Articles Tagués ‘Egypte’

Le Monde.fr avec AFP, AP et Reuters | 28.04.2014 à 09h34 • Mis à jour le 28.04.2014 à 14h01

Femmes en pleurs devant le tribunal de Minya, où 683 partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi viennent d’être condamnés à mort lundi.

Le tribunal de Minya, en Moyenne-Egypte, a requis la peine de mort, lundi 28 avril, contre 683 partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi, pour des actes de violence et le meurtre de policiers. Ces peines doivent désormais être approuvées par le mufti égyptien, une étape considérée comme une formalité. Ces condamnations devraient cependant faire l’objet d’un appel, selon les experts contactés par l’AFP.

Ces personnes, jugées dans les plus grands procès de masse de l’histoire récente selon l’ONU, étaient accusées d’avoir participé à des manifestations violentes à Minya, le 14 août, le jour même où quelque 700 partisans du président islamiste tombaient sous les balles des policiers et soldats au Caire. Selon l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, citée par la BBC, le procès n’a duré que quelques heures, et le tribunal a empêché les avocats de la défense de prendre la parole.

Sur les 683 accusés condamnés, une cinquantaine seulement sont en détention – les autres ayant été libérés sous caution, étant en fuite ou déjà morts. Parmi les détenus figure Mohammed Badie, guide suprême des Frères musulmans, la confrérie vieille de 85 ans qui avait remporté toutes les élections depuis la chute du président Hosni Moubarak début 2011, avant d’être déclarée « terroriste » en décembre. Il encourt la peine de mort dans plusieurs autres procès et est incarcéré au Caire.

D’AUTRES PEINES COMMUÉES EN PRISON À VIE

  • Le tribunal de Minya avait déjà condamné à mort en mars 529 autres partisans de M. Morsi, dans un procès expéditif qui s’était déroulé en une seule journée d’audience. Lundi, cette peine a été commuée en prison à vie pour 492 de ces 529 personnes.
  • Le verdict de ce premier procès avait été jugé contraire au droit international par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies. Selon le droit international, la peine de mort ne peut être prononcée qu’après un procès équitable et dans le respect des procédures. « Le nombre stupéfiant de personnes condamnées à mort dans cette affaire est sans précédent dans l’histoire récente. L’imposition en masse de la peine de mort après un procès qui a été marqué par des irrégularités de procédure est une violation du droit international des droits de l’homme », a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat, Rupert Colville.

Lire l’interview de Mohammed Lotfy, fondateur de la Commission égyptienne pour les droits et libertés :  La condamnation à mort « ridicule et injustifiée » de 529 Frères musulmans

Les tribunaux égyptiens ont prononcé au moins 109 sentences capitales en 2013 ; 91 en 2012 et 123 en 2011, selon Amnesty international (AI). La dernière exécution connue de l’organisation a eu lieu en octobre 2011. Il s’agissait de la pendaison d’un homme condamné pour avoir tué six coptes et un policier lors d’une fusillade en janvier 2010.

« L’Egypte condamne à mort depuis de très nombreuses années. C’est une tendance déjà prérévolutionnaire et le pays continue à le faire. L’opinion publique est favorable à la peine de mort », selon Anne Denis, la responsable de la commission sur l’abolition de la peine de mort chez AI.

Qui sont les Frères musulmans ?

Publié: 20 octobre 2013 par gandibleux dans Monde
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Le Monde.fr | 20.08.2013 à 16h52 • Mis à jour le 20.08.2013 à 17h28

Des partisans des Frères musulmans, le 16 août, au Caire.

 
 
 
 
Les Frères musulmans, finalement dissous ? L’idée, proposée dimanche 18 août par le premier ministre du gouvernement d’intérim Hazem El-Beblaoui, n’est pas nouvelle. Dans la seconde moitié du XXe siècle, la confrérie avait déjà été interdite, dissoute avant de pouvoir, des décennies plus tard, présenter des candidats aux élections.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Mais le bain de sang dans lequel est plongée l’Egypte depuis la destitution, par l’armée, du président Frère musulman Mohamed Morsi, relance les tentations de dissolution. En moins d’une semaine, 928 civils ont été tués dans la répression. Depuis, les épisodes de violence meurtrière se poursuivent et entretiennent l’animosité entre ces deux ennemis jurés que sont les Frères et l’armée. Une rivalité de longue date, qui a rythmé l’histoire de la confrérie.

  • Quelle est l’origine des Frères musulmans ?

