Au gré de l’écriture ou de la parole, ils les appliquent indifféremment à ceux qui ont une conception dogmatique de l’islam — qu’ils aient recours à la violence ou qu’ils respectent les règles de la démocratie — et parfois même aux musulmans dans leur ensemble. Plus ambigu encore, ils sont parfois accompagnés, sans nuance, du mot «  terroriste  », utilisé à tort et à travers.

Ces analogies sont de plus en plus fréquentes depuis que «  l’organisation de l’État islamique (OEI)  » conquiert des territoires en Irak et en Syrie, diffuse sur Internet les macabres exécutions de ses otages occidentaux et arabes et commet des exactions contre les chrétiens, les chiites et les Kurdes yézidis. Quant au premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, il a mis dans un même sac «  le Hamas, Al-Qaida, Jabhat Al-Nosra, l’État islamique en Syrie, Boko Haram, Al-Shabab et le Hezbollah soutenu par l’Iran  ». S’il avait pensé à un passé récent, il n’aurait pas manqué d’allonger sa liste en citant Yasser Arafat, les Afghans, le Front islamique du salut algérien (FIS), etc.

MANIPULATION PAR LA PEUR

L’imprécision des uns et la politique d’amalgame des autres obscurcissent la compréhension de phénomènes politiques, religieux et politico-religieux distincts. Ils donnent aussi le sentiment que le monde se réduit à deux humanités, celle qui utilise la violence et celle qui n’y consent pas, celle qui menace et celle qui est menacée.

Cette profession de foi, réductrice et simpliste, contribue au développement d’un sentiment de peur et à son corollaire, la demande de sécurité. Cet échange est inhérent au pacte social mais, outre qu’il a un coût en matière de libertés publiques (surveillance des populations par des moyens techniques et informatiques, adoption de textes législatifs et réglementaires renforçant la répression et la censure, emprisonnement de journalistes, etc.), il donne carte blanche aux États démocratiques pour intervenir à l’extérieur de leurs frontières. Forts du consentement de leur peuple, ces États se sentent légitimés dans leur lutte contre des menaces susceptibles d’être importées dans la sphère nationale mais parfois aussi contre un danger fantasmé. Ainsi des armes de destruction massive qu’aurait détenues le régime de Saddam Hussein en 2003, ou des tortures pratiquées à Guantanamo au nom de la lutte contre le terrorisme.

Société de l’informatique ou âge de pierre, la peur reste la raison de tout pouvoir politique. C’est bien la peur d’être anéanti qui est à l’origine du pacte social passé entre les membres d’un groupe et leur chef, que les sociétés soient archaïques, anciennes, modernes, contemporaines ou post-modernes. Plus le sentiment de danger est fort (que le danger soit réel ou ressenti) plus les peuples acceptent, réclament, exigent l’autorité de leurs chefs pour qu’ils assurent leur protection. Ils donnent ainsi du champ aux responsables politiques qui peuvent être tentés de stigmatiser toute manifestation individuelle ou populaire contraire à leurs intérêts ou à leur existence en la qualifiant de «  terroriste  ». Le président syrien Bachar Al- Assad, cherchant à éliminer son opposition au nom d’une trompeuse «  guerre contre le terrorisme  », a beaucoup utilisé ce prétexte. D’autres dirigeants de la région se sont abrités derrière la «  guerre mondiale contre le terrorisme  » mise en place par Washington au début des années 2000 pour emprisonner ou éliminer leurs opposants. D’où la nécessité de s’approcher au plus près de la notion de terrorisme.

«  TERRORISTES  » OU «  COMBATTANTS DE LA LIBERTÉ  » ?

Il n’existe aucune définition du terrorisme unanimement reconnue par la communauté internationale. Ceux qui utilisent les violences radicales, quelles qu’en soient les formes, les moyens, les motivations, les cibles ou les résultats, sont-ils des «  terroristes  », des «  combattants de la liberté  » ou des «  résistants  » ? On connaît le dilemme. Il n’est pas tranché. En mars 2002, le réalisateur américain Oliver Stone rendait visite à Yasser Arafat. Il lui expliqua qu’il voulait faire un film sur les «  combattants de la liberté  » dans lequel il aurait naturellement sa place. «  Definitely  !  », lui répondit avec chaleur le chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Puis, suspicieux, il demanda quels autres dirigeants seraient au générique du film. Kim Jong-il, le dirigeant coréen «  bien aimé  », Saddam Hussein «  le combattant  », Mouammar Kadhafi «  le fantasque  » et d’autres, répondit le réalisateur américain. Arafat mit aussitôt fin à l’entretien, signifiant que son propre combat avait sa spécificité et une finalité différente.

