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En Syrie, une semaine de frappes aériennes russes.

Publié: 7 octobre 2015 par gandibleux dans Actualités, Monde, Syrie
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Le Monde.fr | 06.10.2015 à 11h41 • Mis à jour le 07.10.2015 à 17h58 | Par Pierre Breteau et Madjid Zerrouky

Bombardements russes sur la ville de Kafar Zita, le 7 octobre.

Au huitième jour de son intervention en Syrie, mercredi 7 octobre, l’aviation russe a mené d’intenses bombardements aériens contre les forces rebelles (l’Armée syrienne libre et le groupe dijadiste Al-Nosra) dans le nord de la province de Hama, où pour la première fois, des hélicoptères Mi-24 du contingent envoyé par Moscou semblent être intervenus en soutien aux forces syriennes sur le terrain attaquant l’ASL près de la ville de Morek.

La ville d’Al-Tabaqa, dans la province de Raqqa, aux mains de l’Etat islamique, a également été touchée par des missiles russes tirés depuis la mer Caspienne. Une frappe confirmée par l’EI qui a publié des images de restes de l’un de ces missiles.

Depuis le 30 septembre, on peut établir que les frappes russes répondent à deux règles : soutenir les forces syriennes dans les zones où elles sont malmenées, voire réellement en danger ; et affaiblir l’opposition armée pour aider les troupes gouvernementales à regagner du terrain dans d’autres régions.

De ce fait, l’aviation russe a beaucoup plus tendance à frapper l’opposition et les groupes armés hors Etat islamique (EI) que les troupes du « califat islamique » proprement dit. Les premiers représentent une menace réelle pour un régime aux abois quand le second reste un danger plus lointain. Les troupes de l’Etat islamique restent globalement tenues à l’écart de la « Syrie utile » encore aux mains de Bachar Al-Assad : l’axe et les villes de Damas et Homs, et la région côtière alaouite, fief du régime.

  • Dans le Nord-Ouest, l’activité aérienne russe se concentre sur les provinces de Hama et d’Idlib : la ville éponyme, celle de Jisr Al-Choghour, de Maarat al-Nouman, d’Al-Latamina, et leurs environs. La province d’Idlib a en effet été le théâtre au printemps d’une offensive rebelle qui a mis en déroute les troupes gouvernementales.

    Formée principalement par les troupes du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida et du groupe islamiste Ahrar Al-Sham – qui ne sont pas affiliés à l’Etat islamique, l’« armée de la conquête » a été particulièrement visée par les raids russes dans cette région. Ses premières lignes sont à moins de 30 km de la ville côtière de Lattaquié, fief du régime, qu’elle menace directement. Centres d’entraînement, dépôts d’armes, postes de commandement et même véhicules ont été visés.

  • Au nord de la grande ville de Homs, c’est l’enclave rebelle autour de la ville d’Al-Rastan, défendue par des groupes affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL) qui est dans la ligne de mire. Les frappes russes pourraient être le prélude à une offensive terrestre de l’armée syrienne qui, en se débarrassant de cette épine dans le pied, pourrait libérer des troupes pour d’autres fronts.

Moscou dit bombarder l’EI mais frappe l’ASL

Les Russes ont déclaré, vidéo à l’appui, avoir frappé la ville de Raqqa, capitale de l’Etat islamique (EI) dès le 1er septembre, mais il s’agissait en fait de frappes autour de la ville de Jisr Al-Choghour.

Ils ne semblent en réalité s’être préoccupés qu’à partir de dimanche soir de l’EI. Dans deux régions : à l’est d’Alep, en soutien à des troupes syriennes encerclées sur la base aérienne de Kuweiris depuis décembre 2012 par des forces rebelles puis par l’EI ; puis contre la ville d’Al-Bab, nœud routier stratégique entre Raqqa et Alep, la ville d’Al-Thaqba et, enfin, dans le Sud-Est, sur des positions de l’EI autour de Palmyre.

Occupée depuis le mois de mai par l’EI, la ville antique n’en reste pas moins à portée de tir des forces de Bachar Al-Assad, qui campent à 15 km du centre-ville pour ce qui est de leurs lignes les plus avancées.

Si l’effort se confirme dans cette région, une reprise de la ville par des forces gouvernementales bénéficiant d’un coup de pouce de l’aviation russe pourrait offrir à Vladimir Poutine une première victoire de prestige.

Reste une incertitude, la capacité de l’armée et des milices gouvernementales, usées par quatre ans de guerre et sur la défensive sur quasiment tous les fronts, à profiter de l’arrivée miraculeuse des Russes dans le ciel syrien.

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De l’utilité de la Guerre froide

Publié: 18 avril 2014 par estellavaras dans A contre-courant
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Contribution externe Publié le vendredi 18 avril 2014 à 08h01 – Mis à jour le vendredi 18 avril 2014 à 08h01

 

Opinions 

Une opinion de Ian Buruma, professeur de démocratie, des droits humains et de journalisme au Bard College de New York et auteur de « L’an zéro: une histoire de 1945 ».

