Articles Tagués ‘Droits de l’Homme’

Suite à la catastrophe minière à Soma, la tension monte dans tout le pays.

 

Des milliers de manifestants se sont heurtés mercredi à Istanbul à la police anti-émeute turque après l’accident. Les manifestants, dont la plupart appartenaient à des syndicats de gauche, ont scandé des slogans antigouvernementaux dans le centre d’Istanbul, la police répondant par des tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

 

 

Les espoirs s’amenuisaient pour retrouver vivants quelque 120 mineurs bloqués sous terre dans la mine de charbon située à Soma (province de Manisa), dans l’ouest du pays. « Le nombre de personnes qui ont perdu la vie est de 245 », a annoncé le ministre de l’Energie Taner Yildiz.

Sur place les secouristes s’activaient désespérément à ressortir un mineur vivant du puits mais hélas, les brancards ne transportaient que des cadavres. 787 employés se trouvaient dans les galeries souterraines au moment de l’explosion mardi après-midi. Selon les autorités, 363 mineurs ont été sauvés et, selon la compagnie qui gère la mine, « près de 450 ».

Erdogan balaye les critiques

Selon les médias locaux, trois semaines auparavant, le parlement a refusé de former une commission pour faire un état des lieux sur la sécurité des mines en Turquie. Les trois partis d’opposition ont soumis des propositions qui ont toutes été refusées par l’AKP, le parti majoritaire de la justice et du développement.

Lors de son intervention à la mairie de Soma, M. Erdogan a balayé les critiques, donnant des exemples d’accidents survenus dans plusieurs pays occidentaux. A sa sortie, plusieurs dizaines d’habitants en colère ont hué le Premier ministre, certains scandant « gouvernement démission » malgré un nombre important de policiers qui se sont immédiatement interposés. Les manifestants ont donné des coups de pieds au véhicule dans lequel se trouvait le dirigeant turc, selon l’agence de presse Dogan.

Le ministère du Travail a, quant à lui, publié un communiqué dans lequel il affirme que la mine de Soma a été contrôlée en mars et qu’aucune atteinte aux réglementations en vigueur n’a été relevée.

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A un an du centenaire, l’initiative du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est une première.

La Turquie a fait un geste en faveur de la communauté arménienne en adressant mercredi pour la première fois ses condoléances officielles aux descendants des victimes de ce drame, reconnu en tant que génocide par de nombreux pays.

« Nous souhaitons que les Arméniens qui ont perdu la vie dans les circonstances ayant caractérisé le début du XXe siècle reposent en paix et nous exprimons nos condoléances à leurs petits-enfants », a déclaré dans un communiqué le Premier ministre islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, la veille du 24 avril, considéré comme étant la date anniversaire du début du génocide arménien.

Une première

C’est la première fois qu’un responsable turc de ce rang se prononce aussi ouvertement sur les événements qui ont marqué les dernières années d’un Empire ottoman sur le déclin sans pour autant utiliser le mot « génocide » que la Turquie nie catégoriquement.

« C’est un devoir humain de comprendre et de partager la volonté des Arméniens de commémorer leurs souffrances à cette époque », selon le communiqué, qui ajoute : « On ne peut contester que les dernières années de l’Empire ottoman aient été une période difficile, générant des souffrances pour des millions de citoyens ottomans, turcs, kurdes, arabes, arméniens et autres, quelle que soit leur religion ou leur origine ethnique. » Dans son message, le Premier ministre évoque la nécessité d’une réconciliation entre Arméniens et Turcs. « La République de Turquie continuera d’aborder avec sagesse toutes les idées conformes aux valeurs universelles du droit. Mais se servir des événements de 1915 comme un prétexte pour être hostile envers la Turquie et les transformer en conflit politique est inacceptable », dit-il.

Le 24 avril 1915 avait donné le coup d’envoi du premier génocide du XXe siècle. Des centaines de milliers d’Arméniens de l’Empire ottoman, accusés de complot avec l’ennemi russe, avaient été déportés par le gouvernement turc pendant la Première Guerre mondiale, nombre d’entre eux ayant été tués (1,5 million, selon les Arméniens, 500.000 environ, selon les Turcs) et la plupart de leurs biens confisqués.

Un enjeu international

Le régime pourrait souhaiter ainsi tendre la main à la diaspora arménienne et aux pays qui accueillent et soutiennent les Arméniens avant la commémoration du centenaire du début de leur déportation en 2015. La Turquie risque de se retrouver alors dans une situation particulièrement inconfortable sur la scène internationale. Mais le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a balayé l’analyse, affirmant à la presse que « la Turquie ne fait pas de déclaration sous la force des pressions. »

Même si l’Etat turc refuse d’attribuer toute volonté génocidaire au gouvernement ottoman de l’époque, le génocide est timidement commémoré par la société civile turque depuis quelques années alors que cette question constitue l’une des obstacles pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Même si pour une grande partie de la population turque il ne représente plus un tabou, le mot « génocide » provoque le courroux dans un pays où les victimes turques des nationalistes arméniens qui ont profité du démembrement de l « homme malade », l’Empire ottoman, se comptent en milliers dans l’Est anatolien.

Malte ouvre la voie au mariage homosexuel

Publié: 15 avril 2014 par estellavaras dans Actualités
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AFP Publié le lundi 14 avril 2014 à 23h19 – Mis à jour le lundi 14 avril 2014 à 23h20

International

La République de Malte, dont le Premier ministre est un travailliste, Joseph Muscat, a adopté lundi soir une loi autorisant les unions civiles, permettant ainsi aux personnes du même sexe de se marier, ont annoncé les médias maltais.