Tentons quelques classifications. Les attentats à la voiture piégée au Liban, en Syrie ou en Irak sont des actes de terrorisme en ce sens qu’ils tuent des civils de façon indiscriminée. Le largage par le régime syrien de bombes-barils sur des zones civiles, l’utilisation de l’arme chimique contre ces mêmes populations et les massives prises d’otages de populations civiles par Boko Haram sont des actes terroristes parce qu’ils visent des civils de façon indiscriminée. L’élimination par Israël de Mohammed Deif (responsable des brigades Ezzedine al-Qassem, branche armée du Hamas, tué dans Gaza en août 2014) est un assassinat ciblé qui ne devrait pas entrer dans la catégorie des actes terroristes. Mais les tirs de missiles sur Gaza qui ont provoqué la mort de milliers d’enfants et civils entrent dans cette catégorie. L’enlèvement, tant médiatisé, du soldat franco-israélien Gilat Shalit en 2006 ne peut être considéré comme un acte terroriste dans la mesure où il a été libéré (en 2011) et échangé contre d’autres prisonniers palestiniens. En revanche l’assassinat d’Hervé Gourdel est un acte terroriste parce que son enlèvement a été accompagné de menaces et de chantage à l’égard de la France et que son exécution a été préméditée.

Les notions de terrorisme d’État et de contre-terrorisme d’État mériteraient d’être affinées. Le terrorisme d’État est celui pratiqué par l’actuel régime syrien contre ses opposants. La violence radicale de certains groupes palestiniens ou kurdes est typique de ces affrontements entre organisations de libération nationale terroristes et puissance occupante de type colonial ou oppressif, laquelle en retour pratique un contre-terrorisme d’État.

BROUILLER LA COMPRÉHENSION

Désigner comme «  terroristes  » tous les acteurs qui utilisent la violence a pour inconvénient d’empêcher l’analyse des stratégies, par nature différentes, de ceux qui utilisent cette violence. Si tout est «  terrorisme  », il n’est plus possible de distinguer entre les différentes formes que prend la violence et il n’y a d’autre solution que d’y porter remède par une autre violence qu’on appellera résistance, riposte, guerre préventive, représailles, vengeance, auto-défense, etc. Surtout, il n’est plus nécessaire de prendre en compte les causes sociales, économiques, politiques ou historiques de chacune de ces violences. Selon cette conception, la lutte des Palestiniens serait d’essence «  terroriste  » et il ne serait plus utile de mentionner leur histoire, leur aspiration à disposer d’un État, leurs revendications territoriales et leur rejet des colonies. On considèrerait que Palestiniens et Israéliens sont engagés dans des actions de «  terrorisme  » et de «  contre-terrorisme  » attribuables aux uns ou aux autres selon les circonstances et les convictions de chacun, à la manière des vendettas insulaires.

Les médias contribuent à cette simplification. Un exemple du rôle que jouent les chaînes d’information est celui offert par Euronews, une chaîne de télévision d’information en continu, paneuropéenne et internationale. Elle diffuse chaque jour de très courtes séquences d’actualité internationale — le plus souvent sur des conflits — sans offrir le moindre commentaire. L’intitulé de cette émission est d’ailleurs «  No comment  ». Pour peu que l’on ne sache pas de quoi il s’agit, on s’imprègne de l’idée d’un monde fait de guerres, grandes ou minuscules, de destructions et de catastrophes humaines, où existe une violence sans frontières pouvant surgir à tout moment, ici ou là, sans raison et dont n’importe quel groupe ou individu serait responsable. Le journal du soir donne la clé qui manquait : il s’agit de «  terrorisme  », terme suffisamment dramatique pour englober uniformément toutes les formes de violence, radicales ou pas, et propre à saisir d’effroi les populations. Mais justement, toutes les actions de violence ont pour ambition de semer la terreur.

Ce qui est vrai en politique interne se retrouve en diplomatie. Juger de la nature de son ennemi — aujourd’hui l’OEI — passe par la compréhension de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas. Faute d’y parvenir, l’issue du combat et ses conséquences risquent de ne pas être à la hauteur des espérances.

«  NI ÉTAT NI ISLAMIQUE  »

Lorsque le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, remarque que le «  califat  » est une «  injure [qui] n’est ni un État ni islamique  », il parle aux Français de toutes croyances en reprenant ce que la plupart d’entre eux ressentent. Il dit ce qu’avait déjà signalé le président Barack Obama : «  L’EIIL n’est pas islamique (…) et l’EIIL n’est certainement pas un État  ».

Le fait que l’OEI ne soit pas un État n’est pas contestable, même si ses membres disposent désormais d’un territoire sans frontières établies ou reconnues et qu’ils ont autorité sur ses populations par la contrainte, la soumission ou la conviction. Dire qu’il utilise la terreur à grande échelle comme moyen de sa politique est une évidence générale. C’est d’ailleurs cette évidence même qui a permis la formation de la coalition internationale. Sans eux la coalition aurait été réduite, bancale, voire illégitime, comme a été illégitime et illégale l’intervention américaine en Irak à partir de 2003. Signifier qu’il serait injuste et immoral d’amalgamer l’OEIet l’islam est frappé au coin du bon sens. Qu’une coalition d’États engage le fer contre une alliance de groupes qui ont assassiné nombre de personnes, qui en menacent des milliers d’autres et déstabilisent le Proche-Orient est donc légitime. Mais affirmer que sa nature n’est pas islamique est un défi d’une autre portée.

