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Le Monde.fr | 23.09.2014 à 15h32 • Mis à jour le 23.09.2014 à 16h58

Par Michaël Szadkowski et Grégor Brandy (Journaliste)

Connue mondialement pour son rôle d’Hermione dans Harry Potter, l’actrice Emma Watson s’est toujours décrite comme une féministe. Dimanche 21 septembre, elle prononçait un discours sur les droits des femmes à la tribune de l’Organisation des Nations unies (ONU), à New York. Pendant une dizaine de minutes, la nouvelle ambassadrice de l’ONU pour les droits des femmes a promu la campagne He for She (« lui pour elle ») : un mouvement qui appelle les hommes à se mobiliser pour réduire les inégalités entre les sexes (regarder l’intégralité de son discours, en anglais).

« Aucun pays dans le monde ne peut encore direqu’il a atteint l’égalité hommes-femmes. Ces droits, je les considère comme faisant partie des droits de l’homme. Mais je fais partie des chanceuses. Ma vie est celle d’une privilégiée. Mes parents ne m’ont pas moins aimée parce que j’étais une fille. Mon école ne m’a pas imposé de limite parce que j’étais une fille. Mes mentors n’ont pas imaginé que j’irais moins loin parce que je pourrais donner naissance à un enfant, un jour. Ces influenceurs étaient les ambassadeurs de l’égalité qui ont fait de moi qui je suis aujourd’hui. Ils ne le savent peut-être pas, mais ils sont les féministes insouciants qui changent le monde. Nous avons besoin de plus de gens comme cela. »

Ce passage à l’ONU a connu un immense succès et a été repris par de nombreux médias américains. La vidéo originale a été vue près de 500 000 fois, et une version disponible en meilleure qualité a déjà atteint 150 000 vues. EnFrance, Madmoizelle, Slate, Elle, June, La Parisienne ou encoreLe Huffington Post ont salué l’initiative.

Un succès qui s’est prolongé mardi avec plusieurs messages diffusés par des célébrités masculines, dans la lignée de la campagne en ligne lancée par l’ONU, incitant à publier des photos et des messages avec le mot-dièse #HeForShe.

Mais le discours d’Emma Watson est aussi rattrapé par des messages antiféministes publiés sur d’importants sites communautaires américains. Peu après son passage à l’ONU, plusieurs messages sont apparus sur les forums de 4chan, attaquant violemment la célébrité et la teneur de ses propos — des messages aujourd’hui effacés mais retranscrits en partie sur le site Death and Taxes.

Nouvelles publications de photos privées

Ces discussions machistes auraient pu en rester là. Mais parmi elles se trouvent notamment des menaces explicites de publication de photos privées d’Emma Watson, dans un contexte où 4chan a déjà été au centre de la publication d’images de stars dans leur intimité, obtenues grâce à des piratages de comptes Apple.

Le 20 septembre, la veille du discours d’Emma Watson, une nouvelle vague de photos dérobées à des célébrités féminines américaines — dont Rihanna et Kim Kardashian — ont été rendues publiques. Les réactions sur 4chan au discours d’Emma Watson prennent appui sur les promesses, affichées par de nombreux anonymes faisant circuler les fichiers, que ces publications n’en sont qu’à leur début :

« C’est pour de vrai, et ça se passera ce week-end. Cette s*** féministe d’Emma va révéler au monde qu’elle est aussi p*** que n’importe quelle autre femme. »

En plus de ces menaces, un compte à rebours devant se terminer samedi, siglé du logo de 4chan, a également été mis en ligne peu de temps sur un site nommé « Emma, t’es la prochaine ». De fausses « unes » du quotidien USA Today annonçant la mort de l’actrice ont également été diffusées, par exemplesur Twitter.

Un porte-parole d’Emma Watson a réagi en disant ne pas vouloir « commenter des spéculations », d’autant plus que la capacité de nuisance d’anonymes sur 4chan est largement soumise à caution — plusieurs sites faisant remarquerqu’Emma Watson ne faisait pas partie de la liste originale des stars concernées par les piratages de comptes Apple.

