Articles Tagués ‘citoyenneté’

 

 

 

 

Des barricades, des masques, des chants, des pavés et ce peuple déterminé à ne pas quitter la rue malgré la répression des forces de l’ordre, à coup de gaz lacrymogènes, de camions à eau, et de balles en caoutchouc… Cela fait maintenant cinq jours que les manifestations ont commencé en Turquie. Voici notre sélection pour suivre les évènements sur le web.

Le vice Premier ministre turc Bülent Arinç a présenté ses excuses ce mardi aux personnes blessées lors des affrontements entre la police et les manifestants anti-gouvernement. Après cinq jours de protestations, le gouvernement fait le choix de l’apaisement. Partie du parc Gezi et de la place Taksim à Istambul, la révolte s’est propagée dans des dizaines de villes du pays, dont Ankara, la capitale. Lundi, c’est dans la province d’Hatay, au sud, qu’Abdullah Comert, un jeune homme de 22 ans, est tombé sous les balles de la police, selon la chaine locale NTV. Et comme la révolte se poursuit aussi sur Internet et les réseaux sociaux, voici quelques supports à suivre si on veut rien manquer :

Le tumblr #OccupyGezi

Images, vidéos, commentaires… Ce tumblr est vite devenu le miroir numérique des affrontements. Sans censure, il montre la brutalité du face-à-face entre les manifestants et la police. Comme sur cette photo de jeunes visés par les jets de camions à eau.

Turquie 2

Ou une autre, plus dure encore, de cette femme blessée, à terre :

Image turquie

La google map “Ankara Polis

Elle est en turc et essentiellement destinée aux habitants d’Ankara pour leur permettre de suivre en continu les actions de la police dans la capitale. Mais même si l’on ne maîtrise pas forcément la langue, il n’est pas difficile de comprendre ce qu’il se passe sur place. Si on zoom, on peut voir où a eu lieu l’une des dernières interventions des forces de l’ordre par exemple : à 2 h 40, on signale des blessés et des arrestations opérées par la police près de la rue John F. Kennedy.

Google Map turquie

 

 

Le suivi en continu du site The Guardian :

L’inquiétude face au comportement de la police et la violence avec laquelle sont réprimées les manifestations : c’est ce qui ressort des dernières réactions recueillies par le site web du Guardian. Le quotidien britannique nous fait suivre en direct la situation turque tout en nous apportant des analyses et des résumés pratiques.

 

Les Inrocks

ITALIE • Qui est Enrico Letta ?

Publié: 25 avril 2013 par ghaouatyousra dans Actualités, Europe
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Enrico Letta, numéro deux du Parti démocrate, lors de la conférence de presse au Quirinale à Rome, 24 avril 2013. Photo : Alberto Pizzoli / AFP

La Courrier International

 

 

Enrico Letta, 46 ans, vice-président du Parti démocrate, est le nouveau président du Conseil italien. Jeune, consensuel et décrit comme un « brave garçon », il a la mission de sortir l’Italie de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Plus facile à dire..

 

C’est au volant de sa propre voiture qu’Enrico Letta est arrivé le 24 avril au palais du Quirinal, la résidence officielle du président de la République, pour accepter officiellement sa nouvelle charge. Un geste symbolique fort en ces temps de restriction budgétaire. Une manière surtout pour l’homme du Parti démocrate (PD, centre gauche) de se démarquer de la « vieille garde » politique habituée aux berlines de fonction et de souligner qu’il appartient à la nouvelle génération.

Le jeune âge du nouveau président du Conseil (46 ans) est remarqué et salué par tous les journaux italiens. « C’est le plus jeune président du Conseil de l’histoire de la République italienne », souligne Mattia Feltri dans La Stampa.

Le Corriere della Sera définit carrément Enrico Letta comme un « représentant de la génération X [nés entre 1960 et 1981] », à la fois pragmatique sur son époque sans être trop pessimiste, à l’aise avec la technologie et fan de pop music (notamment Genesis, lit-on). Pour ce qui est du curriculum vitae, Enrico Letta est né à Pise en 1966. Vice-président du Parti démocrate depuis 2009, il a commencé sa carrière tôt, ce qui lui valut le surnom d' »enfant prodige » de la politique.

Trop faible

Il fut ministre des Politiques communautaires sous le gouvernement de Massimo D’Alema de 1998 à 1999 et, à ce titre, le plus jeune ministre de l’histoire de la République italienne. Successivement ministre de l’Industrie, député européen (Letta est europhile) dans le groupe Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe, il fut aussi sous-secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil des ministres du second gouvernement Prodi [mai 2006-janvier 2008]. Spécialiste de droit international et de droit des communautés européennes, il a une réputation d’expert et d’homme compétent.

