Articles Tagués ‘Syrie’

Par Vincent Jauvert Publié le 30-09-2015 à 16h28

Deux évènements se sont produits, l’un à Moscou, l’autre dans le Golfe, qui pourraient être les déclics d’un affrontement généralisé.

La Russie a conduit ses premières frappes en Syrie le mercredi 30 septembre 2015. (Capture d'écran/RTBF)La Russie a conduit ses premières frappes en Syrie le mercredi 30 septembre 2015. (Capture d’écran/RTBF)

En 1914, tout a commencé un 28 juin par l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc d’Autriche. A l’époque, évidemment, personne n’avait imaginé que cet attentat, perpétré loin des grandes capitales, allait conduire à la boucherie de la Grande Guerre. C’est le jeu des alliances et l’irresponsabilité des « somnambules » qui gouvernaient alors les grandes puissances qui ont entraîné le monde vers l’abîme.

Pourquoi une comparaison avec aujourd’hui ? On a appris, ce 30 septembre, deux nouvelles apparemment peu graves mais qui, combinées, pourraient être la double étincelle d’une déflagration que beaucoup redoutent depuis quelque temps. De quoi s’agit-il ?

1. Iran-Arabie, le ton monte très vite

D’abord, l’Arabie saoudite aurait arraisonné aujourd’hui deux navires battant pavillon de son ennemi intime, l’Iran. Les bateaux étaient, semble-t-il, remplis d’armes à destination des rebelles outhistes du Yémen que Riyad combat militairement. Cet arraisonnement est à l’évidence un acte hostile, si ce n’est de guerre.

Il se produit dans une atmosphère particulièrement tendue entre les deux pôles de l’Islam. Téhéran a violemment reproché aux Saoud, gardiens autoproclamés des Lieux Saints, de ne pas assurer la sécurité de base des pèlerins à la Mecque. Une accusation gravissime en ces périodes d’affrontements entre Chiites et Sunnites.

2. Poutine est entré en guerre en Syrie

Ce n’est pas tout. Ce mercredi 30 septembre, Vladimir Poutine a fait voter par son parlement fantoche une loi l’autorisant à mener une opération armée en Syrie. Son aviation a déjà commencé à bombarder à Homs. Or, on sait que, sur le terrain, les Russes seront alliés au régime de Bachar et, surtout, aux Iraniens. Tandis qu’en face, Occidentaux et pays sunnites du Golfe mènent leurs propres opérations.

Les deux coalitions, qui ont, sur plusieurs points, des objectifs totalement opposés, risquent de se retrouver face à face. Il semble, d’ailleurs, que les bombardements russes de ce jour aient déjà touché une position de rebelles soutenus par les Etats-Unis – une information qui n’est pas encore confirmée.

Hubris et bras de fer

Quoi qu’il en soit, la crainte est donc de voir le Kremlin, tout à son affirmation extérieure pour faire oublier la déroute économique interne, et Téhéran, pris par l’hubris qui a suivi l’accord nucléaire de juillet, de tester au maximum la volonté de l’autre camp. Et de voir les Saoudiens, effrayés par la montée de l’ennemi mortel chiite, entraîner ses alliés, dont la France, dans un bras de fer sans fin, qui pourrait gravement dégénérer.

Évidemment, ce scénario catastrophe n’est pas sûr. Il n’est pas écrit que les gouvernants actuels soient des « somnambules », qu’ils n’empêcheront pas le conflit militaire de s’étendre au delà de la Syrie et de l’Irak. Mais certains acteurs de cette partie sont tellement à cran qu’on ne peut l’exclure tout à fait.

Vincent Jauvert

Publicités

En Syrie, une semaine de frappes aériennes russes.

Publié: 7 octobre 2015 par gandibleux dans Actualités, Monde, Syrie
Tags:,

Le Monde.fr | 06.10.2015 à 11h41 • Mis à jour le 07.10.2015 à 17h58 | Par Pierre Breteau et Madjid Zerrouky

Bombardements russes sur la ville de Kafar Zita, le 7 octobre.

Au huitième jour de son intervention en Syrie, mercredi 7 octobre, l’aviation russe a mené d’intenses bombardements aériens contre les forces rebelles (l’Armée syrienne libre et le groupe dijadiste Al-Nosra) dans le nord de la province de Hama, où pour la première fois, des hélicoptères Mi-24 du contingent envoyé par Moscou semblent être intervenus en soutien aux forces syriennes sur le terrain attaquant l’ASL près de la ville de Morek.

La ville d’Al-Tabaqa, dans la province de Raqqa, aux mains de l’Etat islamique, a également été touchée par des missiles russes tirés depuis la mer Caspienne. Une frappe confirmée par l’EI qui a publié des images de restes de l’un de ces missiles.

Depuis le 30 septembre, on peut établir que les frappes russes répondent à deux règles : soutenir les forces syriennes dans les zones où elles sont malmenées, voire réellement en danger ; et affaiblir l’opposition armée pour aider les troupes gouvernementales à regagner du terrain dans d’autres régions.

De ce fait, l’aviation russe a beaucoup plus tendance à frapper l’opposition et les groupes armés hors Etat islamique (EI) que les troupes du « califat islamique » proprement dit. Les premiers représentent une menace réelle pour un régime aux abois quand le second reste un danger plus lointain. Les troupes de l’Etat islamique restent globalement tenues à l’écart de la « Syrie utile » encore aux mains de Bachar Al-Assad : l’axe et les villes de Damas et Homs, et la région côtière alaouite, fief du régime.

  • Dans le Nord-Ouest, l’activité aérienne russe se concentre sur les provinces de Hama et d’Idlib : la ville éponyme, celle de Jisr Al-Choghour, de Maarat al-Nouman, d’Al-Latamina, et leurs environs. La province d’Idlib a en effet été le théâtre au printemps d’une offensive rebelle qui a mis en déroute les troupes gouvernementales.

    Formée principalement par les troupes du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida et du groupe islamiste Ahrar Al-Sham – qui ne sont pas affiliés à l’Etat islamique, l’« armée de la conquête » a été particulièrement visée par les raids russes dans cette région. Ses premières lignes sont à moins de 30 km de la ville côtière de Lattaquié, fief du régime, qu’elle menace directement. Centres d’entraînement, dépôts d’armes, postes de commandement et même véhicules ont été visés.

  • Au nord de la grande ville de Homs, c’est l’enclave rebelle autour de la ville d’Al-Rastan, défendue par des groupes affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL) qui est dans la ligne de mire. Les frappes russes pourraient être le prélude à une offensive terrestre de l’armée syrienne qui, en se débarrassant de cette épine dans le pied, pourrait libérer des troupes pour d’autres fronts.