Lors d’un vote au Parlement de l’île, la loi a été adoptée à 37 voix pour, aucune contre, les 30 membres de l’opposition et membres du Parti nationaliste s’étant pour leur part abstenus.

Le chef de l’opposition, Simon Busuttil, a justifié le geste de ses troupes en précisant que si son parti n’était pas défavorable aux unions entre gays, il émettait en revanche des réserves sur l’adoption d’enfants par ces couples, ce que la nouvelle loi permettra.

La nouvelle a été accueillie dans la joie par un millier de militants favorables aux unions entre homosexuels, réunis sur la place centrale de la Valette, rapportent les médias locaux.

Le catholicisme est religion d’Etat à Malte, plus petit Etat de l’Union européenne.

Selon l’association internationale gay et lesbienne (ILGA), qui s’est réjoui de l’adoption de la loi, Malte est devenu lundi soir le 22e état européen à reconnaître les unions entre personnes du même sexe, et le 10e à leur permettre d’adopter ensemble des enfants

AFP Publié le lundi 17 février 2014 à 13h57 – Mis à jour le lundi 17 février 2014 à 14h02

International

 

 

Plus de 450 immigrés indiens travaillant au Qatar sont morts depuis deux ans, selon des chiffres officiels révélés par l’ambassade d’Inde. Le Qatar, pays hôte de la Coupe du monde 2022, est sous le coup de vive critiques sur la façon dont sont employés des migrants travaillant sur les chantiers liés à cet événement.

Les chiffres, transmis par l’ambassade d’Inde au Qatar en réponse à une démarche de l’AFP dans le cadre de la loi indienne sur le droit à l’information, détaillent le nombre de décès sur 2012 et les 11 premiers mois de 2013. En moyenne, 20 migrants sont morts chaque mois, avec un maximum de 27 en août 2013. Il y a eu 237 décès en 2012 et 218 jusqu’au 5 décembre 2013.

Les circonstances de ces décès ne sont pas fournies et l’ambassade n’a pas non plus rendu public les échanges qu’elle a pu avoir avec le gouvernement indien sur le traitement réservé à ses compatriotes au Qatar.

Un membre du comité exécutif de la Fédération internationale du football (Fifa), Theo Zwanziger, a reconnu le 13 février que la situation des travailleurs migrants employés sur les chantiers liés à la Coupe du monde était « inacceptable » et « horrible » mais que « retirer la Coupe du monde au Qatar serait tout à fait contre-productif ».

Le quotidien britannique The Guardian avait publié fin septembre une enquête répertoriant 44 morts entre juin et août sur un chantier du Qatar, ce que les autorités ont démenti.

Par ailleurs, 400 migrants népalais sont morts sur des chantiers de construction dans l’Etat du Golfe, a indiqué récemment le quotidien, sans donner de précision sur la période.

Le nombre d’Indiens au Qatar n’est pas connu précisement mais était estimé à environ 500.000 fin 2012.

Cros Marie-France/S.Vt./JdT Publié le dimanche 09 février 2014 à 17h56 – Mis à jour le lundi 10 février 2014 à 14h11

International Une « épidémie » de viols qui a gagné tout le pays…

L’épidémie de viols au Kivu, à l’est du Congo, est dénoncée depuis les années 1990. Longtemps, cependant, elle a été tue par les victimes, la culture locale poussant les maris à répudier leur épouse violée. En 2007, la rapporteure spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’Onu chargée de la violence envers les femmes stigmatisait pourtant « la pire des crises que j’ai jamais rencontrées ». Par le nombre de viols (plus de 10000 avoués par an dans chacune des deux provinces du Kivu, sans compter ceux qui restent tus) et par la cruauté qui les accompagne.

Beaucoup de Congolais affirment que cette pratique a été amenée dans leur pays par les génocidaires rwandais qui se sont réfugiés au Kivu. Depuis leur arrivée (1994), cependant, le nombre de viol a explosé au Congo, y compris dans les régions où n’a pas sévi la guerre. Au Kivu, depuis 2009, on signale aussi un nombre croissant d’hommes violés.

De plus en plus de civils

Si la grande majorité des viols sont commis par l’armée congolaise et par les groupes armés formés par les anciens génocidaires rwandais, une proportion grandissante de violeurs civils est dénoncée dans tout le pays. Cette progression est attribuée à la fois à une plus grande audace des femmes – qui ne reçoivent souvent aucune aide pour élever l’enfant né du viol – à dénoncer les faits et, surtout, à l’impunité dont jouissent les violeurs. Celle-ci est liée à la désintégration croissante des structures traditionnelles, alors que le système de justice moderne néglige totalement les victimes de viols, même si quelques jugements condamnant des violeurs ont eu lieu ces dernières années.

Dans l’opinion publique congolaise, les victimes de viol se voient généralement attribuer la responsabilité des sévices qu’elles ont subis : elles sont globalement accusées, en dépit des évidences contraires, d’avoir porté un « accoutrement indécent ».

Pourtant, les « points sexuellement transmissibles » sont un phénomène bien connu des universités et écoles (obligation de coucher avec un enseignant pour passer de classe). L’Enquête démographique et de santé 2007 indiquait que 64 % des Congolaises déclaraient avoir subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans et 49 % au cours des deux dernières années. Et, en 2012, le Congo était en tête des maternités précoces dans le monde, avec 201 pour 1000.

 

“Elles sont rejetées par leur famille”

Les femmes du village de Burhinyi, dans le Sud-Kivu, ont subi l’arrivée de différentes vagues de bandes armées avec leur lot de pillages, viols et enlèvements. Nombre d’entre elles ont été emmenées dans la forêt pour devenir femmes de combattants et esclaves sexuelles. De ces relations, des enfants sont nés.

