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Un islamiste recherché sort une chanson sur… Jésus

Source: AFP© Capture d’écran.

Un ex-crooner libanais devenu un islamiste recherché par les autorités, a sorti cette semaine une chanson louant Jésus-Christ, qui a été mise en ligne sur ses comptes Twitter et YouTube.

Fadel Chaker, chanteur à succès jusqu’à ce qu’il mette fin à sa carrière en 2011, est en cavale depuis l’été, après des affrontements sanglants ayant opposé l’armée libanaise aux partisans de son mentor, le cheikh radical Ahmad al-Assir. « Le Messie est béni et nous sommes ses bien-aimés, il est le porteur de la vraie religion », chante Fadel Chaker, dans un style musical proche de celui des chants islamiques.

Mise en ligne mercredi, la chanson qui dure un peu plus de quatre minutes avait été visionnée près de 50.000 fois jeudi sur son compte YouTube. Accompagné d’un choeur qui entonne le refrain, Fadel Chaker y évoque également la conception virginale de Jésus (« Elle l’a portée, enceinte du Créateur de l’univers, sans le sperme d’un homme »). « On n’est pas un vrai musulman s’il l’on ne croit pas au Messie, que la paix soit avec Lui », a tweeté mercredi l’ex-crooner, connu pour sa voix chaleureuse.

Dans l’islam, Jésus, connu sous le nom d' »Issa, fils de Marie », est considéré comme l’un des prophètes de Dieu et non pas comme son fils. La Vierge est particulièrement estimée et une sourate (ensemble de versets du Coran) lui est consacrée.

La chanson lui a valu des critiques comme des éloges sur son compte YouTube. « Le Christ pour lequel tu chantes a prêché pour la paix et l’amour, pas pour le meurtre », commente un internaute, reprochant à Fadel Chaker son engagement auprès d’un cheikh dont les partisans ont fait usage des armes. « Que tu sois sous l’influence de la drogue ou que tu essaies de faire un come-back dans la société (…) c’est un coup mesquin. Va au diable! »

« Que Dieu te bénisse, nous sommes tous avec toi », écrit un autre. Fadel Chaker, décrit par son entourage comme une personne extrêmement sensible et influençable, avait connu la gloire avec des chansons d’amour dans les années 90.

La révolte contre le régime lancée en Syrie en mars 2011, qu’il soutenait, a révélé son rapprochement du cheikh Assir, un religieux sunnite radical hostile au régime de Damas et au Hezbollah chiite libanais qui combat les rebelles syrienne aux côtés de l’armée de Bachar al-Assad. Il s’est laissé pousser la barbe et s’est mis à considérer que chanter était haram, interdit par l’islam. A l’été, les violents combats se sont soldés par la mort de 17 soldats de l’armée libanaise, que cheikh Assir accuse d’être conciliante à l’égard du Hezbollah.

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Le Monde.fr | 04.12.2013 à 18h15 • Mis à jour le 05.12.2013 à 08h10

D'après une source proche du Hezbollah, Hassan Al-Lakiss était très proche du chef du parti chiite, Hassan Nasrallah.

Hassan Hawlo Al-Lakiss, un des dirigeants du Hezbollah, le mouvement armé chiite libanais, a été assassiné mardi 3 décembre vers minuit, « près de sa maison dans la région de Hadath », à trois kilomètres de Beyrouth, a annoncé la chaine de télévision du mouvement, Al-Manar. L’homme a été « abattu par plusieurs balles » après avoir garé sa voiture dans le parking de l’immeuble où il habitait. Le tireur n’aurait pas agi seul. La télévision a montré des traces de pas boueuses sur l’asphalte ainsi que des impacts de balles sur un des murs du parking.

 

Quel rôle jouait Hassan Hawlo Al-Lakiss au sein du Hezbollah ? Quelles étaient ses fonctions et ses responsabilités ? Décrit comme très proche de Hassan Nasrallah, le chef emblématique du mouvement libanais, cet homme de l’ombre, âgé d’une quarantaine d’années, était un des hommes clés du « Parti de Dieu » et un de ses commandants militaires. Selon des sources libanaises, il aurait été chargé des opérations et de la coordination avec les réseaux djihadistes dans les territoires palestiniens. Sa mort risque de constituer un coup dur pour les alliés du régime syrien.

 

Selon le journal libanais L’Orient le jour, un groupe se faisant appeler la « Brigade des sunnites libres de Baalbek » a revendiqué, mercredi 4 décembre, cet assassinat sur son compte Twitter. Le groupe, inconnu jusqu’ici, affirme « avoir à plusieurs reprises mis en garde contre les exactions et les arrestations dont sont victimes les sunnites à Baalbeck de la part des chabihas du Hezbollah », avant d’ajouter : « A partir d’aujourd’hui, les mosquées des sunnites ne seront plus violées à Baalbek », la grande ville de l’est du Liban, bastion du « Parti de Dieu ».