Moscou dit bombarder l’EI mais frappe l’ASL

Les Russes ont déclaré, vidéo à l’appui, avoir frappé la ville de Raqqa, capitale de l’Etat islamique (EI) dès le 1er septembre, mais il s’agissait en fait de frappes autour de la ville de Jisr Al-Choghour.

Ils ne semblent en réalité s’être préoccupés qu’à partir de dimanche soir de l’EI. Dans deux régions : à l’est d’Alep, en soutien à des troupes syriennes encerclées sur la base aérienne de Kuweiris depuis décembre 2012 par des forces rebelles puis par l’EI ; puis contre la ville d’Al-Bab, nœud routier stratégique entre Raqqa et Alep, la ville d’Al-Thaqba et, enfin, dans le Sud-Est, sur des positions de l’EI autour de Palmyre.

Occupée depuis le mois de mai par l’EI, la ville antique n’en reste pas moins à portée de tir des forces de Bachar Al-Assad, qui campent à 15 km du centre-ville pour ce qui est de leurs lignes les plus avancées.

Si l’effort se confirme dans cette région, une reprise de la ville par des forces gouvernementales bénéficiant d’un coup de pouce de l’aviation russe pourrait offrir à Vladimir Poutine une première victoire de prestige.

Reste une incertitude, la capacité de l’armée et des milices gouvernementales, usées par quatre ans de guerre et sur la défensive sur quasiment tous les fronts, à profiter de l’arrivée miraculeuse des Russes dans le ciel syrien.

 Hassan Nasrallah face à ses partisans, le 14 novembre 2013, dans la banlieue de Beyrouth.Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 14.11.2013 à 11h46

Le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, allié indéfectible du pouvoir à Damas, a affirmé jeudi que son parti poursuivrait son combat contre les rebelles aux côtés de l’armée de Bachar Al-Assad. « Tant que nous aurons des raisons [decombattre en Syrie], nous y maintiendrons notre présence », a dit Hassan Nasrallah.

« Nos combattants sont présents sur le sol syrien (…) pour affronter tous les dangers créés par les attaques menées contre ce pays et la région », a-t-il ajouté en faisant allusion aux islamistes sunnites étrangers luttant aux côtés des insurgés syriens. Les combattants du Hezbollah ont joué un rôle de premier plan dans la prise de Koussaïr, ville proche de la frontière libanaise, en juin. Selon l’opposition syrienne, ils luttent également aux côtés de l’armée du régime Assad dans le sud de la capitale, Damas, et à Alep, la grande ville du Nord.

 

 

« Ceux qui parlent de notre retrait de Syrie comme condition pour former un gouvernement au Liban, savent bien qu’il s’agit d’une condition irréalisable », a martelé le chef du parti. « Nous ne négocions pas l’existence de la Syrie, celle du Liban (…) pour une poignée de portefeuilles », a-t-il ajouté, alors que le Liban est sans gouvernement en raison des divisions politiques entre le camp du Hezbollah et celui de ses rivaux au sujet de la guerre en Syrie.

Le Hezbollah, seul parti libanais disposant d’une armée, affirme que sa lutte aux côtés du régime syrien vise à combattre des « extrémistes » sunnites qui menacent selon lui les minorités religieuses comme les chiites et les chrétiens.

Une marée humaine a envahi les rues de la banlieue sud de Beyrouth, fief du parti chiite.

Le chef du Hezbollah s’exprimait devant des dizaines de milliers de chiites libanais descendus dans les rues à l’appel du parti pour commémorer, sous haute sécurité, l’Achoura, la fête religieuse la plus importante pour cette communauté. L’Achoura commémore le martyre de Hussein, petit-fils du prophète Mahomet tué au VIIe siècle à Kerbala par les troupes du calife omeyyade, un meurtre à l’origine du plus important schisme dans le monde musulman, entre chiites et sunnites. Hommes, femmes et enfants habillés en noir en signe de deuil ont défilé dans les rues de la banlieue surpeuplée, certains le front ceint d’un bandeau sur lequel est écrit le nom de Hussein.

L’armée libanaise, présente pour la première fois dans la banlieue sud après les attentats, y a déployé ses tanks. Les fiefs du Hezbollah sont considérés comme des « Etats dans l’Etat » par les détracteurs de ce parti qui a parallèlement déployé son puissant service de sécurité à l’occasion d’Achoura.

Le Monde.fr avec AFP | 05.11.2013 à 00h47 • Mis à jour le 05.11.2013 à 09h05

Bachar Al-Assad au cours d'une interview donnée à Damas en octobre dernier.

Qui sera présent à la table des négociations si la conférence de paix sur la Syrie, Genève 2, finit bien par se tenir à la fin de novembre ? L’opposition et ses alliés continuent de poser comme condition sine qua non à leur venue le départ de Bachar Al-Assad. Ce que le régime syrien a encore refusé catégoriquement lundi 4 novembre. « Ce qui se passera à Genève est une opération politique, il ne s’agit pas de céder le pouvoir ou de former une autorité transitoire. A ceux qui pensent autrement, nous leur conseillons de ne pas y assister pour qu’ils ne soient pas ridiculisés », a lancé, lundi, Omran Ahed Zohbi, ministre de l’information syrien.

 

Washington, Moscou et l’Organisation des nations unies (ONU) tentent, non sans difficulté, de réunir à Genève une conférence internationale sur la Syrie avec la participation du régime et de l’opposition pour trouver une solution politique au conflit qui a fait, selon une ONG, plus de 120 000 morts depuis mars 2011.

Dimanche, Ahmed Jarba, le chef de l’opposition syrienne, a fait savoir que la Coalition nationale syrienne ne participerait à la conférence de paix que si un calendrier était fixé pour le départ de Bachar Al-Assad et si l’Iran n’y participait pas. Face aux ministres des affaires étrangères arabes réunis au Caire, M. Jarba a rappelé que l’opposition s’engageait à « n’aller à Genève 2 qu’unie », réitérant la condition sine qua non posée par son camp : un cessez-le-feu durant les négociations. Les opposants au régime de Damas sont également divisés sur le terrain, comme le montre la démission d’un chef rebelle dimanche, qui a accusé l’opposition en exil de « ne représenter qu’elle-même ».

 

DIATRIBE CONTRE RIYAD

 

M. Zohbi s’est aussi lancé dans une violente diatribe contre Riyad, estimant que sa politique de soutien aux rebelles était vouée à l’échec, « que Genève 2 se tienne ou pas ». Il a accusé Saoud Al-Fayçal, ministre des affaires étrangères saoudien, de « représenter la façade politique du terrorisme mené par l’Arabie saoudite«  en raison de son appui aux insurgés. « Nous n’accordons aucune importance au rôle saoudien », a-t-il dit en vue de la conférence.