Les Frères musulmans sont nés en 1928 en Egypte, à Ismaïlia, au nord-est duCaire, sur les rives du canal de Suez. Fondée par le cheikh Hassan Al-Banna, l’organisation sunnite et réformiste se fixe deux objectifs précis : libérer le pays du joug britannique, et prendre le pouvoir d’une Egypte à nouveau imprégnée des valeurs de l’islam.

La confrérie se forge une popularité par l’organisation d’activités caritatives et sociales, destinées à séduire les couches populaires comme les classes moyennes. Ce programme fait la part belle à la religion, grâce à un mouvement d’éducation populaire, pensé pour assurer la régénération de l’islam. Un investissement clé aux yeux de Hassan Al-Banna, instituteur de formation.

Persuadés que l’Egypte pourra se débarrasser du colonialisme occidental si la société égyptienne se recentre sur ses valeurs musulmanes, les Frères musulmans entendent islamiser le pays dans une optique de progrès et de renaissance arabe.

Mais l’assassinat, en 1949, du guide suprême Hassan Al-Banna, grand-père du théologien Tariq Ramadan, marque un tournant. Désormais, les Frères optent pour la violence politique, et créent une branche armée secrète et clandestine. En ligne de mire, la puissance coloniale britannique et, bientôt, l’armée, qui réprime sévèrement le mouvement. Conséquence, l’organisation est interdite en 1948, puis dissoute en 1954. Sous Nasser, qui fut pourtant proche de la confrérie, la répression des Frères est meurtrière : les années 1960 sont sanglantes et marquées par une chasse aux sorcières.

De ces années noires, ils tireront leur identité victimaire. La confrérie, qui entretient le mythe de la persécution, se fixe l’objectif politique de déloger les militaires, et derétablir le pouvoir civil. Reconnue comme organisation religieuse en 1984 par Hosni Moubarak, elle présentera à chaque élection des candidats indépendants. Lors des élections législatives de 2005, les Frères musulmans deviennent la deuxième force politique, derrière le Parti national démocrate (PND) de Moubarak. Mais les élections de 2010, entachées de forts soupçons de fraude, voient le parti de Moubarak remporter 95 % des suffrages. Les Frères musulmans, qui boycotteront le 2e tour, perdent l’intégralité de leurs sièges lors de ces élections.

  • Les Frères musulmans dans l’après-Moubarak : de la consécration à la destitution

Si la confrérie se montre discrète lors de la révolution qui fait tomber le régime d’Hosni Moubarak, elle parvient à s’imposer comme un acteur politique incontournable. Son émanation politique, le Parti de la justice et de la liberté, dirigé par Mohamed Morsi, est légalisé en 2011.

Candidat à la présidentielle de juin 2012, Morsi gagne sa place au second tour de l’élection. Face à lui, Ahmed Chafik, général à la retraite et dernier premier ministre d’Hosni Moubarak. Après des décennies d’affrontements, l’armée et la confrérie se retrouvent face à face. Mais pour la première fois, les résultats consacrent la victoire politique des Frères, le 24 juin 2012 : Mohamed Morsi est élu avec 51,8 % des voix.

 

Des centaines d'imams écoutent le discours candidat Mohammed Morsi, en mai 2012, au Caire.

 

Si la consécration politique arrive en la personne de Mohamed Morsi, celui que l’on surnomme la « roue de secours » n’est pourtant pas le premier choix de la confrérie. L’organisation a dû rebattre ses cartes en 2006, lorsqu’une condamnation de la cour martiale brise les ambitions présidentielles du véritable homme fort de l’organisation, Khairat Al-Chater.

Dès ses débuts, Mohamed Morsi tente de se forger une légitimité et engage un bras de fer avec l’armée, qui a fourni les visages du pouvoir de 1952 à 2011. Lorsque les militaires dissolvent l’Assemblée, dominée par les islamistes, Mohamed Morsi annule leur décision par décret.

Une institution toute puissante que le nouveau président tente également d’affaiblirpar son projet de Constitution. Mohamed Morsi prévoit ainsi d’instaurer un conseil de sécurité national, composé de civils et chargé de superviser les militaires. S’il égratigne les prérogatives de l’armée, le texte accroît surtout considérablement les pouvoirs exécutifs et judiciaires du président.

Lire : « La démocratie menacée »

Un projet très contesté chez ses opposants, qui investissent à nouveau la place Tahrir contre la « frérisation de l’Etat », décriée par les manifestants. Parmi eux, de nombreuses femmes, qui craignent pour leurs droits. Les protestataires, effrayés de voir leur révolution confisquée, accusent la confrérie de placer ses membres à tous les échelons du pouvoir. La contestation se cristallise également sur le front économique : les Frères musulmans ne parviennent ni à améliorer le quotidien des Egyptiens ni à gommer les difficultés du pays.