Les relations entre les pays occidentaux et la Russie ont rarement été aussi mauvaises qu’aujourd’hui, depuis l’intervention du président russe Vladimir Poutine en Ukraine et sa décision d’annexer la Crimée. Le président américain Barack Obama a toutefois tenu à assurer à la communauté internationale qu’il ne s’agissait pas du début d’une nouvelle guerre froide. Cela n’empêche pas certains Américains, qu’ils soient des libéraux bellicistes ou des conservateurs purs et durs, de comparer défavorablement la présidence d’Obama avec celles de présidents supposément plus coriaces, comme Dwight Eisenhower et Ronald Reagan.

Qu’importe qu’Eisenhower n’ait rien fait pour empêcher les tanks russes d’écraser l’insurrection hongroise de1956 ou que Reagan n’ait jamais eu l’intention de venir en aide aux militants de Solidarnosc lorsqu’ils défièrent le régime communiste au pouvoir en Pologne. Sous bien des aspects, la guerre froide facilita la tâche des présidents américains. Il n’existait alors que deux grandes puissances – l’émergence de la Chine n’est intervenue que récemment – et leurs sphères d’intérêt respectives étaient clairement définies.

Stalinisme, maoïsme et conservatisme

L’idéologie du pouvoir en Union soviétique était également claire : une version staliniste du communisme. Le stalinisme, comme le maoïsme en Chine, était en fait profondément conservateur. Son principal objectif était le renforcement du régime au plan intérieur et l’assujettissement des pays satellites à l’étranger. Si l’ennemi idéologique était le monde capitaliste, la menace immédiate était représentée par “les trotskistes”, “les révisionnistes” et autres “éléments réactionnaires” de la zone d’influence soviétique.

En période de crise, le nationalisme russe traditionnel était mobilisé pour servir les intérêts soviétiques. La Chine a suivi la même voie. Mao Zedong n’était pas un expansionniste impérialiste, au point de ne jamais demander aux Britanniques de restituer HongKong à la Chine. Le Grand Timonier a lui aussi inféodé le nationalisme chinois au meilleur des mondes communistes. Mais la situation a changé du tout au tout après la mort de Mao et l’effondrement de l’Union soviétique.

Le communisme, sous forme de l’idéologie dominante, a disparu en Russie et est devenu tellement dilué dans la Chine capitaliste qu’il n’en reste plus guère que les attributs symboliques – et un parti léniniste ayant le monopole du pouvoir. Cette évolution a créé un vide politique dans les deux pays. On a d’un côté un gouvernement russe qui tente de justifier une autocratie élue; et, de l’autre, la dictature du parti unique en Chine qui cherche à renouveler sa légitimité.

Le retour en grâce des philosophes oubliés

Des traditions anciennes, discréditées, ont subitement été remises au goût du jour. Poutine s’évertue à démontrer la supériorité de l’âme nationale russe en citant des philosophes à moitié oubliés, tandis que les autorités chinoises ont commencé à évoquer le confucianisme comme base de la nouvelle doctrine politique. Tous ces propos sont pour le moins boiteux. La grande majorité des Chinois, responsables du gouvernement y compris, n’ont qu’une vague connaissance des Classiques confucéens. Les autorités tendent à ne sélectionner que les citations qui confirment leur mainmise sur le pouvoir, soulignant des vertus “traditionnelles” telles que la soumission à l’autorité, mais négligeant le fait que la pensée de Confucius défend le droit à la rébellion contre des dirigeants injustes.

Les philosophes préférés de Poutine sont un pot-pourri de nationalistes mystiques qui voyaient la Russie comme une communauté spirituelle basée sur la foi orthodoxe, mais dont les idées sont par ailleurs trop diverses, et trop obscures, pour engendrer une doctrine cohérente. Leurs pensées ne correspondent même pas toujours à la ligne idéologique de Poutine. Pour le président russe, l’effondrement de l’Union soviétique a été une catastrophe majeure, ce qui ne l’empêche pas de citer abondamment Ivan Iline, un philosophe qui devint un opposant résolu du régime soviétique et qui fut banni et exilé en Europe occidentale par Lénine.

Il se peut que Poutine pense réellement que la Russie est un bastion spirituel face à la décadence d’un monde occidental corrompu par le matérialisme et l’homosexualité. Il se peut également que les dirigeants actuels de la Chine, dont les familles se sont enrichies par le biais de faveurs politiques, soient des étudiants convaincus de la pensée confucéenne. Mais les gouvernements russe et chinois encouragent une tendance difficile à gérer : le nationalisme basé sur le ressentiment.

« L’éducation patriotique » par le ressentiment

Le dogme maoïste a pour l’essentiel été remplacé en Chine par l’introduction de cours scolaires sur “l’éducation patriotique”, par ailleurs mise en exergue dans les musées d’Histoire et par toutes sortes de monuments. Les Chinois grandissent avec l’idée – pas entièrement fausse – que la Chine a été profondément humiliée par les puissances étrangères pendant plus d’un siècle, en particulier durant les guerres de l’opium du XIXe siècle et l’occupation brutale du pays par le Japon. Seule une Chine forte, sous la férule ferme du Parti communiste, est en mesure de protéger la population de nouvelles exactions.