 

LE HEZBOLLAH ACCUSE ISRAËL

 

Le Hezbollah a, quant à lui, immédiatement accusé l’Etat juif, contre lequel il prône la lutte armée. « L’ennemi israélien a tenté d’éliminer notre frère martyr à plusieurs reprises et dans plusieurs endroits, mais ses tentatives avaient échoué jusqu’à celle d’hier soir », a indiqué un communiqué du groupe chiite dont la branche armée a été inscrite, en juillet dernier, sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

 

En Israël, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Yigal Palmor, a tout de suite réagi en prévenant qu’« Israël n’avait rien à voir avec cela ». M. Palmor voit dans les allégations du mouvement libanais « un réflexe pavlovien du Hezbollah, qui lance des accusations automatiques. Ils n’ont pas besoin de preuves, pas besoin de faits, pour eux, Israël est responsable de tout ce qui leur nuit ».

 

« C’est un coup dur pour le Hezbollah » qui, en présentant Israël comme le responsable de l’assassinat, cherche à « occulter les luttes intestines au Liban et les divisions face à la situation en Syrie », a déclaré de son côté le ministre israélien de l’énergie, Sylvan Shalom, assurant que la branche armée du parti enregistrait de plus en plus de pertes en Syrie.

 

Le mouvement chiite s’est progressivement impliqué dans le conflit syrien auprès du régime de Bachar Al-Assad. En mai 2013, il a, par exemple, perdu une vingtaine de combattants dans la bataille pour le contrôle de la ville de Qousseir près de la frontière entre les deux pays. Le Hezbollah, seul parti libanais maintenant une branche armée, affirme que sa lutte aux côtés du régime syrien vise à combattre des « extrémistes » sunnites qui menacent, selon lui, les minorités religieuses comme les chiites et les chrétiens.

Hassan Hawlo Al-Lakiss a été assassiné à Beyrouth. Ce proche d'Hassan Nasrallah était un homme clé du « parti de Dieu ».

ESCALADE DES VIOLENCES AU LIBAN

 

Cet assassinat intervient alors que dans le nord du Liban, dans la ville de Tripoli, les affrontements – 11 morts en trois jours – entre alaouites [une secte chiite à laquelle appartient la famille Assad] et sunnites sont de plus en plus violents, exacerbés par le conflit syrien dans lequel le Hezbollah est engagé. L’implication du mouvement chiite en Syrie a attisé les tensions confessionnelles au Liban qui a, en outre, accueilli plus de 800 000 réfugiés syriens.

 

Depuis cet été, le Hezbollah a été la cible de plusieurs attaques. Le 9 juillet, un attentat à la voiture piégée a été perpétré à Bir Al-Abed, un fief du mouvement dans la banlieue sud de Beyrouth, faisant une cinquantaine de blessés. Le 15 août, au moins 27 personnes ont été tuées dans un deuxième attentat à la voiture piégée à Roueiss, également dans la banlieue sud de Beyrouth.

 

Ces attaques ont été revendiquées par des groupes djihadistes disant répondre, par ces actes, à l’engagement du Hezbollah aux côtés du régime syrien.

 

ATTAQUE CONTRE L’IRAN

 

Le 19 novembre, l’ambassade d’Iran à Beyrouth, située dans un quartier résidentiel du sud de la capitale, a été visée par un double attentat-suicide qui a fait au moins 25 morts, dont l’attaché culturel iranien, et près de 150 blessés.

 

Il s’agissait là de la première attaque visant l’Iran, principal parrain du Hezbollah, depuis le début du conflit syrien. Lors d’une interview télévisée, mardi 3 décembre, Hassan Nasrallah a accusé l’Arabie saoudite et ses services secrets d’être derrière ces attentats qui ont été revendiqué par les brigades Abdallah Azzam, un groupe lié à Al-Qaida.

 

Le dernier meurtre d’un leader du Hezbollah remonte à 2008 à Damas, où Imad Moughniyeh, principal commandant militaire du parti, avait été tué dans un attentat à la voiture piégée. En 1992, des hélicoptères israéliens avaient ouvert le feu sur un convoi dans lequel se trouvait cheikh Abbas Moussaoui, précédesseur de Hassan Nasrallah à la tête du parti chiite. Le responsable avait été tué ainsi que son épouse, son jeune fils et quatre gardes du corps. En 1984, un autre leader du Hezbollah, cheikh Ragheb Harb, avait été abattu au Sud-Liban.

 

Thomas Loubière (avec AFP)

Un groupe lié à Al-Qaïda revendique le double attentat-suicide à Beyrouth

Un double attentat-suicide a fait au moins 23 morts et près de 150 blessés, mardi, dans le sud de Beyrouth, devant l’ambassade d’Iran, dans un secteur contrôlé par le Hezbollah chiite. Un groupe d’Al-Qaïda a revendiqué l’attaque sur Twitter.

Au moins 23 personnes ont été tuées et près de 150 autres ont été blessées, mardi 19 novembre, dans un double attentat-suicide dans un quartier à majorité chiite de Beyrouth, devant l’ambassade d’Iran. « Ce n’est pas un bilan définitif », a affirmé le ministre de la Santé libanais,Ali Hassan Khalil.

En outre, l’attaché culturel de l’ambassade iranienne a péri dans l’attaque, indique une source gouvernementale. « Cheikh Ibrahim Ansari entrait dans les bâtiments de l’ambassade quand l’explosion s’est produite. Il a été grièvement blessé, puis est décédé à l’hôpital », a indiqué à l’AFP la source sous le couvert de l’anonymat.