Cependant, des utilisateurs de 4chan se sont attaqués à plusieurs reprises au féminisme. Récemment, la campagne la plus notable a concerné Zoe Quinn, créatrice de jeu vidéo, qui a été la cible de harcèlement et d’attaques violemment sexistes.

Dans ce contexte, les réactions au discours d’Emma Watson sont particulièrement symptomatiques de ce que l’actrice cherche à combattre avec le mouvement He for She. « Si quelqu’un doutait de la nécessité d’une telle campagne, rappelez-vous maintenant que l’appel de l’actrice pour l’égalité a conduit à ce qu’une communauté dise souhaiter sa mort et la violation [de sa vie privée]. (…) Les actions venant de 4chan montrent que le harcèlement en ligne doit être pris au sérieux », commente le site The Mary Sue.

Si Emma Watson n’a pas évoqué le harcèlement en ligne à l’ONU, elle écrivait,le 1er septembre, en réaction à la publication des photos volées de Jennifer Lawrence : « Encore pire que de voir la vie privée de femmes violée sur lesréseaux sociaux : lire les commentaires qui les accompagnent et qui montrent un manque terrible d’empathie. »

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Après avoir inventé le concept d’infiltrés, pour enlever aux Syriens avides de liberté leur appartenance à la communauté nationale, et après avoir qualifié les opposants ayant pris les armes pour assurer leur légitime défense de gangs armés, de terroristes et de takfiris, la propagande du régime syrien a inventé, à la fin de l’année 2012, un nouveau concept. Rendu public pour la première fois sur la chaîne de télévision libanaise Al-Jadid – totalement inféodée à Damas comme le montre la présence à la tête de son service politique de la journaliste Maria Maalouf -, et immédiatement repris par certains médias favorables au pouvoir en place à Damas, ce nouveau concept était destiné comme les autres à heurter et paralyser les opinions publiques occidentales.

Le cheikh al-Arifi et le texte de « son » twitt

Il permettait d’imputer des comportements choquants aux combattants dont l’armée, les moukhabarat et les chabbihas de l’Armée populaire syrienne ne parvenaient pas à avoir raison. Il autorisait en effet les djihadistes en manque de relations sexuelles du fait de l’éloignement de leurs familles, à conclure des « mariages temporaires », qui devaient être de courte durée de manière à permettre à tous d’assouvir leurs besoins. Les « épouses temporaires » devaient évidemment avoir plus de 14 ans, être veuves ou répudiées. Les femmes volontaires pour ce djihad d’un genre jusqu’ici inconnu dans l’islam pourraient revendiquer le titre de moudjahidât, et si elles décédaient pour une raison ou une autre, elles auraient, comme tous les combattants de la guerre sainte, immédiatement accès au Paradis.

Pour lui donner du crédit, cette idée était imputée à un cheikh saoudien ultra-conservateur, un certain Mohammed al-Arifi dont le nom n’avait pas été choisi par hasard. L’intéressé s’était fait remarquer par la promulgation d’avis juridiques montrant un rigorisme radical et un mépris certain pour les femmes. Le cheikh a immédiatement nié ce qu’il était censé avoir diffusé sur les réseaux sociaux… mais qui ne figurait nulle part sur sa page internet. Il a expliqué qu’un imposteur avait utilisé son compte twitter, où il comptait plus de 3 millions de followers, pour lui imputer ce qu’il n’avait jamais dit. La taille du twitt, composé de plus de 180 caractères, suffisait à démontrer qu’il s’agissait d’une forgerie. Il n’aurait pu d’ailleurs formuler un tel avis, qui prenait le contre-pied de deux conditions incontournables de la chari’a concernant le mariage : la présence d’un wali, un tuteur, lors de la de conclusion du contrat, puisque la femme en islam n’est pas invitée à donner directement son consentement, qui est formulé par l’un de ses proches ; et la ‘idda, le délai de viduité de 3 à 4 mois qui permet de s’assurer que la femme répudiée n’est pas enceinte, de manière à ne pas avoir de doute sur l’identité du géniteur de son futur enfant et à permettre à ce dernier d’obtenir sa part d’héritage de son père.