En Russie également, Poutine manipule d’anciens griefs et l’idée reçue qu’un Occident pervers s’acharne à saper l’unité russe et à détruire son âme. Tout comme les dirigeants chinois, Poutine accuse les pays occidentaux de se liguer contre la Russie. Cette attitude, que l’on pourrait qualifier de paranoïaque, n’est pas complètement irrationnelle. Ces deux Etats, la Russie et la Chine, sont entourés de pays alliés des Etats-Unis. Et en portant l’Otan aux frontières de la Russie, l’Occident ne s’est pas vraiment montré sensible aux préoccupations de sécurité de ce pays.

Le problème que présente le nationalisme basé sur le ressentiment est qu’il entrave la diplomatie, basée elle sur des concessions de part et d’autre. Toute critique est rapidement perçue comme un signe d’hostilité ou de manque de respect. Des gestes malheureux de politiciens américains ou japonais sont aussitôt dénoncés comme “une insulte pour le peuple”. Une grande partie de cette rhétorique a bien sûr vocation à mobiliser l’opinion publique aux côtés de ses dirigeants autocratiques. Mais le nationalisme rancunier de ces régimes autoritaires a fait que les relations sont devenues plus difficiles à gérer qu’avec leurs prédécesseurs communistes, plus brutaux, mais moins imprévisibles. Compte tenu de l’extrême dangerosité d’une confrontation armée, la meilleure stratégie pourrait encore être celle préconisée par le diplomate américain George Kennan en1947, à savoir une politique de “l’endiguement” à l’égard de l’Union soviétique. Si la Chine et la Russie ne peuvent être traitées comme des pays amis, les situations conflictuelles peuvent être gérées en reconnaissant leurs intérêts et avec une vigilance constante.

Si, contrairement à l’opinion de M.Obama, nous sommes au seuil d’une nouvelle guerre froide, qu’il en soit ainsi. Le principe même de la guerre froide était d’empêcher une guerre “chaude”.

 

Copyright : Project Syndicate, 2014. http://www.project-syndicate.org

« La FIFA débute une enquête sur l’attribution des Mondiaux 2018 et 2022 »

Source: Belga© epa.

Selon la chaîne britannique d’information BBC, la Fédération internationale de football (FIFA) enquête auprès des membres du comité exécutif qui ont choisi, en décembre 2010, la Russie et le Qatar en tant que pays organisateurs des Mondiaux 2018 et 2022.

Michael Garcia, enquêteur principal de la FIFA, doit vérifier les soupçons de corruption.

Mardi, le Daily Telegraph annonçait que Jack Warner, ancien vice-président de la FIFA et les membres de sa famille ont perçu 1,43 millions d’euros du Qatari Mohammed Bin Hammam (ancien président de la Confédération asiatique exclu en 2011), deux semaines après l’attribution du Mondial 2022.

Warner a qualifié cette information de « chasse aux sorcières » contre le Mondial-2022.

Warner a été prié de quitter toutes ses fonctions à la FIFA en juin 2011. Bin Hammam a lui été exclu de la FIFA en juillet 2011 et banni à vie, une suspension annulée par le TAS en 2012.

Le Qatar nie toute malversation et assure qu’il a respecté strictement les règles de candidature imposées par la FIFA.

Cette enquête de la FIFA devrait mener à terme à une modification du système d’attribution de la plus prestigieuse compétition du plus populaire des sports. .

L’Ukraine privée de la Crimée et de ses gisements gaziers

Source: BelgaGaz russe (archives) © afp.

L’Ukraine, privée de facto de la Crimée, de ses deux millions d’habitants et de ses stations balnéaires, a perdu aussi le contrôle de ses gisements gaziers de la mer Noire, qui pourraient revenir au géant russe Gazprom.

La déclaration d’indépendance votée par le parlement de la péninsule séparatiste en vue de son rattachement à la Russie, porte également sur « le plateau continental et la zone économique exclusive en mer ».

L’une des premières décisions des autorités séparatistes de la péninsule après le référendum de dimanche, a été de « nationaliser » la société locale en charge de l’extraction des hydrocarbures, Tchornomornaftogaz, filiale de l’opérateur public ukrainien Naftogaz. L’entreprise exploite 17 gisements, 11 de gaz naturel, deux de pétrole et quatre de condensat de gaz et dispose de 13 plateformes offshore, en mer d’Azov et en mer Noire. Elle emploie plus de 4.000 personnes.

Le numéro deux du gouvernement de Crimée, Roustam Temirgaliev, a indiqué au journal russe Kommersant que l’appel d’offres pour sa « privatisation » serait lancé rapidement et que Gazprom avait fait part de son intérêt.