 

Lundi, les chefs de la diplomatie américaine et saoudienne, John Kerry et Saoud Al-Fayçal, ont affiché leurs divergences concernant le dossier syrien : Riyad souhaite de Washington une action plus musclée face au conflit syrien, alors que Washington mène des efforts diplomatiques intenses en vue de la tenue de Genève 2.

 

 

 

Syrie : attentat à Deraa, combats entre Kurdes et djihadistes

Publié: 16 octobre 2013 par gandibleux dans Monde, Syrie
Tags:, ,

L'explosion a touché une camionnette qui passait à Tal Al-Joumoua, où est positionné un bataillon de l'armée.Le Monde.fr avec AFP | 16.10.2013 à 08h57 • Mis à jour le 16.10.2013 à 13h58

Au moins 21 personnes ont été tuées mercredi 16 octobre tôt le matin dans une puissante explosion dans la province de Deraa, dans le sud de la Syrie, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

« Vingt et une personnes, dont quatre enfants et six femmes, ont péri dans une explosion survenue dans le secteur de Nawa au moment où leur camionnette passait à Tal Al-Joumoua », où est positionné un bataillon de l’armée, selon l’OSDH. « Des militants accusent les troupes du régime d’avoir posé des explosifs », poursuit l’OSDH.

Au moins 27 soldats ont été tués lors de violents combats à Deraa au cours des deux derniers jours, informe l’OSDH. Les rebelles donnaient pour leur part un bilan des pertes deux fois supérieur.

COMBATS ENTRE KURDES ET DJIHADISTES

Au moins 41 combattants ont péri au cours des dernières heures dans des affrontements entre Kurdes d’une part et djihadistes et rebelles islamistes d’autre part dans la province de Hassaka, dans le nord-est, poursuit l’OSDH.

Les combats ont opposé notamment les hommes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et le Front Al-Nosra, deux groupes djihadistes affiliés à Al-Qaida, aux Kurdes dans plusieurs villages de cette province pétrolière.  Depuis plusieurs mois, des rivalités ont éclaté au grand jour entre les djihadistes et les rebelles dits modérés, même s’ils affrontent ensemble le régime. Les heurts sont également quotidiens entre les combattants radicaux et les Kurdes, qui cherchent à créer leur propre autonomie dans la foulée du conflit syrien.

DÉFIS LANCÉS AU CNS

Face à cette guerre, de plus en plus complexe et sanglante, les Etats-Unis, qui soutiennent l’opposition, ont appelé celle-ci à participer à la conférence de Genève 2 attendue pour la mi-novembre, après la décision d’un groupe-clé opposé au régime de Bachar Al-Assad de la boycotter. Le Conseil national syrien (CNS), organe le plus important de la Coalition de l’opposition syrienne, avait en effet affirmé dimanche qu’il ne prendrait pas part à cette conférence, arguant des souffrances endurées par la population, dans un conflit qui a fait plus de 115 000 morts depuis mars 2011, selon l’OSDH.

Mercredi, près de 70 groupes rebelles combattant l’armée syrienne dans le sud du pays ont affirmé dans une vidéo qu’ils ne reconnaissaient plus la Coalition de l’opposition. « Nous retirons notre reconnaissance à tout groupe prétendant nous représenter », affirme le porte-parole dans la vidéo, en référence à « la coalition etses responsables ».
Cette annonce intervient après le désaveu cinglant de 13 principaux groupes de la rébellion fin septembre.

Le Monde.fr avec AFP | 12.10.2013 à 21h03

Près de 50 combattants ont péri depuis jeudi dans des combats entre jihadistes et rebelles dans la métropole d’Alep, ans le nord de la Syrie, qui illustrent une fois de plus les rivalités entre ces deux groupes engagés contre le régime syrien, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les combats ont opposé l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), affilié à Al-Qaida et formé en majorité de djihadistes étrangers, à un bataillon lié à l’Arméesyrienne libre (ASL), la coalition rebelle dite modérée et appuyée par des pays arabes et occidentaux, selon l’OSDH.

« Au moins 30 combattants de la brigade Ababil et 14 de l’EIIL ont péri dans les combats et ce bilan pourrait s’alourdir », a déclaré Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, qui s’appuie sur un vaste réseau de militants et de sources médicales à travers le pays. Les affrontements ont éclaté à Inzarat, Boustane Al-Bacha et Massaken Hanano, des secteurs du nord et de l’est de la métropole qui échappent tous au régime de Bachar Al-Assad.

Lire : « Syrie : la mosaïque rebelle, des groupes aux intérêts parfois opposés »

RENFORCEMENT DE LA PRÉSENCE DJIHADISTE

L’EIIL, qui observe une forme extrême de l’islam, est parvenue à prendre le contrôle des sièges de la brigade dite « saraya Al-Ababil » et a installé ses propres barrages dans les trois secteurs. Le groupe djihadiste renforce ainsi sa présence dans la métropole, divisée depuis l’été 2012 entre quartiers pro-régime, plutôt à l’ouest et quartiers rebelles, à l’est.

Depuis plusieurs mois, les combats et règlements de compte se sont multipliés entre rebelles et djihadistes, même si ces groupes combattent tous le régime du président Bachar Al-Assad.

Ces dernières semaines, l’opposition politique a haussé le ton face à l’EIIL, formé en majorité de combattants étrangers, l’accusant d’avoir « volé la révolution ». En septembre, l’opposition a aussi accusé l’EIIL de renoncer à combattre le régime dans différentes zones pour s’employer à renforcer son emprise sur des secteurs rebelles. Elle avait également critiqué l’idéologie de l’EIIL en soulignant que le peuple syrien n’était pas extrémiste mais « enclin à la modération et au respect desreligions ».

Le régime combat une rébellion hétéroclite composée au départ par des déserteurs de l’armée qui ont ensuite été rejoints par des civils ayant pris les armes contre le régime Assad mais aussi des djihadistes venus de l’étranger. Depuis le début en mars 2011 d’une révolte qui a été réprimée dans le sang et a déclenché une guerre civile, les violences ont fait plus de 115 000 morts, selon l’OSDH.

Barack Obama, à la tribune de l'ONU, à New York, mardi 24 septembre 2013.
Barack Obama, à la tribune de l’ONU, à New York, mardi 24 septembre 2013. | ANDREW BURTON/AFP

Lors du premier jour de la 68e assemblée générale des Nations unies, Barack Obama a abordé les deux dossiers internationaux les plus pressants, l’Iran et la Syrie.

