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Entretiens>Jean-Paul Duchâteau Publié le jeudi 24 avril 2014 à 15h23 – Mis à jour le jeudi 24 avril 2014 à 15h25

 

Plusieurs partis traditionnels s’inquiètent de voir des petites formations les affaiblir au profit de leurs adversaires. Il faut voter « utile » pour favoriser la formation d’une majorité, disent les uns. La démocratie a besoin d’opposition répondent les autres. Entretiens croisés .

OUI – Pierre Vercauteren, politologue (UC-Mons)

 

Plus ces mouvements davantage radicaux parviennent à drainer un nombre important d’électeurs, plus la constitution ultérieure de majorités sera compliquée. Cela pourrait en effet entraîner un affaiblissement plus ou moins fort des partis traditionnels, et la nécessité de composer une majorité ouverte à un plus grand nombre de partis, ce qui nuirait à sa cohésion et à son efficacité.  

Voter pour l’un ou l’autre parti – démocratique – permettrait-il de forcer un changement politique plus efficacement que le ferait un vote pour les partis dits traditionnels ?

Non, car le vote pour les petits partis constitue d’abord un vote de sanction et la manifestation d’un désarroi de l’électeur. Donc, le vote pour les petits partis ressort davantage de la critique que de l’adhésion à leurs programmes.

Ce n’est donc pas pour vous un vote « utile » ?

Je veux d’abord préciser que le vote pour un petit parti n’est en rien antidémocratique, à condition bien sûr que ce petit parti se situe dans le jeu démocratique. Cela étant, ils permettent d’exprimer une critique ou un rejet de ce que font, ou ne font pas, les partis traditionnels. Cela étant, plus ces mouvements davantage radicaux parviennent à drainer un nombre important d’électeurs, plus la constitution ultérieure de majorités sera compliquée, en cela qu’une telle situation provoquerait une plus grande dispersion sur la carte électorale et politique. Cela pourrait entraîner un affaiblissement plus ou moins fort des partis traditionnels, et la nécessité de composer une majorité ouverte à un plus grand nombre de partis, ce qui nuirait à sa cohésion et à son efficacité.

Le système électoral proportionnel qui est le nôtre n’implique-t-il pas par définition une telle dispersion et donc une plus grande vitalité démocratique que le système majoritaire – un camp contre l’autre – que l’on connaît par exemple en France ?

C’est un débat qui revient à chaque campagne électorale, qu’elle soit fédérale ou régionale. Le fait de voter sur une palette plus large de partis dans le système proportionnel induit qu’on soit obligé de recourir à la formation de coalitions et cela donne à l’électeur l’impression que, quel que soit son vote, on retrouve toujours les mêmes au pouvoir. Cela étant, on observe qu’il n’y a jamais eu de majorité claire pour changer le système, dans la mesure où certains reprochent au scrutin majoritaire de provoquer des alternances brutales qui empêchent toute continuité dans l’action publique.

Vous disiez auparavant que le vote pour les petits partis est essentiellement un vote de rejet. Vous ne croyez donc pas que ces partis puissent apporter une vitalité retrouvée au débat politique ?

Pas nécessairement, dans la mesure où ils situent eux-mêmes leur argumentation dans la critique de ce qui se fait autre part, plus que dans la proposition concrète et réalisable de projets alternatifs. Des études fondées sur les résultats électoraux des dix dernières années montrent que la volatilité de cet électorat est très grande. Ils peinent donc à consolider leurs forces, si ce n’est dans le rejet des partis classiques.

A ce propos, la démarche active ou passive de l’abstention n’est-elle pas plus significative que le vote pour les petits partis ?

Je pense qu’une part significative de l’abstention est davantage à chercher dans une exaspération à l’égard du nombre de scrutins enregistré depuis 1999.

Pour que les électeurs puissent bien connaître le projet politique des petits partis, ne faudrait-il pas que ces derniers disposent du même temps d’antenne dans les médias que les formations traditionnelles ?

Il faut bien instaurer une règle la moins ambiguë possible. Dans certaines circonscriptions, on note la présence d’une vingtaine de listes. Comment, alors, décider qui aura accès ou non à la radio-télévision, si ce n’est par le système qui consiste à distinguer les partis qui disposent déjà d’une représentation dans les différents parlements et les autres ? Il faut aussi veiller aux effets pervers que provoquerait une égalité de traitement. Le temps d’antenne qui serait accordé aux émissions et débats électoraux serait tel qu’il provoquerait très vite une désaffection large des téléspectateurs à l’égard de ces programmes.

 


 

 

NON – Pierre Verjans, politologue (Université de Liège)

 

Affaiblit-on son groupe d’idées en votant pour des gens qui risquent de ne pas avoir d’élus ? Beaucoup d’électeurs potentiels des petits partis pensent au contraire rendre service à leur camp en souhaitant qu’ils fassent pression indirectement sur un grand parti pour que celui-ci radicalise son programme.

 

Voter pour un petit parti, est-ce adhérer à son projet politique, ou vouloir sanctionner les partis traditionnels ?

C’est d’abord un vote-sanction. Si les partis sont petits, c’est que lors des élections précédentes, il n’y a pas beaucoup de gens qui ont voté pour eux. On peut donc supposer que le vote pour un petit parti est la marque d’une défiance par rapport à un grand parti pour lequel une partie de la population avait voté auparavant. Mais, comme pour les grands partis, il est très difficile de connaître la motivation d’un électeur. Il y a toute une série de gens votant pour les grands partis par tradition familiale, locale, professionnelle ou encore par reconnaissance pour un service clientéliste reçu. Donc, tant pour les grands que les petits partis, il y a toute une série de raisons de voter ici ou là, sans pour autant adhérer à un programme.