Dans un entretien au site internet de l’édition ukrainienne du magazine Forbes, le vice-président de Tchornomornaftogaz a raconté que dès jeudi, avant le référendum, des représentants du pouvoir local étaient venus installer leurs représentants à la tête de l’entreprise, escortés d’hommes équipés d’armes automatiques. « Il y avait des représentants de Gazprom, ils étaient quatre », a raconté Volodymyr Pletchoune. « Ils ont aussitôt commencé à étudier les documents ». Des hommes armés se sont ensuite postés sur les plateformes de l’entreprise.

Tchornomornaftogaz a produit en 2013 1,6 milliard de mètres cubes de gaz, soit plus de 5% de la production ukrainienne. Cela représente une hausse de 40% par rapport à 2012 et un volume suffisant pour assurer la consommation de la Crimée. « Il n’est jamais bon de perdre un actif » mais « il ne s’agit pas de pertes critiques », relativise Dmytro Marounytch, analyste de l’Institut des recherches énergétiques à Kiev. « Tout le gaz extrait par l’entreprise va aux consommateurs de Crimée. C’est à dire que les habitants de l’Ukraine continentale ne seront pas affectés », explique-t-il.

Sur le plan symbolique, la perte est plus douloureuse pour Kiev, qui ces dernières années multiplie les initiatives pour réduire sa dépendance aux importations de gaz russe. D’importants moyens avaient été mis en oeuvre pour moderniser l’entreprise, qui vise à doubler sa production d’ici 2015 et des gazoducs devaient être construits en direction du sud de l’Ukraine.

L’autre projet des autorités ukrainiennes en mer Noire, annoncé en septembre dernier en marge de l’assemblée générale de l’ONU, vient de subir un revers avec le retrait de l’anglo-néerlandais Shell. L’autre principal investisseur de ce gisement proche de la Roumanie, l’américain ExxonMobil, a suspendu ses discussions en attendant un retour à la normale dans l’ex-république soviétique. Résultat: Kiev pourrait bien se trouver contraint d’acheter au prix fort à Gazprom le gaz extrait par Tchornomornaftogaz.

Pour Gazprom, le producteur d’hydrocarbures de Crimée ne représente pas grand chose: sa valeur est estimée par les analystes entre 500 et 800 millions de dollars, bien peu au vu des 25 milliards de bénéfice dégagés sur les neuf premiers mois de 2013. Sa production et ses réserves ne représentent que 0,5% de celles du géant russe.

Viktor Ianoukovitch, chef de clan et président honni

Publié: 22 février 2014 par gandibleux dans Actualités, Europe, Monde
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Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, à Kiev, en juillet 2012.

Honni par les manifestants, détesté de sa population, méprisé par Moscou qui le voit comme un « pouvoir sur lequel on s’essuie les pieds », le président ukrainien Viktor Ianoukovitch devient infréquentable, tant sa responsabilité est écrasante dans le bain de sang qui endeuille l’Ukraine.

 

Le mouvement de contestation enclenché fin novembre 2013, pro-européen au départ, est vite devenu anti-Ianoukovitch sous les coups de boutoirs d’une répression policière impitoyable. Sur la place Maïdan occupée au centre de Kiev, les libelles, pamphlets, clips vidéo tournent le président en ridicule. On l’affuble du surnom « Ianoucescu », en référence au dictateur roumain Nicolae Ceaucescu et à sa fin pitoyable en décembre 1989.

Lorsque la statue de Lénine, située face au marché Bessarabski, est détruite, elle est remplacée par une cuvette de WC peinte en doré. Il symbolise le système clanique, incompétent et corrompu mis en place par Viktor Ianoukovitch depuis son élection à la présidence en janvier 2010. Ne dit-on pas, à Kiev et au-delà, que le président aurait fait installer une chasse d’eau et des poignées de portes en ordans son petit Versailles de Mejegorié aux environs de la capitale ukrainienne ? Bien qu’aucun citoyen lambda n’y ait jamais mis les pieds.

COLOSSE, IL EN IMPOSE AUX PETITS VOYOUS

Le train de vie présidentiel fait jaser. La fulgurante ascension du fils aîné du président, Olexandre Ianoukovitch, qui a bâti une fortune colossale depuis que son père est aux manettes, est une autre source d’indignation. Dans l’Ouest ukrainophone et catholique comme dans l’Est russophone et orthodoxe, le constat est le même : « Ceux de Donetsk ont fait main basse sur les ressources du pays. »

Donetsk, la grande région minière et industrielle de l’Est, est le berceau des caciques du Parti russophone des régions, majoritaire au Parlement. Viktor Ianoukovitch en est l’un des piliers.

Né le 9 juillet 1950 dans le village d’Enakievo, il grandit entre les terrils et les cheminées d’usines. Sa vie n’est pas rose. Orphelin dès l’âge de 2 ans, il est élevé par sa grand-mère. Devenu adulte, sa stature de colosse (plus de deux mètres) en impose aux petits voyous toujours prêts à en découdre. A 18 ans, il est condamné pour vol, puis une nouvelle fois dans le cadre d’un viol collectif. Ces condamnations seront effacées de son casier judiciaire lorsqu’il briguera la présidence en 2004.