Consensuel mais manquant d’autorité selon certains de ces détracteurs, il serait « trop faible pour un gouvernement qui doit nous sortir de la crise »,écrit le quotidien de droite Libero. Enfin, même s’il est fan du Milan AC et est le neveu de Gianni Letta, ancien très proche collaborateur de Berlusconi, il s’est toujours montré critique vis-à-vis du Cavaliere. Ses nombreuses relations dans le monde politique pourraient toutefois lui être particulièrement utiles pour la lourde tâche qui l’attend : former un gouvernement d’union nationale et sortir l’Italie de l’impasse politique.

Le leader du Mouvement 5 étoiles, Beppe Grillo, lors d'une conférence de presse le 21 avril 2013 - Alberto Pizzoli<br /><br /><br />
 / AFP.

Courrier International

Un groupe de hackers qui s’autodéfinit comme proche du Parti démocrate a piraté les boîtes mail d’élus du Mouvement 5 étoiles et a commencé à en publier les contenus. La polémique enfle.

C’est potentiellement « une violation sans précédent de la vie privée des représentants politiques italiens et un ‘leak’ aux conséquences politiques imprévisibles […] mais nous sommes surtout face à un Waterloo de la cybersécurité du Mouvement 5 étoiles », écrit L’Espresso.

L’hebdomadaire de centre-gauche a été le premier à publier l’information selon laquelle un groupe méconnu de personnes qui s’autodéfinissent« hackers du PD » (pour Parti démocrate, gauche) avaient piraté une trentaines de comptes emails de députés du M5S, le mouvement de Beppe Grillo. Depuis, l’information a été confirmée notamment par l’agence de presse italienne Ansa.

Dans une étrange vidéo montrant un montage de photos de plusieurs élus du mouvement 5 étoiles, les dits hackers expliquent leur intention.
« Nous vous observons depuis longtemps, vous nous avez déçus […]. Vous défendez la transparence mais vous ne la pratiquez pas chez vous. Voici notre demande : la publication immédiate des revenus et du patrimoine de Giuseppe Grillo et Gianroberto Casaleggio [cofondateur du Mouvement 5 étoiles] et des revenus issus du site www.beppegrillo.it. »

Les auteurs de la vidéo poursuivent en annonçant que tant que le M5S ne fera rien, chaque semaine des courriers électroniques seront publiés. Le nom utilisé par ces hackers – « Les hackers du PD » – laisse toutefois perplexe la communauté Anonymous, qui revendique son anonymat et son indépendance vis-à-vis de tout pouvoir, institution ou parti politique.

 

 

Les Inrocks

Le land allemand du Schleswig-Holstein vient de perdre en appel contre Facebook sur l’affaire des comptes anonymes sur Facebook.

Échec et mat pour l’autorité de protection de la vie privée du land allemand du Schleswig-Holstein dans sa lutte lancée contre Facebooken décembre dernier concernant l’anonymat sur le réseau social. Le jugement en appel sur l’affaire est tombé mercredi 24 avril. Il confirme que Facebook n’est pas soumis au droit privé allemand car son siège social est en Irlande, où les règles de droit privée sont plus laxistes. Le commissaire de l’autorité allemande pour la protection des données, Thilo Weichter, a déclaré mercredi accepter la décision du juge. Cependant, il souligne la nécessité d’harmoniser le droit privé dans l’ensemble des pays membres de l’Union européenne.

Depuis environ deux ans, le réseau social se bat contre les internautes qui utilisent un pseudonyme au lieu de leur vrai nom.  En voulant obliger ses utilisateurs à s’enregistrer avec leur identité réelle, Facebook enfreindrait la loi allemande sur la protection de la vie privée. En effet, la loi germanique permet à tout un chacun de choisir le nom qu’il souhaite pour s’inscrire dans les réseaux sociaux.

Dans l’un de ses derniers rapports, Facebook déclarait avoir un sérieux problème avec les faux profils présents sur sa toile. En janvier, le réseau social avait fait un peu le ménage dans ses utilisateurs. Quatre millions de profils avaient alors été supprimés. Parmi les pays les plus touchés : les États-Unis, le Japon et l’Indonésie. D’autres réseaux sociaux imposent l’usage d’une identité réelle sur certains services. C’est le cas notamment de Google +, le réseau social de Google.

La protection des données, une priorité en Allemagne

L’Allemagne n’en est pas à son premier différend à propos de l’usage que Facebook fait des données personnelles des internautes. En août 2012, le défenseur des libertés informatiques de la ville de Hambourg, Johannes Caspar, avait relancé une plainte lancée un an plus tôt contre la technologie de reconnaissance faciale du réseau social. Johannes Caspar réclamait à l’entreprise de Mark Zuckerberg de demander à tous ses inscrits l’autorisation de conserver leurs informations. Faute de quoi Facebook devrait effacer purement et simplement sa base de données.

Cette même autorité allemande de protection de la vie privée estime que la dernière application Google Maps pour iPhone et iPad enfreint aussi les règles européennes en collectant des données de localisation sans l’accord de l’utilisateur. Le groupe Google a dû payer une amende de 145 000 euros et a été forcé de revoir ses conditions de publication des photos de rues et bâtiments de son service Google Streetview en Allemagne.