« La voie diplomatique mérite d’être essayée avec l’Iran. » Alors que les relations entre les deux pays s’améliorent depuis l’élection de Hassan Rohani à la présidence, M. Obama a tenu à se montrer ouvert. « Les obstacles seront peut-être trop grands, mais je suis fermement convaincu que la voie diplomatique mérite d’être essayée », a-t-il déclaré devant le parterre international, tout en avertissant que les différends ne seraient pas résolus « du jour au lendemain ».

M. Obama a salué les gestes d’ouverture d’Hassan Rohani, tout en invitant ce dernier à traduire ses paroles en actes, notamment en ce qui concerne le programme nucléaire. M. Rohani, tout en réaffirmant que Téhéran a droit aunucléaire civil, a juré qu’il ne cherchait pas à acquérir la bombe. « Les propos conciliants doivent être accompagnés par des actes vérifiables et transparents », a résumé Barack Obama.

Une rencontre entre les deux présidents en marge de l’assemblée, évoquée avec force ces derniers jours, n’aura finalement pas lieu. Selon un haut responsable de la Maison Blanche, qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat, une telle entrevue a été proposée par la présidence américaine aux Iraniens, mais ceux-ci l’ont déclinée, estimant qu’elle serait « trop compliquée à réaliser à l’heure actuelle ». Une entrevue même brève aurait eu une portée symbolique car elle aurait été la première du genre depuis la révolution de 1979.

« Il doit y avoir une résolution solide sur la Syrie. » Le président américain a laissé entendre que la communauté internationale était toujours prête à faire usage de la force contre le régime Assad s’il ne coopérait pas sur la destruction de son arsenal chimique.

« Le gouvernement syrien a fait un premier pas. Maintenant, il doit y avoir une résolution solide du Conseil de sécurité, pour vérifier que le régime tienne ses engagements. La crise syrienne et la déstabilisation de toute la région font partie de défis beaucoup plus larges, auxquels la communauté internationale doit désormais se confronter. »

« Je ne pense pas qu’une action militaire, menée depuis l’intérieur du pays ou par des puissances extérieures, peut mener à une paix durable », a toutefois poursuivi le président américain. « Je ne pense pas non plus que l’Amérique ni aucun pays doive décider de qui va diriger la Syrie, c’est au peuple syrien de décider. Mais un dirigeant qui a massacré ses citoyens et gazé des enfants à mort ne peut pasregagner la légitimité pour conduire un pays gravement divisé », a-t-il ajouté, à propos du président syrien.

Malgré la poursuite des combats, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, espère convoquer rapidement, si possible en octobre, une conférence de paix dite de « Genève 2 ». Il réunira samedi les ministres des affaires étrangères américain et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, ainsi que son médiateur en Syrie Lakhdar Brahimi. L’ONU veut aussi une mobilisation internationale plus forte en faveur des deux millions de réfugiés installés dans les pays voisins, en particulier le Liban, qui croule sous ce fardeau.

 

LE RISQUE DU « VIDE »

M. Obama, qui a constaté que la communauté internationale « n’avait pas été à la hauteur de l’enjeu », et pour qui une impasse sur le dossier syrien montrerait que les « Nations unies sont incapables d’appliquer les lois internationales les plus élémentaires », a promis qu’une aide de 340 millions de dollars supplémentaires serait débloquée pour la Syriemême si « aucune aide ne peut remplacer une solution politique qui donne la chance au peuple syrien de commencer àreconstruire leur pays, mais elle peut aider les personnes déséspérées à survivre« .

Plus largement, M. Obama, en prévenant que les Etats-Unis restaient prêts àrecourir à la force si leurs intérêts étaient menacés au Moyen-Orient, a refusé d’envisager un désengagement américain de cette région marquée par des soubresauts de violence après le « Printemps arabe ». Un tel retrait « créerait un vide qu’aucun autre pays n’est prêt à remplir ».

 

Lien pour vidéo: http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/09/24/devant-l-onu-obama-se-veut-ferme-sur-la-syrie-et-ouvert-sur-l-iran_3483791_3218.html

La double dynamique du conflit syrien

Publié: 23 septembre 2013 par gandibleux dans Actualités, Syrie
Tags:

Le Monde.fr | 01.06.2011 à 09h12 • Mis à jour le 02.06.2011 à 14h43 |

Si les révolutions en Tunisie et en Egypte se sont jouées en quelques actes dramatiques, relativement simples et décisifs, le cas syrien s’apparente plutôt à un feuilleton alambiqué, dont on ne devine pas le dénouement. Aussi faut-il en suivre attentivement les épisodes, et rester attentifs aux rebondissements.

La violence qui agite le pays repose sur une double trame. D’un côté, il s’agit d’une révolte des provinces négligées par un régime qui en est pourtant issu. Hafez Assad, le père du président actuel, appartenait à une génération d’outsiders provinciaux d’origines très diverses, qui s’est battue pour son ascension sociale, la conquête d’un pouvoir accaparé par une élite quasi-féodale, et la projection de l’Etat vers les périphéries, à travers la provision de services, l’extension du maillage administratif, le déploiement du parti Baath, la mise en œuvre de grands projets de développement. etc.

La génération aujourd’hui au pouvoir a oublié ses origines. Elle a grandi à Damas, s’est mêlée à une élite urbaine qui a fait semblant de l’accepter, et a investi dans un processus de libéralisation qui, en Syrie comme ailleurs, ne profite qu’aux grandes villes au détriment des provinces. Dans ces dernières, l’Etat s’est éclipsé, de même que le parti, laissant les services de sécurité contenir un nombre croissant de problèmes – quand ils n’y contribuaient pas directement, en composant avec les trafiquants, les islamistes et les réseaux de corruption. Un peu partout en Syrie, ce legs éclate désormais au grand jour.

De l’autre côté se joue la revanche du régime policier allawite qui s’était constitué à la faveur de la grande répression du début des années 1980, quand le régime affrontait une insurrection sectaire dominée par les Frères musulmans. Ce régime que Bashar a hérité, il l’a en partie démantelé, écartant les barons des services et tempérant les abus de leurs agents. Les perdants de ce processus font actuellement un retour en force. Bashar, comme auparavant en période de crise, suit le mouvement.