Après de nombreuses manifestations, le gouvernement Morsi finit par tomber, le 3 juillet, destitué par un coup d’état approuvé par une large frange de la société. L’armée reprend le pouvoir en la personne de son homme fort, le général Al-Sissi. Un nouveau régime est rapidement adoubé et financé par l’Arabie saoudite, dont les dirigeants ont promis 5 milliards de dollars au nouveau gouvernement.

 

 

Des partisans du président déchu Mohamed Morsi manifestent le 26 juillet 2013 au Caire.

 

De leur côté, les Frères musulmans crient au coup d’Etat, et attisent la feu à coups de manifestations quasi quotidiennes. Le climat politique délétère dégénère. Jusqu’à aboutir au bain de sang du 14 août.

  • Le mouvement peut-il être dissous ?

Après la journée meurtrière du vendredi 16 août, le premier ministre du gouvernement de transition, Hazem El-Beblaoui, a proposé la dissolution des Frères musulmans :

« Il n’y aura pas de réconciliation avec ceux dont les mains sont tachées de sang et qui ont tourné leurs armes contre l’Etat et les institutions. »

Une suggestion à laquelle n’a pas réagi le général Al-Sissi. Dimanche 18 août, le chef de l’armée, qui ne s’était pas encore exprimé depuis les violents affrontements, a adopté un discours moins rigide, affirmant qu’il y avait de la place pour tout le monde en Egypte. Avant de rappeler, intransigeant, que le gouvernement de transition ne « plierait » pas devant les violences, et leur opposerait la réponse « la plus énergique ». 

Ainsi, depuis quelques jours, une vague d’arrestations cible les Frères musulmans. A l’image de Mohamed Badie, guide spirituel de la confrérie, arrêté au Caire avec un autre cadre du parti. Depuis la destitution et la détention de Mohamed Morsi, plus d’un millier de manifestants ont été arrêtés, dont les cadres les plus importants de la confrérie. Ces derniers, dont Mohamed Badie, doiventêtre jugés à partir du 25 août.

Face à ces déclarations et à ces arrestations, les Frères, qui avaient annoncé des manifestations quotidiennes tout au long de la semaine, ont fait marche arrière pour des « raisons de sécurité ». De son côté, l’armée a bloqué les grands axes de la capitale. Le ministère des biens religieux a quant à lui annoncé la fermeture des mosquées en dehors des heures de prières. Le but : éviter à tout prix de nouveaux rassemblements des Frères musulmans.

Des affrontements font 28 morts au Caire

© reuters.

Au moins 28 personnes ont péri dimanche en Egypte dans des heurts entre les forces de l’ordre et des manifestants partisans du président islamiste destitué par l’armée Mohamed Morsi, à l’occasion du 40e anniversaire de la guerre israélo-arabe de 1973.

© reuters.
© reuters.

Vingt-six ont péri au Caire, une à Beni Soueif et une à Delga, dans le centre du pays, a précisé Khaled al-Khatib, responsable du département des urgences au ministère de la Santé, cité par l’agence de presse officielle Mena, sans préciser qui avait péri, où et dans quelles circonstances.

L’armée, qui réprime dans le sang depuis près de deux mois toute manifestation des pro-Morsi, avait déployé bien davantage de blindés que d’ordinaire au Caire. Dans le même temps, les anti-Morsi ont demandé aux Egyptiens de descendre massivement dans la rue pour soutenir l’armée et les autorités, ce qui laissait redouter de nouvelles violences.

Vendredi, au moins quatre civils avaient péri dans des heurts entre pro et anti-Morsi au Caire. Au Caire, de violents heurts ont éclaté entre pro et anti-Morsi et les policiers anti-émeute qui ont dispersé les islamistes à coups de grenades lacrymogène, de chevrotine et, parfois, de rafales d’armes automatiques, dès que leurs rassemblements grossissaient, ont constaté des journalistes de l’AFP.

M. Morsi, premier chef de l’Etat égyptien élu démocratiquement, a été destitué et arrêté le 3 juillet par l’armée, qui a promis des élections pour 2014 et dirige de facto le gouvernement intérimaire qu’elle a mis en place.

Guerre du Kippour
Comme chaque jour depuis sa destitution, les pro-Morsi –notamment l’influente confrérie islamiste des Frères musulmans– ont appelé à manifester à l’occasion de la commémoration de la guerre du Kippour, que l’Egypte considère comme une « victoire » contre Israël dont elle avait réussi à enfoncer les défenses durant plusieurs jours.