L’affaire a continué malgré tout à faire grand bruit, au point de contraindre le cheikh à s’expliquer à la télévision, au mois d’avril 2013, sur ce qu’il n’avait jamais dit. Sa paternité de la fatwa n’est plus aujourd’hui mise en avant et la plupart des journaux arabes qui continuent d’évoquer cette question parlent désormais d’une « fatwa d’origine inconnue ». La majorité d’entre eux n’arrivent pourtant pas à accepter le fait qu’elle n’a tout simplement jamais existé. A défaut d’avoir suscité des vocations de moudjahidât, elle aura au moins fait vendre beaucoup de papier…

Deux développements ont redonné depuis peu de l’actualité à cette affaire. L’un en provenance de Tunis. L’autre depuis la Syrie.

Initié par cet avis juridique désormais anonyme, un mouvement d’importation en Syrie de candidates tunisiennes à ce genre de djihad ne se serait jamais interrompu. En mars 2013, le quotidien saoudien Al Hayat rapportait que, répondant à cet appel de leur plein gré ou sous la pression de leurs proches, au moins 13 jeunes tunisiennes s’étaient rendues en Syrie pour y fournir des « services sexuels » aux djihadistes. Une vidéo contenant un témoignage mais ne présentant aucun début d’élément de preuve venait aussitôt confirmer la chose. Repris à satiété sur les réseaux sociaux, d’autres témoignages continuaient à accréditer cette histoire. Le 20 septembre, le ministre tunisien de l’Intérieur Loutfi Ben Jeddo affirmait devant les membres de l’Assemblée constituante que des Tunisiennes continuaient de se rendre en Syrie pour y pratiquer le « djihad al-nikah« . Il ne fournissait aucun chiffre, mais son silence ouvrait la porte à toutes les supputations. Certains médias parlaient aussitôt de dizaines, d’autres de centaines de femmes parties dans ces conditions. Certains utilisaient ces chiffres au conditionnel. D’autres les retenaient sans hésitation, en recourant au présent de l’indicatif…

Le problème est qu’aucun témoignage crédible n’a jamais confirmé, ni avant, ni après, les propos du ministre. Il est vrai que des Tunisiens sont partis, certains disent par centaines, d’autres affirment par milliers, prêter main forte à leurs frères Syriens, en choisissant généralement de combattre dans les rangs d’unités islamistes, si ce n’est de djihadistes, les uns par convictions personnelle, les autres par souci d’efficacité. Mais ce n’est pas parce que leur présence en Syrie est devenue un problème intérieur et extérieur pour les autorités tunisiennes, que ces dernières doivent prêter leur concours à une propagande dont on sait désormais depuis des mois qu’elle ne repose sur rien. Puisqu’elles semblent trouver du plaisir à se livrer à cette publicité qui ne sert pas précisément leur pays, elles pourraient peut-être expliquer aussi pourquoi la Tunisie serait le seul et unique pays arabe du Maghreb et du Machreq frappé par cette épidémie ?

En Syrie même, le « djihad du mariage » a régulièrement fait l’objet de campagne de dénonciation sur les chaînes officielles. Elles ont produit elles aussi, pour illustrer ce phénomène, des témoignages, tantôt de « terroristes » capturés qui avouaient avoir contraint leurs femmes à se prostituer dans ces conditions, tantôt de femmes victimes de ce genre d’esclavage sexuel. Mais, en raison du manque de crédibilité de ces témoins et de la faiblesse de leurs témoignages, leurs récits n’ont pas convaincu grand monde, y compris dans les rangs des partisans du régime auxquels ils étaient en priorité destinés. Dans l’espoir de frapper un grand coup, les autorités syriennes ont alors préparé avec plus de soin l’apparition sur les écrans de la chaîne officielle Al-Ikhbariya, le 22 septembre, d’une jeune fille de 16 ans, qui répondait au nom de Rawan Qaddah. Elles espéraient que son témoignage, appris par cœur et débité à vive allure sans épargner aux auditeurs un seul détail scabreux, ferait définitivement pencher les sceptiques de leur côté. Encore une fois, elles ont obtenu un résultat contraire.