Certains affirment qu’en votant pour un petit parti, on affaiblit automatiquement son camp au profit de l’autre en face. Votre avis ?

Ne confondons pas tout. Lors d’un scrutin fédéral ou régional, on vote d’abord pour désigner des représentants dans une assemblée. Les parlements représentent donc la diversité de l’opinion, et c’est bien ainsi. C’est une autre étape qui consiste à former des gouvernements. Affaiblit-on son groupe d’idées en votant pour des gens qui risquent de ne pas avoir d’élus ? Beaucoup d’électeurs potentiels des petits partis pensent au contraire rendre service à leur camp en souhaitant que ces derniers fassent pression indirectement sur un grand parti pour que celui-ci radicalise son programme.

Le PS n’arrête pas de dire depuis le début de la campagne que voter pour le PTB, c’est automatiquement renforcer le MR et la droite. Vous êtes d’accord ?

On pourrait faire cette analyse si effectivement le PS risquait de perdre des voix à cause de l’extrême gauche. Mais un examen très fin des résultats des élections communales de 2012 montre, paradoxalement peut-être, que cela n’a pas été le cas. En fait, quand le PTB monte, ce sont les absents au vote qui diminuent. Et on a d’ailleurs pu constater qu’à plusieurs endroits, il y avait une augmentation parallèle des voix en faveur du PS d’une part, du PTB de l’autre. Cela dit, une percée des petits partis, tant à droite qu’à gauche, aurait comme effet de forcer les grands partis de chaque camp à armer leur discours et à ne plus seulement compter sur des rentes de situation. Cela freinerait sans doute la tactique des différents partis de se situer davantage au centre pour ratisser large, un phénomène qui a pour conséquences de désorienter complètement l’électorat.

Donc, vous ne partagez pas l’argument des grands partis pour qui voter pour une formation plus radicale est un vote inutile et perdu ?

Non. On peut au contraire considérer qu’il est utile d’avoir un ou des parlementaires dans une assemblée, qui ne chercheraient pas à participer au pouvoir, et dont la mission serait majoritairement de poser des questions, dérangeantes le cas échéant, puisque c’est bien la fonction d’un parlement que de contrôler un gouvernement. Ce serait très enrichissant pour notre démocratie.

Justement, pour que les électeurs puissent apprécier sur pièces la pertinence des différents programmes, ne devrait-on pas permettre aux petits partis de disposer du même temps d’antenne que les grands, en tout cas sur les chaînes de service public dont c’est davantage la mission ?

D’abord, n’imposons pas de règles plus contraignantes aux médias publics, au risque de leur faire perdre leur audience. Sur le fond de la question, il n’y a pas de règles légales, démocratiques ni même déontologiques qui obligeraient à traiter tout le monde sur le même pied. Je pense que les règles généralement adoptées par les différentes chaînes sont les moins mauvaises, à défaut de pouvoir être complètement satisfaisantes. Il s’agit de donner un large écho aux partis qui ont déjà fait la preuve, par leurs résultats précédents, de leur représentativité, et, dans le même temps, d’offrir la possibilité, mais dans une moindre mesure, aux plus grandes des petites listes de faire connaître leurs arguments.

Législatives allemandes : le parti de Merkel frôle la majorité absolue

 

 
© AFP

Selon les premières estimations, Angela Merkel remporte largement les législatives et raterait de peu la majorité absolue au Parlement. Son allié libéral, le FPD, en revanche, ne devrait pas réunir assez de voix pour rester au Parlement.

Sans surprise, le parti conservateur CDU d’Angela Merkel sort largement en tête des élections législatives avec plus de 42 % des voix, selon les premières estimations à la fermeture des bureaux de vote. Il s’agit du meilleur score du parti depuis la réunification allemande. C’est un « super résultat », a salué la chancelière, qui promet « quatre nouvelles années de succès ».

 

 

La CDU et son allié bavaroise, la CSU, frôlent la majorité des sièges au Bundestag. Un tel cas de figure aurait été historique. Aucun parti allemand n’ayant obtenu de majorité absolue à la chambre basse du parlement depuis le chancelier chrétien-démocrate Konrad Adenauer en 1957.

Le SPD crédité de 26,5% des voix

En revanche, pour la première fois de son histoire, son allié libéral, le FPD, aurait récolté moins des 5 % des suffrages nécessaires pour rester au Parlement. Un résultat médiocre qui pourrait contraindre Angela Merkel à faire alliance avec l’opposition sociale-démocrate (SPD), créditée de près de 26,5 % des voix.

Cette perspective de coalition ne réjouit pas tous les partisans pro-Merkel : « C’est bien que la CDU atteigne son score historiquement le plus fort, mais je ne suis pas entièrement satisfait parce que le FDP, qui a fait un bon boulot, se retrouve en dehors du Parlement « , regrette ainsi Eike, un jeune Allemand de 30 ans, interrogé par FRANCE 24.

« Si la coalition [de Merkel] se fait plutôt avec le SPD, on peut s’attendre à une politique plus sociale, davantage tournée vers la question des femmes ou le cumul des emplois », avait commenté, plus tôt, Gauthier Rybinski, envoyé spécial de FRANCE 24 à Berlin.

Le parti anti-euro AfD récolte moins de 5%

Le parti anti-euro « Alternative pour l’Allemagne » (AfD) qui militait pour un « démantèlement ordonné » du pays de la zone euro – un programme qui inquiétait l’UE –  récolterait 4,9% des voix, ce qui les excluerait également d’entrée au Bundestag.