ASCENSION LABORIEUSE

Son ascension a été laborieuse. Responsable d’un dépôt d’autobus, il devient directeur d’entreprises. Son dévouement au clan de Donetsk est sans bornes. La ville est alors le théâtre de règlements de comptes entre clans pour le contrôle des usines métallurgiques. Protégé par Rinat Akhmetov, devenu aujourd’hui l’homme le plus riche d’Ukraine, le colosse entame une belle carrière. Nommé gouverneur de Donetsk en 1997, il « monte » à Kiev en 2002 pour devenir premier ministre.

On le dit alors « simple » et « proche du peuple », pragmatique en diable et pas si pro-russe que ça. Son élocution est désastreuse, il parle mal l’ukrainien, écorche les mots en russe, accumule les lapsus.

 

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, en février 2010 à Kiev.

 

Sous son aspect de pater familias, impeccablement manucuré et permanenté, se cache un manoeuvrier et un homme duplice, rompu aux méthodes expéditives qui firent son succès à l’Est.

Ainsi, le 29 janvier dernier, quand les députés des régions, comprenant la gravité de la situation, s’apprêtent à faire des concessions (amnistie, réforme constitutionnelle) à l’opposition, Viktor Ianoukovitch débarque au Parlement, blanc comme un linge.

JURONS ET MENACES AUX DÉPUTÉS

Avec des bordées de jurons, il reproche à son groupe parlementaire d’être trop conciliant. Les menaces pleuvent, il promet aux députés de les « couler dans l’asphalte » et leur rappelle qu’il possède « des dossiers compromettants » sur eux. C’est le style de Donetsk, celui de la pègre déguisée en élite politiquedécomplexée, arborant costumes sur mesure, jets privés et voitures de luxe.

En trois ans passés à la tête du pays, M. Ianoukovitch a fidèlement servi son clan et sa famille, aux détriments de l’Ukraine, vouée désormais au défaut de paiement et à la guerre civile. La promesse de nouvelles élections, arrachée par la « troïka » européenne en visite à Kiev, jeudi 20 février, suffira-t-elle à calmer le jeu ? « M. Ianoukovitch est un spécialiste de la falsification des élections », rappelle un diplomate européen en poste en Ukraine.

 

Dans un hôtel à Kiev, un prêtre parle au téléphone près des corps de plusieurs manifestants tués par les forces de l'ordre ukrainiennes.

 

Mais, à l’heure du drame qui se joue aujourd’hui dans les rues de Kiev, le régime est aux abois. Choqués par les images des dizaines de cadavres jonchant le centre de Kiev, douze députés du Parti des régions, majoritaire au Parlement, ont quitté leur fraction, jeudi. Dans le même temps, les militaires se font de plus en plus tirer l’oreille pour venir à la rescousse du président.

Jeudi, le chef adjoint de l’état-major, le général Iouri Doumanski a démissionné, inquiet du projet présidentiel d’impliquer l’armée dans la répression. La veille, le chef de l’état-major, Vladimir Zaman, avait été relevé de ses fonctions. Il n’avait pas manifesté assez d’enthousiasme face à la brillante idée du président, bien décidé à faire venir 500 parachutistes de province vers la capitale ukrainienne, au cas où les choses tourneraient mal.

RESPONSABLE DE L’ESCALADE

En vingt-deux années d’indépendance, le pays n’a jamais vu une telle violence, ni en 1991, lors de la désintégration de l’URSS, ni en 2004, au moment de la « révolution orange » qui n’avait produit ni coups de feu ni vitres brisées.

L’escalade est largement à mettre au compte du président Ianoukovitch, qui a accumulé gaffe sur gaffe tout au long de la crise. A l’incompétence de la direction ukrainienne, il convient d’ajouter la médiocrité de l’opposition, l’inefficacité de l’Union européenne, l’impuissance des diplomates américains, le jeu trouble de Moscou, le pourrissement de la situation sur place, savamment entretenu par une classe politique irresponsable.

Ce terreau a donné naissance au court-circuit qui crépite aujourd’hui à Kiev et dans une quinzaine de régions du pays. La flambée de violence menace de fairede l’Ukraine, pays de 45 millions d’habitants à la charnière de deux mondes – européen et post-soviétique –, une nouvelle Yougoslavie au coeur du Vieux Continent.

  Marie Jégo (Moscou, correspondante) 

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 17.12.2013 à 03h16 • Mis à jour le 17.12.2013 à 20h19

Des manifestants pro-européens sur la place de l'indépendance à Kiev, le 16 décembre.

L’opposition proeuropéenne en Ukraine redoutait cette visite controversée du président Viktor Ianoukovitch à son homologue russe, Vladimir Poutine. Comme ils l’avaient laissé entendre, les chefs d’Etat ont signé, mardi 17 décembre au Kremlin, un accord destiné à lever les obstacles commerciaux entre les deux pays pour 2013 et 2014. La Russie investira 15 milliards de dollars dans des titres du gouvernement ukrainien et réduira d’un tiers le tarif de ses livraisons de gaz à l’Ukraine. Conformément à ce que les autorités des deux pays avaient affirmé, Moscou et Kiev « n’ont pas discuté de l’Union douanière », que la Russie mène, au côté de la Biélorussie et du Kazakhstan.