Frères musulmans
Depuis le 14 août, militaires et policiers ont tué des centaines de manifestants pro-Morsi, arrêté plus de 2.000 Frères musulmans, dont la quasi-totalité de leurs leaders, interdit leurs activités et gelé les avoir de la confrérie qui avait pourtant remporté haut la main les législatives fin 2011. Et depuis la mi-août policiers et militaires ont carte blanche pour ouvrir le feu sur tout manifestant qui s’en prend à des biens publics, ce qui laisse libre cours à la plus large interprétation.

Place Tahrir
Quelques milliers d’anti-Morsi se sont rassemblés au Caire sur la place Tahrir, emblématique pour la révolte populaire qui a renversé le président Hosni Moubarak début 2011. Une bonne dizaine d’avions de chasse de l’armée égyptienne a survolé une fois la capitale en formation et à très basse altitude pour commémorer la guerre de 1973, selon des journalistes de l’AFP. Symbole de la toute puissance de l’armée au coeur du nouveau pouvoir, ces manifestants brandissaient de nombreux portraits non pas du président ou du Premier ministre mais du général Abdel Fattah al-Sissi, chef d’état-major, vice-premier ministre et ministre de la Défense, considéré comme le nouvel homme fort de l’Egypte et dont les photos ornent désormais la plupart des rues, boutiques et administrations du pays.

Etat d’urgence
Alors que le pays est sous état d’urgence depuis le 14 août et que la capitale est soumise à un couvre-feu nocturne et parsemée de barrages de militaires équipés de blindés, le déploiement des troupes était encore plus impressionnant dimanche que d’ordinaire. Le mouvement Tamarrod, à l’origine de manifestations monstres le 30 juin pour réclamer le départ de M. Morsi accusé de vouloir islamiser à outrance la société, a lui aussi lancé un appel à la mobilisation dimanche « sur toutes les places d’Egypte » pour défendre la révolution de 2011, celle qui renversa M. Moubarak. L’armée avait invoqué ces millions de manifestants pour justifier la destitution de M. Morsi.

« Terroristes »
L’armée, le gouvernement, la quasi-totalité des médias et une large majorité de la population qualifient désormais les Frères musulmans et les partisans de M. Morsi de « terroristes ». « Le ministère affirme sa détermination à faire face avec fermeté à toute violence et infraction à la loi de la part des partisans des Frères musulmans au cours de leurs manifestations », a menacé samedi le ministère de l’Intérieur.

Repression
Depuis le 14 août, la confrérie, dont les rangs des militants les plus actifs ont été décimés, peine à mobiliser dans la rue mais les violences de vendredi laissent à nouveau redouter le pire. Selon des experts, s’ils font preuve de jusqu’au-boutisme, l’armée ne se privera pas de les réprimer encore plus durement dans la mesure où la grande majorité de la population soutient les militaires dont l’aura est revenue au zénith et où la communauté internationale, qui a échoué dans ses multiples tentatives de médiation, a été incapable d’amadouer les autorités dans leur stratégie de répression.

Égypte : »Ils falsifient les autorisations d’enterrement pour minimiser les chiffres de la répression »

Photo d’une autorisation d’enterrement sans mention de la cause du décès.
Depuis l’assaut de l’armée contre les sit-in des pro-Morsi, c’est la bataille des chiffres sur le nombre de morts entre les autorités égyptiennes et le mouvement des Frères musulmans. Une polémique que viennent alimenter les familles des victimes qui accusent les autorités sanitaires de trafiquer les documents relatifs au décès de leurs proches afin qu’ils ne soient pas comptabilisés parmi les victimes de la répression.
Selon le dernier bilan du ministère de la Santé, au moins 623 personnes ont été tuées le 14 août. Des chiffres contestés par le mouvement islamiste qui parle lui de 2200 morts et de plus de 10 000 blessés. La plupart des cadavres sont toujours entassés dans la Mosquée Eman du Caire. Les familles attendent que des autorisations d’enterrement leurs soient délivrées pour qu’elles puissent procéder aux funérailles. Ces documents sont pour l’instant délivrés au compte goutte.
En outre, sur les réseaux sociaux, des témoignages circulent selon lesquels les autorités falsifieraient ces certificats, omettant la cause de la mort, pour que les cadavres de soient pas comptabilisés dans les chiffres de la répression. Des allégations appuyées par des photos disponibles sur le Net.
Voici comment devrait être rempli une autorisation d’enterrement. Le document indique la cause la mort « par balle ».
Ce certificat en revanche ne mentionne pas la cause de la mort.
Photo postée sur Facebook.
Or il existe une vidéo de l’enterrement de l’homme mentionné sur l’autorisation d’enterrement ci-dessus, Adbelrahmane Eldeeb. Et plusieurs témoins qui affirment qu’il a bien été tué lors de l’assaut du 14 août.
Photo du cadavre d’Abdelrahmane Eldeeb.
Selon l’un de nos Observateurs au Caire, qui assiste les familles de victimes, il s’agit d’une démarche délibérée de la part des autorités pour sous-estimer le nombre de victimes tombées le 14 août.