L’islam est pluriel comme toute autre religion. Mais il existe un courant qui tente depuis longtemps d’imposer «  sa  » vision d’un islam véritable et authentique : le wahhabisme. Ce courant dispose d’un État, l’Arabie saoudite, seul de la communauté internationale à porter le nom de la famille régnante et à avoir été constitué en 1932 à partir d’une doctrine religieuse et d’un pacte d’alliance passé au XVIIIe siècle entre un chef de tribu, Mohamed ibn Saoud et un théologien, Mohammed ibn Abdelwahhab. Cet État a un souverain qui se présente comme le «  Gardien des deux saintes mosquées  » et le défenseur de l’islam authentique. Il s’affirme comme musulman, récusant l’idée qu’il ne représente que les wahhabites. Il y a longtemps que les Saoud prônent un strict retour au Coran et se réclament d’une interprétation doctrinaire de la religion musulmane. Ils en ont fait aussi le guide de leur action diplomatique en finançant des groupes salafis, en exportant sur tous les continents les textes wahhabites, en contribuant au financement de mosquées, d’écoles…Leur conception de l’islam a gagné du terrain dans de nombreux pays arabes, musulmans et occidentaux.

Il ne faut pas chercher trop longtemps pour vérifier que les conceptions doctrinales du wahhabisme et de l’OEI se recoupent sans difficulté et qu’elles sont interchangeables. Le paradoxe est que le roi Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud a accepté de faire partie d’une coalition destinée à combattre ceux qui ont profité des financements de son royaume et de ses princes. Plus grave, son régime participe à une action politique et militaire dont les prémices sont de déclarer «  non islamique  » une organisation qui partage avec lui la même conception de l’islam. Mais comment discréditer celui dont vous êtes le double presque parfait ? Comment retirer à l’OEI sa référence islamique et rester crédible auprès de tous ceux qui se reconnaissent dans le wahhabisme ?

On comprend que la royauté saoudienne s’est engagée pour plusieurs raisons. D’une part, elle profitera de sa présence au sein de la coalition pour tenter de porter des coups au régime de Damas. D’autre part, elle craint que son autorité religieuse, voire son existence, soit menacée et elle a tout intérêt à condamner«  l’extrémisme et le terrorisme  » dont elle a déjà été la cible.

Certes, l’Organisation de l’État islamique n’ira pas demain conquérir la Mecque. Mais elle menace le royaume parce qu’elle y dispose d’un très large soutien de la population dont le référent religieux est identique au sien. Un récent sondage publié par Al-Monitor montre que la quasi-totalité des Saoudiens estime que l’OEI «  se conforme aux valeurs de l’islam et à la loi islamique  ». Même défait militairement, l’OEI conserverait un réservoir de soutiens en Arabie saoudite et probablement dans tous les pays qui ont été réceptifs à la diffusion du wahhabisme.

ALEXIS VARENDE, 14 OCTOBRE 2014

http://orientxxi.info/magazine/du-bon-usage-du-mot-terrorisme-et,0704

AFP Publié le jeudi 09 janvier 2014 à 15h27 – Mis à jour le jeudi 09 janvier 2014 à 20h32

 

 

International L’attentat déjoué par le jeune Aitzaz visait une école chiite.

 

 

 

 

 

Un adolescent pakistanais tué cette semaine dans un attentat suicide est devenu un héros post-mortem pour s’être sacrifié en se jetant sur le kamikaze qui allait attaquer l’école de sa ville, sauvant de nombreuses vies, ont indiqué jeudi sa famille et des responsables.

 

Aitzaz Hassan, un adolescent de 15 ans de la petite ville chiite d’Ibrahimzai situé dans le district de Hangu de la province du Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest), avait intercepté lundi le kamikaze alors qu’il se dirigeait vers l’école locale fréquentée par 1.000 étudiants, selon la police locale.

 

Le kamikaze avait été contraint de se faire exploser à 150 mètres de l’école. Les élèves et les professeurs de l’établissement ont été épargnés, hormis le jeune adolescent.

 

« Aitzaz nous rend fiers car il a vaillamment intercepté le kamikaze et sauvé la vie de centaines de collègues », a déclaré à l’AFP son père, Mujahid Ali Bangash. « Je suis fier de savoir que mon fils s’est sacrifié pour une cause noble », a-t-il ajouté, affirmant recevoir sans cesse des messages de condoléances.

 

« Mon cousin voulait devenir un docteur, mais ce n’était pas la volonté de Dieu », a soufflé son cousin Mudassir, décrivant un étudiant à la fois brillant et compétitif.

 

La presse et des personnalités pakistanaises ont salué le geste de l’adolescent. « Aitzaz Hassan est la fierté du Pakistan. Il faut au moins lui donner une médaille (posthume) », a réagi sur Twitter l’ex-ambassadrice pakistanaise à Washington, Sherry Rehman, une des personnalités les plus influentes de l’opposition.

 

Le district de Hangu, théâtre de cet attentat, est considéré comme une des zones sensibles du Khyber Pakhtunkhwa car limitrophe des zones tribales, repaire par excellence des insurgés, régulièrement bombardé par les drones américains.

 

L’attentat déjoué par le jeune Aitzaz visait une école chiite, minorité musulmane représentant environ 20% de la population de ce géant de 180 millions d’habitants qui est la cible d’attentats de groupes sunnites radicaux.