Dans les rangs des partisans du pouvoir, qui ne sont pas moins conservateurs qu’une majorité de ses opposants, beaucoup ont été choqués de voir une si jeune fille exposée aux regards pour faire état des agissements éminemment répréhensibles dont elle avait été victime, sans que les réalisateurs de l’émission ait pris la peine de dissimuler ou de flouter son visage. Ils ont également été offusqués des détails qu’elle a donnés concernant ce que son père l’avait contrainte de faire avec un djihadiste, puis avec plusieurs, avant d’abuser d’elle à son tour au nom du « djihad du mariage ». Ils ont enfin été surpris de la voir apparaître sur leurs écrans en habits d’hiver, alors que la température, à Damas, oscille encore en cette saison entre 25 et 30°.

Les activistes n’ont eu aucun mal à démontrer que la jeune fille n’avait été que la vedette involontaire d’un show scabreux, dont l’objectif était destiné à dénigrer les révolutionnaires en général, à travers les moudjahidin accusés de s’adonner à des relations sexuelles contraintes avec des jeunes femmes et des jeunes filles parfois mineures. Ils ont établi que celle qui répondait effectivement au nom de Rawan Qaddah – un nom extrêmement connu dans son gouvernorat d’origine, d’où sont issus aussi bien Souleiman Qaddah, un ancien secrétaire général adjoint du Parti Baath, que l’homme d’affaire Mouwaffaq Qaddah, enrichi à Doubaï dans le commerce des pièces détachées pour voitures  – et qu’elle était native du village de Nawa. Ils ont expliqué son apparition dans des habits d’hiver par le fait qu’elle avait été enlevée sur le chemin de son école, plusieurs mois plus tôt, par des éléments de la Sécurité militaire. Sa mise en avant était destinée à porter atteinte à la réputation de son père, chef respecté d’une katiba de l’Armée Syrienne Libre active dans la région, qui avait été accusé à tort d’appartenir au Jabhat al-Nusra et à al-Qaïda.

Ils n’ont pas eu davantage de difficulté à relever les nombreux détails qui confirmaient que la jeune fille récitait l’histoire qu’elle avait été contrainte de mémoriser, sans en modifier un seul mot : elle parlait du début à la fin d’une voix monocorde et mécanique ; elle n’affichait aucun sentiment de honte, de tristesse ou de colère, même en mentionnant les humiliations et les agissements les plus dégradants qui lui avaient été imposés ; elle ne cessait, durant tout le récit de sa mésaventure, de baisser les yeux comme pour s’assurer qu’elle ne s’écartait pas de son texte ; elle paraissait vouloir accabler son père, dont elle avait a plusieurs reprises souligné le rôle et elle avait mentionné son comportement infamant à son égard sans montrer la moindre gêne ; elle se contredisait – mais la faute en revenait au rédacteur du scénario à la télévision syrienne, auquel sa volonté de charger le père avait fait perdre sa lucidité – en indiquant que celui-ci se faisait payer pour les passes qu’il contraignait sa fille à subir…

Devant le scandale provoqué par ces affaires, l’Armée syrienne libre et la Coalition nationale syrienne ont réagi. Même le Jabhat al-Nusra y est allé de son communiqué. Tous ont affirmé que le « djihad al-nikah« , qui était contraire aux législations divines et humaines n’avait jamais existé en Syrie et que les prétendues victimes, tunisiennes ou syriennes, dont les témoignages avaient été colportés par les médias du régime – y compris celui de la jeune Rawan Qaddah – n’avaient été que les comparses plus ou moins consentantes d’une machination contre eux qui les dépassaient. Dans un communiqué diffusé le 25 septembre,

la Coalition Nationale Syrienne demande avec force et vigueur que ne soient pas relayés les mensonges qui ont trait à ce que la propagande du régime d’al-Assad a appelé le « djihad sexuel ». 

Il va sans dire que si de telles pratiques existaient, la Coalition ne manquerait pas de condamner ces actes. Mais dans le cas présent, il ne s’agit pas de dénoncer une sur-médiatisation de phénomènes qui existent, mais qui, limités et marginaux, ne rendent pas compte des initiatives et des valeurs de l’écrasante majorité des activistes syriens. Il ne s’agit pas non plus de dénoncer une mise sous silence des crimes de masses planifiés du régime pour s’attarder sur quelques actes condamnés par l’opposition elle-même.