« C’est vraiment dommage que l’AfD échoue si près du but », déplore Mathias, 60 ans, qui a suivi les résultat au célèbre café politique de Berlin, le « Standige Vertretung ». « Ce parti aurait pu faire avancer les choses au regard de la situation économique en Europe. Je crains que cette question [la crise européenne] ne soit pas abordée de manière courageuse par la nouvelle coalition. »

Les Verts, qui avaient chuté dans les sondages ces dernières semaines, feraient un score très loin de leurs attentes, à 8%, en net recul par rapport à leur record des législatives en 2009 (10,7%). La gauche radicale Die Linke baisse également, et passerait à 8% contre 11,9% des voix en 2009.
source: france 24

Trop « mannequin » pour faire de la politique en Iran

La beauté n’est pas toujours un atout en politique, surtout en Iran. Une femme politique qui avait remporté l’élection municipale de la ville de Qazvin a été disqualifiée par un comité de contrôle des élections qui ne souhaite « pas de mannequin dans une équipe municipale ». Pour eux, la jeune femme de 27 ans ne « respectait pas les codes de la République islamique ». Lors de sa campagne, elle portait pourtant le hijab traditionnel qui ne laissait entrevoir… que son visage.
Nina Siahkali Moradi, 14e sur 163 candidats, avait gagné par les urnes sa place pour siéger au conseil municipal de Qazvin. Sa campagne avait pour slogan « Un esprit plus jeune pour l’avenir de la jeunesse ». Elle a appris sa disqualification une semaine après les élections municipales qui ont eu lieu le 14 juin, le même jour que l’élection présidentielle iranienne.

Un autocollant de campagne de la candidate sur une voiture.

En Iran, les candidats ne sont autorisés à concourrir qu’après avoir rempli une liste de conditions validées par les instances judiciares, les services de renseignement et la police. Il est rare qu’un candidat soit disqualifié après l’élection. Ceux qui ne remplissent pas les conditions ne passent généralement pas les premiers contrôles.
L’affiche de campagne de Nina Siahkali Moradi.
Selon la biographie de Siakhali disponible sur son site Internet, la jeune femme étudie l’achitecture, pratique le kung fu et est membre de l’atelier de caligraphie municipal de Qazvin. FRANCE 24 a essayé de rentrer  en contact avec l’équipe de campagne de Siakhali, ainsi qu’avec la commission de contrôle des élections à Qazvin. Sans succès.
Lettre du conseil religieux de Qazvin qui condamne la présence de candidates femmes pour l’élection du conseil municipal.
CONTRIBUTEURS

« C’est déjà assez difficile pour une femme d’être élue, alors en plus si on lui reproche d’être belle… »

Shadi est une étudiante de 22 ans qui vit à Qazvin.

J’ai voté pour Nina parce que je hais la manipulation des hommes politiques actuels et le fait que ce soit toujours les mêmes qui concentrent tous les pouvoirs. Elle est jeune, comme moi, elle aurait pu être la voix de notre génération. Beaucoup de gens ont voté pour elle car elle n’était pas affiliée à un parti politique et qu’elle avait un avis sur des sujets différents comme l’art et le sport.

Pour moi, et je sais que beaucoup sont d’accord avec moi, elle a été disqualifiée seulement parce que les hommes du conseil la trouvent belle. Quel crime d’être belle  dans notre République islamique ! C’est ridicule, les affiches de campagne, les autocollants, tout ça n’a rien de contraire aux codes islamiques.

Ce comportement montre juste que les membres du conseil se fichent du vote des citoyens ; ça ne peut entraîner que la haine. Les femmes politiques devraient pourtant avoir plus d’importance dans la vie politique de notre ville, et surtout des femmes comme Nina qui n’ont rien à voir avec les tractations politiques ou le lobbying. C’est déjà assez difficile pour une femme d’être élue, alors en plus si on lui reproche d’être belle… [sur quatorze membres, 3 femmes ont été élues au conseil municipal de la ville, NDLR].

“Quand ils ont vu les résultats, ils ont préféré la disqualifier”

Amir est un homme d’affaires de 28 ans. Il habite à Qazvin.

Beaucoup ont été choqués après avoir appris la disqualification de Nina Siahkali Moradi car il n’y avait rien d’irrégulier dans sa campagne. S’ils avaient voulu être stricts, ils auraient du disqualifier d’autres candidats qui ont par exemple sillonnés la ville à cheval, organisé des dîners ou fait des promesses exagérées. D’autres pensent qu’ils l’ont autorisé à être candidate pour encourager les jeunes à voter pour quelqu’un à qui ils pouvaient s’identifier, pour un candidat différent, une jeune femme sans affiliation à un parti politique. Mais ils ne pensaient pas qu’elle serait élue. Quand ils ont vu les résultats, ils ont préféré la disqualifier.
Depuis sa disqualification, il n’y a aucun candidat élu à Qazvin qui n’appartienne pas à un parti politique. Je n’ai voté que pour l’élection présidentielle, et d’ailleurs je n’ai jamais voté pour aucune autre élection. Quand j’entends des choses comme ça, je me dis que j’ai raison de penser que les élections ne sont là que pour duper les gens. Au final, qu’on vote ou pas, rien ne change.
 source: france24.com

Des partisans du CNRP, le principal parti d'opposition, au premier jour de la campagne officielle le 27 juin à Phnom Penh - Photo AFP.

 

La campagne pour les législatives du 28 juillet bat son plein. Accusations publiques en tout genre ont remplacé les violences préélectorales du passé et, désormais, pour affaiblir ses adversaires, le parti au pouvoir préfère les faire poursuivre par la justice.

 

En juin 1998, à la veille d’élections législatives très disputées, le corps de Thong Sophal, militant du parti royaliste Funcinpec, avait été retrouvé dans un canal asséché de la province de Kandal [autour de Phnom Penh].

Ses doigts et son oreille gauche avaient été sectionnés. La chair de ses jambes avait été arrachée, ne laissant plus que les os, rapportèrent alors les ONG et médias internationaux. Le militant semblait avoir trouvé la mort à la suite d’un coup brutal porté à la tête. A l’époque, la police avait classé l’affaire en suicide. Il s’agissait du quatrième militant royaliste tué dans le même mois.