Le Monde.fr | 04.09.2013 à 18h21 • Mis à jour le 04.09.2013 à 18h49

Aux Etats-Unis, la protection des sources n’est pas seulement reservée aux journalistes, elle bénéficie aussi à certains cinéastes. En témoigne cette décision de justice américaine de refuser de publier des informations que la CIA avait divulguées aux producteurs du film Zéro Dark Thirty relatives à la traque d’Oussama Ben Laden.

Le juge fédéral Rudolph Contreras a débouté l’ONG Judicial Watch, qui réclamait la publication des noms des personnages clés de la chasse du chef d’Al-Qaida, que la CIA et le Pentagone avaient livrés à la réalisatrice Kathryn Bigelow et au scénariste Mark Boal.

Pour motiver sa décision, le juge argue que les véritables noms de quatre responsables de la CIA et d’un membre du commando « n’appartiennent pas au domaine public », puisqu’ils ne sont pas mentionnés dans le film. Le ministère de la justice a quant à lui déclaré que leur publication causerait « un risque inutile à la sécurité et au contre-renseignement ».

PLAINTE D’UN PAKISTANAIS TORTURÉ

En outre, l’un des accusés des attentats du 11-Septembre, le Pakistanais Ali Abd Al-Aziz Ali, a lui aussi réclamé à la justice militaire d’en savoir autant que les réalisateurs de Hollywood. Il s’identifie dans le long-métrage comme le détenu ayant subi des actes de torture dans une prison secrète de la CIA. Son recours devrait être examiné le 16 septembre.

Son avocat, Me James Connell, se plaint que « les Etats-Unis ont fourni plus d’informations aux producteurs de Zéro Dark Thirty sur le traitement de [s]on client dans la prison de la CIA qu’à sa défense ».

L’association Judicial Watch a affirmé, dans un communiqué, avoir fourni, dans les deux cas, des documents montrant que « l’administration Obama a donné aux réalisateurs de Hollywood un accès inhabituel à des renseignements classifiés, y compris les noms d’acteurs de la CIA impliqués dans le raid contre Ben Laden ».

23 millions de dollars de récompense pour capturer les ennemis des Etats-Unis

Source: BelgaMokhtar Belmokhtar © afp.

Les Etats-Unis ont offert lundi jusqu’à 23 millions de dollars de récompense au total pour toute information conduisant à la capture du jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar ou à celle du chef de la secte islamiste nigériane Boko Haram.

Abubakar Shekau © afp.
Oumar Ould Hamaha © afp.

D’autres responsables du groupe Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) sont également visés par ce programme du département d’Etat, baptisé « récompenses pour la justice », qui offre depuis 1984 des sommes d’argent à tout informateur permettant l’arrestation ou l’élimination d’individus qui menacent les intérêts des Etats-Unis.

La plus grosse récompense, sept millions de dollars, est réservée au n°1 présumé de Boko Haram, Abubakar Shekau, qui combat actuellement l’armée du Nigeria dans le nord-est du pays.

Une manne de cinq millions de dollars est également offerte à quiconque apportera des renseignements décisifs concernant l’Algérien Belmokhtar, un ancien chef d’Aqmi qui a monté son propre groupe fin 2012.

Donné pour mort par le Tchad en avril, il a menacé il y a dix jours de lancer de nouvelles attaques au Niger après des attentats suicide fin mai. Son groupe avait mené une énorme prise d’otages en janvier dans un complexe gazier en Algérie.

Cinq millions de dollars sont également promis pour la tête de Yahya Abou Al-Hammam, un dirigeant algérien d’Aqmi accusé d’être impliqué dans le meurtre d’un otage français en 2010.

Malik Abou Abdelkarim, commandant d’Aqmi, et Oumar Ould Hamahathe porte-parole du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), un groupe islamiste chassé du Mali en janvier, sont également la cible de Washington, avec trois millions chacun de récompenses.

Belga

Mis en ligne le 02/06/2013

« Si les musulmans sont poursuivis, alors il y aura la révolution, et seul Allah sait quelles en seront les conséquences pour la Belgique », avait dit.

Anjem Choudary, le leader du mouvement fondamentaliste Sharia4UK, a réfuté dimanche toute extradition vers la Belgique après la publication d’un message vidéo menaçant envers la Belgique suite à l’arrestation du porte-parole de Sharia4Belgium, Fouad Belkacem.

La presse britannique fait état ces derniers jours de la possible extradition du prêcheur vers la Belgique. Des supputations que l’intéressé dément. « Les affirmations concernant la Belgique sont complètement fausses », a-t-il réagi, cité par le site du Daily Star.

Dans cette vidéo postée sur YouTube, Anjem Choudary avait eu ces mots, pris très au sérieux en Belgique: « Si les musulmans sont poursuivis, alors il y aura la révolution, et seul Allah sait quelles en seront les conséquences pour la Belgique », avait-il dit.

« Celui qui force les musulmans à se taire aura des problèmes. Toute une génération arrivera qui fera plus que seulement parler, car sa voix n’est pas entendue. Ne provoquez pas les musulmans! « , avait-il ajouté avant d’achever par cette menace explicite à l’encontre de la Belgique: « Nous venons vous détruire ».