Ce qui se passe sur le terrain est donc bien différent de ce qu’en dit le régime, bien qu’il n’ait pas tort sur tous les plans. Dans le discours officiel, la révolte serait une insurrection à dominante islamiste sponsorisée par l’étranger – semblable au phénomène d’il y a 30 ans. Mais le régime combat ses propres bases sociales bien plus que celles des Frères musulmans – dont les initiatives lancées de l’étranger rencontrent de faibles échos au niveau de la rue. Si fondamentalisme il y a, c’est essentiellement le résultat d’un vide laissé par un parti impotent, un Etat en retrait et un leadership retranché dans la capitale.

Dans les provinces, les Syriens ne voient plus aujourd’hui du régime que son pire visage : des services de sécurité qui ne se contentent pas de réprimer la composante armée du mouvement de protestation, mais tentent de l’écraser dans son ensemble, en recourant abusivement à la force, en multipliant les humiliations, en s’efforçant en somme de restaurer le mûr de la peur. Peine perdue : s’il y une chose que les manifestants ne laisseront pas définir leur avenir, c’est le règne des services. Ce qu’ils veulent, fondamentalement, c’est celui de l’Etat – à savoir une forme de gouvernement leur assurant une représentation politique et une redistribution économique un tant soit peu équitable… et des recours contre la violence de l’appareil sécuritaire.

La majorité silencieuse soutient tacitement le régime par crainte, justement, que sa chute ne précipite aussi l’effondrement de ce qu’il existe d’une structure étatique. C’est le cas d’une portion importante des minorités (qui tremblent à l’idée d’un agenda islamiste hégémonique) des classes moyennes (dont le statut est largement tributaire de l’Etat) et des hommes affaires (qui craignent pour leurs intérêts prosaïques). La révolte des provinces les inquiète et l’opposition en exil ne les rassure pas, appelant au renversement du régime tout en se passant d’articuler la moindre alternative crédible.

Prié de garantir une forme de stabilité, le régime ne s’en comporte pas moins de façon chaotique, que ce soit en matière de répression, de réforme, de dialogue avec l’opposition, ou encore de gestion des conséquences économiques du désordre. Ce faisant, il convainc une part croissante de cette majorité silencieuse de son incapacité à offrir une issue ; en somme, bien que la dichotomie offerte par le pouvoir, « nous ou le chaos », l’ait bien servi au début, de plus en plus de Syriens répondent « quand à subir le chaos, autant se passer de vous« . Ainsi, le régime pose les bases d’une mobilisation qui dépasserait largement le cadre de la révolte des provinces.

Aussi peu probable soit il, on ne peut pas exclure un autre scénario. L’approche sécuritaire adoptée par Bashar et portée par toute une élite soucieuse de protéger ou promouvoir ses intérêts, est en passe de démontrer son échec patent. Elle permet certes au régime de contenir l’ampleur de la mobilisation, mais ne l’éteindra pas. Elle catalyse la militarisation de certaines de ses franges, qui infligent à l’appareil de sécurité plus de pertes qu’il ne peut tolérer sur la durée. Et elle perpétue une instabilité qui fait perdre au régime ce qui lui reste de soutiens. Or, avec des ennemis nombreux et sans base populaire solide, il ne survivra pas.

Ce fiasco pourrait l’amener à rechercher plus sincèrement une sortie de crise politique, quand les partisans de la ligne dure n’auront plus rien à proposer. Il apparaît aujourd’hui qu’il a toujours été illusoire d’espérer que Bashar prendrait les devants, en se lançant dans une révolution contre son propre entourage. Mais les dynamiques au sein de l’élite pourraient néanmoins changer, en faveur d’éléments plus rationnels et raisonnables qui ont été marginalisés.

La lutte pour que la famille régnante se maintienne dans un climat de corruption, d’incompétence et d’impunité est une bataille qu’elle ne peut que perdre. La seule cause que le pouvoir peut espérer défendre, c’est celle de l’Etat, ce qui exigera de défaire bien des aspects qui font de lui un « régime ». A ce stade, celui-ci a le choix entre se démanteler lui-même par ses erreurs et ses excès, jusqu’à l’implosion, ou se démanteler de façon volontaire et systématique. S’il fait ce second choix, il aura besoin de tous les encouragements que la société internationale peut offrir.

Il y a fort à parier que le régime opte plutôt pour la voie du suicide collectif. Dans ce cas, tout reposera, en dernière analyse, sur la détermination de la société syrienne, qui pour l’instant résiste aux dynamiques d’éclatement dont joue le pouvoir, à l’y pousser sans l’y suivre.

Peter Harling, directeur de projet, basé à Damas, pour l’International Crisis Group

Dix aberrations sur le conflit en Syrie

Publié: 23 septembre 2013 par gandibleux dans Actualités, Monde, Syrie
Tags:

 

http://www.lepoint.fr/monde/infographie-dix-aberrations-sur-le-conflit-en-syrie-05-09-2013-1721406_24.php#

Un portrait de Bachar el-Assad piétiné par des rebelles syriens au poste-frontière de Bab al-Salam, près de la Turquie.

INFOGRAPHIE. Des arguments approximatifs, voire faux, circulent pour justifier ou non la nécessité d’intervenir en Syrie. Le Point.fr vous permet d’y voir plus clair.

En ces jours cruciaux de débats sur la nécessité ou non d’une intervention militaire française en Syrie, de nombreux arguments, parfois fondés, souvent fallacieux, sont avancés par nos députés pour avertir de l’erreur d’un nouvel engagement au Moyen-Orient ou pour affaiblir politiquement le président. Le Point.fr profite de l’occasion pour présenter les dix pires aberrations entendues sur la Syrie. Et y répond.

1 – Des terroristes sont à l’origine de la révolution syrienne

C’est ce qu’a affirmé Bachar el-Assad aux premiers jours de la révolte qui secouait son pays. Pourtant, le 13 mars 2011, à Deraa, dans le sud de la Syrie, ce sont bien seize enfants, inspirés par les images du Printemps arabe diffusées sur la chaîne qatarie Al Jazeera, qui taguent « Bachar el-Assad, dégage ! » sur les murs de leur école. Les seize jeunes disparaissent sur-le-champ. Après un mois de recherches, leurs parents implorent Atif Najib, le chef des services de sécurité de Deraa et cousin de Bachar el-Assad, de relâcher leurs enfants.

Dès le lendemain, une énorme manifestation éclate au coeur de la mosquée Al-Omari de Deraa, l’une des plus anciennes au monde. Les forces de l’ordre tirent sur la foule. Une délégation part alors de Deraa pour rencontrer le président en personne. Elle obtient la libération des seize jeunes, ainsi que le limogeage du cousin de Bachar qui les a insultés. Mais les Hauranis (habitants du sud de la Syrie) ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Euphoriques après la victoire historique qu’ils viennent de remporter, des milliers d’entre eux envahissent à nouveau la mosquée Al-Omari pour réclamer davantage de liberté. Le 24 avril, les chars de l’armée envahissent Deraa, marquant le début d’une féroce répression qui va secouer le pays.