Un groupe lié à Al-Qaïda revendique l’attaque

Un groupe lié au réseau terroriste d’Al-Qaïda, les « brigades Abdallah Azzam », ont revendiqué « le double attentat-suicide » sur Twitter. « Les brigades Abdallah Azzam (…) sont responsables de l’attaque contre l’ambassade d’Iran à Beyrouth », dit le cheikh Sirajeddine Zreikat, un porte-parole du groupe, sur le réseau social. « Il s’agit d’une double attaque pour laquelle deux de nos héros, des sunnites du Liban, sont tombés en martyrs », a ajouté Sirajeddine Zreikat.

« Les opérations vont se poursuivre jusqu’à ce que le parti d’Iran (le Hezbollah, NDLR) retire ses combattants de Syrie », écrit-il encore tout en exigeant aussi la libération de « [ses] partisans des prisons de l’injustice au Liban ».

Les deux explosions se sont produites peu avant 10h00 (08h00 GMT) dans le quartier de Jnah, dans le sud de Beyrouth. Selon l’armée libanaise, un kamikaze a été à l’origine d’une première déflagration devant la façade de l’ambassade et une voiture piégée, conduite par un autre kamikaze, a explosé quelques minutes plus tard, deux bâtiments plus loin.

Téhéran accuse Israël

Les images diffusées par les médias locaux de ce quartier, considéré comme un fief du Hezbollah, le puissant mouvement politico-militaire chiite, montrent des scènes chaotiques, des voitures en feu et des personnes blessées.

La guerre en Syrie, voisine du Liban, a exacerbé les tensions entre les sunnites et les chiites du Liban, en particulier le Hezbollah, allié de l’Iran, qui s’est engagé à combattre aux côtés de Damas aussi longtemps que nécessaire. Il s’agit du troisième attentat visant un bastion du parti de Hassan Nasrallah depuis l’été.  C’est en revanche la première attaque visant l’Iran depuis le début du conflit en Syrie, où Téhéran a dépêché des experts militaires.

Si Téhéran a imputé l’attaque de ce mardi à Israël, la Syrie a de son côté accusé, sans les nommer, les pays du Golfe hostiles à Damas d’en être les instigateurs. « Le gouvernement syrien condamne fermement l’acte terroriste perpétré près de l’ambassade iranienne à Beyrouth », a indiqué la télévision syrienne soulignant que « l’odeur du pétrodollar se dégageait de tous les actes terroristes frappant la Syrie, le Liban et l’Irak », faisant visiblement référence notamment à l’Arabie saoudite et au Qatar qui soutiennent la rébellion syrienne.

Condamnations de l’attaque

L’Élysée a condamné avec « la plus grande fermeté l’attentat sanglant qui s’est produit devant l’ambassade d’Iran à Beyrouth », et a présenté « ses profondes condoléances aux familles des victimes et sa solidarité aux autorités libanaises et iraniennes ».

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a, lui, appelé les Libanais à « agir avec retenue et à soutenir les institutions de l’État, notamment les forces de sécurité », après l’attentat.

MONDE | Mis à jour le mardi 19 novembre 2013 à 14h39

Double attentat devant l'ambassade d'Iranà Beyrouth

L’ambassade d’Iran à Beyrouth a été visée mardi par un double attentat suicide revendiqué par un groupe jihadiste et qui a fait au moins 23 morts et près de 150 blessés selon des sources officielles.

Il s’agit de la première attaque visant l’Iran depuis le début du conflit en Syrie, où Téhéran a dépêché des experts militaires et encouragé le Hezbollah libanais ainsi que des miliciens chiites irakiens à participer aux combats aux côtés des troupes du président Bachar al-Assad.

 

 

Le soutien des ces milices chiites a permis à l’armée syrienne de remporter des victoires sur le terrain autour de Damas mais aussi dans le nord de la Syrie.

« Il y a au moins 23 morts et 146 blessés« , a affirmé à l’AFP le ministre de la Santé, Ali Hassan Khalil.

Un gardien de l’ambassade, de nationalité iranienne, a été tué, selon les médias iraniens. Des informations avaient plus tôt fait état également du décès du conseiller culturel mais des responsables à Téhéran ont affirmé par la suite qu’il montrait encore « des signes de vie« .

L’armée libanaise a annoncé qu’il s’agit d’un double attentat suicide : « Les deux explosions se sont produites à 09H40 (07H40 GMT) de manière presque concomitante. La première est due à un kamikaze qui conduisait une moto, la deuxième est due à un autre kamikaze, conduisant un 4×4« .

Le double attentat s’est produit à Bir-Hassan, un quartier résidentiel du sud de Beyrouth à majorité chiite et bastion du Hezbollah.

Un groupe lié à Al-Qaïda

Un groupe jihadiste considéré comme lié au réseau extrémiste sunnite Al-Qaïda a revendiqué l’attentat sur Twitter.

« Il s’agit d’une double attaque pour laquelle deux de nos héros, des sunnites du Liban, sont tombés en martyrs« , a écrit Sirajeddine Zreikat, un responsable des Brigades Abdallah Azzam, du nom du fondateur d’Al-Qaïda.

Les doubles attentats suicides simultanés sont le modus operandi d’Al-Qaïda.

Le responsable jihadiste a prévenu que les attentats se poursuivraient au Liban tant que le Hezbollah chiite continuait de combattre en Syrie.