AFP

Mis en ligne le 31/05/2013

« Dans le fond, les Etats-Unis n’ont pas d’appétit pour une intervention en Syrie et ne veulent pas d’une accélération de la guerre. »

Les Etats-Unis ont beau applaudir l’Union européenne qui a levé l’embargo sur les armes en Syrie, ils n’ont aucune envie d’armer une rébellion éclatée entre modérés et jihadistes, de peur d’être embrigadés dans une « guerre par procuration » contre l’Iran et la Russie, notent des experts.

Depuis des mois, le président Barack Obama est sous pression d’élus républicains et même de responsables de son administration pour équiper en armes l’opposition syrienne, mais il s’en tient à une aide « non létale » conséquente et mise d’abord sur un règlement politique du conflit via une conférence internationale prévue en juin à Genève.

« Dans le fond, les Etats-Unis n’ont pas d’appétit pour une intervention en Syrie (…) et ne veulent pas d’une accélération de la guerre », résume pour l’AFP Aram Nerguizian, analyste au Center for Strategic and International Studies (CSIS) de Washington.

« Pour la Syrie, au bout du compte, c’est le président (Obama) qui décide », souligne-t-il, fustigeant au passage « l’incohérence de la politique américaine sur la question d’armer ou pas » la rébellion, un dossier sur lequel communiquent concurremment et « de manière confuse », selon l’expert, la Maison Blanche, le Pentagone et le département d’Etat.

L’administration américaine invoque depuis des mois le plus grand risque que poserait la livraison d’armes aux rebelles.

Elle redoute que des équipements de guerre, par exemple des lance-missiles Stinger, ne tombent dans de « mauvaises mains », c’est à dire dans celles des jihadistes du Front Al-Nosra allié à Al-Qaïda et en première ligne contre les forces armées de Damas.

L’ancien ambassadeur américain en Irak, Ryan Crocker, avertissait encore cette semaine devant l’université Stanford (Californie) que son pays « n’en savait pas assez sur l’opposition syrienne fractionnée pour intervenir ou l’armer ».

Les Etats-Unis travaillent pourtant depuis des mois avec la rébellion syrienne dite modérée, pilotée par le Conseil militaire suprême syrien et l’Armée syrienne libre du général Salem Idris.

Mais « même si on donne des armes au général Idris (…) comment empêcher qu’elles ne passent à Al-Nosra? », s’interroge M. Nerguizian, dressant des parallèles historiques avec « le Liban durant la guerre civile et (…) la Libye ou l’Irak ».

Son confrère Salman Shaikh, directeur du Brookings Center à Doha, pense aussi que « le précédent de l’Afghanistan a été bien sûr instructif » pour les Américains qui ont dû se battre contre des islamistes qu’ils avaient armés des années auparavant contre les Soviétiques.

Et plus les jihadistes prennent l’ascendant chez les insurgés syriens, moins « on peut jouer ce jeu avec Al-Qaïda, avec des militants islamistes qui vont déstabiliser la région », prévient M. Nerguizian.

Bien que l’opposition soit en difficulté sur le terrain -l’armée syrienne, épaulée par le Hezbollah chiite libanais allié de Téhéran, s’apprêtant à reprendre la ville stratégique de Qousseir -Washington reste « réticent » à s’engager plus avant, constatent analystes et diplomates.

« En fournissant des armes létales, les Etats-Unis seraient directement impliqués dans une guerre par procuration, en particulier contre les Russes », lesquels, comme les Iraniens, sont des soutiens indéfectibles à Damas, note M. Shaikh.

Washington a certes mis en garde jeudi Moscou sur des livraisons de missiles sol-air S-300 au régime du président Bachar al-Assad, tout en rappelant que la Russie jouait un rôle diplomatique fondamental pour trouver une issue politique au conflit.

« Mais si la diplomatie échoue », redoute M. Nerguizian du CSIS, « les Etats-Unis pourraient (commencer) à armer certaines factions, au quel cas vous assisteriez à une guerre par procuration qui pourrait durer des années ».

« C’est un vrai risque », prévient-il.

Nationalisme, démence et terrorisme

Publié: 29 mai 2013 par estellavaras dans Analyse
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Mis en ligne le 29/05/2013 sur le site de lalibre.be

En nous transmettant des signaux incohérents, le nationalisme nous désoriente activement – une carence culturelle appelée anomie.

La clé du comportement des Tsarnaev et autres se trouve peut-être dans l’observation de l’Angleterre, il y a 500 ans. Le nationalisme y est apparu ainsi que des maladies mentales comme la schizophrénie et les troubles dépressifs. Une opinion de Liah Greenfeld, professeure de sociologie, science politique et anthropologie à l’université de Boston.

Si nous voulons comprendre ce qui a poussé les suspects de l’attentat à la bombe du marathon de Boston, Tamerlan et Dzhokhar Tsarnaev, dans la spirale du terrorisme, la réponse ne réside pas forcément au Daghestan, où les deux frères habitaient avant de s’installer aux Etats-Unis, ni dans les deux guerres menées en Tchétchénie au cours des dernières vingt années. La clé du comportement des Tsarnaev se trouve probablement dans des développements qui se sont déroulés dans l’Angleterre d’il y a 500 ans.

De nombreux nouveaux phénomènes apparus dans la société anglaise du XVIe siècle ont bouleversé la condition humaine. Une société anglaise qui, redéfinie en tant que “nation”, c’est-à-dire une communauté souveraine constituée de citoyens égaux, a fini par engendrer une ère de nationalisme où la mobilité sociale était maintenant acceptée.