Quinze ans plus tard, alors que le Cambodge se prépare à de nouvelles élections [le 28 juillet], aucun assassinat politique n’a été signalé. Toutefois, au moment où une vague de controverses s’abat sur la direction du nouveau parti d’opposition, le Cambodia National Rescue Party (CNRP) [né de la fusion deux formations, dont celle de l’opposant Sam Rainsy], les politiques semblent avoir trouvé une nouvelle méthode, plus sophistiquée, pour éliminer leurs adversaires : le meurtre de réputation.

“Selon moi, le recours à la violence est contre-productif et ruine la crédibilité du parti au pouvoir, explique Lao Mong Hay, analyste politique. Il y a eu beaucoup de pressions, internes et externes, pour mettre fin à ce genre de violence. Aujourd’hui, la tendance est plutôt aux mises en cause publiques contre l’opposition et à l’ouverture de poursuites judiciaires.”

Le leader de l’opposition visé par deux plaintes

De fait, ces dernières semaines, Kem Sokha, qui fait office de président du CNRP, s’est retrouvé au cœur non pas d’un mais de deux scandales, qui tous deux ont débouché sur des dépôts de plaintes. Dans le premier, il lui est reproché d’avoir qualifié le centre de torture S-21 des Khmers rouges d’invention des Vietnamiens. Quelques jours plus tard, une femme prétendant être son ancienne maîtresse s’est présentée à un rassemblement du CNRP en exigeant une pension alimentaire pour les deux enfants que, selon elle, le couple avait adoptés. Peu après, la même femme a affirmé que sa mère avait été frappée par des gardes du corps de Kem Sokha et a déposé plainte auprès du tribunal municipal de Phnom Penh. A peu près au même moment, un des rares survivants de S-21, Chum Mey, déposait également plainte contre lui, arguant que les propos du responsable politique s’apparentaient à de la diffamation. Le Premier ministre est même allé jusqu’à accuser un membre de l’opposition – sans le nommer [mais que chacun a reconnu comme étant Kem Sokha] – d’avoir voulu acheter les faveurs sexuelles d’une jeune fille de 15 ans. Il a menacé de publier des preuves si l’intéressé niait les faits.

“Prenez le cas de Sam Rainsy [chef de file de l’opposition, en exil volontaire après avoir écopé de plusieurs années de prison]. Il a commis un crime, il a été jugé, condamné à une peine de prison et a quitté le pays. Et les dirigeants du PPC [Parti du peuple cambodgien, au pouvoir] disent qu’ils n’ont rien à voir avec la justice, qu’elle est indépendante”, souligne Lao Mong Hay, estimant que les poursuites judiciaires procurent un vernis de légitimité à ces attaques contre des responsables politiques. “Bien évidemment, les juges ne sont pas indépendants. La plupart appartiennent au parti au pouvoir.”

Dans les deux affaires en cours, Kem Sokha a choisi de nier. Il affirme que les enregistrements concernant S-21 ont été bidouillés par le gouvernement et soutient n’avoir jamais rencontré la femme qui prétend avoir été sa maîtresse. En l’absence de preuves d’un côté comme de l’autre, il est tout aussi difficile aujourd’hui de montrer que le gouvernement a fabriqué les faits reprochés à Kem Sokha qu’il l’était en 1998 de prouver son implication dans la mort de Thong Sophal.

“Bienvenue dans la politique de caniveau”

Loin des assassinats, des manœuvres d’intimidation et des fraudes massives, ces élections ressemblent “un peu à la scène politique italienne d’aujourd’hui”, observe Justin Di Lollo, ancien conseiller politique auprès de ministres et de parlementaires australiens. “Ce sont des manœuvres politiques qui consistent à demander à un responsable de répondre à des accusations infondées, ce qui leur confère une sorte de crédibilité, explique-t-il. Dans le paysage politique du Cambodge, où c’est une première, cela peut aussi bien traduire du désespoir que des enjeux plus élevés. En ce sens, on pourrait le voir comme le signe d’une plus grande maturité de la scène politique nationale. Et, dans ce cas, bienvenue dans la politique de caniveau.”

Reste à savoir si ces efforts de distraction porteront leurs fruits, ce dont doute Lao Mong Hay. “Il semble que l’opinion publique soit de plus en plus au courant de ce qui se passe”, note l’analyste politique, citant entre autres la contestation grandissante face aux spoliations foncières, contestation qui dépasse largement les communautés affectées. En outre, au Cambodge, les attaques personnelles s’avèrent généralement contre-productives.

“Nous ne savons pas si ces histoires d’adultère seront condamnées par l’opinion publique ou non. Mais l’histoire montre généralement que, quand on s’en prend à des personnes réputées honnêtes et au service du peuple, cela profite plutôt aux victimes, rappelle-t-il. Voyez Jésus. Les Romains l’ont tué, et aujourd’hui c’est un héros.”

 

Courrier International

« De Wever redoute Kompany et les Diables en 2014 »

© ap.C’est un secret de polichinelle: l’émulation positive autour des Diables Rouges ne fait pas les affaires de Bart De Wever et de la N-VA. Le scénario pourrait être catastrophique pour les nationalistes flamands si, d’aventure, les Diables se qualifient pour la Coupe du Monde 2014 au Brésil. Les élections de mai 2014 seraient alors influencées par la participation de la Belgique au Mondial.

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« Cela va influencer un tas de gens qui seront dans l’euphorie belge, a dit Luc Van der Kelen, éditorialiste du Het Laatste Nieuws, à RTL. « De Wever a un peu peur d’un type comme Kompany, parce qu’il joue avec les médias, il est sur Twitter. Ce n’est pas qu’un joueur de football, c’est quelqu’un qui prend position pour son pays. Et il est encore plus populaire depuis qu’il a joué avec un nez cassé ».