Stigmates de viols ou bébés aimés malgré tout ? Quel espoir pour ces filles-mères de s’en sortir ? Nous avons rencontré des mamans malgré elles qui avaient réussi à s’enfuir. Certaines se sont enfuies enceintes. D’autres sont parties avec leur petit dernier, né dans la forêt, contraintes d’abandonner les aînés au campement des bandes armées. “Quand elles parviennent à fuir, le retour au village est une souffrance supplémentaire : elles sont rejetées par leur famille et leurs enfants ne sont pas les bienvenus. Elles ont vécu l’enfer et n’ont plus rien”, nous explique Odette Byumanine, de l’association congolaise Diobass.

À Burhinyi, l’accalmie dans les violences favorise un retour au travail des champs. “Nous essayons de les aider en les regroupant, en les formant à des méthodes de culture plus performantes et en leur donnant de quoi démarrer un petit commerce”, poursuit Mme Byumanine, responsable d’un de ces groupements de femmes soutenu par le partenaire local de l’ONG belge Solidarité socialiste. Nous avons rencontré des mamans, qui ont témoigné pudiquement, avec leurs mots, de ce qu’elles ressentaient envers leur enfant non désiré.

 

 

 

“Cela finira par des révoltes”

Le Dr Denis Mukwege soigne les femmes violées, torturées et mutilées sexuellement dans l’est du Congo. Elles sont plus de 40 000 à avoir bénéficié, le plus souvent gratuitement, de son aide médicale et psychologique mais aussi sociale, économique et juridique. C’est dire si l’homme, nommé docteur honoris causa de l’UCL lundi dernier, sait ce qu’elles ont vécu. Le gynécologue obstétricien de Bukavu a rencontré nombre de femmes devenues mères des suites d’une agression. “J’ai vu beaucoup de cas où les mamans s’attachent, acceptent que leur enfant est la moitié de leur corps.”

Mais – il le constate aussi – les enfants issus de ces violences “sont souvent rejetés par leur communauté”. “Malheureusement, lorsqu’une de ces filles trouve un homme qui accepte de vivre avec elle, il ne veut pas prendre un “enfant du serpent”. Il craint que cela apporte des problèmes aux enfants du couple. J’ai vu des mères arriver à l’hôpital avec leur petit, nous dire qu’elles n’en voulaient plus et nous demander de le prendre. Ou alors elles l’abandonnent, tout simplement.” Ces enfants doivent aussi gérer psychologiquement les conséquences de leur origine. “Un jour, un enfant de dix ans m’a posé la question : pourquoi m’appelle-t-on “Interahamwe” ? Comment lui expliquer qu’il est issu d’un viol” perpétré par des membres de cette milice extrémiste hutue du Rwanda ?

Le Dr Mukwege raconte aussi l’histoire de ce village ayant “ annoncé qu’il acceptait de reprendre ses femmes, mais demandait que tous les enfants “retournent” au Rwanda. Il y en avait 3 000, vous imaginez le drame ? On n’allait quand même pas les déposer à la frontière, en disant : voilà !” L’exclusion sociale guette la plupart de ces enfants. “Beaucoup ne sont même pas enregistrés à l’état civil.” Et “cela finira par des révoltes”. Mais “la communauté internationale ne prend pas cette question avec sérieux. Et l’Etat encore moins.” Or, “si l’on ne prend pas le temps d’y réfléchir pour y apporter des réponses, le problème des enfants issus du viol est une vraie bombe à retardement”.

AFP

Mis en ligne le 14/06/2013- lalibre.be

La présidence américaine s’est toutefois abstenue d’annoncer dans l’immédiat une décision d’armer les rebelles face au pouvoir du président Bachar al-Assad.

La Maison Blanche a pour la première fois reconnu jeudi que le régime syrien avait eu recours à son stock d’armes chimiques « à de multiples reprises » dans des attaques qui ont fait jusqu’à 150 morts. Ce franchissement de la « ligne rouge » édictée par Washington a conduit la présidence américaine à décider d’accorder une « aide militaire » aux rebelles. La Maison Blanche n’a toutefois pas précisé dans l’immédiat si cette aide englobait la livraison d’armes, alors que les Etats-Unis ont refusé jusqu’à maintenant de franchir ce pas.

« Après un examen approfondi, la communauté du renseignement (américaine) estime que le régime Assad a utilisé des armes chimiques, dont du gaz sarin, à échelle réduite contre l’opposition à de multiples reprises dans l’année écoulée », a déclaré le conseiller adjoint de sécurité nationale du président Barack Obama, Ben Rhodes.

« Notre communauté du renseignement a une confiance élevée dans cette évaluation, étant donné les sources d’information multiples et indépendantes » à ce sujet, a ajouté M. Rhodes, moins de 10 jours après que la France fut parvenue aux mêmes conclusions et eut communiqué les éléments en sa possession à ses alliés de Washington.

Le renseignement américain « estime que 100 à 150 personnes sont mortes à la suite d’attaques aux armes chimiques en Syrie jusqu’ici. Cela dit, les données sur les victimes sont sans doute incomplètes », a remarqué M. Rhodes.

« Même si le nombre de victimes dans ces attaques ne représente qu’une petite fraction des pertes en vies humaines catastrophiques en Syrie, qui dépassent désormais plus de 90.000 morts, le recours à des armes chimiques viole les règles internationales et franchit clairement des lignes rouges qui existent depuis des décennies au sein de la communauté internationale », a-t-il dit.

Le président Obama, depuis l’été 2012, avait mis en garde de nombreuses fois le régime de M. Assad contre le recours aux stocks d’armes chimiques qu’il a reconnu posséder. Il avait dit que cela reviendrait à franchir une « ligne rouge » et changerait « les règles du jeu ».