Ces mesures confirment ce qu’avaient laissé entendre les autorités russes, notamment la signature d’un accord de prêt à l’Ukraine pour l’aider à surmonterses difficultés économiques. Kiev cherche en effet une assistance financière pourcouvrir un besoin de financement extérieur évalué à 17 milliards de dollars l’année prochaine.

Vladimir Poutine a fait savoir que les 15 milliards de dollars investis ne sont « liés à aucune condition, ni à une hausse, ni à une baisse, ni au gel des avantages sociaux, des retraites, des bourses ou des dépenses », une allusion aux conditions imposées par le Fonds monétaire international (FMI) pour l’octroi d’un prêt à Kiev. Le ministre des finances russe, Anton Silouanov, a ensuite précisé que cet argent serait investi en 2013 et en 2014 dans des obligations émises par l’Ukraine, selon les agences de presse russes.
Le président ukrainien Viktor Ianoukovtich et son homologue russe Vladimir Poutine au Kremlin, le 17 décembre.

RABAIS SUR LE GAZ : UNE MESURE ATTENDUE

Enjeu crucial entre les deux pays, le rabais sur les tarifs de livraison de gaz naturel russe à l’Ukraine était au cœur des négociations : aujourd’hui facturé 400 dollars (291 euros) environ les 1 000 mètres cubes, il passera à 268,5 dollars (195,5 euros) à compter du mois de janvier. Important pays de transit par lequel passe 60 % du gaz russe vers l’Europe, l’Ukraine est dotée d’une industriegourmande en gaz (métallurgie, engrais), un marché attrayant pour Gazprom, la compagnie pétrolière publique russe.

Cette dernière veut prendre le contrôle des gazoducs, comme elle l’a fait en Biélorussie et en Arménie, ce qui lui permettrait de maîtriser de facto l’industrie ukrainienne. Gazprom vise aussi l’acquisition des réservoirs de gaz, qui représentent un tiers des capacités de stockage de l’Union européenne.

« L’UKRAINE EN GAGE »

Les leaders de l’opposition ukrainienne – qui manifeste depuis près de quatre semaines contre le refus à la fin de novembre de Viktor Ianoukovitch de signer un accord d’association avec l’Union européenne, y préférant un rapprochement avec la Russie – ont immédiatement accusé M.Ianoukovitch d’avoir « mis l’Ukraine en gage ». « Qu’est-ce qu’il a signé à Moscou ? Il a même annulé une conférence de presse. Le peuple ukrainien a le droit de savoir ce qu’a promis Ianoukovitch en échange », a lancé le célèbre boxeur et opposant Vitali Klitschko, devant quelque cinquante mille manifestants réunis sur la place de l’Indépendance, dans le centrede Kiev, mardi soir.

Même son de cloche pour Arseni Iatseniouk, un autre chef de file de l’opposition :« 15 milliards de dollars plus le rabais sur le prix du gaz qui représente encore 5 milliards de dollars. C’est une somme énorme. Nous voulons savoir ce qu’il a cédé en échange. »

Portrait du président ukrainien Viktor Ianoukovitch dans les rues de Kiev, le 16 décembre.

 

UN ACCORD DÉNONCÉ PAR LA MAISON BLANCHE

Aucun accord entre Moscou et Kiev ne « répondra aux inquiétudes » exprimées dans la rue en Ukraine, a de son côté dénoncé la Maison Blanche, par la voix de son porte-parole, Jay Carney, en appelant les autorités ukrainiennes à engager le« dialogue » avec les manifestants.

« Nous exhortons le gouvernement ukrainien à écouter ses administrés et àtrouver le moyen de rétablir un cheminement vers l’avenir européen pacifique, juste, démocratique et prospère auquel les Ukrainiens aspirent », a ajouté M. Carney. Dimanche le sénateur et ancien candidat à la présidentielle américaine John McCain avait fait le déplacement jusqu’à la place de l’Indépendance de Kiev pour assurer les Ukrainiens proeuropéens du soutien des Etats-Unis. 

Ancienne étudiante en philosophie et mère d'une fillette de 5 ans, Nadejda Tolokonnikova a annoncé lundi 30 septembre commencer une grève de la faim, se disant menacée de mort après avoir dénoncé les conditions de détention dans son camp de travail situé en Mordovie, à 600 kilomètres à l'est de Moscou.
Nadejda Tolokonnikova, l’une des deux jeunes femmes emprisonnées du groupe contestataire russe Pussy Riot, a repris vendredi sa grève de la faim après avoirquitté l’hôpital et avoir été renvoyée dans le camp où elle affirme avoir été menacée de mort. « Aujourd’hui, Nadia [diminutif de Nadejda] a repris sa grève de la faim après avoir été transférée dans le camp IK-14 », a annoncé son époux, Piotr Verzilov, dans un communiqué envoyé à l’AFP.
L’administration pénitentiaire a confirmé cette information. « Le 17 octobre, la détenue Tolokonnikova a été transférée de l’hôpital au camp n° 14. Son traitement est terminé. Le 18 octobre, elle a écrit une déclaration annonçant qu’elle refusait de s’alimenter », a indiqué dans un communiqué la direction de l’administration pénitentiaire de Mordovie (500 km à l’est de Moscou) où Tolokonnikova purge sa peine.