« Ils falsifient les autorisations d’enterrement pour minimiser les chiffres de la répression »

Khaled el Gammel est membre du centre égyptien des droits économiques et sociaux.

Pour enterrer leurs morts, les familles des victimes ont besoin d’autorisations d’enterrement. Or, j’ai vu des autorisations où la cause du décès n’était pas mentionnée, ce qui est illégal ! Les familles n’ont ensuite aucune preuve que leur proche est mort suite à la répression du sit-in. Car selon ces certificats, il pourrait s’agir d’une mort naturelle.
Beaucoup de familles affirment également qu’on les a obligés à signer sur des certificats de décès [document signé par un médecin et que la famille doit également signer, contrairement à l’autorisation d’enterrement] qui attestaient que la victime était morte par accident, ou avait commis un suicide [information qui n’a pas pu être vérifiée]. Notre centre a donc proposé de mettre à disposition ses membres pour accompagner les familles dans les hôpitaux, afin qu’ils aient un témoin de cette fraude.
De plus, je suis allé hier [15 août] au bureau de la santé qui signe et tamponne ces autorisations, mais il était fermé ! Il n’y avait pas de médecin. Si aucun certificat n’a été validé hier comment le ministère peut-il alors donner un bilan des morts ?
L’autre problème c’est que tous les morts sont dirigés vers la morgue de Zeinhom [la seule au Caire habilitée à délivrer le certificat de mort par balles]. Mais une seule ne peut pas accueillir autant de victimes en si peu de temps, du coup les cadavres s’entassent. Je ne sais pas si c’est délibéré de la part des autorités, mais cela empêche d’établir un décompte des morts.
Cadavres entassés dans la mosquée Eman, photos envoyées par l’un de nos Observateurs.

Une chose est sûre : le chiffre donné par le ministère ne correspond pas à la réalité du nombre de victimes. Le problème c’est que les Frères musulmans de leur côté sortent des chiffres qui ne sont pas non plus vérifiables. Et les familles de victimes ne veulent pas collaborer avec nous, car elles n’ont confiance qu’en les avocats de Frères musulmans. Elles ne comprennent pas qu’il est important de collaborer avec des organisations de la société civile pour crédibiliser leurs cas.
source:france24.com

 

Au moins 24 policiers tués dans une attaque au Sinaï

Source: Belga© photo news.

Au moins 24 policiers égyptiens ont été tués lundi et deux autres blessés lors d’une attaque à la roquette contre deux minibus qui les transportaient dans le Sinaï, ont annoncé des sources médicales et de sécurité.

Les assaillants, soupçonnés d’appartenir à la mouvance radicale islamiste, ont attaqué le convoi alors qu’il se dirigeait vers la ville de Rafah, où se trouve le point de passage vers la bande de Gaza, selon ces sources.

D’autres sources font état de 25 morts dans les rangs des policiers.

Le point de passage de Rafah, dans la péninsule du Sinaï, permet à des centaines de travailleurs palestiniens dans les deux sens.

173 morts en 24h en Egypte: la photo qui choque le web

Source: Belga© Twitter.

Au moins 173 personnes ont été tuées dans toute l’Égypte depuis vendredi dans les heurts entre manifestants partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi et forces de l’ordre qui avaient reçu l’autorisation d’ouvrir le feu, a annoncé samedi le gouvernement. Parmi les victimes, figure le fils de Mohamed Badie, guide suprême des Frères musulmans, tué par balles vendredi au Caire.

Pendant ce temps, une photographie prise par un photographe egyptien fait le tour du web. On y voit des vacanciers, principalement égyptiens, se baigner dans les eaux de la plage de Marsa Matruh (ouest du Caire), alors que la ville est en feu en arrière-plan.

95 victimes au Caire
Détaillant le bilan, Chérif Chawki, porte-parole du bureau du Premier ministre, a indiqué que 95 personnes avaient notamment péri au Caire et 25 autres à Alexandrie (nord), la deuxième ville du pays.

Ce bilan, a-t-il précisé, inclut les décès recensés depuis vendredi après-midi et jusqu’à samedi à 10H00 du matin (08H00 GMT).