2 – L’opposition est pilotée par les islamistes

Vous l’aurez compris, c’est un mouvement populaire pacifique et spontané qui est à l’origine de la révolte. Près de 75 % des Syriens étant des musulmans sunnites, il est naturel que cette confession soit majoritaire chez les manifestants. « Chrétiens, Alaouites, sunnites, la Syrie est unie », scandaient pourtant les contestataires de Deraa, aux premiers jours de la révolution. Très vite, des membres des minorités chrétiennes, kurdes et même alaouites rejoignent les cortèges. « Le tournant a eu lieu en juin et juillet 2011, lorsque le régime syrien a décidé d’armer les chabihas, ses milices populaires exclusivement alaouites », explique Mathieu Guidère (1), professeur d’islamologie à l’université de Toulouse-Le Mirail. En réponse, des imams syriens appellent à un engagement massif des sunnites contre la minorité alaouite au pouvoir.

La lourde répression contre les civils provoque au sein de l’armée syrienne des défections dès l’été 2011. L’Armée syrienne libre (ASL) est née le 30 juillet 2011. Composée de soldats subalternes ayant refusé d’obéir aux ordres, cette force dissidente, majoritairement sunnite, s’efforce de protéger ses compatriotes et de faire tomber le régime. L’ASL collabore toutefois avec des groupes aux tendances islamistes plus marqués, comme Ahrar al-Cham et Liwa Al-Tawhid, qui ne cachent pas leur désir d’islamiser l’espace public. « Quand les gens ne trouvent aucun soutien, il est normal de se réfugier dans la religion », explique un politologue syrien souhaitant garder l’anonymat. « Et il ne faut pas oublier que la société syrienne est conservatrice et n’a jamais véritablement été laïque. »

Désormais sous la coupe de l’opposition syrienne à l’étranger, l’ASL souffre d’un manque cruel de moyens sur le terrain. Ce n’est pas le cas des groupes djihadistes, tenants d’un islam radical, qui ont profité du chaos et de l’inaction occidentale pour pénétrer en Syrie. Ces extrémistes sunnites, dont beaucoup proviennent d’Irak, ont intégré sur le terrain des groupes liés à al-Qaida, comme l’État islamique en Irak et au Levant ou le Front al-Nosra (Front de défense du peuple syrien). Cette organisation, créée au départ par des djihadistes syriens libérés de prison en 2011 par le régime, est désormais la plus visible sur le terrain. Elle se démarque de l’ASL par ses attentats spectaculaires favorisés par l’idéologie « martyriste » de ses combattants. Ils ont beau être bien moins nombreux que les soldats de l’ASL (5 000 contre 40 000), leurs armes perfectionnées et leur expertise de la guérilla apprise en Irak ou en Afghanistan font la différence sur le terrain.

« Au contraire de l’ASL, ils ne sont pas ciblés par l’armée régulière qui les laisse même prospérer », affirme Mathieu Guidère. S’ils demeurent opposés à Bachar el-Assad qu’ils considèrent comme un « hérétique » massacrant leurs « frères » sunnites, ils sont également profondément anti-occidentaux. Dans toutes les zones qu’ils conquièrent, ils imposent la charia et n’hésitent plus à affronter directement les soldats de l’ASL. D’où la nécessité, selon la France, d’armer ces rebelles « modérés ». Le rêve de Bachar el-Assad de devenir un rempart contre le terrorisme est en train de se réaliser.

3 – Le Qatar et l’Arabie saoudite financent les djihadistes

S’il est vrai que les deux monarchies du Golfe sont très actives au sein de l’opposition syrienne, ce n’est certainement pas en faveur des groupes liés à al-Qaida. Les djihadistes sont ouvertement hostiles aux deux pétromonarchies wahhabites. La nébuleuse terroriste a notamment perpétré en Arabie saoudite de nombreux attentats dans les années 2000. Mais d’où viennent alors leurs fonds ? D’après Mathieu Guidère, les groupes djihadistes oeuvrant en Syrie sont financés par des fondamentalistes habitant dans le Golfe. « Les armes sophistiquées viennent de fonds entièrement privés détenus par des hommes d’affaires radicaux, notamment au Koweït », renchérit le politologue syrien.

En revanche, Riyad et Doha fournissent une quantité limitée d’armes et d’argent aux groupes plus « modérés » cités plus haut, notamment à travers la Coalition nationale syrienne, principal organe de l’opposition à l’étranger. Si leurs fonds sont limités, ce n’est pas le cas de leur activisme politique, le drame syrien permettant aux deux voisins de se défier sur la scène régionale. Lorsque plusieurs opposants syriens de tendances diverses ont fondé en octobre 2011 le Conseil national syrien, ce sont les Frères musulmans syriens, soutenus financièrement par le Qatar, qui se sont rapidement imposés à la tête de l’instance. Doha entendait ainsi peser sur l’avenir de la Syrie, comme il l’a fait en Tunisie et en Égypte.

Minée par les divisions, l’instance a intégré en novembre 2012 la Coalition nationale syrienne (CNS), créée pour mieux respecter la pluralité de l’opposition syrienne. Cela n’a pourtant modifié en rien l’influence des deux pays. Dénonçant la mainmise du Qatar sur l’opposition syrienne, le président de la CNS a démissionné en avril dernier. Son remplaçant, Ahmed Jabra, est un proche de Riyad. « Pour l’Arabie saoudite, il s’agit de renverser à tout prix le régime alaouite, et donc chiite, de Bachar el-Assad afin que s’écroule l’arc perse Téhéran-Bagdad-Damas-Tyr [Liban] », explique Antoine Sfeir (2). Un détournement du Printemps syrien permettant à la pétromonarchie d’affaiblir la République islamique, son rival régional, mais aussi d’éviter qu’il n’atteigne son propre territoire, où gronde la révolte chiite.

4 – Bachar el-Assad est sur le point de tomber

À en croire les discours des dirigeants occidentaux en début d’année, la chute du président syrien était imminente. Pourtant, neuf mois plus tard, Bachar el-Assad a réussi à repousser ses opposants et regagne même du terrain. Cette contre-offensive, le président syrien la doit à l’engagement à ses côtés du Hezbollah libanais, entré officiellement dans la bataille en avril 2013. Grâce aux combattants chiites du Parti de Dieu, les forces syriennes ont repris la ville stratégique de Qousseir, lui permettant de reprendre dans la foulée le centre de Homs et de consolider l’axe vital du régime, qui relie la côte à Damas.