« Nous considérons son retour au camp comme une nette dégradation de sa situation », a déclaré M. Verzilov à la radio Echo de Moscou en affirmant que les autorités pénitentiaires avaient promis à ses avocats de la transférer dans un autre établissement. « C’est une décision politique, une vengeance », a-t-il estimé.

 

Après son hospitalisation le 1er octobre, Nadejda Tolokonnikova avait interrompu sa grève de la faim commencée le 23 septembre pour protester contre des conditions dans son camp de travail qu’elle a décrites comme étant proches de l’« esclavage ». Elle accuse le directeur adjoint du camp, Iouri Kouprianov, de l’avoirmenacée de mort après la publication de sa lettre sur les conditions de détention rappelant des témoignages sur le goulag soviétique. Selon elle, les prisonnières sont systématiquement humiliées et réduites à l’état d’« esclave », forcées detravailler seize ou dix-sept heures par jour, privées de sommeil, et contraintes devivre dans des conditions d’hygiène précaires.

 

« ELLE NE PEUT FAIRE RIEN D’AUTRE QUE RUINER SA SANTÉ »

Cette lettre a provoqué une vive polémique en Russie sur les conditions de détention dans le pays.
Le délégué du Kremlin chargé des droits de l’homme, Vladimir Loukine, s’est dit« choqué », par le fait que Mme Tolokonnikova soit retournée dans son camp, soulignant que les autorités pénitentiaires lui avaient promis de la transférer dans un autre établissement. « Le service d’application des peines m’a menti. C’est regrettable », s’est-il indigné, cité par l’agence Interfax. Lioudmila Alexeeva, présidente du groupe Helsinki de Moscou, s’est dite inquiète du sort de Nadejda Tolokonnikova. « Il semble qu’elle n’ait pas d’autre solution. Elle ne peut faire rien d’autre que ruiner sa santé », a déclaré Mme Alexeïeva citée par l’agence Interfax.

Tolokonnikova purge avec une autre jeune femme une peine de deux ans de camp pour avoir chanté début 2012 une « prière punk » contre le président russe, Vladimir Poutine, dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. Peu avant l’annonce de la reprise de la grève de la faim, l’autre Pussy Riot emprisonnée, Maria Alekhina, a retiré sa requête demandant un aménagement de sa peine, en signe de solidarité avec Tolokonnikova. Devant un tribunal de Nijni Novgorod (Volga), Mme Alekhina a expliqué qu’elle n’avait « pas le droit moral » de faire une telle demande, compte tenu de la situation de Tolokonnikova. Les deux jeunes femmes doivent rester en détention jusqu’à mars 2014.

Des cours de fellation donnés en Russie

© thinkstock.

Voilà une école dont on pousse la porte avec autant d’appréhension que d’excitation. À Moscou, des cours de fellation sont données aux femmes. Six professeurs enseignent les rudiments d’une vie sexuelle épanouie. Comment garder son homme heureux et accro, comment éveiller la bête qui sommeille en lui, le plaisir du sexe anal, l’orgasme masculin, voilà ce qu’apprennent les femmes qui font le déplacement. Et elles sont nombreuses.

Chaque cours dure trois heures et coûte 100 euros. « En ce moment, les ateliers les plus demandés sont ceux qui enseignent le sexe oral et qui visent à faire la ‘gorge profonde’. », confie Ekaterina Liubimova, l’une des profs, au journal espagnol El Mundo. Pendant les cours de fellation, les jeunes femmes s’entraînent sur des pénis en plastique, face au miroir, pour arriver à se mettre à genoux avec grâce et curiosité.

Il n’y a pas d’ordinateur dans les salles de classe et les téléphones portables sont interdits. Sur les tables, on trouve des pénis géants, des préservatifs, des lubrifiants et des poupées gonflables. Parfois, il y a aussi du champagne, histoire de détendre les filles stressées. Une petite boutique permet aux élèves d’acheter quelques accessoires coquins, histoire de pimenter leur vie de couple. « En Russie, beaucoup de femmes sont gênées de faire ce type d’achats. Nous leur permettons de faire ça à l’abri des regards. »

Ces cours fleurissent en Russie: il y en a à Saint-Pétersbourg, d’autres en Moldavie et cinq autres villes devraient avoir leur école d’ici peu. Des Californiens sont venus visiter l’école et ont été ébahis par l’expérience. On peut donc imaginer que l’Amérique pourrait s’y mettre également.