Les heurts qui ont éclaté au cours du « vendredi de la colère », une journée de manifestation décrétée par les Frères musulmans, la confrérie de M. Morsi, ont en outre fait 1.330 blessés, a-t-il ajouté.

Par ailleurs, 57 policiers ont été tués depuis trois jours, a-t-il déclaré sans préciser s’ils venaient ou non s’ajouter au 173 morts.

Vendredi, à l’issue de la prière de la mi-journée, des cortèges de partisans du président déchu étaient partis de nombreuses mosquées du pays, défiant une nouvelle fois les forces de l’ordre désormais autorisées à ouvrir le feu sur les manifestants hostiles.

Ils protestaient contre le « massacre » mercredi de près de 600 personnes, essentiellement dans la dispersion sanglante au Caire de partisans de M. Morsi, destitué et arrêté par l’armée début juillet.

Les Frères musulmans ont appelé à de nouvelles manifestations quotidiennes durant une semaine à compter de samedi.

L’Arabie saoudite envoie trois hôpitaux mobiles en Egypte

Source: Belga© ap.

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite, qui soutient le pouvoir en place en Egypte, a ordonné samedi l’envoi de trois hôpitaux mobiles dans le pays.

© afp.
© ap.

Avec cette aide, l’Arabie saoudite entend « aider et soutenir le peuple frère de l’Egypte, et alléger la pression sur les hôpitaux là-bas », selon un responsable saoudien cité par l’agence officielle SPA.

Des techniciens et des médecins seront également envoyé sur place, a ajouté ce responsable.

Vendredi, le roi Abdallah avait proclamé son ferme appui au pouvoir égyptien « face au terrorisme », alors que les affrontements sanglants entre forces de l’ordre et militants pro-Morsi ont fait des centaines de morts, essentiellement des partisans du président islamiste déchu.

Depuis la destitution et l’arrestation de M. Morsi par l’armée le 3 juillet, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït ont promis une aide totale de 12 milliards de dollars à l’Egypte, qui s’enfonce dans une crise économique dévastatrice.

Camille Wernaers (avec AFP)
Mis en ligne dimanche 21 juillet 2013, 20h18

La commission de révision de la Constitution a commencé ce dimanche son travail en Egypte. Elle a 30 jours pour proposer des amendements à la constitution de Mohammed Morsi, le président éjecté par l’armée. Un ministre de la Justice a été nommé, alros que les partisans de Morsi manifestent toujours.

La commission de révision de la Constitution nommée par le président égyptien par intérim Adly Mansour a tenu dimanche sa première réunion pour étudier les amendements au texte introduit par Mohamed Morsi, le chef de l’Etat destitué le 3 juillet dernier par l’armée, dont les partisans manifestaient toujours. Composée de quatre professeurs d’université et six magistrats nommés samedi, la commission d’experts était prévue dans la «déclaration constitutionnelle» publiée le 9 juillet par M. Mansour pour fixer le cadre de la transition politique et des échéances électorales, suspendant la Constitution. Cette Constitution avait été adoptée par référendum en décembre, par 64% des voix, mais avec seulement 33% de participation, après des travaux préparatoires houleux. L’opposition et les représentants de l’Église s’étaient retirés de la commission constituante, invoquant la domination des délégués islamistes.

La commission de révision aura 30 jours pour élaborer des amendements, qui seront présentés à une commission de 50 personnalités représentant les diverses composantes de la société (partis, syndicats, dignitaires religieux, armée…) disposant de 60 jours pour remettre la version finale de la Constitution au président par intérim. Il reviendra alors à M. Mansour d’annoncer dans les 30 jours la date d’un référendum constitutionnel.

Le gouvernement provisoire dirigé par Hazem Beblawi a également tenu sa première réunion, qui a porté essentiellement sur la sécurité et l’économie. Un ministre de la Justice a été désigné, le juge à la retraite Adel Abdelhamid Abdallah, 74 ans, qui avait déjà occupé ce poste dans le gouvernement transitoire précédant l’élection de M. Morsi en juin 2012.

Toujours des troubles dans le Sinaï

Pendant ce temps, les partisans du président renversé par l’armée à la suite de manifestations monstres réclamant son départ ont à nouveau manifesté après la mort vendredi de trois manifestantes pro-Morsi, tuées dans la ville de Mansoura (nord). Par ailleurs, deux soldats et un policier ont été tués dans le Sinaï, portant à 18 depuis la déposition de M. Morsi le 3 juillet les pertes des forces de l’ordre dans la péninsule, limitrophe d’Israël et de la bande de Gaza, et où sont implantés des groupes armés. Un soldat a été abattu devant le bâtiment de la télévision dans cette ville. L’autre soldat a été tué alors qu’il était de garde et le policier a péri dans une attaque contre un poste de police, ont indiqué des sources médicales et les services de sécurité. Deux autres soldats ont été blessés dans l’attaque contre les locaux de la télévision. Depuis le renversement du président Morsi; le région du Sinaï connaitnun regain de tension, avec des meurtres quasi-quotidiens de soldats et de policiers. Ces tensions ont amené l’armée à renforcer son dispositif dans le secteur et à déclencher il y a quelques jours une opération de grande ampleur contre les militants islamistes dans le nord de la péninsule.