L’ambassadeur d’Iran à Beyrouth, Ghadanfar Rokon Abadi, a accusé Israël dénonçant un acte « terroriste« .

En Israël, un proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le député Tsahi Hanegbi, a affirmé aux journalistes qu’Israël « n’avait rien à avoir » avec les attentats.

De son côté, Damas a accusé sans les nommer les monarchies pétrolières du Golfe. « Le gouvernement syrien condamne fermement l’acte terroriste« , a affirmé la télévision syrienne ajoutant que « l’odeur du pétrodollar se dégageait de tous les actes terroristes frappant la Syrie, le Liban et l’Irak« .

L’Arabie saoudite a fustigé à plusieurs reprises l’implication de l’Iran dans le conflit syrien et la participation du Hezbollah.

« préserver le Liban des flammes »

Au Liban, le chef de la coalition anti-Hezbollah, l’ex-Premier ministre sunnite Saad Hariri, a condamné l’attentat: « Il faut préserver le Liban des flammes qui l’entourent et éviter aux Libanais les retombées de l’implication militaire (du Hezbollah) dans la tragédie syrienne« .

La France a condamné « avec la plus grande fermeté l’attentat sanglant » et « réitéré son soutien au gouvernement libanais pour préserver l’unité nationale« . A Londres, le Foreign Office a dénoncé « l’attaque terroriste choquante contre l’ambassade d’Iran à Beyrouth qui a fait tant de pertes humaines« .

Ce double attentat est intervenu à quelques heures d’un match éliminatoire pour la Coupe d’Asie opposant à Beyrouth l’Iran et le Liban. Le match devrait se dérouler sans public.

« J’ai entendu la première explosion puis une seconde beaucoup plus forte. J’ai eu peur et j’ai commencé à courir« , a affirmé Ali, une habitant qui se rendait à son travail.

Le poste du gardien de l’ambassade d’Iran a été dévasté ainsi que les façades d’au moins quatre immeubles en face de l’ambassade. Des dizaines de motos et de voitures étaient calcinées, selon un photographe de l’AFP.

Des images télévisées ont montré des habitants affolés, tentant de secourir des blessés, des corps calcinés et des voitures en feu.

Liban - Abou JadLe Monde.fr | 11.09.2013 à 10h25 |Par Hélène Sallon (Beyrouth, envoyée spéciale)

 

Piétinant au milieu des débris qui jonchent le sol, Wissam jauge l’avancée des travaux dans le salon de son spacieux appartement. Une large baie vitrée circulaire offre une vue plongeante sur le portrait du cheikh Hassan Nasrallah, le chef du mouvement chiite Hezbollah, accroché à l’immeuble d’en face. Il faudra encore une semaine pour reconstruire les balcons et les murs qui se sont effondrés. « L’appartement était superbe. Rien n’est resté », se désole l’ouvrier de 34 ans, qui montre, non sans fierté, de vieilles photos de l’appartement qu’il tient des parents de sa femme. Zeinab fait le tour des pièces.

 

 

 

 

La chambre des enfants est pratiquement achevée. Jad et Jawad, leurs deux jeunes fils, passent d’une pièce à l’autre avec leur trottinette. Il y a encore quelques jours, ils refusaient de venir. Le souvenir de l’attentat à la voiture piégée qui a dévasté, le 15 août, leur immeuble dans une rue commerçante de Roueiss, au cœur de Dahiyeh, le fief du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, est encore vif.

Zeinab et leurs deux garçons se trouvaient dans la chambre qui surplombe de trois étages le lieu de l’attentat qui a fait 29 morts. « On n’a rien entendu. Le mur extérieur et le balcon se sont effondrés. Jad est tombé sur la tête. On avait du sang partout », se souvient la jeune femme de 27 ans, dont le visage est souligné par un maquillage soigné et un voile coloré. Jad a été blessé au pied et Zeinab au torse. Il a eu trente-six points de suture. Elle, cinquante. « C’est la première fois que je voyais cela. Personne ne s’y attendait. C’est passé, et on ne peut rien faire face à la menace de nouveaux attentats », dit-elle dans un français presque parfait.« Moi, j’étais sûr qu’il y aurait des attentats. Après l’attentat de Bir Al-Abed, le premier jour du ramadan [le 9 juillet], le Hezbollah a pris des mesures de précaution partout. C’est toujours signe d’une menace à venir. Et là, rien qu’à voirl’ampleur des mesures de sécurité dans le quartier, c’est sûr qu’il y en aura d’autres », juge son mari, surnommé Abou Jad dans le quartier. Les entrées de Dahiyeh sont désormais gardées par des barrages, tenus chacun par une dizaine de jeunes hommes en civil du Parti de Dieu qui contrôlent l’identité des passagers et les véhicules. Les allers et venues sont épiés par tous.

 

Liban - Abous Jad

Sympathisant du Hezbollah, Abou Jad ne craint pas les répercussions de potentielles frappes étrangères contre le régime de Damas : « Dès la première frappe aérienne, les bases militaires américaines seront attaquées par la Chine, laRussie et l’Iran. Le Hezbollah répliquera au Sud-Liban aux attaques israéliennes. »Ces menaces sont agitées dans les rangs du Parti de Dieu et de ses alliés à Damas et Téhéran. « Obama a peur. Israël a peur. La terre d’Israël sera totalement anéantie par l’Iran et le Hezbollah s’il y a des frappes. On est prêts depuis longtemps. Il faut écouter ce que le cheikh Nasrallah dit et le croire », invite Alaa, un militant du Hezbollah de 22 ans, chargé de surveiller les moindres faits et gestes des journalistes invités à visiter le quartier.