Non, il est ici question de condamner le mensonge sur un phénomène qui n’existe tout simplement pas.

Le « djihad sexuel » est une notion inexistante et sans aucun fondement. Des propos ont été faussement attribués à un savant mais il n’existe aucune preuve, et l’intéressé a nié avoir tenu de telles paroles. Il est du devoir de chacun de vérifier les sources d’une information avant de relayer ladite information. Il est du devoir de chacun de confronter chaque information aux informations sûres en provenance du terrain.

Le manquement à ces précautions de base n’est pas sans conséquences, comme nous le rappelle le cas de Rawan Qaddah. Dans sa volonté continue de donner de la consistance aux mensonges qu’il invente lui-même, le régime syrien a forcé une fillette de 16 ans à « confesser » qu’elle s’adonnait au « djihad sexuel » malgré elle et qu’elle fut violée par son propre père. Les confessions ont été filmées dans des conditions que l’on imagine aisément, et diffusées sur une des deux chaînes nationales.

Le crédit donné par certains médias à une propagande totalement mensongère et sans fondement a encouragé le régime syrien à continuer dans le mensonge qui est le sien, avec un mépris affiché pour la protection des enfants.

Comme souvent en Syrie, cette triste affaire a fourni aux activistes l’occasion de tourner en dérision la tête du régime. L’arroseur s’est retrouvé arrosé lorsque certains d’entre eux ont mis en ligne un « tour de rôle », précisant à quelle heure les « frères moudjahidin » Abou Omar, Abou Khaled et Abou Ali pourraient épancher leurs besoins sexuels avec les « sœurs moudjahidât » Aniseh, Asma et Bouchra, en allusion respectivement à la mère, à la femme et à la sœur de Bachar al-Assad !

On signalera pour finir que la prostitution, à laquelle s’apparenterait s’il existait le « djihad du mariage », était florissante à Damas bien avant le début de la révolution et que la ville comprenait, à sa périphérie, pour rendre la chose moins voyante et provocante pour une population socialement conservatrice, de nombreux « casinos » et « établissements de loisir ». Leurs propriétaires ou leurs bénéficiaires étaient d’importantes personnalités civiles et militaires du régime, qui profitaient de leur position pour faire venir du Liban les « danseuses », « chanteuses » et autres « artistes »… dont ils avaient besoin pour faire marcher leur business. Récemment, le 12 septembre 2013, le ministre de l’économie du gouvernement d’Adel Safar, d’avril 2011 à juin 2012, Mohammed Nidal al-Chaar, a d’ailleurs provoqué un mini-scandale en dénonçant sur sa page Facebook la prostitution qui s’étalait aux coins de rues, bien avant le déclenchement de la révolution, et en rappelant que « le ministère de l’Intérieur avait révélé l’existence de plus de 55 000 appartements dédiés à la prostitution » en Syrie !

 

Le monde: 25 septembre 2013

La honte doit changer de camp, mais comment ? Si les chiffres sont connus  – 75 000 femmes violées en France chaque année, une toutes les huit minutes – rares sont les victimes à témoigner. Récemment, des initiatives comme le manifeste des 313, publié en novembre 2012 par Le Nouvel Observateur, le documentaire Viol : elles se manifestent, ou encore le Tumblr Je connais un violeur ont contribué à libérer ces paroles trop souvent enfouies.

Outre-Atlantique, c’est en images que les victimes s’expriment. Lancé par la photographe Grace Brown, le projet Unbreakeable collecte depuis octobre 2011 des images d’hommes et de femmes victimes, brandissant des panneaux sur lesquels sont inscrits quelques mots prononcés par leurs agresseurs. Les portraits, en pied pour la plupart, sont neutres, presque dérangeants de banalité. Certains témoins, parce qu’ils posent, esquissent même des sourires. D’autres se cachent.

Photo prise à Saint Petersburg, en Floride, le 18 avril 2013, par Grace Brown.