Les arrestations de nombreux dirigeants des Frères musulmans, le mouvement de M. Morsi, la mise au secret par l’armée de celui-ci, la mort de plus de 100 manifestants depuis son éviction et les incertitudes du calendrier politique provoquent de nombreuses inquiétudes à l’étranger. Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement transitoire, Nabil Fahmy, a affirmé que sa priorité serait d’«expliquer clairement et honnêtement» la situation dans le monde. L’Union africaine a notamment suspendu l’Égypte alors que le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a insisté samedi sur «la nécessité de la reprise du processus démocratique en Egypte», lors d’un entretien téléphonique avec M. Fahmy. Le Royaume-Uni est pour sa part revenu sur des autorisations d’exportation d’équipements militaires vers l’Égypte, de crainte qu’ils ne puissent être utilisés contre les manifestants.

Soutien des monarchies arabes

Mais d’autres pays ont clairement exprimé leur soutien aux nouvelles autorités dès la destitution de M. Morsi. Trois monarchies du Golfe — l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït — ont ainsi annoncé des aides au Caire s’élevant à 12 milliards de dollars. Et le roi Abdallah II de Jordanie a été samedi le premier chef d’État étranger à se rendre en Egypte depuis la chute de M. Morsi.

AFP Publié le dimanche 14 juillet 2013 à 20h53 – Mis à jour le dimanche 14 juillet 2013 à 20h54

 

 

International Le Premier ministre turc islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, proche de M. Morsi, a affiché un soutien sans faille à son allié, qualifiant de « coup d’Etat » son éviction par l’armée. 

 

Des milliers de Turcs se sont rassemblés dimanche soir à Istanbul à l’appel d’un parti islamiste pour un meeting de soutien au président déchu égyptien Mohamed Morsi, au cours duquel un responsable des Frères musulmans a assuré que « la résistance continuera ».
« Le peuple égyptien est dans les rues par millions (…) Nos actions sont pacifiques mais nous continuerons de résister sans nous incliner, sans fléchir », a affirmé devant la foule Ibrahim Munir, secrétaire général de l’organisation internationale des Frères musulmans.
Les partisans de Mohamed Morsi manifestent depuis deux semaines pour exiger de nouveau le retour du premier président démocratiquement élu du pays. « Nous sommes pleinement convaincus qu’à la fin de cette résistance, ce sont le peuple, la paix et la liberté en Egypte qui seront les vainqueurs », a ajouté M. Munir, selon la traduction en turc de ses propos. A Istanbul, les manifestants, réunis par le Parti de la Félicité (SP) près des murailles byzantines de la ville, ont scandé des slogans tels que « nous sommes à tes côtés, Morsi » et « nous sommes tous des musulmans, nous sommes tous des frères », a constaté un photographe de l’AFP.
La foule, qui agitait de nombreux drapeaux égyptiens et palestiniens, a également conspué le général Abdel Fattah al-Sissi, ministre de la Défense et nouvel homme fort du pays depuis l’éviction de M. Morsi par l’armée le 3 juillet « L’Egypte a connu beaucoup de pharaons, mais pour chaque pharaon il y a un Moïse, pour chaque Sissi il y a un Morsi », a déclaré Selman Esmerer, président de la branche stambouliote du SP. M. Munir a pour sa part accusé les responsables du coup de force d’être les marionettes de puissances étrangères, qu’il n’a pas nommées.
« Ceux qui ont réalisé ce coup d’Etat ne l’ont pas commis cette traîtrise seuls, ils l’ont fait avec un soutien venant de l’étranger », a-t-il affirmé. La manifestation intervient alors que M. Morsi et d’autres membres de la confrérie islamiste des Frères musulmans étaient interrogés dimanche par la justice égyptienne, qui a décidé du gel des avoirs de 14 responsables islamistes, dans le cadre de l’enquête sur les violences sanglantes des dernières semaines.
Le Premier ministre turc islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, proche de M. Morsi, a affiché un soutien sans faille à son allié, qualifiant de « coup d’Etat » son éviction par l’armée. « En ce moment, mon président en Egypte est Morsi parce qu’il a été élu par le peuple », a déclaré samedi M. Erdogan.