Quoi qu’il arrive, estime Wissam, les ennemis de toujours, Israël et les Etats-Unis, continueront à fomenter la « discorde » au Liban, en téléguidant des groupes sunnites extrémistes pour perpétrer des attentats. L’enquête, menée par lesservices de renseignement du mouvement chiite et l’Etat, n’a toujours pas abouti.« Les services du Hezbollah travaillent toujours dans le secret et ne révèlent leurs conclusions que quand ils ont remonté à la source », assure Hossam, un jeune de 20 ans.

« MÊME QUAND UN CHIEN MEURT, ILS ACCUSENT LE RÉGIME SYRIEN »

Abou Jab nie toute implication du régime syrien, une piste privilégiée par la justicelibanaise dans les attentats contre deux mosquées sunnites de Tripoli, le 23 août.« Même quand un chien meurt dans la rue, ils accusent le régime syrien. Ce sont les hommes politiques sunnites qui alimentent l’extrémisme auprès de leurs partisans », affirme-t-il, certain que le Hezbollah fait au contraire tout pour éviter une guerre civile au Liban.

Avec d’autres volontaires de Dahiyeh, Abou Jad a donné son sang aux victimes des attentats de Tripoli. Une solidarité que le mouvement chiite revendique sur une affiche aujourd’hui déployée devant le lieu de l’attentat de Roueiss : « Des blessés de Dahiyeh à nos proches de Tripoli… On pense à vous ». En attendant la fin des travaux dans l’appartement, Wissam et sa famille logent dans un luxueux hôtel près de l’aéroport de Beyrouth, payé par le Hezbollah. « Ils nous ont aussi donné 3 000 dollars pour les frais courants », précise-t-il.

En revanche, les travaux de l’appartement sont à leur frais, de même que le remplacement des meubles et de la voiture de Zeinab, totalement brûlée dans l’attentat. Avec sa société de construction, Djihad Al-Bina, le Parti de Dieu prend en charge la reconstruction de la rue, des boutiques et des façades des immeubles détruits. Lors de la guerre de 2006, quand l’immeuble de l’appartement de Zeinab avait été totalement détruit dans un bombardement de l’aviation israélienne, le mouvement avait pris toute la reconstruction à ses frais, jusqu’à l’aménagement intérieur.

« Cette fois, il n’est pas question que le Hezbollah paie, c’est à l’Etat de le faire », estime Zeinab. Un employé de l’Etat est venu établir un dossier, mais ils ne comptent pas là dessus. « Le ministère n’a pas remboursé les gens de Dahiyeh en 2006. Ici, personne ne s’occupe de nous, les chiites, sauf le Hezbollah », se plaint Wissam. Sa fidélité au mouvement chiite est telle qu’il a été autorisé à témoigner sans la présence traditionnellement imposée des gardes de sécurité du parti. Respectueux des instructions, l’homme décline toute question sur l’engagement du mouvement en Syrie et sa préparation à la veille d’une éventuelle frappe étrangère contre le régime de Damas. Il rejette les informations parues récemment dans la presse libanaise, qui font état d’une mobilisation générale dans les rangs du Hezbollah en vue d’une intervention étrangère. « Tout ce qui se passe ici est très secret, même le Hezbollah ne montre pas ses armes dans le quartier », élude-t-il, affirmant ne pas compter au nombre des 15 000 à 20 000 combattants estimés que le Hezbollah aurait entraînés dans le pays. Mais il se dit prêt s’il fallait prendre les armes. « Notre sang coule pour le Saïd [le cheikh Nasrallah]. J’ai sept cousins qui ont été faits martyrs en 2000 et 2006. Moi, je n’ai jamais combattu, mais si jamais le cheikh Nasrallah demande aux hommes devenir aider, je le ferai. »

 

Infographie : les puissances régionales divisées sur une intervention en Syriefrance 24 04/09/2013

Alors que Washington et Paris se disent déterminés à intervenir en Syrie pour dissuader le régime de Bachar al-Assad de faire à nouveau usage d’armes chimiques, les pays de la région sont divisés sur la question.

Paris et Washington le martèlent depuis plus d’une semaine : il faut intervenir en Syrie pour ne pas laisser l’usage d’armes chimiques par le régime de Bachar al-Assad impuni. Des navires de guerre américains et un sous-marin français ont déjà été dépêchés en Méditérannée.

Mais dans la région, les pays sont divisés sur cette question, qui, pour

certains, risque d’ajouter à l’instabilité qui les menace. Si la Turquie encourage l’action armée et va même jusqu’à souhaiter qu’elle ait pour but de renverser le régime baassiste, l’Iran de son côté s’y oppose farouchement.