Barack Obama « a affirmé que le recours à des armes chimiques changerait son équation, et c’est le cas », a assuré M. Rhodes, en révélant que le président américain avait décidé de fournir un « soutien militaire » aux rebelles syriens.

Le conseiller n’est pas allé jusqu’à parler de livraisons d’armes. Mais cette aide sera « différente tant en nature qu’en échelle, de ce que nous avons fourni jusqu’ici », a-t-il dit.

M. Rhodes a par ailleurs affirmé que la Maison Blanche n’était pas encore parvenue à une décision sur l’imposition ou pas d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie, alors que le Wall Street Journal a assuré jeudi soir que le Pentagone avait présenté un tel plan à la tête de l’exécutif.

Attendu en Irlande du Nord en début de semaine prochaine pour le sommet du G8, M. Obama y « consultera ses partenaires » au sujet de la Syrie, a souligné M. Rhodes, en évoquant aussi la Russie, soutien jusqu’ici indéfectible du régime Assad qui a bloqué à l’ONU toutes les résolutions contraignantes contre Damas.

« Nous avons communiqué les informations sur les armes chimiques aux Russes (…) et nous pensons que la Russie et tous les membres de la communauté internationale devraient être préoccupés » par un recours à de tels armements, a remarqué M. Rhodes.

Il a répété la position américaine selon laquelle une transition politique en Syrie devrait inclure « une démission de Bachar al-Assad ». Mais « les Russes ne l’ont pas encore accepté », a-t-il concédé.

Le Texas a exécuté son 499e condamné à mort

rédaction  Source: Belga© Texas Department of Criminal Justice.

Le Texas a exécuté mercredi son 499e condamné depuis le rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis en 1976, un Noir américain qui avait reconnu cinq meurtres, a-t-on appris auprès des autorités pénitentiaires de cet Etat.

A deux jours de son 44e anniversaire, Elroy Chester a été déclaré mort à 19h04 à Huntsville (02h04 HB jeudi) soit 27 minutes après le début de l’injection létale, a indiqué un porte-parole du ministère de la Justice texan. Après avoir demandé pardon aux proches des victimes, « il a commencé à chanter doucement » quand l’injection a débuté, a précisé le fonctionnaire.

Une heure plus tôt, la Floride avait procédé à l’exécution de William van Poyck, 58 ans, pour le meurtre d’un gardien de prison lors de l’attaque à main armée d’un fourgon pénitentiaire pour tenter de faire évader un prisonnier.

Quinze détenus ont été exécutés cette année aux Etats-Unis, dont sept au Texas, qui a programmé huit autres exécutions d’ici la fin 2013, selon le Centre d’information sur la peine capitale (DPIC).

En 14 ans dans le couloir de la mort texan, Elroy Chester avait multiplié les appels pour faire valoir son retard mental. Mais son ultime recours mercredi devant la Cour suprême des Etats-Unis portait sur des déclarations le concernant, prononcées récemment par une juge texane et qu’il avait jugées racistes. La haute Cour a rejeté son pourvoi à l’heure prévue de son exécution.

Chester avait été condamné à mort pour le meurtre en février 1998 d’un pompier qui avait interrompu un cambriolage chez ses deux nièces, selon un document de l’accusation. Au cours de ce cambriolage, Chester avait violé l’une des jeunes filles âgée de 14 ans et agressé sexuellement sa soeur de 17 ans.

Onze ans de prison pour des tweets contre l’émir du Koweït

Source: BelgaL’émir du Koweït. © afp.

Un tribunal koweïtien a condamné lundi une femme à 11 ans de prison pour des propos sur Twitter jugés insultants envers l’émir et appelant à renverser le régime, selon une copie du jugement et un militant.

Houda al-Ajmi a été reconnue coupable de trois chefs d’accusations: insulte envers l’émir, appel à renverser le régime et mauvaise utilisation de son téléphone portable, selon le jugement rendu par le tribunal et confirmé par le directeur de l’Association koweïtienne des droits de l’Homme, Mohammed al-Humaïdi, sur son compte Twitter.

Elle a écopé de cinq ans de prison pour chacune des deux premières accusations et à un an pour la troisième, soit la plus lourde peine de prison prononcée par un tribunal koweïtien dans ce genre d’affaire depuis que le gouvernement a lancé en octobre une campagne de répression contre les militants en ligne.

En vertu du jugement, Mme Ajmi, qui a rejeté les accusations, devait commencer à purger sa peine de prison immédiatement. Elle peut se pourvoir en appel, puis en cassation contre le verdict.

Il s’agit de la première femme au Koweït à être emprisonnée pour des propos sur Twitter.

HAITI 22 juillet 2004

Ils sont 300 000 enfants-esclaves haïtiens

Haïti : « J’étais un Restavec. »

Les filles sont appelées des « lapourças », les garçons des « restavecs » : ce sont les enfants-esclaves d’Haïti. Orphelins ou abandonnés par des familles trop pauvres, domestiques livrés à la brutalité et aux caprices de leurs maîtres, ils doivent tout supporter en silence, jusqu’au fouet. Aujourd’hui écrivain et enseignant, installé aux Etats-Unis, l’un de ces restavecs, Jean-Robert Cadet, s’est confié à Jean-Paul Mari

L’enfant suit une femme noire, mais il ne voit pas son visage. Autour de lui, les huttes misérables de Petite Rivière, des champs de maïs et les montagnes violettes de la chaîne de l’Artibonite. Il a 4 ans. C’est le seul souvenir qui lui reste de sa mère, empoisonnée peu après par une femme jalouse. Elle était la domestique du patron, la maîtresse du Blanc, un Haïtien d’origine syrienne, riche propriétaire d’usines de café à Petite-Rivière, Gonaïves et Cap-Haïtien. La favorite avait droit à une hutte près de l’usine, à un peu d’argent et au lit de l’homme blanc. Quand l’enfant créole est né, la mère a gravi un échelon social ; quand elle a disparu, le patron a décidé de se débarrasser du bâtard. Il l’a amené à Port-au-Prince et l’a offert « en cadeau » à Florence, l’une de ses maîtresses, une superbe « négresse » au teint foncé. Dès son arrivée, elle lui explique son statut : « Tu n’es rien. Ta mère était une chienne et une pute. Ton père ne veut pas de toi. » Quant à son nom, son âge, sa qualité… il sera « Ti-garçon », celui que Florence appelle aussi « extrait-caca ».