« Supposons que la Belgique se qualifie pour le Mondial 2014. Il se joue en juin de l’année prochaine. Les élections sont à la fin du mois de mai. Il y aura donc l’euphorie autour de la Belgique, on a vu tout l’enthousiasme autour de l’équipe nationale, et de Vincent Kompany. Pour le président d’un parti contre la Belgique, c’est embêtant, conclut Luc Van der Kelen.

Au soir de la victoire des Diables contre l’Écosse (2-0), Vincent Kompany avait tweeté: « La Belgique est à tout le monde, mais ce soir, surtout à nous! ». Un tweet posté en réponse au discours victorieux de De Wever après les élections communales. Ce soir-là, De Wever, avait tweeté: « Ce soir, Anvers est à nous ! ».

Aujourd’hui, Anvers est la seule grande ville belge qui ne diffuse pas les matches des Diables sur écran géant.

 

Quel avenir pour la République islamique ?

Publié: 14 juin 2013 par estellavaras dans Actualités
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Vincent Braun

Mis en ligne le 14/06/2013- lalibre.be

Cinquante millions d’Iraniens sont appelés à voter ce vendredi pour élire leur septième président parmi six candidats.

La République islamique d’Iran a-t-elle encore un avenir ? L’élection de son septième président, dont le premier tour se déroule ce vendredi, survient dans un contexte difficile. La mauvaise gestion du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, la crise économique (voir LLB du 13/6), les revendications sociales, le contentieux nucléaire, l’impact de plus en plus profond des sanctions internationales, voire le sillage du conflit syrien sont autant d’éléments qui menacent l’existence même de la république des mollahs. Fondé dans la foulée de la Révolution islamique de 1979, ce régime est l’unique exemple au monde d’une théocratie (basée sur les préceptes islamiques) aux mains de religieux chiites. Au printemps prochain, elle célébrera ses 35 ans d’existence. Si Allah lui prête vie.

1Des institutions brocardées. Le sociologue Majid Golpour est pessimiste sur l’avenir de la « prétendue » République islamique. Pour lui, elle est moribonde. Les dirigeants sapent eux-mêmes les fondements de l’idéologie khomeiniste en ne respectant pas la Constitution. Il illustre son propos par l’évincement de l’ancien président Ali Akbar Hachémi Rafsanjani de l’élection présidentielle, pour des raisons indéterminées mais infondées juridiquement. « La décision des gardiens de la Constitution est anticonstitutionnelle, de même que le comportement du guide. D’un point de vue constitutionnel, nous sommes à la fin de la république islamique », affirme-t-il sans ambages. « Ils se trahissent eux-mêmes. Il n’y a pas besoin de critique ou d’opposition pour mettre en difficulté les institutions : ils s’en occupent eux-mêmes. Ali Larijani (le président du Parlement) a passé son temps à mettre en difficulté le gouvernement d’Ahmadinejad. Le président a dit publiquement qu’il ne voyait pas pourquoi il devrait s’expliquer devant l’assemblée islamique (lorsque celle-ci l’a sommé de justifier son bilan économique au printemps 2012). Les trois pouvoirs sont tellement en guerre ouverte que cette république ne peut plus rien donner. »

2Une Constitution équilibrée. La République islamique a jusqu’ici réussi à gérer ses deux composantes essentielles, républicaine (avec en théorie l’égalité homme-femme, l’égalité entre majorité et minorités religieuses ) et islamique (basée sur les préceptes de l’islam, dont l’interprétation fluctue selon que les ayatollahs sont progressistes ou conservateurs). « Du fait de sa loi fondamentale, le régime a été capable d’avoir en son sein plusieurs factions pour jongler entre l’islamité et la laïcité. C’est ce qui fait sa force », relève la sociologue et politologue Azadeh Kian, professeur à l’Université de Paris 7. Mais combien de temps pourra-t-il encore le faire alors que la société se laïcise et que le pouvoir religieux se radicalise ?

3Un guide malmené. Premier personnage de l’Etat, Ali Khamenei a soutenu sans condition Mahmoud Ahmadinejad depuis sa première candidature à la présidentielle de 2005 (y compris par la fraude massive organisée pour le réélire en 2009). Khamenei pensait pouvoir le contrôler à sa guise. Mais le président populiste s’est révélé imprévisible et arrogant. Ahmadinejad n’a eu de cesse de s’autonomiser du guide suprême, malmenant son autorité et affaiblissant son statut. Le président l’a forcé à prendre position sur des sujets relatifs à la gestion quotidienne de l’Etat. Ce faisant, il a contribué à faire descendre le Guide suprême de son pédiestal. On se souvient de la crise de 2011 où le guide a bloqué le limogeage du ministre du Renseignement décidé par Ahmadinejad : le Président a refusé de se rendre à ses bureaux onze jours durant. Un affront aux institutions et au pouvoir du guide.

4Une opposition absente. Il n’y a pas d’alternative politique crédible au régime, pour le moment. Le mouvement vert, qui avait commencé à se structurer dans la foulée de la contestation née de la réélection truquée de Mahmoud Ahmadinejad il y a quatre ans, est en veilleuse. A l’époque, ceux qui avaient proposé une alternative étaient d’anciens hauts responsables : Mir Hossein Moussavi (Premier ministre de Khomeiny) et Mehdi Karoubi (ex-président du Parlement).« La force de ce régime, c’est aussi la faiblesse de son opposition et sa capacité d’incarner tous les rôles », résume Azadeh Kian. « L’alternative du pouvoir se trouve à l’intérieur même du régime. Ce n’est ni les Moudjahidine soutenus par l’Europe et les Etats-Unis, ni le prince Pahlavi, ni d’autres petits groupes d’opposants ».