Simultanément, une panoplie distincte de maladies mentales a d’abord été observée, qu’on étiquettera plus tard de schizophrénie et de troubles dépressifs. Ces maux étaient différents de la multitude de maladies mentales déjà recensées à l’époque. Elle a donné naissance à un nouveau terme “la démence”, à une première spécialisation médicale (qui deviendra éventuellement “la psychiatrie”) et à une législation spéciale destinée “aux déments”. Ladite démence s’exprimait par divers degrés de déficiences mentales, dont l’un des symptômes les plus courants consistait à ressentir un malaise chronique dans son milieu de vie (mésadaptation sociale), à développer une personnalité ambiguë, à osciller entre la haine de soi et la mégalomanie, menant parfois à une perte totale d’identité.

Le suicide est devenu beaucoup plus courant et la nature des crimes violents s’est transformée en un nouveau type de criminalité – irrationnelle et dénuée d’intérêt personnel – qui est devenue prépondérante. Ces phénomènes étaient liés. Le nationalisme a rendu la mobilité socialement acceptable; les deux phénomènes conjugués ont engendré des démences et de nouveaux troubles mentaux qui se sont traduits par des suicides et des violences irrationnelles. Le nationalisme impliquait une image donnée de la société et de la réalité en général; un état de conscience qui devait devenir le cadre culturel de la modernité.

Sous sa forme originale, à savoir anglaise, le mouvement nationaliste était essentiellement démocratique. Partout où il s’est répandu, il a amené avec lui les germes de la démocratie. En peignant une collectivité vivante comme souveraine, le nationalisme a diminué implicitement, mais considérablement l’importance de Dieu; même lorsqu’il s’est associé à la religion et qu’il se présentait sous des atours religieux, ce mouvement était essentiellement laïque. La conscience nationale, tout à fait différente de la conscience fondamentalement religieuse et hiérarchique qu’elle a supplantée, façonne encore nos modes de vie actuels. Les principes nationalistes mettent au premier plan l’individu autonome, notamment par son droit de choisir son identité et son rang dans la société.

Mais cette liberté, qui habilite l’individu et l’encourage à choisir ce qu’il veut devenir, rend plus ardue la formation de son identité. Une personne appartenant à une nation ne peut découvrir qui elle est par le truchement de son environnement, comme le ferait un individu dans une structure sociale extrêmement hiérarchisée dominée par la religion, dans laquelle la place et le comportement de chacun sont définis par la classe sociale d’origine et la providence divine.

La culture moderne ne peut nous guider de manière cohérente comme le font d’autres cultures envers les membres qui en font partie. En nous transmettant des signaux incohérents (car nous sommes inévitablement guidés par notre environnement culturel), le nationalisme nous désoriente activement – une carence culturelle appelée anomie. Un fort sentiment d’identité est une condition nécessaire à un fonctionnement mental normal. Aussi lorsque son identité n’est pas bien établie, une personne se sent généralement mal dans sa peau et est socialement inadaptée, un sentiment qui atteint des proportions d’ordre clinique dans la frange la plus vulnérable de la société. Voilà pourquoi l’ajout de la démence à la liste de maladies mentales a coïncidé avec l’avènement du nationalisme. Plus une société offre de choix pour la définition de sa propre identité – et plus elle met l’accent sur l’égalité – plus la formation de l’identité devient problématique au sein de cette même société.

Il n’est donc pas surprenant que la société contemporaine la plus ouverte et la plus libre, celle des Etats-Unis, détienne le taux le plus élevé de troubles mentaux graves – supplantant l’Angleterre, la société qui était avant la plus libre et la plus ouverte. En fait, les étrangers affublaient autrefois ce phénomène de démence du vocable de “mal anglais”.

La plupart des exemples de crimes violents par des personnes atteintes de maladies mentales ont d’abord été commis en Angleterre, puis en Amérique, semblent souvent motivés par la politique, même lorsqu’ils passent par la religion. Le premier d’un tel cas était sans doute celui de Peter Berchet, un jeune protestant, qui s’est senti investi de la mission d’assassiner le conseiller royal Christopher Hatton, un protestant lui aussi, que Berchet estimait être un sympathisant des catholiques. En tentant de perpétrer son méfait, Berchet a en fait tué un autre protestant qu’il avait mépris pour Hatton. Selon toutes les apparences d’un acte perpétré par un fanatique puritain, les autorités soupçonnaient Berchet de faire partie d’un complot fomenté par des factions puritaines. Il était sur le point d’être interrogé pour qu’il révèle les noms de ses complices avant son exécution.

Or, les interrogateurs se sont vite rendu compte que l’assassin était affligé “d’une vilaine mélancolie”. Il était aussi normal pour un protestant de l’ère élisabéthaine d’identifier la source de ses malaises psychologiques dans un gouvernement foisonnant de sympathisants catholiques que ce l’est aujourd’hui pour quelqu’un avec des liens au monde musulman qui vit en Amérique et qui voit la cause de tous ses maux incarnée dans les affronts de l’Occident envers sa religion.