« C’est par cet axe qu’arrivent le matériel militaire russe, l’approvisionnement en essence et en nourriture de Damas », indique Fabrice Balanche, maître de conférences à l’université Lyon-II et directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo). Désormais, le régime peut se concentrer sur la reprise de la ville d’Alep, au nord. « Si l’on s’en tient au territoire syrien, on peut dire que 50 % des terres sont tenues par les rebelles, mais ce chiffre est trompeur, car il s’agit en majorité de zones peu peuplées ou de la périphérie des grandes villes », explique le spécialiste de la Syrie. « Si l’on raisonne en termes de population, poursuit-il, la plupart des grandes villes étant sous la coupe du régime, on peut dire que Bachar el-Assad contrôle plus de 50 % de la population, l’opposition 20 %, les Kurdes 10 % et que 20 % des zones sont disputées. »

L’accélération des défections fin 2011 au sein de l’armée de Bachar el-Assad laissait pourtant présager un autre scénario. Or, deux ans et demi après le début du conflit, le président syrien peut toujours compter sur un important dispositif sécuritaire. « Bachar el-Assad peut toujours tabler sur une armée régulière de 200 000 à 250 000 hommes, des milices populaires de 50 000 à 100 000 hommes et des dizaines de milliers de chabihas (hommes de main) », armés par ses soins, explique Fabrice Balanche. Des chiffres qui illustrent le déséquilibre sur le terrain entre les forces du régime et de l’opposition et qui expliquent le refus de l’Occident d’envoyer des troupes au sol en Syrie.

5 – Toute la population est contre Bachar el-Assad

Cette idée s’est répandue dans les médias occidentaux au début de la révolte contre le président syrien. Mais la militarisation du conflit orchestrée par le régime, suivie de sa confessionnalisation aidée par les pays du Golfe, a plongé le pays dans le chaos et fait naître chez ses habitants les plus grandes craintes. Si une majorité de Syriens demeure aujourd’hui opposée à Bachar el-Assad, ce dernier conserve des soutiens de poids, notamment parmi les minorités religieuses.

« Globalement, toutes les minorités confessionnelles (12 % d’Alaouites, 10 % de chrétiens, 3 % de Druzes, 1 % de chiites) l’appuient. Ils craignent soit la vengeance, soit d’être obligés de quitter le pays en cas de chute du régime », affirme le chercheur Fabrice Balanche. Une peur décuplée chez les Alaouites, secte issue du chiisme à laquelle appartient le président syrien, qui ont toujours été bien mieux intégrés au système que les sunnites, pourtant majoritaires. « 90 % des Alaouites travaillent pour l’État », souligne Fabrice Balanche.

Fait étonnant, Bachar el-Assad peut également compter sur le soutien d’une certaine partie de la bourgeoisie sunnite, dont les affaires sont suspendues à la survie d’el-Assad. « S’ils demeurent bien moins nombreux que les masses sunnites d’opposants, ils possèdent un poids économique et politique bien plus important qu’eux », fait valoir le spécialiste de la Syrie. Quant aux 10 % de Kurdes, ils agissent en solitaire. Longtemps marginalisés par la famille el-Assad, ils ont manifesté au début de la révolution leur rejet du président syrien. Mais ce dernier leur a offert l’autonomie dont ils rêvaient dans le Nord, après que l’armée régulière a quitté la région sans combattre. « Ils sont désormais les alliés stratégiques du régime », note Fabrice Balanche. Et combattent les djihadistes s’opposant à eux.

 

6 – La Syrie subit une ingérence étrangère

C’est ce que martèle à l’envi Bachar el-Assad depuis le début du soulèvement populaire. Le président a raison. Sauf que c’est lui qui l’a appelée de ses voeux. En effet, dès les premiers mois de la contestation, l’Iran, principal allié de Damas, a dépêché en Syrie de nombreux Gardiens de la révolution pour former l’armée syrienne à la répression des manifestants, en plus des armes et des crédits accordés au régime syrien. L’idylle de 34 ans qui lie les deux pays est le plus grand succès diplomatique de la République islamique.

« Cette entente a permis à l’Iran d’obtenir un accès à la Méditerranée », souligne Mohammad-Reza Djalili (3), professeur émérite à l’Institut de hautes études internationales et du développement. Alaouite, et donc proche de l’idéologie chiite du régime iranien, le régime de Damas permet surtout à Téhéran de communiquer avec son bras armé au Liban, le Hezbollah. Début 2012, voyant le président syrien perdre du terrain sur les rebelles, la République islamique a enclenché la seconde partie de son plan, chargeant le mouvement chiite libanais d’aller porter secours aux forces de Bachar el-Assad.

7 – Le régime syrien a tué 100 000 personnes

Au moins 110 371 personnes ont été tuées en Syrie depuis le début du soulèvement (plus deux millions de réfugiés à l’étranger et six millions de déplacés dans le pays), a annoncé le 1er septembre l’Observatoire syrien des droits de l’homme, une organisation qui se base sur un large réseau de militants et de sources médicales et militaires à travers le pays. Mais toutes ne sont pas victimes des séides de Bachar el-Assad. Ce tragique bilan comprend 40 146 civils, 45 478 membres des forces gouvernementales, dont les milices pro-régime chabihas, et 21 850 combattants rebelles. Parmi les civils figurent 3 905 femmes et 5 833 enfants de moins de 16 ans. Le chiffre des rebelles tués comprend 15 992 civils qui ont pris les armes, 3 730 combattants étrangers, en majorité des djihadistes, et 2 128 déserteurs. Les troupes du régime sont appuyées par des milices loyalistes, qui ont perdu 17 824 membres, et par des combattants du Hezbollah chiite libanais, puissant mouvement armé, dont 171 ont péri dans la guerre. L’ONG recense également 2 726 corps non identifiés et affirme que le sort d’environ 9 000 détenus et celui de 3 500 soldats capturés par les rebelles restent inconnus.

Il est toutefois important de rappeler la chronologie d’une révolte pacifique devenue une guerre civile sur fond de lutte confessionnelle. Les premiers tirs de fusil ont visé les manifestants en mars 2011 à Deraa, les contestataires arrêtés ayant été victimes de diverses tortures et mutilations en prison, sans compter les nombreuses disparitions. Les premiers combats impliquant des soldats dissidents ont commencé à l’été 2011. À l’hiver 2011, Bachar el-Assad envoie ses chars bombarder les campagnes gagnées par les rebelles. Au printemps 2012, c’est l’aviation syrienne qui est chargée de punir les villes frondeuses. Du côté des rebelles, de multiples cas de tortures et d’exécutions sommaires sur des soldats ou des « agents » du régime ont été recensés. Quant aux groupes djihadistes, ils ont perpétré plusieurs attentats sanglants en plein Damas.