Il dort sous la table de la cuisine à même une couche de vieilles robes, se lève avant le jour, balaie la cour, arrose les fleurs, nettoie la voiture, fait le ménage, vide les pots de chambre de la famille, blanchit le linge et lave les pieds des invités assis sous le manguier du jardin. Parfois, des voisins viennent l’emprunter pour un service ou une corvée. En rentrant, il débarrasse la table, range les plats de riz, de bœuf et de lard, mais peut récupérer des restes de sauce pour améliorer sa tasse de maïs bouilli. Plus tard, après le mariage du fils, il donnera le biberon, lavera les couches des bébés et gardera les enfants. Il doit appeler « Monsieur » le gamin de la maison et, quand Florence le hèle « Ti-garçon ! », il répond aussitôt « Plaît-il, Madame ? » Il n’a pas le droit de poser des questions, de rire, de sourire, de dire qu’il a faim, froid ou qu’il est malade. Alors, il ne dit rien mais s’inquiète pour la santé de « sa mère » quand Florence lui demande de laver chaque mois des tissus blancs, pleins de sang, roulés en boule au fond d’une cuvette de métal. A la moindre erreur ou retard, on le bat avec la rigoise, le long fouet à mèches en cuir de vache suspendu au mur comme une menace permanente. Quand Florence le décroche, il ne cherche plus à fuir, se met à genoux, les mains croisées sur la poitrine et reçoit dix ou vingt coups de rigoise. Surtout ne pas bouger ! Ne pas lever les bras, ne pas essayer de se protéger, ce qui double la punition. Coups de fouet, coups de balai, coups de pied, gifles, il est battu chaque jour – sauf à Noël et au jour de l’an – et en porte encore le corps couvert de cicatrices. Avec le temps, il cesse de pleurer et s’endort chaque soir sur son tas de chiffons en souhaitant la mort, la sienne, celle de « sa mère » et de toute la famille : il a 5 ans. Au matin, il se réveille terrifié par les effets de son rêve, toujours le même, une promenade en liberté, un arbre dans la campagne, l’envie d’aller aux toilettes avant de découvrir sa couche trempée d’urine : « J’ai fait pipi au lit jusqu’à l’âge de 30ans », dit aujourd’hui Jean-Robert Cadet, baptisé d’un nom d’adoption et qui ne connaît pas son âge.

Chaque nuit, le même rêve-cauchemar ; chaque matin, la même terreur, la tentative d’aérer sa couche dans le jardin, de cacher en vain son forfait. Il essaie de se ligoter le pénis avec une ficelle, tente de se castrer avec un couteau de cuisine, se blesse et renonce face à la douleur. Au matin, Florence découvre sa literie mouillée, décroche la rigoise et l’appelle : « Viens ici. Fils de pute ! » Un jour, en rangeant le placard, il laisse échapper un objet : « Qu’est-ce que tu as cassé ? » Il en bégaie de peur : « Un-un verre… » Aussitôt, un coup de talon aiguille lui ouvre profondément l’arcade droite. Avec son tablier, Mathilde, la bonne, éponge son sang. C’est elle qui parfois, en cachette, lui lave sa couche, nettoie ses plaies, le soigne avec de la peau d’ail, du sel gemme et des tiges amères quand il brûle de fièvre. Mathilde lui a proposé de l’aider à fuir, de rejoindre « sa famille ». Mais Ti-garçon n’a pas de famille, il croit que sa vie est normale, celle d’un restavec, celui qui doit rester avec ses maîtres, sans âge, sans identité, docile et muet, une sorte de zombie. La plupart viennent de la campagne, de familles trop pauvres pour les élever qui les confient à des petits notables de la ville en espérant qu’ils seront nourris et iront à l’école. Restavecs pour les garçons, lapourças pour les filles. Jean-Robert se rappelle les cris d’une gamine, une lapourça, qu’une voisine suppliciait en lui frottant le sexe avec du piment pour lui apprendre à ne pas se laisser violer par les adolescents de la famille. Plus tard, devenus adultes, hors d’usage et jetés à la rue, ils deviendront cireurs de chaussures, mendiants ou prostituées. Déjà, les grands n’hésitent pas à se servir des gamins, comme ce cousin de Florence qui, chaque soir, se glisse sur le tas de chiffons du Ti-garçon pour se frotter contre lui. Le gosse subit en silence – pas le droit de se plaindre –, il se tait puis va vomir dans le jardin. Parfois, il entend des plaintes quand la « Dame » Florence reçoit des étrangers.