Le fait de mettre sur le compte de facteurs externes son malaise existentiel est une forme d’autothérapie. Le sujet échafaude une histoire qui rationalise son propre mal de vivre comme étant le reflet d’un sentiment de malaise généralisé. La pensée qui sous-tend de tels actes porte la marque très distinctive du délire : une perte cognitive de la nature symbolique de la condition humaine, où le sujet confond les symboles avec leurs référents et ne voit les gens que par ce qu’ils représentent. C’est là précisément où réside cette irrationalité moderne, dérivée en soi de la modernité, et qui s’est manifestée dans l’attentat terroriste des frères Tsarnaev.

Rédaction en ligne – Le soir.be 20/05/2013 

 

Le Premier ministre tunisien a qualifié de « terroriste » le groupe salafiste Ansar Ashariaa, jugé responsable des heurts dimanche à Tunis qui ont fait un mort et une quinzaine de blessés après l’interdiction du congrès de ce mouvement à Kairouan. Le parti islamiste Ennahda au pouvoir durcit le ton face aux groupuscules jihadistes.

 

Faute d’avoir pu tenir son congrès à Kairouan, à 150 km de Tunis, bouclée par un impressionnant dispositif de sécurité, le groupe salafiste Ansar Ashariaa a appelé ses partisans à se rassembler Cité Ettadhamen, un bastion salafiste à 15 km à l’ouest deTunis.

Le gouvernement, dirigé par le parti islamiste Ennahda, avait interdit le congrès d’Ansar Ashariaa à Kairouan en estimant qu’il représentait une « menace ».

Des heurts ont éclaté dans ce quartier dimanche en début d’après-midi et se sont poursuivis dans la cité voisine d’Intikala, où les centaines de manifestants armés de pierres, d’armes blanches et de cocktails Molotov se sont réfugiés après voir été repoussés par des tirs, des gaz lacrymogènes ainsi que l’avancée de blindés.

Le ministère de l’Intérieur a aussi indiqué que ce sont les militants d’Ansar Ashariaa qui ont déclenché les violents heurts dimanche dans les rues de la banlieue ouest de Tunis.

« Quinze policiers ont été blessés, trois grièvement dont un en réanimation. Trois manifestants ont été blessés et un est mort », a déclaré le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Mohamed Ali Aroui. L’hôpital Mongi Slim a précisé que le manifestant, Moez Dahmani né en 1986, avait été tué par balle.

Ansar Ashariaa, un groupe considéré comme proche d’Al-Qaïda

« Ansar Ashariaa est une organisation illégale qui défie et provoque l’autorité de l’État », a déclaré M. Larayedh à la télévision publique en marge d’un déplacement au Qatar. Ce groupe « est en relation et est impliqué dans le terrorisme », a ajouté ce haut responsable du parti islamiste Ennahda qui dirige le gouvernement.

C’est la première fois que M. Larayedh, un ancien ministre de l’Intérieur et bête noire des salafistes, qualifie Ansar Ashariaa de « terroriste ».

Ce groupe est pourtant considéré depuis longtemps comme proche d’Al-Qaïda, alors que la Tunisie connaît un essor des groupuscules jihadistes depuis la révolution de 2011. Il est accusé par les autorités de l’attaque de l’ambassade américaine à Tunis en septembre 2012 (quatre morts parmi les assaillants).

Ennahda au pouvoir durcit le ton contre les groupes jihadistes

Ennahda a longtemps été accusé de laxisme face aux groupuscules jihadistes. Il a considérablement durci sa position depuis que 16 militaires et gendarmes ont été blessés entre fin avril et début mai par des mines posées par des groupes armés liés à Al-Qaïda à la frontière avec l’Algérie.

Selon une source sécuritaire sur place, 70 militants salafistes ont été interpellés dans cette ville. Aucun chiffre précis n’a été donné concernant les arrestations à Tunis, le ministère de l’Intérieur avançant « quelques dizaines d’arrestations de bandits et de salafistes » dans toute la Tunisie. Le porte-parole d’Ansar Ashariaa, Seifeddine Raïs, a été arrêté dimanche, selon son organisation et une source sécuritaire.

Enfin, samedi soir, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a exprimé son soutien à Ansar Ashariaa, tout en appelant les militants tunisiens à faire preuve « de sagesse et de patience ». « Ne vous laissez pas provoquer par le régime et sa barbarie pour commettre des actes imprudents qui pourraient affecter le soutien populaire dont vous bénéficiez », a déclaré Abou Yahia al-Shanqiti, membre du comité d’Al-Charia d’Aqmi.

Depuis la révolution, la Tunisie a vu se multiplier les violences salafistes. Le pays est aussi déstabilisé par une profonde crise politique et le développement de conflits sociaux dus à la misère. L’état d’urgence est en vigueur dans le pays depuis la chute de Ben Ali.

 

Alors que la chasse à l’homme tient en haleine le monde entier, deux hommes, dans un premier temps désignés par les médias comme suspects, se remettent difficilement d’un cauchemar interminable. D’abord eux-mêmes victimes des attentats du marathon de Boston, ces deux jeunes sont devenus malgré leur irréprochabilité les sujets d’accusations infâmes.
  © reuters.