Un degré a été franchi dans l’horreur à Homs, le 23 décembre 2012, avec l’utilisation pour la première fois d’armes chimiques à faible dose, selon l’opposition syrienne et les services de renseignements américains. Une autre attaque aurait eu lieu le 19 mars à Khan-Assal (banlieue d’Alep), dont s’accusent mutuellement régime et opposition. Damas a réclamé dès le 20 mars une enquête indépendante de l’ONU sur le site. Le 6 mai, l’ancienne magistrate Carla Del Ponte, membre de la commission d’enquête indépendante de l’ONU, a pointé du doigt la responsabilité des rebelles dans l’attaque, avant d’être déjugée par le président de la commission, l’expert brésilien Paulo Pinheiro.

De leur côté, les services français imputent aux forces de Bachar el-Assad deux attaques chimiques, la première à la mi-avril 2013 à Jobar (banlieue de Damas), et la seconde le 29 avril à Saraqeb (nord-ouest). Des raids neurotoxiques de moindre ampleur que l’attaque perpétrée le 21 août dernier dans la Ghouta (banlieue de Damas) et qui a fait 281 morts, selon Paris, 355 morts, selon Médecins sans frontières, et 1 429 morts, selon Washington. Cette fois, la responsabilité de Damas dans ce massacre ne fait guère de doute, même si aucune preuve irréfutable n’a été présentée.

8 – Le régime syrien est victime d’une manipulation américaine

Nous ne sommes pas du tout dans le cas irakien, où les États-Unis avaient inventé des preuves attestant la présence d’armes de destructions massives. Il est cette fois attesté que Damas possède bien l’un des plus grands arsenaux chimiques au monde. D’après une note de synthèse déclassifiée des renseignements français, la Syrie possède plus de 1 000 tonnes d’agents chimiques, dont plusieurs centaines de tonnes d’ypérite (gaz moutarde), des dizaines de tonnes de VX (le plus toxique des produits chimiques de guerre) et surtout des centaines de tonnes de gaz sarin. « Ces armes sont interdites, car elles ont un effet indiscriminant, même si la Syrie n’a pas signé la Convention sur l’interdiction des armes chimiques signée en 1993 à Paris », explique Xavier Philippe, professeur de droit public à l’université Paul-Cézanne Aix-Marseille III.

Malgré les dénégations de Bachar el-Assad, la grande majorité des experts estime qu’il est hautement improbable que des rebelles aient été à l’origine du massacre chimique de la Ghouta, étant donné l’ampleur de l’attaque, la coordination des frappes, les quartiers (rebelles) visés et surtout l’expertise nécessaire pour stocker et utiliser de telles armes.

9 – Une autre guerre pour le pétrole

Contrairement à l’Irak ou à la Libye, les quantités d’hydrocarbures présentes en Syrie sont minimes. « La production de pétrole atteignait au mieux 600 000 barils par jour dans les années 1990, avant de descendre à 400 000 barils par jour avant la révolution, dont les deux tiers étaient destinés à la consommation nationale », souligne Fabrice Balanche. Le seul enjeu à long terme pourrait être la construction de gazoducs pour faire transiter vers l’Europe le gaz en provenance des pays du Golfe vers l’Europe. Mais nous en sommes encore loin.

10 – L’Occident veut renverser el-Assad

Cela a beau être l’obsession de Bachar el-Assad, le dictateur syrien peut dormir sur ses deux oreilles. Barack Obama et François Hollande l’ont rappelé cette semaine : une intervention occidentale en Syrie n’a pas pour but de renverser Bachar el-Assad. À quoi bon frapper, alors ? C’est que le président américain s’est piégé tout seul. En décembre 2012, en apprenant de ses services que le régime syrien était en train de mélanger les composants nécessaires à la militarisation du gaz sarin, Barack Obama a averti Damas que toute utilisation d’armes chimiques constituerait le franchissement d’une « ligne rouge ».

Cette limite franchie, le pensionnaire de la Maison-Blanche ne peut se permettre de rester les bras croisés. Et comme le pointe le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre, « si les pays occidentaux ne sont pas capables de respecter leur propre parole, que vaudront leurs pressions militaires devant le défi posé par le nucléaire iranien ? »

 

Le Point.fr – Publié le 05/09/2013 à 17:06 – Modifié le 06/09/2013 à 19:14

 

Des Tunisiennes font le « jihad du sexe » en Syrie

Source: BelgaIllustration. © epa.

Des Tunisiennes sont parties en Syrie pour faire « le jihad du sexe » et y assouvir les besoins sexuels des combattants islamistes, a indiqué jeudi le ministre de l’Intérieur Lotfi ben Jeddou lors d’une audition devant les députés.

« Elles ont des relations sexuelles avec 20, 30, 100 » jihadistes, a-t-il déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale constituante (ANC), sans préciser si ces chiffres correspondaient à des actes quotidiens. « Après ces rapports sexuels qu’elles ont au nom du jihad al-nikah (« la guerre sainte du sexe », ndlr), elles reviennent enceintes », a-t-il ajouté, sans dire non plus combien de Tunisiennes étaient rentrées de Syrie dans cet état et dans quelles conditions elles avaient été prises en charge.

Le jihad al-nikah, permettant des rapports sexuels hors mariage avec des partenaires multiples, est considéré par certains dignitaires salafistes comme une forme légitime de guerre sainte. Le ministre n’a pas précisé le nombre de jeunes femmes qui sont ou ont été en Syrie à cette fin, alors que la presse évoque des centaines de cas de ce type tout comme des centaines d’hommes sont partis combattre les troupes du président syrien Bachar al-Assad.

M. Ben Jeddou a cependant estimé que depuis sa prise de fonction en mars, « 6.000 de nos jeunes ont été empêchés d’aller là-bas ». Selon les médias tunisiens, des milliers de Tunisiens ont rejoint, via la Turquie ou Libye, les rangs de jihadistes ces quinze dernières années à travers le monde, en Afghanistan, en Irak et désormais en Syrie. Le chef d’Ansar Ashariaa, principal mouvement jihadiste en Tunisie, Abou Iyadh est ainsi un vétéran de l’Afghanistan et co-dirigeait le groupe responsable de l’assassinat le 9 septembre 2001 du commandant Massoud, chef de la rébellion anti-talibans.