« Tu l’as bien cherché »

Photo prise à Baltimore, Maryland, le 30 avril 2013, par Grace Brown.

« Regarde-moi, s’il te plaît, j’ai besoin que tu me regardes… Tu m’as fait peur… J’ai cru que j’avais fait quelque chose de mal. » OUI.

Photo prise à Solana Beach, en Californie, le 21 avril 2013, par Grace Brown.

 « Je veux juste te montrer combien je t’aime. »

Photo prise à Annandale-on-Hudson, Etat de New York, le 11 février 2013, par Grace Brown.

« Un autre verre ? »

Une dizaine de ces portraits ont été réalisés dans les rues de Paris en novembre 2012 et quelques autres à Londres en décembre. Le site américain Buzzfeed a également compilé des images des hommes d’Unbreakable.

Conçu à l’origine comme un moyen de secouer les consciences, le projet s’est peu à peu mué en « outil de guérison pour les survivants », note sa conceptrice. Il fait aujourd’hui la part belle aux images postées par les victimes elles-mêmes. Plus de 1 500 photographies ont été diffusées depuis deux ans.

 

 

Onze ans de prison pour des tweets contre l’émir du Koweït

Source: BelgaL’émir du Koweït. © afp.

Un tribunal koweïtien a condamné lundi une femme à 11 ans de prison pour des propos sur Twitter jugés insultants envers l’émir et appelant à renverser le régime, selon une copie du jugement et un militant.

Houda al-Ajmi a été reconnue coupable de trois chefs d’accusations: insulte envers l’émir, appel à renverser le régime et mauvaise utilisation de son téléphone portable, selon le jugement rendu par le tribunal et confirmé par le directeur de l’Association koweïtienne des droits de l’Homme, Mohammed al-Humaïdi, sur son compte Twitter.

Elle a écopé de cinq ans de prison pour chacune des deux premières accusations et à un an pour la troisième, soit la plus lourde peine de prison prononcée par un tribunal koweïtien dans ce genre d’affaire depuis que le gouvernement a lancé en octobre une campagne de répression contre les militants en ligne.

En vertu du jugement, Mme Ajmi, qui a rejeté les accusations, devait commencer à purger sa peine de prison immédiatement. Elle peut se pourvoir en appel, puis en cassation contre le verdict.

Il s’agit de la première femme au Koweït à être emprisonnée pour des propos sur Twitter.

 

 

Dessin de Falco

Courrier Internationnal

Chaque année, entre 100 et 200 escort girls débarquent au festival de Cannes pour agrémenter les soirées de richissimes « festivaliers », révèle The Hollywood Reporter. Elie Nahas, un Libanais soupçonné d’avoir dirigé un réseau de prostitution de luxe sur la Côte d’Azur, témoigne.

 

Sur les 20 films en compétition pour la Palme d’or cette année, un seul a été réalisé par une femme (Un château en Espagne de Valeria Bruni Tedeschi). C’est peu. Mais c’est mieux que l’année dernière où il n’y en avait aucun. Chaque année ou presque la question de la place des femmes au festival de Cannes est posée…puis oubliée.

Pourtant, en marge du plus prestigieux festival international de cinéma du monde, une place est bien réservée aux femmes : celle de prostituée. Tous les ans, environ 200 professionnelles du sexe débarquent sur la Côte d’Azur au moment du festival de Cannes — et du Grand Prix de Monaco, concommitant. C’est The Hollywood Reporter qui le révèle : « Chaque année, des femmes de tout genre, de ce que les Français appellent putes de luxes* (des call girls payées très cher) rémunérées en moyenne 4000 dollars [3 100 euros] la nuit jusqu’aux prostituées locales payées généralement entre 40 et 60 euros l’heure pour faire le trottoir à Nice, convergent à Cannes pour ce que les prostituées parisiennes appellent ‘le meilleur jour de paie de l’année' ».

Compétition non-officielle

Interviewée dans les colonnes du quotidien de Los Angeles, une prostituée cannoise, surnommée Daisy, raconte comment la période du festival est synonyme de compétition pour elle. Mais « les prostituées locales ont un avantage parce qu’elles connaissent les gardiens des hôtels » : elles donnent du cash aux concierges des grands hôtels de luxe pour qu’ils rabattent des clients pour elles.