5Une instabilité régionale. La scène géopolitique de la région pousse les Iraniens à la prudence. C’est aussi un atout pour le régime. « Beaucoup d’Iraniens sont de plus en plus inquiets de la probabilité de bombardements de sites militaires et nucléaires en Iran. Vu les interventions en Afghanistan, en Irak, les révolutions arabes, le conflit syrien, les Iraniens ne veulent pas du chaos chez eux », souligne la sociologue.

6Une contestation hypothétique. L’élection présidentielle se jouant essentiellement entre des candidats conservateurs, l’éventualité la plus plausible d’assister à un mouvement de contestation serait le déclenchement d’une révolte populaire à large échelle motivée par la situation économique et sociale. Si elle devait se prolonger, la crise actuelle pourrait bien faire émerger un tel mouvement dans les classes pauvres et moyennes paupérisées. Le rôle du prochain président et l’avenir des sanctions internationales seront déterminants.

 

 

Courrier International

"Démocratie : 1 - Talibans : 0." Dessin de Schrank, paru dans The Independent, Londres.

Courrier International

Et de trois pour Nawaz Sharif ! Le gagnant des législatives au Pakistan a un visage bien connu. Pour la presse, la simple tenue des élections est une victoire majeure. Mais elle s’inquiète des immenses défis que le nouveau Premier ministre devra affronter.

Avant même la fin du dépouillement, les élections législatives du 11 mai se sont conclues par un verdict clair : Nawaz Sharif, le « Lion du Pendjab » qui a été déjà Premier ministre à deux reprises dans les années 1990, obtient une écrasante majorité et sera à la tête du prochain gouvernement.

Dans les pages du Daily Times de Lahore, Yasser Latif Hamdani se félicite que le scrutin se soit bien déroulé. En effet, c’est la première fois depuis la création du pays en 1947, qu’un gouvernement va au bout de son mandat et cède la place à son successeur à l’issue d’élections. Dans le passé, les coups d’Etat et assassinats avaient toujours présidé aux changement de pouvoir.

Hamdani, qui est l’auteur d’un ouvrage sur Muhammed Ali Jinnah, le fondateur du pays, écrit donc : « Ici on a un pays majoritairement musulman qui a réussi, alors qu’il était secoué par des actes de terrorisme et qu’il est confronté au soit-disant choc des civilisations, à se doter d’un nouveau gouvernement au terme d’un processus constitutionnel, et ce contre toute attente et malgré toutes les menaces. Ce n’est pas une petite réussite. Nous, enfin ceux parmi nous qui avons eu le droit de voter et l’avons fait, nous pouvons nous féliciter pour un travail bien fait. Nous le méritons. »

Si la plupart des journalistes saluent la victoire pour la démocratie que représente ce scrutin et cette transition gouvernementale, ils s’accordent cependant sur l’ampleur des défis qui attendent Nawaz Sharif. Hamdani évoque trois dossiers principaux: l’extrémisme religieux, l’intégration et la protection des minorités (notamment des chiites visés par de nombreux attentats), et les demandes autonomistes de la province du Baloutchistan.

Rafia Zakaria est, elle, consternée par l’autosatisfaction dont font preuve les médias. Dans le quotidien Dawnelle s’agaçe qu’il n’y ait « plus d’espace pour parler des monceaux de détritus qui s’amoncèlent devant les mosquées, des dettes vertigineuses au FMI […], des fraudes électorales […], de la tragédie d’anciens dirigeants politiques assassinés [une référence à Ali puis Benazir Bhutto] ». Nawaz Sharif va maintenant devoir convaincre.

Le leader du Mouvement 5 étoiles, Beppe Grillo, lors d'une conférence de presse le 21 avril 2013 - Alberto Pizzoli<br /><br /><br />
 / AFP.

Courrier International

Un groupe de hackers qui s’autodéfinit comme proche du Parti démocrate a piraté les boîtes mail d’élus du Mouvement 5 étoiles et a commencé à en publier les contenus. La polémique enfle.

C’est potentiellement « une violation sans précédent de la vie privée des représentants politiques italiens et un ‘leak’ aux conséquences politiques imprévisibles […] mais nous sommes surtout face à un Waterloo de la cybersécurité du Mouvement 5 étoiles », écrit L’Espresso.

L’hebdomadaire de centre-gauche a été le premier à publier l’information selon laquelle un groupe méconnu de personnes qui s’autodéfinissent« hackers du PD » (pour Parti démocrate, gauche) avaient piraté une trentaines de comptes emails de députés du M5S, le mouvement de Beppe Grillo. Depuis, l’information a été confirmée notamment par l’agence de presse italienne Ansa.

Dans une étrange vidéo montrant un montage de photos de plusieurs élus du mouvement 5 étoiles, les dits hackers expliquent leur intention.
« Nous vous observons depuis longtemps, vous nous avez déçus […]. Vous défendez la transparence mais vous ne la pratiquez pas chez vous. Voici notre demande : la publication immédiate des revenus et du patrimoine de Giuseppe Grillo et Gianroberto Casaleggio [cofondateur du Mouvement 5 étoiles] et des revenus issus du site www.beppegrillo.it. »

Les auteurs de la vidéo poursuivent en annonçant que tant que le M5S ne fera rien, chaque semaine des courriers électroniques seront publiés. Le nom utilisé par ces hackers – « Les hackers du PD » – laisse toutefois perplexe la communauté Anonymous, qui revendique son anonymat et son indépendance vis-à-vis de tout pouvoir, institution ou parti politique.