Comme le soir où, par la fenêtre du salon, il voit la Dame penchée sur un « » un homme nain assis sur le canapé. Après son départ, la Dame lui demandera d’aller nettoyer le tapis. Mais le plus dur est à venir, en la personne d’un visiteur qu’il connaît. Florence l’a prévenu : « Un Blanc va venir aujourd’hui. C’est ton papa, mais quand tu le verras ne l’appelle pas papa. Dis « bonjour monsieur » et disparais. Si les voisins te demandent qui c’était, dis-leur que tu n’en sais rien. » Quand le Blanc est arrivé dans sa belle voiture noire, l’homme est entré en lui faisant un signe rapide, et Ti-garçon n’a même pas eu le temps de le saluer. Jean-Robert a 10 ans et il n’a qu’un ami, René, un autre restavec qui lave les voitures de la compagnie de taxis de son maître. Le soir, il attend son signal – trois longs sifflements – et ils se retrouvent derrière la maison de Florence, hissés sur le même bloc de béton, pour regarder, à travers le store de la fenêtre du salon, un feuilleton à la télé. Un soir, René arrive avec un trésor : un panier de porc grillé, de bananes plantains, deux canettes de Coca et des pâtisseries. Jean-Robert n’ose pas poser de questions et les affamés mangent tout en silence. Le lendemain, on apprend que René a détourné deux dollars. Le voleur est fouetté et doit s’agenouiller en plein soleil, une lourde pierre dans chaque main, jusqu’à l’évanouissement. Puis son maître le conduit au commissariat. C’est l’époque où on laisse les corps des communistes pourrir dans la rue, le temps où le meilleur moyen de se suicider est de crier en public « A bas Duvalier ! », le règne des tontons macoutes et des policiers aux ordres des notables. Les brutes ramènent René, corps brisé, visage boursouflé, les yeux fermés : mort. Désormais, le Ti-garçon n’entend plus son ami siffler, et il mouille sa couche tous les soirs. Il n’a que deux vieux shorts dont un avec une poche percée, perd le dollar des courses, erre toute la journée et revient en craignant le pire. Il a raison. Florence le plaque au sol, un pied sur la gorge, et frappe avec un manche à balai. Peu à peu, les lumières et les bruits de Port-au-Prince s’atténuent et il ne ressent plus aucune douleur. Un voisin se précipite – « Vous êtes en train de le tuer ! » –, il réanime l’enfant inerte et lui donne à boire une tasse d’eau salée. Le calvaire aurait pu être sans fin si un jour le Ti-garçon n’avait oublié l’identité d’un visiteur. Florence lui a donné une raclée bien sûr, mais elle a ajouté : « Il faudrait que tu saches écrire au moins un nom. » Du coup, deux fois par semaine, Jean-Robert se retrouve sur les bancs d’une école d’une ONG canadienne, face à une institutrice métisse qui lui fait chanter chaque matin « Ô Canada, terre de nos aïeux ! » Peu importe ! Il apprend. Quand un groupe de Blancs vient distribuer du lait en poudre et des photos de saints à leur image, les élèves en déduisent que les Blancs sont des dieux.

C’est vers le plus grand de leurs paradis, les Etats-Unis, que Florence et la famille décident d’émigrer. Ils partent. En abandonnant Ti-garçon à une lointaine parente de l’Artibonite. La vieille dame est très malade, et Jean-Robert découvre le marronnage en sautant à 3 heures du matin dans un bus qui le ramène à Port-au-Prince à la recherche de son père. Celui-ci, très embarrassé, décide de l’envoyer rejoindre Florence à New York. Un restavec n’existe pas. Jean-Robert n’a ni passeport, ni photo, ni vaccin et pas d’acte de naissance. On achète un formulaire au marché noir et le père le fait remplir.Nom de famille : Cadet. Nom de la mère : Florence. Nom du géniteur ? « Inconnu », répond son père. « Ce jour-là, j’ai eu l’impression qu’on m’arrachait le cœur », dit Jean-Robert Cadet. Son père le conduit à l’aéroport et lui montre l’avion : « Allez ! » Dans la poche de l’adolescent, l’acte de naissance lui apprend qu’il est né un 15 février et que c’est son anniversaire. Au contrôle des douanes à New York, les policiers écarquillent les yeux devant le contenu de sa petite valise : trois vieilles robes, sa « couche », deux chemises et deux shorts, pas de sous-vêtements, une brosse à dents usée, une assiette en fer-blanc et sa tasse, une boîte de lait condensé vide. Dehors, vêtu d’un short et d’une chemise, il tremble de tous ses membres. Aux Etats-Unis, l’école est obligatoire, et Florence doit se résoudre à lui permettre une scolarité. Il dort sur une alèse, ne mouille plus son lit, se fait moins battre, mais il dérange la famille qui ne lui trouve plus d’utilité. A son arrivée à la Spring Valley High School, Jean-Robert est stupéfait : pas de rigoise au mur… ces Blancs doivent être très intelligents ! Il ne parle que le français, l’examinateur le prend pour un débile mental et le dirige vers une classe spéciale. Il faudra un exercice d’algèbre réussi pour le faire remarquer, une prof de français attentive pour le faire progresser et un M. Rabinowitch, professeur et homme de cœur, pour le guider vers le bureau de l’assistante sociale. Florence vient de le mettre à la porte avec un mot d’adieu : « Va-t’en ! »