Quant aux prostituées de luxe, elles feraient partie d’un réseau bien organisé. Venues en groupe, via des agences d’escorts-girls, depuis Paris, Londres, le Vénézuela, le Maroc, le Brésil ou encore la Russie, expliqueThe Hollywood Reporter, elles sont « logées » dans les grands hotels et les yachts de luxe (dans ce cas on les appelle les ‘yacht girls’) au large de la ville ou louent des chambres à Beausoleil, près de Monaco, à 40 minutes de Cannes.

Les soirées commencent à partir de 22 h. Les filles attendent dans les vestibuls des hôtels où les clients viennent discrètement faire leur marché. Et quelques minutes plus tard, un homme leur indique de la main le numéro de la chambre où elles sont attendues. Toujours dans un souci de discrétion, le salaire est délivré sous une enveloppe barrée du mot « cadeau ».

Elie Nahas, proxénète de luxe

Tous ces détails, The Hollywood Reporter, les a obtenus par les témoignages de « vétérantes » de la prostitution à Paris et à Cannes, mais aussi et surtout par celui du Libanais Elie Nahas. C’est par lui que l’un des plus gros scandales de proxénitisme a éclaté à Cannes. C’était en 2007. Cette année-là, les enquêteurs de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains démantèlent un vaste réseau de prostitution de luxe sur la côte d’Azur. Elie Nahas, homme d’affaires et « homme à tout faire » de Moatassem Khadafi — décédé en 2011 — est alors soupçonné d’en être le principal organisateur. Le Libanais, âgé de 48 ans, réfugié au Liban, a depuis été condamné (en octobre 2012) par le tribunal correctionnel de Marseille à huit ans de prison pour proxénétisme.

« Tout le monde le sait, chaque année, pour le festival, entre 30 et 40 yachts de luxe arrivent dans la baie de Cannes. Ils appartiennent à des gens richissimes. Chaque bateau a à bord une dizaine de filles ; ce sont des top model qui sont nues ou à moitié nues toute la journée, on leur sert de la drogue et de l’alcool à volonté.

Le matin, elles attendent leur fameuse enveloppe, raconte Elie Nahas. Cela fait 60 ans que ça dure […] Certaines d’entre elles, perçoivent jusquà 40 000 dollars [31 000 euros] pour la soirée. Ce sont les Arabes qui sont les plus généreux. Si une fille leur plait, ils peuvent débourser beaucoup d’argent. »

Pour reconnaître ces prostituées de luxe, un bon coup d’oeil suffit, note enfin le quotidien américain. Comme l’avait écrit le célébrissime critique cinéma Roger Ebert (décédé le 4 avril dernier) dans un tweet : « Les prostituées à Cannes sont partout. Elles sont faciles à reconnaître : ce sont celles qui sont très bien habillées et qui ne fument pas ».

Dessin de Dario, Mexique.

 

 

Depuis quelques mois, des policiers arrêtent des couples dans la rue ou lors d’un contrôle routier, et obligent les filles à passer un test de virginité. Une pratique humiliante et illégale, s’indigne El-Watan.

 

« Elles étaient terrorisées. Choquées d’avoir été interpellées par les forces de l’ordre et de devoir passer ce type d’examen ! » Un gynécologue de garde dans un hôpital de l’est algérois s’avoue lui-même sidéré : les cas d’examens de virginité à la demande des agents de police se multiplient. Dans ce cas, l’absence des parents des deux mineures, manifestement paniquées, alerte les médecins. Les jeunes filles assurent qu’elles n’ont subi aucun viol et précisent qu’elles rentraient simplement d’une soirée d’anniversaire.

« Ce type d’examen se fait, d’habitude en présence de la mère, dans des cas de viol », explique le médecin. A la sortie de la salle d’examen, un des policiers se présente pour obtenir le résultat, que la loi impose de remettre dans une enveloppe cachetée, d’un vulgaire « Wech ? » [alors ?]. Devant l’incrédulité du médecin, le policier poursuit : « Il faut bien que je sache quoi écrire sur le PV ! ».