Egypte: les femmes sous la terreur des violences sexuelles

Publié: 8 juillet 2013 par estellavaras dans Actualités
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M.L Publié le lundi 08 juillet 2013 à 13h43- lalibre

 

International Human Rights Watch dénonce la « culture d’impunité » qui règne et regrette le « désintérêt du gouvernement » à l’égard de cette « épidémie de violence sexuelle ».

 

91 : c’est le nombre d’agressions commises en 4 jours en Egypte depuis la reprise des manifestations contre le président Morsi. Un chiffre inquiétant rapporté le 3 juillet par l’ONG Human Rights Watch sur la base d’informations recueillies par des associations locales luttant contre ce phénomène, devenu récurrent en marge des manifestations en Egypte. Le communiqué de HRW fait état de 5 attaques contre des femmes le 28 juin, 46 le dimanche 30 juin, 17 le 1er juillet et 23 le 2 juillet.

 

Le scénario le plus souvent décrit par les victimes est celui d’un groupe de jeunes hommes « qui repère une femme, l’encercle, la sépare de ses amis », avant de l’agresser, de lui arracher ses vêtements ou de la violer. Dans plusieurs cas, ces attaques, dont certaines ont duré près d’une heure, ont conduit à des hospitalisations.

L’ONG rapporte également des cas, d’une violence inouïe, de femmes « battues avec des chaînes métalliques, des bâtons, des chaises, et attaquées avec des couteaux ».

 

 

 

Le phénomène n’est pas nouveau.  « Le harcèlement sexuel, c’est un cancer égyptien »,  affirmait lundi dernier, sur BFMTV, Shahinaz Abdel Salam, blogueuse et militante égyptienne.  Déjà lors des manifestations contre le président Moubarak en 2012, de nombreux cas de violences contre les femmes avaient été recensés. Parmi les victimes figuraient de nombreuses journalistes. On se souvient de Caroline Sinz, violée en novembre 2011 alors qu’elle couvrait les manifestations pour France 3, de Lara Logan, journaliste de la chaîne américaine CBS, ou encore de l’éditorialiste égypto-américaine Mona Al-Tahtawy, victime d’une agression sexuelle de la part des forces de police. Ces cas sont « ordinaires » dans l’Égypte de l’après-printemps arabe, avait déclaré Sonia Dridi. Si bien que Reporters Sans Frontière (RSF) avait appelé les rédactions à « tenir compte et cesser momentanément d’envoyer des femmes journalistes en reportage en Egypte ».

 

Certains mettent en cause des groupes de voyous profitant du fait que la police a renoncé à être présente sur Tahrir pour commettre des agressions. Des activistes estiment que ces actes visent à dissuader les femmes de participer aux rassemblements contre le pouvoir et incriminent le désintérêt du gouvernement pour la question des femmes.

 

 

 

Une « culture d’impunité »

 

 

 

La Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies, Navi Pillay, a appelé début juillet au respect des libertés fondamentales en Egypte. Avec une vigilance particulière à l’égard des violences sexuelles contre les femmes. Elle demande « de sérieuses mesures pour arrêter et enquêter sur les effarantes violences sexuelles -qui semblent parfois organisées- contre les manifestantes ».  Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a lui aussi exprimé son inquiétude face aux agressions sexuelles commises à l’encontre des femmes qui participent en Egypte aux manifestations.

 

 

 

« J’espère vraiment que, tout en trouvant une réponse pacifique à la crise actuelle, ils (les Egyptiens) puissent accorder plus d’attention aux manifestantes puisque nous avons vu de nombreux cas d’agressions sexuelles au cours des manifestations », a affirmé M. Ban lors d’une conférence de presse à Reykjavik.

 

 

 

Mais rien ne semble être mis en place pour enrayer ce fléau. Human Rights Watch dénonce la « culture d’impunité » qui règne et regrette le « désintérêt du gouvernement » à l’égard de cette « épidémie de violence sexuelle ».

 

 

 

 

 

 

 

Face à ce  laxisme, citoyens et citoyennes égyptiens se mobilisent. Des groupes se sont mis en place au Caire depuis plusieurs mois pour recenser les agressions sexuelles et protéger les femmes lors des manifestations. Des comptes Twitter d’organisations de défense des femmes, comme OpAntiSH (Opération contre les agressions et le harcèlement sexuel, créé fin 2012) ou Tahrir Bodyguards, permettent aux femmes sur place de se tenir au courant et recensent les lieux à éviter.