 

 

 

 

Les Inrocks

 

 

 

A quelques jours du vote du Parlement sur la prolongation de l’intervention des forces françaises au Mali, un rapport sénatorial publié le 16 avril dresse un tableau pour le moins mitigé de l’avenir du pays : calendrier électoral trop ambitieux, réconciliation improbable, développement de l’islam radical…

“Il est aujourd’hui permis d’en douter”. En parcourant les 135 pages durapport du Sénat concernant la situation au Mali, publié le 16 avril, la phrase revient telle une antienne. Doutes sur la tenue des élections, doutes sur la volonté des autorités maliennes de pacifier le pays, doutes sur la capacité d’endiguer l’islam radical… Plus de trois mois après le début de l’opération Serval, la France déchante.

Le calendrier des élections intenable

François Hollande l’avait annoncé : les élections maliennes devront avoir lieu avant la fin du mois de juillet. Et le chef d’Etat, torse bombé, avait assuré qu’il serait intraitable sur le respect de cette date. C’était à la fin du mois de mars. Vingt jours plus tard, force est de constater, à la lumière du rapport sénatorial, que le souhait de François Hollande ne sera pas réalisé : “Chacun a bien conscience que ce calendrier est très (trop?) serré”.

Dans un Etat en pleine déliquescence, l’organisation d’élections dignes de ce nom relève du chemin de croix : actualisation des listes électorales, impression et distribution des cartes d’électeurs, sécurisation des lieux de vote, prise en compte des nombreux déplacés, financement du processus… La tâche est gargantuesque.

Un pays plus que jamais divisé

A l’imbroglio des élections s’ajoute la mauvaise volonté du régime présidé par Dioncounda Traoré. Si l’on se fie au texte du Sénat, “le zèle des autorités maliennes à faire avancer le processus de réconciliation paraît pour le moins modéré”. Et pour cause : la commission “Dialogue et réconciliation”, créée à la fin du mois de janvier, n’a toujours pas commencé ses travaux. A Tombouctou par exemple, où la charia a régné durant dix mois, Touaregs et Arabes sont persona non grata. Le pays est scindé. Et la situation n’est pas prête de s’arranger selon le spécialiste du Mali au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) Roland Marchal, encore à Bamako à la fin du mois de mars :

“Une grande partie de la classe politique malienne n’est pas intéressée par le dialogue. Et les gens ne sont pas près d’oublier les forfaits commis. Il ne faut pas croire que seuls les djihadistes se sont livrés à des atrocités.”

Inquiétant car le Mali ne se reconstruira pas sans une pacification des relations entre les différentes ethnies du pays.

Le retour des anciens putschistes

Le rapport pointe également l’influence des anciens acteurs du coup d’Etat, à savoir la junte commandée par le capitaine Sanogo. Bien qu’officiellement écartés du pouvoir, ils peuvent compter sur leurs alliés qui détiennent des ministères clés, comme celui organisant les élections. Le Mali doit en outre composer avec un chef d’Etat dont l’énergie n’est pas la première qualité, comme l’explique Roland Marchal :

“Le président Dioncounda Traoré est physiquement affaibli depuis son agression et c’est un adepte de la procrastination. Il préfère éviter les questions qui fâchent et compter sur le temps. Pour imager, on pourrait dire que c’est un Chirac vieillissant.”

La junte profite de cette mollesse présidentielle pour placer ses pions. Elle tente aussi de gagner la confiance des Maliens : au début du mois d’avril, le capitaine Sanogo se targuait d’avoir sauvé le pays.

L’islam radical se propage

Trois mois après l’arrivée des troupes françaises au Mali, l’islam radical gagnerait l’ensemble du pays. Le salafisme au Nord, le wahhabisme au Sud. Les rapporteurs préfèrent user du conditionnel, se basant sur des“allégations” de la presse malienne. Ainsi, des organisations non gouvernementales comme le “Croissant rouge qatari” apporteraient une aide financière à certains groupes armés. Des princes émiratis se rendraient dans le Nord-Mali sans que l’on sache pourquoi. Et l’Arabie Saoudite construirait une mosquée par semaine dans le pays.

“Attention à ne pas tout confondre, prévient Roland Marchal. On met tous ces courants dans le même panier et on parle d’islamisme. C’est typique de la France.”

L’armée française pas prête de quitter le pays

“La France n’a pas vocation à rester au Mali”. Ces mots datent du 15 janvier 2013. Ils sont signés François Hollande. Pourtant, au vu du constat tiré par ce rapport, le désengagement français n’est pas pour maintenant. Le Mali n’est pas assez stable et son armée ne sera pas prête avant“plusieurs années”. Les forces africaines censées prendre la relève sont quant à elles loin de donner satisfaction. Ainsi, selon le rapport, “au moins 1 000 soldats devraient rester”, au risque d’être perçus comme une “force d’occupation”. Rien d’étonnant pour Roland Marchal :

“Il était évident qu’à partir du moment où l’armée partait, elle allait rester là-bas. Les propos de François Hollande ou de Laurent Fabius promettant un retour rapide des soldats sont ahurissants et inacceptables.”

Sur la base de ce rapport, le Parlement français débattra ce lundi de la demande du gouvernement de prolonger l’intervention des forces françaises au Mali. Députés et sénateurs devront ensuite se prononcer. Aucune surprise n’est en vue : ils ont massivement soutenu l’opération Serval.

 

 

 

 

Pierluigi Bersani, chef du Parti démocrate (Pd), lors d'un des votes à la chambre basse du parlement pour l'élection présidentielle. L'échec des candidats qu'il a soutenus l'a conduit à annoncer sa démission de son poste au Pd. Copyright Reuters

La Tribune

 

L’échec de la candidature de Romano Prodi, ancien Premier ministre et président de la Commission, à la présidence du pays, en raison de défection d’une centaine de membres du Parti démocrate (Pd), qui avait soutenu sa candidature a conduit le leader du Pd, Pier Luigi Bersani, désavoué, à démissioner de sa tête, ajoutant à la confusion. Un cinquième tour s’est soldé par une forte abstention des grands électeurs, et aucun candidat ne semble pouvoir réunir une majorité de votes. Les tractations en coulisse vont reprendre.