Lors d’une réunion au Caire le 1er septembre, les dirigeants de la Ligue arabe ont appelé la communauté internationale à prendre les mesures de « dissuasion » nécessaires contre le régime syrien. Les ministres n’ont toutefois pas évoqué ouvertement une frappe militaire, envisagée par les États-Unis et la France, signe de divisions au sein de l’institution panarabe où des pays comme l’Égypte, l’Algérie, l’Irak et le Liban qualifient une telle intervention d' »ingérence étrangère ».

La Jordanie dans une position délicate, le Qatar pour une intervention

Cette déclaration a malgré tout été adoptée après d’intenses pressions de la part de l’Arabie saoudite, soutien de la rébellion syrienne.

À l’instar de Riyad, plusieurs pays du Golfe sont ouvertement en faveur d’une intervention armée en Syrie, parmi eux les Émirats arabes unis, le Qatar ou encore le Koweït. Mais d’autres pays arabes, le Liban, l’Algérie et l’Irak, ont émis des réserves. Quant à la Jordanie, elle se retrouve dans une position délicate. Alors qu’elle a toujours tenu à préserver une position neutre sur la question syrienne, prônant une solution politique au conflit, elle se retrouve au coeur du dispositif militaire des pays occidentaux.

Pour l’interactivité: http://www.france24.com/fr/20130903-infographie-syrie-armes-chimiques-intervention-pays-divises-assad

Menaces de Bachar al-Assad contre la France : "le risque est réel"france 24 04/09/2013

Paris doit-il craindre des représailles de Damas en cas d’action armée en Syrie ?C’est en tout cas ce qu’affirme Bachar al-Assad. Selon les experts, le risque est bien réel.

 

 

 

 

Dans une interview au Figaro publiée lundi 2 septembre, le président syrien a mis en garde les autorités françaises contre les conséquences d’une éventuelle action armée. Bachar al-Assad a été clair : si Paris intervient militairement en Syrie, il y aura des « répercussions négatives sur les intérêts de la France ».

Selon nombre d’experts, les représailles syriennes pourraient se traduire par des attentats contre des ambassades ou des ressortissants français au Moyen-Orient, et plus particulièrement au Liban où résident 2 000 Français et 20 000 bi-nationaux.

Les soldats français de la Finul menacés

Pour Alain Rodier, directeur de recherches au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), « le risque est réel ». « La menace numéro un pèse sur la Finul, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), dont la France est l’un des principaux contributeurs. Elle est présente dans le sud du pays, fief du Hezbollah, mouvement armé libanais, indéfectible allié de Damas.

À ce sujet, le spécialiste rappelle que le mouvement chiite armé est totalement dépendant de l’Iran et que c’est en raison des liens entre Damas et Téhéran qu’il combat aux côtés du régime syrien. « Il ne faut pas oublier que des combattants iraniens et du Hezbollah soutiennent l’armée syrienne », rappelle-t-il. Le Hezbollah n’a pas hésité à envoyer en Syrie plusieurs centaines de combattants qui ont notamment eu un rôle déterminant dans la bataille de Qousseir, fief rebelle frontalier du Liban repris par l’armée syrienne.

Interrogée par l’AFP à Beyrouth, la force de l’ONU a assuré prendre « les mesures de sécurité appropriées » conformément à sa propre « évaluation des menaces ». « La situation sur le terrain est calme », a toutefois déclaré mardi une porte-parole. Reste que ce ne serait pas la première fois que le contingent français de la Finul fait l’objet d’attaques. Le 26 juillet 2011, six soldats français de la Finul ont été blessés par l’explosion d’une bombe au passage de leur convoi près de Saïda. Le 9 décembre de la même année, cinq autres militaires français ont également été la cible d’une explosion similaire à Tyr. Le chef de la diplomatie française en poste à l’époque, Alain Juppé, avait alors ouvertement accusé la Syrie de se cacher derrière ces attentats. « Nous avons de fortes raisons de penser » que l’attentat a été commandité par la Syrie, avait ainsi déclaré le ministre. Le soulèvement syrien durait alors depuis plus de 10 mois et Paris avait haussé le ton face à la sanglante répression menée par le régime syrien.

Damas avait déjà été pointé du doigt dans des attentats perpétrés au Liban. Les services secrets syriens, également connus sous le nom de « Moukhabarat », avaient été accusés par le passé de nombreux attentats commis au Liban dont certains contre la France comme celui qui a coûté la vie en 1981 à l’ambassadeur français Louis Delamare. Mais ces derniers, « les seuls en Syrie qui pourraient mener des actions terroristes, ont autre chose à faire, ce serait davantage du côté du Hezbollah que pourrait éventuellement provenir une menace », analyse Alain Rodier.

« Le Hezbollah peut frapper partout dans le monde »

S’il est vrai que les forces françaises de la Finul et d’autres intérêts français au Liban constituent les premières cibles pour d’éventuelles représailles, elles ne sont pas les seules. Alain Rodier estime que « l’Iran, via le Hezbollah peut frapper partout dans le monde ». Et de rappeler, « cela s’est déjà produit : tout récemment en juillet 2012 un attentat meurtrier contre des touristes israéliens en Bulgarie a été attribué au Hezbollah. Environ 18 ans plus tôt, le mouvement avait organisé des attaques en Amérique latine », en Argentine notamment contre un centre culturel juif.