D’après le groupe Facebook « Algerie fait », début mars, trois jeunes filles de 18 à 20 ans auraient « été soumises à des tests de virginité par les autorités, après avoir été interpelées pendant un pique-nique à El Mridj (Constantine) ». Selon la Direction générale de sureté nationale (DGSN), cinq personnes se trouvaient à bord du véhicule contrôlé le 6 mars dernier à 1h05 du matin et un examen a été pratiqué sur deux jeunes filles mineures. Une troisième jeune fille, majeure au moment des faits, n’a pas été inquiétée. Toujours selon la DGSN, l’une des deux mineurs avait fugué de son domicile et était recherchée par sa famille. Ses parents auraient déposé plainte contre les deux jeunes hommes qui l’accompagnaient. Et il n’a été procédé à la vérification de leur virginité que sur demande des parents et après accord du procureur de la république. Le tribunal de Chéraga a ainsi ouvert un dossier dès le lendemain pour « incitation à la débauche ».

Aucune loi ne permet de procéder à ce genre d’examen

Joint par téléphone, le médecin qui a ausculté la jeune femme conteste. « Absolument pas sur demande des parents. Ils n’étaient pas là! » Ce médecin a procédé plusieurs fois à des examens de ce type, y comprit sur des majeures. Il se souvient d’une femme divorcée qui avait subi cet examen après avoir déposé plainte contre son conjoint pour coups et blessure : « Elle disait ne pas comprendre pourquoi elle subissait ça, alors que celui qui l’a frappé était déjà en liberté ».

Plusieurs autres médecins gynécologues confirment que des examens leur ont été demandés plusieurs fois. S., gynécologue d’Alger, confie avoir déjà procédé à un examen similaire deux fois en près de deux ans tandis que sa collègue dit l’avoir réalisé cinq fois en un an et demi.

En réalité, aucune loi ne permet de procéder à ce genre d’examen. « Eventuellement en cas de viol, mais uniquement si la jeune fille dépose plainte et donne son accord », explique une avocate qui a requit l’anonymat. « Ce type d’examen constitue une atteinte à la liberté individuelle. Qu’est-ce que la virginité a à voir avec un crime ou une infraction ? » s’indigne l’avocate. Les juristes sont formels : seul peut-être considéré comme atteinte à la pudeur un acte particulièrement explicite. Le constat doit se faire en flagrant délit et même dans ce cas, la virginité ne prouve rien.

Toutes les filles font un test de virginité avant de se marier

Intriguée, l’avocate a interrogé des membres de la Sûreté nationale qui lui ont assuré qu’aucune instruction n’avait été donnée dans ce sens. Ceux-ci ont tout de même admis qu’ils étaient encouragés à être plus sévères à l’égard des couples, dans le but de décourager les comportements « dévergondés ».

Interpellé par un journaliste, fin mars dernier, le ministre de l’intérieur Daho Ould Kablia a affirmé: « Cette mesure est tout à fait illégale, inconvenante et inacceptable ». Nassera Merah, sociologue et militante féministe, n’est pas étonnée. « Il n’est question ici ni de loi, ni de mesure spéciale, mais des pratiques abusives de la part des forces de l’ordre ».

Pour elle, le problème est plus grave. « Dans des affaires de viol, on considère que les femmes sont responsables de ce qui leur arrive, y compris les mineures. Souvent les peines sont plus lourdes si la fille était vierge au moment du viol et dans ces cas-là, on considère que le violeur a touché à l’honneur de la famille ! C’est encore le patriarcat que l’on protège », fulmine-t-elle. « On se soucie de l’honneur de la famille et on se fiche de la fille ».

« Ce n’est pas nouveau, toutes les filles font un test de virginité avant de se marier, c’est notre société qui veut ça », explique Madame Zemirli, psychologue, au sujet de la cristallisation de l’attention de la société sur la virginité de la femme. Examen de virginité exigé par les maris par convenance. « Ne croyez pas que les choses aient évoluées, la plupart des familles font ça, qu’elles l’avouent ou pas ».

Courrier International