Il devient mécanicien, pompiste, serveur, survit et termine ses études secondaires. Un jour, il passe devant une affiche montrant un tank tout neuf, pousse la porte et demande : « Comment fait-on pour conduire cet engin ? – Facile ! Dites : « So help you God ! », lui répond le sergent recruteur, et signez ici. » Il signe. Le voilà engagé pour trois ans dans l’armée américaine.Il se retrouve Airborne Ranger, parachutiste, échappe de peu au Vietnam, découvre des voisins de chambrée qui boivent, fument du haschich, se traitent entre eux de « nègres » et le repoussent à cause de sa sobriété, son teint de mulâtre et son accent français. D’ailleurs, sous prétexte de ne pas défaire son lit au carré, il dort à même le sol… sur une alèse. Drôle de para ! Le Ti-garçon devient pourtant secrétaire au renseignement militaire, tape des rapports confidentiels jusqu’au jour où un gradé s’aperçoit… qu’il n’est même pas américain ! Le temps de trouver un juge, une Bible, de répéter « So help you God ! », et l’anomalie est réparée. A la sortie de la caserne, le citoyen américain apprend que si un créole haïtien est trop clair pour les Blacks, il n’en reste pas moins un Noir pour les Blancs. De travail sous-qualifié en logement refusé, Jean-Robert découvre le racisme ordinaire. Quelque chose pourtant a changé en lui : il ne fait plus régulièrement pipi au lit. Malgré Florence et sa rigoise, son père « inconnu », et maintenant la société des Blancs, il pousse la porte de l’université de Tampa en Floride, travaille la nuit, étudie le jour, obtient une licence en relations internationales et une maîtrise de littérature française : « La lecture de Victor Hugo m’a donné beaucoup de courage ! » Entre-temps, il a fait trois ans d’analyse sans pouvoir dire au psy le terrible mot : restavec. « Avouer ça, prononcer ce nom, c’était dire… que je n’existais pas. » A l’université, une femme passe, elle est professeur et s’appelle Cynthia. Ti-garçon a 32 ans et, pour la première fois de sa vie, il fait une incroyable découverte : les sentiments. Il n’ose rien lui avouer, l’épouse en maquillant son identité et parle de « verre d’eau renversé » quand il a un accident nocturne. Cinq ans après la naissance de leur fils, il découvre sa femme en pleurs, son vrai passeport à la main : « Jean-Robert… Qui es-tu vraiment ? » Quand son enfant lui pose la même question, « Où est ma grand-mère ? », Jean-Robert s’enferme pour lui écrire une lettre de… 400 pages qu’il cache aussitôt. Quand Cynthia la lit par hasard, elle comprend et le pousse à tout publier (1). Aujourd’hui, le professeur à l’université de Cincinnati, Ohio, se bat pour faire connaître le sort des autres, des 250000 à 300000 restavecs ou lapourças.

En Haïti, il a rencontré la femme du président Aristide avec, comme seul résultat, la conversion officielle du mot restavec en « adopté informel ». Il est allé aussi témoigner devant l’ONU, plaider face au Sénat américain, a créé un site internet (2) et cherche à recueillir 100000 signatures pour faire bouger les choses, « mais les Américains ne sont pas très sensibles à ce qui se passe en dehors de chez eux ». Alors il a décidé de quitter son poste de professeur pour mieux se consacrer à la tâche : en finir avec le scandale de ces enfants d’Haïti, tenus en esclavage par des maîtres eux-mêmes descendants d’esclaves. En mémoire de sa mère sans visage, de son père trop blanc, de Florence et de sa rigoise, de sa petite voisine martyrisée et de René. En finir avec le restavec, le Ti-garçon qui, chaque nuit, à près de 50 ans, se réveille en lui. « Je suis étendue à son côté pendant son sommeil, dit Cynthia, la femme de Jean-Robert. Et quand ce sommeil est troublé, quand j’entends sa respiration oppressée, ses cris étouffés, quand je sens ses bras trembler et ses jambes qui se débattent, je sais que la réalité des décennies passées plane à nouveau sur nous. »

JEAN-PAUL MARI


Les restavecs aujourd’hui en Haïti

Combien sont-ils ? L’Etat haïtien ne dispose pas de données précises. Comment le pourrait-il dans un pays de 8 millions d’habitants – 40% de moins de 14 ans -, le plus pauvre de l’hémisphère Nord, en perpétuelle crise politique, dont le revenu par tête atteint 440 dollars par an, (moins de 1 euro par jour). Le dernier recensement de la population en 1982 a permis de chiffrer à 109000 (65000 filles et 44000 garçons) cette forme de « domesticité juvénile ». En 1993, un rapport d’enquête l’évalue à un chiffre nettement supérieur : de 250000 à 300000. En 1998, un ouvrage publié avec la caution de l’Unicef retient la fourchette supérieure de 300000.

Qui sont-ils ? Ils viennent de la campagne, issus de familles rurales, pauvres et nombreuses. Les filles constituent la grande majorité (75%) des restavecs. On les appelle aussi des lapourças.

Qui les protège ? Personne. En théorie, l’Institut du Bien-Etre social est responsable de l’application des lois sociales, mais cet organisme n’a aucun moyen. Une de ses employées a confirmé que, même dans les cas extrêmes, quand un enfant fuit des sévices insupportables, l’Institut n’a aucun recours et doit chercher au sein de son équipe… quelqu’un qui accepte de prendre l’enfant chez lui ! A noter toutefois l’action du Foyer Maurice-Sixto, soutenu par Terre des Hommes-Suisse, qui dispense deux heures d’études par jour, des cours d’artisanat et un peu de chaleur à ces gamins oubliés d’Haïti.

Les enfants-esclaves dans le monde

Selon l’Unicef, 246 millions d’enfants seraient exploités comme « main- d’œuvre infantile » dans le monde. Chiffre très approximatif, compte tenu de l’absence de données sur la Chine, qui compte 400 millions d’enfants. Sur ces 246 millions de très jeunes travailleurs, 171 millions environ sont soumis aux « pires formes » d’exploitation (recrutés par la force, prostitués, utilisés pour des activités illégales et exposés au travail dangereux) . En Afrique, plusieurs centaines de milliers d’enfants – notamment au Nigeria et au Sénégal – travaillent dans des conditions d’esclavage et plus de 200000 enfants auraient été vendus. En Asie, 500000 enfants indiens ont été achetés par des tisserands, et certains d’entre eux sont enchaînés à leur métier à tisser. Ces pratiques sont condamnées par la convention internationale des droits de l’enfant ratifiée le 20 novembre 1989 par l’Assemblée générale des Nations unies (à l’exception des Etats-Unis et de la Somalie).