De son côté, le président français François Hollande a affirmé mardi que Paris prenait « toutes les dispositions » face à la menace terroriste. Interrogé mardi par l’AFP sur un éventuel renforcement des mesures de sécurité visant à protéger les ressortissants français, le Quai d’Orsay a répondu que celles-ci étaient, « partout dans le monde, adaptées en permanence en fonction de l’évolution des menaces.

Liban: 27 morts et 352 blessés dans un double attentat à Tripoli

Source: AFP© reuters.

Au moins 27 personnes ont été tuées, dont plusieurs enfants, et 352 blessées vendredi dans un double attentat à la voiture piégée qui a secoué Tripoli, la grande ville du nord du Liban, selon le ministre de la Santé, Ali Hassan Khalil.

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Le Premier ministre libanais sortant Najib Mikati © reuters.

Ces explosions surviennent une semaine après un attentat à la voiture piégée qui a fait 27 morts à Roueiss, dans la banlieue sud de Beyrouth, un fief du puissant mouvement chiite Hezbollah, un allié du régime syrien libanais auprès duquel il combat les rebelles en Syrie.

« Il y a jusqu’à présent 27 martyrs et 352 blessés dans les hôpitaux », a dit à la télévision le ministre libanais, précisant qu’il ne s’agissait pas d’un bilan définitif. Un précédent bilan faisait état de 19 morts et de dizaines de blessés à la suite du double attentat dans la grande ville portuaire à majorité sunnite.

Les télévisions locales ont montré des corps sans vie, de nombreux véhicules en flammes, des hommes transportant dans leurs bras des blessés et des devantures d’immeubles totalement détruites.

A Tripoli, la première explosion s’est produite dans le centre, près de la maison du Premier ministre sortant, Najib Mikati, qui ne se trouvait pas dans la ville, selon les services de M. Mikati.

La deuxième a eu lieu près du port, non loin du domicile de l’ancien chef de la police Achraf Rifi, selon une source de sécurité.

Les déflagrations ont eu lieu à proximité de deux mosquées, le jour de la prière hebdomadaire pour les musulmans.

La capitale du nord du Liban est régulièrement le théâtre d’affrontements entre les sunnites, qui soutiennent en majorité la rébellion syrienne, et les alaouites, plutôt favorables au régime de Bachar al-Assad.

Mercredi, le chef de l’armée libanaise, le général Jean Kahwaji, a affirmé que ses troupes étaient désormais en « guerre totale » contre le « terrorisme », affirmant qu’elles poursuivaient depuis des mois une cellule « qui prépare des voitures piégées », dont une avait explosé le 15 août dans le fief du Hezbollah.

Le Liban est profondément divisé sur le conflit en Syrie voisine, qui a exacerbé les dissensions confessionnelles.

Les sunnites sont en majorité partisans de la rébellion qui veut renverser le régime, tandis que les chiites, emmenés par le Hezbollah, sont en majorité en faveur du président Assad.

« Bachar al-Assad est effondré »

Source: Belga© afp.

Le chef de l’opposition syrienne Ahmad Jarba a déclaré que le président Bachar al-Assad était « effondré » et que la Syrie était en fait gouvernée par son allié iranien, dans un entretien paru dimanche.

M. Jarba a en outre affirmé que les combattants de l’opposition contrôlaient désormais près de la moitié du territoire syrien et que les prochains mois seraient « décisifs ».

« Bachar est un assassin et un criminel et je crois qu’il n’existe plus (politiquement), car il est effondré », a déclaré M. Jarba à al-Hayat, un journal à capitaux saoudiens.

Le chef de l’opposition a de plus répété son refus « que Bachar ou quelqu’un de son clan » prenne part à une solution politique au conflit syrien. « Nous voulons qu’il soit puni pour les crimes de guerre qu’il a commis contre le peuple syrien ».

De toute manière, Assad « ne gouverne pas en ce moment la Syrie, les véritables dirigeants sont les gardiens de la Révolution iraniens (…) et les combattants du Hezbollah » chiite libanais soutenu par Téhéran, a affirmé M. Jarba.

« Avant nous combattions une armée du régime, affaiblie et découragée, sujette à de nombreuses défections. Aujourd’hui nous combattons une armée possédant les armes les plus sophistiquées et conduite par les gardiens de la Révolution, le Hezbollah et les Houthis (rebelles chiites du Yémen) », a expliqué M. Jarba.

 

 

Carla del Ponte lors d'une conférence de presse le 18 février dernier.

Courrier International

Connue pour ses déclarations choquantes, la magistrate suisse a affirmé le 5 mai, mais sans preuves, que les rebelles syriens avaient utilisé du gaz sarin. Des assertions qui nuisent beaucoup à l’opposition syrienne non-islamiste en quête de soutien occidental, selon ce site libanais.

 

Carla Del Ponte, membre de la Commission d’enquête indépendante des Nations unies sur la Syrie, a récemment accordé un entretien à une chaîne de télévision italianophone de son pays natal, la Suisse. L’ ancien procureur du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, enquêtrice sur les crimes de guerre au Rwanda, a lancé qu’il y avait des « soupçons concrets, mais pas encore de preuve incontestable » que les rebelles syriens avaient utilisé du sarin, un gaz toxique.Dans la soirée du 6 mai, la Commission d’enquête sur la Syrie a tenté de limiter les dégâts. « La Commission d’enquête indépendante internationale sur la République arabe de Syrie tient à préciser qu’elle n’est parvenue à aucune conclusion quant à l’utilisation d’armes chimiques en Syrie par l’une ou l’autre partie du conflit, » a-t-elle annoncé dans un communiqué.