Ils s’appellent Abdulrahman Ali Alharbi, 22 ans, et Salah Barhoum, 17 ans. Ils ne se connaissent pas mais ils ont commis un délit d’un nouveau genre: être un étranger « à la peau mate » sur les lieux d’un attentat terroriste.

Étudiant blessé et incriminé
Le premier, Alharbi, est un étudiant saoudien que l’on a soupçonné d’être à l’origine des attaques alors qu’il était parmi les nombreuses victimes. Alors qu’il était hospitalisé pour être soigné des éclats de bombes qui l’avaient blessé, la police fédérale a effectué une descente dans son appartement estudiantin. Rapidement identifié comme suspect sur les photos d’avant le drame, il a vu son kot fouillé de fond en comble à la recherche de preuves de son appartenance à un groupement islamiste terroriste. Son colocataire, également saoudien, a aussi fait les frais de cette suspicion en subissant un interrogatoire de cinq heures qui l’a terrorisé. Peu après, il s’est avéré que les deux jeunes gens étaient on ne peut plus innocents. Ils peinent à se remettre de l’insulte dont ils ont été l’objet et des dégâts occasionnés à leur domicile.

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Pisté sur les réseaux sociaux
Le second à parler de son calvaire est encore plus jeune. Salah Barhoum est un jeune homme sans histoire de 17 ans passionné de course à pied. Il n’était pas parvenu à se qualifier pour le marathon de Boston mais avait décidé, bon joueur, d’y assister pour admirer et encourager les participants. Après le drame, qui l’avait déjà profondément choqué mais dont il était par chance sorti indemne, il constate avec effroi qu’un cliché de lui est diffusé dans tous les médias et qu’on l’avait « identifié » sur Facebook et Twitter. Sa mère reconnaît son fils et se sent mal. En une seule une, le New York Post avait transformé le jeune homme anonyme et sympathique en « un des hommes aux sacs » du marathon de Boston. Un poseur de bombe, forcément, vu que Marocain avec un sac à dos sur les lieux d’un drame.

« Peau mate »
Paniqué à la vue de l’engouement à son encontre sur les réseaux sociaux, Salah Barhoum s’est « rendu » à la police, tel un coupable, pour justifier de sa présence innocente au marathon de Boston. Blanchi aujourd’hui, il est profondément marqué par cette expérience d’injustice et de profilage raciste et confie qu’il n’a jamais rien vécu d’aussi horrible. Le New York Post a eu la correction, bien que trop tardive, de publier la vérité sur l’innocence des jeunes aux sacs à dos. Mais l’article ne comporte pas d’excuses à l’égard des deux victimes ou de leur communauté ni de remise en question sur l’argument raciste à la base de leur une, ce qui est aujourd’hui réclamé par plusieurs associations. CNN est également parti sur un terrain glissant, annonçant en direct que le suspect avait « la peau mate ». Un assertion démentie plus tard. La pression du direct et la nécessité d’apporter enfin des éléments nouveaux avaient sans doute poussé le journaliste à commettre un impair éthique.

Agressions racistes en « représailles »
Salah Barhoum a quant à lui réalisé que c’est uniquement son origine marocaine, sa peau mate, qui l’ont incriminé d’office. Il est profondément marqué par cette amalgame raciste et craint les conséquences, que le doute à son encontre ne persiste. « Même me promener en rue est devenu un geste stressant désormais. Un gars a même appelé ses amis en me voyant en disant ‘Hey, le type des infos vient de passer juste là devant mon nez’. Je suis parti, mais c’est loin d’être agréable », explique-t-il. Son père, furieux, qualifie l’équipe rédactionnelle du New York Post de « criminels ». « Qui va payer pour cette erreur? Nous! Je n’ose même plus envoyer mon fils à l’école! », s’indigne-t-il. Et si les médias américains ont surfé sur la vague des enquêtes amateurs, ils ne sont pas les seuls. Nombre de résidents de Boston et d’ailleurs, portés par l’émotion, la terreur et la haine, ont décidé de faire justice eux-mêmes et de retrouver les auteurs des attentats. D’autres ont déversé leur rage en accusant des innocents, « naturellement » tous étrangers. Et pourtant, les autorités l’avaient souligné, les auteurs pouvaient tout autant être des terroristes blancs d’extrême-droite que des « Arabes ». Mais les agressions racistes envers des individus au faciès arabe, d’Asie du Sud ou du Moyen-Orient ont été légion depuis.

Apprentis justiciers armés d’internet et de smartphones
Sur internet, outre sur les réseaux sociaux qui étaient bombardés de photos de « suspects » prises par des téléphones portables, on a vu apparaître des forums du type « findbostonbombers » où les internautes partageaient clichés et ébauches d’enquêtes personnelles. Une chasse à l’homme dangereuse, car berceau de rumeurs infondées et d’arguments racistes. Le FBI lui-même a invité la population a la modération, leur demandant de ne plus faire circuler d’images soi-disant incriminantes. Et une spécialiste du EFF (Electronic Frontier Fondation) sur les droits numériques de rappeler que le risque de faire du mal à des innocents est trop grands. Les cyber-détectives, s’ils peuvent par leurs témoignages et leur matériel photographique ou vidéo aider le FBI, ne doivent pas se substituer à de véritables professionnels. Les dérives d’un tel comportement pourraient s’avérer dramatiques.