 

     

Le Monde.fr avec AFP | 19.09.2013 à 09h18 • Mis à jour le 19.09.2013 à 11h18

Vladimir Poutine avait écrit une tribune aux Américains publiée dans le New York Times. Le sénateur américain John McCain, ancien candidat républicain à la Maison Blanche, en 2008, lui renvoie la pareille et s’adresse aux Russes dans une virulente tribune publiée jeudi dans la Pravda.

Il reproche à M. Poutine et à son entourage d’avoir truqué des élections, emprisonné et assassiné des opposants, favorisé la corruption et détruit la réputation de la Russie sur la scène mondiale. « Je ne suis pas antirusse, écrit McCain dans son texte qui a été envoyé au quotidien du Parti communiste Pravda et à son site en ligne Pravda.ru. Je suis prorusse, plus prorusse que le régime qui vous gouverne mal aujourd’hui. »

John McCain n’avait pas caché la semaine dernière son intention d’écrire une tribune pour la presse russe après la publication du texte de Poutin.

« IL NE REHAUSSE PAS PAS LA RÉPUTATION DE LA RUSSIE »

Selon lui, le gouvernement russe ignore les « droits inaliénables » de vie, de liberté et de recherche du bonheur.

« Le président Poutine et ses collaborateurs ne croient pas en ces valeurs. Ils ne respectent pas votre dignité ou n’acceptent pas votre autorité sur eux.

Ils condamnent les dissidents et emprisonnent les opposants. Ils truquent vos élections. Ils contrôlent vos médias. Ils harcèlent, menacent et interdisent les organisations qui défendent vos droits à l’autogouvernance »

[Vladimir Poutine] ne rehausse pas pas la réputation de la Russie au yeux du monde, il la détruit. Il en a fait une amie des tyrans et une ennemie des opprimés. Le président Poutine ne croit pas dans ces valeurs parce qu’ils ne croit pas en vous ».

LE POINT DE VUE DE « QUELQU’UN QUI VIT DE L’AUTRE CÔTÉ DE L’OCÉAN »

Dmitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine, a répliqué à la radio RSN que le président russe prendrait connaissance du texte du sénateur américain.

« McCain est bien connu pour ne pas être un partisan de Poutine. Il y a peu de chances que nous entamions une polémique : c’est le point de vue de quelqu’un qui vit de l’autre côté de l’océan. Pour ce qui est de ce que méritent les Russes, ils sont eux-mêmes capables de répondre à cette question, et il le font quand il y a des élections. »

Le PDG de Pravda.ru, Vadim Gorchenine, s’est justifié, de son côté, sur le site de sa décision de publier le texte du sénateur américain.

« Pravda.ru soutient la politique de Vladimir Poutine, mais devions-nous pour cette raison refuser au sénateur McCain la publication de sa tribune ? Les médias russes sont aujourd’hui non moins ouverts à la discussion que les médias occidentaux, et c’est précisément grâce au président russe ».

 

 

 

« Les rebelles ont utilisé l’arme chimique pour provoquer une intervention » selon Poutine

Source: Belga© getty.

Le président russe Vladimir Poutine estime dans le New York Times que ce sont les rebelles syriens, et non l’armée du régime de Bachar al-Assad, qui ont utilisé des armes chimiques le 21 août près de Damas, dans le but de provoquer une intervention des Etats-Unis.

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« Il y a toutes les raisons de croire que (le gaz toxique) a été utilisé non pas par l’armée syrienne, mais par les forces d’opposition, pour provoquer une intervention de leurs puissants soutiens étrangers, qui se seraient mis du même côté que les fondamentalistes », affirme le président russe dans une tribune publiée par le quotidien américain et diffusée mercredi soir.

Vladimir Poutine estime que la Syrie ne fait pas l’objet d’une lutte pour la démocratie, mais d’un « conflit armé entre le gouvernement et l’opposition dans un pays multireligieux ». Le président russe met en garde contre l’usage de la force qui, en dehors de la légitime défense ou d’une décision du Conseil de sécurité de l’ONU, « est inacceptable (…) et constituerait un acte d’agression », après que Washington eut reporté un projet de frappes militaires contre Damas pour examiner une initiative russe de démantèlement de l’arsenal chimique syrien.

Le président russe agite également le spectre d’une déstabilisation régionale. Des frappes en Syrie pourraient déclencher selon lui une « nouvelle vague de terrorisme, (saper) les efforts multilatéraux pour résoudre le problème nucléaire iranien et le conflit israélo-palestinien, et déstabiliser davantage le Proche-Orient et l’Afrique du Nord », affirme en outre le dirigeant russe.

Vladimir Poutine appelle les Etats-Unis à « saisir l’occasion de la volonté » de la Syrie de démanteler son arsenal chimique syrien, tel que proposé par Moscou. « J’accueille favorablement l’intérêt du président (américain) à poursuivre le dialogue avec la Russie sur la Syrie », ajoute-t-il. Le président Obama a annoncé mardi vouloir donner une chance à la diplomatie et repoussé le projet de frappes punitives contre la Syrie.