Le chef de file du centre gauche italien, Pier Luigi Bersani, a annoncé vendredi soir qu’il démissionnerait de la tête du Parti démocrate (PD) dès que serait élu le futur président de la République, fustigeant la « trahison » d’une partie de ses troupes. Les deux candidats qu’il avait successivement proposés pour succéder à Giorgio Napolitano, Franco Marini puis Romano Prodi, n’ont pu se faire élire par les grands électeurs. Son double échec a révélé l’ampleur des dissensions au sein même du Parti démocrate, dont plusieurs dizaines d’élus ont voté contre ses consignes.

« Un traître sur quatre membres »

« Il y a parmi nous un traître sur quatre, pour moi, c’est inacceptable », a-t-il dit au groupe parlementaire du PD, selon l’agence Agi. En Italie, le président de la République successeur de Giorgio Napolitano est élu au suffrage indirect par un collège de 1.007 grands électeurs (les sénateurs, les députés et 58 représentants des régions). Une majorité qualifiée des deux tiers était requise lors des trois premiers tours de scrutin, jeudi et vendredi matin. L’élection se joue désormais à la simple majorité absolue. Franco Marini, qui avait été choisi par Bersani en accord avec Peuple de la liberté (PDL), le parti de droite de Silvio Berlusconi, et le pôle centriste formé autour de Mario Monti, n’a pu franchir le seuil requis.

Romano Prodi, que Bersani avait ensuite choisi, en rupture avec la droite berlusconienne qui ne voulait pas entendre parler de l’ancien président du Conseil et de la Commission européenne, a à son tour été largement défait: il lui a manqué plus de 100 voix vendredi pour être élu, n’obtenant que 395 voix quand il lui en aurait fallu 504 pour être élu. Stefano Rodota, présenté par le mouvement Cinq Etoiles (M5S) de Beppe Grillo, est arrivé second avec 213 voix.

Tout ce que Bersani a tenté a échoué

Prodi a très vite tiré les conclusions: « Le résultat de ce vote et la manière dont il a été obtenu me conduisent à penser que les conditions nécessaires pour continuer ne sont plus réunies », a-t-il dit dans un communiqué diffusé vendredi en début de soirée. Bersani n’a pas tardé à l’imiter. « Il a assumé sa responsabilité à la suite du déshonneur de ce qui s’est produit », a dit Paolo Gentiloni, député influent du Parti démocrate qui participait à la réunion. Son départ signe l’échec de la stratégie qu’il a mise en oeuvre après les élections législatives des 24 et 25 février, qui ont donné à sa coalition la majorité à la Chambre des députés mais pas au Sénat, qu’aucun parti ne contrôle.

Des discussions exploratoires qu’il a menées pour tenter de mettre sur un pied une coalition de gouvernement au camouflet présidentiel: tout ce que Bersani a tenté a échoué. A ce stade, son départ accentue le trouble et l’incertitude en Italie, même si la perspective d’élections anticipées dès le mois de juin est de jour en jour plus probable. Matteo Renzi, le jeune maire de Florence que Bersani avait battu lors des primaires du centre gauche en décembre, semble le mieux placé pour prendre les rênes du Parti démocrate. A 38 ans, il est aujourd’hui, et de loin, la personnalité la plus populaire au centre-gauche.

Après s’être fait discret dans les semaines ayant suivi les élections de février, Renzi, incarnation de la branche sociale-démocrate du parti, a changé de braquet, dénonçant publiquement le choix de Marini – « un candidat du siècle dernier » – puis proclamant la fin de la candidature Prodi.

L’élection du président, une étape clé pour sortir de l’impasse politique qui dure depuis février

Mais plus le marasme politique dure, plus l’inquiétude s’installe. « La classe politique devrait avoir honte de ce qu’elle inflige à notre pays. Aujourd’hui, nous sommes face à un degré d’irresponsabilité qui dépasse toutes les bornes », a dénoncé Diego Della Valle, qui dirige le fabricant de chaussures de luxe Tod’s, l’une des entreprises les plus florissantes d’Italie. Car l’élection du successeur de Giorgio Napolitano à la tête de l’Etat est une étape clé pour débloquer la situation deux mois après les élections parlementaires des 24-25 février. Le prochain président aura en effet dans son jeu une carte que Napolitano, trop près de la fin de son mandat, ne pouvait plus abattre: la possibilité de dissoudre le parlement.

En se prononçant pour l’un des plus anciens adversaires politiques de Silvio Berlusconi, président du Peuple de la Liberté (PDL), Pier Luigi Bersani avait osé rompre le dialogue avec le centre-droit, y compris pour la formation d’un gouvernement. « Aujourd’hui, ils ont choisi Prodi et nous considérons qu’il s’agit d’un acte de rupture », avait déclaré Fabrizio Cicchitto, chef du groupe PDL à la Chambre des députés. « Cela signifie que les conditions fondamentales n’existent pas pour parvenir à un accord de gouvernement. »

Quelque 200 manifestants anti-Prodi ont protesté devant le parlement et plusieurs parlementaires emmenés par Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce, arboraient des tee-shirts sur lesquels on pouvait lire « Pas ça » ou encore « Le diable s’habille en Prodi ». Deux nouveaux tours de scrutin sont prévus ce samedi. Berlusconi a annoncé que ses troupes n’y prendraient pas part. Un cadre du PD a indiqué lui que les élus du centre-gauche voteraient certainement blanc.