Reste à savoir pourquoi Del Ponte s’est laissée aller à de telles déclarations. Agée de 66 ans, la magistrate suisse a toujours nagé à contre-courant. Dans les années 80, elle s’était attaquée à Cosa Nostra, la sinistre mafia sicilienne, qui avait tenté de faire sauter sa maison à Palerme. Elle avait également accusé l’ancien dirigeant russe Boris Eltsine d’avoir été impliqué dans un scandale financier, et avait fait geler les comptes en banque de l’ancien Premier ministre [pakistanais] Benazir Bhutto, assassinée depuis.

Del Ponte a toujours aimé se livrer à des déclarations fracassantes, bien que nombre de ses interviews dans les médias aient ensuite porté préjudice à ses enquêtes. En 2004, alors qu’elle était encore procureur au TPIY, elle a dit aux journalistes qu’elle aurait voulu traîner Oussama Ben Laden et Saddam Hussein devant le TPIY.

Un an plus tard, elle a accusé le Vatican d’avoir aidé le Croate le plus recherché pour crimes de guerre, le général Ante Gotovina, à fuir la justice. Dans ses mémoires, publiés en 2008, elle a accusé les chefs de la milice séparatiste du Kosovo d’avoir participé à un trafic d’organes prélevés sur des prisonniers serbes. Mais son enquête sur la question n’a pas abouti à des preuves concluantes, et les accusés ont été acquittés.

Sa déclaration sur la Syrie a certes fait la une, mais elle a peut-être aussi fait davantage de victimes. Les décideurs qui redoutent, dans le conflit syrien, la menace que représentent pour eux les « islamistes et les djihadistes » ont paniqué à l’idée que ces « terroristes » aient mis la main sur des armes si dangereuses.

La Syrie n’est pas comme la Bosnie ou le Kosovo

Les seuls perdants dans l’affaire, ce sont les factions modérées et libérales de l’opposition syrienne, qui bénéficient déjà de moins de soutien que les groupes islamistes, justement parce que l’Occident a tendance à les mettre dans le même sac que les djihadistes. Le gouvernement de Damas ne doit sans doute plus se tenir de joie, tout comme les djihadistes et les groupes liés à Al-Qaïda, eux qui détestent l’idée que l’Occident intervienne en Syrie.

Enquêter sur les massacres et les armes chimiques en Syrie, ce n’est pas une question de courage ou de défi. Il s’agit avant tout de comprendre ce sur quoi l’on enquête.

La Syrie n’est pas comme la Bosnie ou le Kosovo, où l’on avait une milice séparatiste commandée par un chef clairement déterminé, et où il était facile de savoir qui était responsable d’un massacre ou d’un crime de guerre. La Syrie est une guerre d’ombres, de fantasmes et d’illusions. Le gouvernement ne respecte pas les vieilles lois de la guerre, il dispose de groupes paramilitaires pour s’acquitter de la sale besogne.

Les rebelles ne sont pas homogènes, sous un seul chef, unis par leurs idées et leur volonté, mus par une unique idéologie nationaliste. Les combattants ne communiquent pas par des réseaux invisibles pour prendre la décision unanime d’utiliser des armes chimiques.

Les rebelles syriens sont des gens aux affiliations diverses, qui entretiennent différents types de relations avec le gouvernement, suivent des idéologies variées. Ils sont peut-être d’Al-Qaïda, ou de quelque autre brigade islamiste, ou encore l’Armée libre syrienne, ou des groupes mercenaires criminels n’ayant d’autre idéologie que de gagner de l’argent en se chargeant du sale boulot pour d’autres factions politiques.

Del Ponte a fait référence dans sa déclaration à un témoignage, entendu lors de l’enquête, indiquant que les rebelles auraient utilisé du gaz sarin. Allez donc visiter les hôpitaux qui soignent les réfugiés syriens à Tripoli, dans le nord du Liban, et ils vous parleront « d’étranges cas d’intoxication ».

Méconnaissance de la Syrie

Un infirmier syrien a expliqué à NOW il y a quelques mois qu’à la mi-2012, sa clinique à Tripoli avait pris en charge six personnes venues de Homs et souffrant d’une intoxication non identifiée. Il a ajouté que les médecins avaient prélevé des échantillons et les avaient envoyés à l’hôpital de l’Université américaine afin qu’ils y soient analysés, mais que les tests ne s’étaient pas avérés concluants parce que le laboratoire avait réclamé des échantillons du sol – ce qui est impossible tant que le gouvernement syrien n’autorise pas des inspecteurs à se rendre sur le terrain et à récolter les échantillons en question. Par ailleurs, ledit gouvernement est connu pour sa propension à manipuler les preuves.

Or, au lieu de mentionner la difficulté qu’il y a à se procurer des indices clés, Del Ponte a dit qu’elle soupçonnait les rebelles d’avoir utilisé des armes chimiques. De la part d’une magistrate de carrière et d’une diplomate suisse, c’est extrêmement irresponsable, et cela montre sa méconnaissance de la Syrie.