Sarah Halifa-Legrand

VOIR LE SITE DE JEAN ROBERT CADET

(1) « Restavec. Enfant-esclave en Haïti », Jean-Robert Cadet, Seuil, 268 p., 18 euros. (2) http://www.restavec.org.

22 juillet 2004

Par Jean-Paul Mari

L’esclavage existe encore !

Publié: 10 juin 2013 par estellavaras dans Analyse
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Marie-France Cros

 

Mis en ligne le 10/06/2013

 

Nouakchott pratique l’esclavage malgré l’Onu et ses propres lois.

 

Parce que cela leur donne bonne conscience, beaucoup de gouvernements préfèrent laisser entendre que l’esclavage par ascendance – être esclave parce que vos parents l’étaient – n’existe plus. Mais ce n’est pas vrai. Aujourd’hui, en Mauritanie, le quotidien des populations serviles d’ethnie haratine (1) est une vie en dehors de la Déclaration universelle des droits de l’homme. »

 

Biram Dah Abeid, président de l’organisation mauritanienne de lutte contre l’esclavage « Initiative de la résurgence antiesclavagiste » (IRA), lui-même descendant d’esclaves, est en tournée en Europe pour faire connaître son combat. Nous l’avons rencontré.

 

Contrairement à ce que l’on pense souvent – « et à l’idée qu’entretiennent les autorités mauritaniennes  » – il ne s’agit pas d’une survivance du passé dans des milieux ruraux archaïques. « Là où nous luttons, c’est dans la capitale, Nouakchott. Dans les quartiers chics, résidentiels et administratifs, où vit la classe dirigeante. Les gens que nous avons réussi à traîner en justice sont issus de la bourgeoisie dominante, qui fait des études en Europe » , souligne M. Abeid. « Le dernier cas auquel l’IRA a travaillé, est un homme d’affaires, cousin du Président, dont la maison est située à 30 m du palais présidentiel Comment peut-on dire que l’esclavage est confiné au monde rural ? , insiste-t-il. C’est dans ces milieux aisés que la pratique de l’esclavage continue. Il y a plus de cas dans les villes que dans les zones rurales. »

 

Nouakchott ratifie sans appliquer

 

Car, souligne le militant antiesclavagiste, malgré le système des Nations unies, malgré les normes et conventions internationales, rien ne change en Mauritanie bien que Nouakchott signe et ratifie ces conventions. Et bien que l’esclavage soit devenu illégal sur son territoire depuis 1981 et criminel depuis 2007 (une loi punit de cinq à dix ans de prison ceux qui pratiquent l’esclavage mais n’a encore été appliquée qu’une seule fois). « Il est même inscrit comme crime contre l’humanité dans la Constitution mauritanienne depuis 2012, souligne le militant. Finalement, ces conventions ne servent qu’à protéger les pays qui pratiquent l’esclavage, comme la Mauritanie : on signe, mais on viole sa signature – sans conséquence parce qu’il n’y a pas de système coercitif international. La coercition, la communauté internationale ne l’utilise que lorsqu’il y a des enjeux économiques, stratégiques » , ajoute avec amertume M. Abeid.

 

Un code du IXe siècle

 

Selon lui, la seule pression vient d’organisations de défense des droits de l’homme. « Quand ces organisations s’en mêlent, certains gouvernements écrivent des lettres à celui de Nouakchott. » Rien de plus ? Une grimace. « Non » , répond le militant.

 

Biram Dah Abeid explique que conventions internationales et lois internes ne sont pas appliquées en Mauritanie parce que celle-ci leur préfère un code ancestral – l’Abrégé, de Cheikh Khalid Mohammed Ibn Ishagh – rédigé au IXe siècle et dont de nombreuses exégèses ont été écrites jusqu’au XVe siècle. « En Mauritanie, ce code est considéré comme l’interprétation du Coran, donc comme la Sharia (loi islamique). Et la République islamique de Mauritanie considère, dans le préambule de sa Constitution, que la Sharia est la source de la loi. Or, ce livre divise les musulmans en deux catégories : les hommes libres et les esclaves, les noirs » – bien que le Coran interdise de faire un esclave d’un musulman.

 

Les esclaves – qui forment environ 20 % de la population mauritanienne – sont des biens que l’on peut vendre, qui n’ont pas droit à l’éducation et sur lesquels le maître a droit de vie et de mort. « Ce code dit aussi que les femmes esclaves sont les objets sexuels du maître, quel que soit leur âge. Que le maître doit castrer les esclaves hommes pour éviter le mélange des sangs; c’est pour cela que l’esclavage se transmet par la mère : ses enfants seront automatiquement esclaves. Le code dit aussi que les femmes – en général, pas seulement les esclaves – n’ont pas les qualités requises pour choisir leur mari et qu’elles mentent plus que les hommes Ce code est une interprétation erronée et machiste du Coran, mais c’est lui qui est appliqué en Mauritanie » , détaille le militant.

 

Apartheid

 

Le sort des esclaves affranchis et de leurs descendants, comme Biram Abeid – soit environ un tiers de la population mauritanienne – est également cause d’indignation. « Leur liberté est théorique. Ils portent des noms reconnaissables et sont donc victimes de fortes discriminations à l’école, face au droit de propriété foncière, face aux services publics. C’est un apartheid » , accuse M. Abeid.

 

 

(1) Descendants des Bafours (autochtones présents dans la région avant l’invasion arabo-berbère du XVe siècle) et des esclaves amenés d’autres régions