La préoccupation des citoyens allemands au sujet de la protection des données personnelles est souvent avancée comme l’une des raisons du grand succès du parti des Pirates, en pointe sur les questions de libertés informatiques. Depuis les dernières élections législatives régionales (2011-2012) le parti siège dans plusieurs parlements. Les derniers sondages lui donnent 13% d’intention de vote pour les élections fédérales d’automne 2013.

 

Deux photos de la série du Vogue Pays-Bas

Les Inrocks

 

Dans son dernier numéro, le Vogue Pays-Bas publie une série mode mettant en scène une mannequin blanche au visage peint en noir. Avant lui, l’Officiel, Numéro et Vogue Paris s’y sont essayés. Quelle est cette étrange mode ?

En février dernier, Numéro, un magazine de mode français, publiait une série de photos intitulée “African Queen”, mettant en scène la mannequin blanche Ondria Hardin avec la peau artificiellement cuivrée. La corrélation entre sa peau exceptionnellement foncée et le titre de la série avait déclenché la polémique, conduisant le magazine à publier un communiqué. Si la rédaction présentait ses excuses “à tous ceux ayant été offensés par cette série mode”, elle affirmait ne pas avoir “participé au processus créatif”. Le photographe Sebastian Kim s’était lui aussi excusé, précisant n’avoir jamais été au courant que la série de photos serait titrée “African Queen”.

Depuis, on pensait que le monde de la mode avait retenu la leçon. Mais non. Dans son dernier numéro, le Vogue Pays-Bas publie une série mode mettant en scène une mannequin blanche, le visage peint en noir, affublée, sur une photo, d’une perruque crépue, portant, sur un autre cliché, une valise ronde siglée Louis Vuitton, comme s’il s’agissait d’un tam-tam. La série vise à rendre hommage au travail de Marc Jacobs, qui s’était notamment inspiré pour ses collections automne 2008 et printemps 2009 chez Louis Vuitton de Joséphine Baker et Grace Jones. Mais pourquoi peindre le visage de la mannequin danoise Querelle Jansen pour faire référence à deux égéries noires au lieu de prendre une mannequin noire ?

La pratique est sinon courante, du moins régulière. Numéro y avait déjà eu recours en 2010 quand il avait fait poser la mannequin blanche Constance Jablonski avec la peau bronzée, une perruque afro (tantôt blonde tantôt brune) et un enfant métis dans un décor champêtre tendance savane. En 2009, le Vogue français publiait une série de photos de Steve Klein mettant en scène la blonde Lara Stone le corps entièrement maquillé en noir, déclenchant immédiatement la polémique. Le Cran (Conseil représentatif des associations noires) avait publié un communiqué dans lequel il déclarait :

“La rédactrice en chef de Vogue, Carine Roitfeld, et le photographe Steven Klein doivent comprendre que maquiller un top model blanc en noir, aux seules fins de divertir leur lectorat, est choquant et inacceptable. (…) A une époque où les mannequins noirs se plaignent des discriminations qui sévissent lourdement dans le monde de la mode, où des centaines de milliers de femmes choisissent de se blanchir la peau plutôt que d’être noires (…) il est difficile  de dire à quel point ces images sont malvenues.”

En 2010, pour ses soixante ans, le magazine Stern Fotografie propose différentes photos de Claudia Schiffer par Karl Kalgerfeld en couvertures. Sur l’une d’elles, la mannequin pose avec la peau foncée et une perruque afro. Et les hommes ne sont pas en reste. La même année, L’Officiel Hommes publie une série mode avec le mannequin blanc Arthur Sales, la peau maquillée en noir et une perruque afro vissée sur la tête. Citons encore la couverture de l’édition rouge de The Independent avec une Kate Moss noire en 2006.

Le retour de la “Black face” ?

Dans un article qu’il consacre au sujet en 2009, le blog Jezebel dresse un parallèle avec la pratique des “black face” sur laquelle reposent les “minstrel shows”, des spectacles très populaires qui voient le jour au début du XIXe siècle aux États-Unis, et qui mettent en scène des comédiens blancs aux visages noircis caricaturant l’homme noir.

A partir du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe , aux États-Unis, des comédiens blancs présentent des spectacles très populaires baptisés “minstrel shows” dans lesquels ils se noircissent le visage (pratique du “black face”). Depuis, le fait de maquiller une personne blanche en noir a une connotation très raciste, surtout outre-Atlantique où la blessure des “black face” n’est pas totalement cicatrisée.

Mais depuis quand la mode s’amuse-t-elle avec cette pratique du “black face” ? Frédéric Godart, auteur de Sociologie de la mode (ed. La Découverte, 2010) affirme que “ce n’est pas récent” sans pouvoir véritablement citer un exemple antérieur aux années 2000. “Ce qui est récent, ce sont les réactions, qui sont de plus en plus fortes. Compte tenu de la façon dont l’information circule, les travers dans lesquels tombe l’industrie de la mode sont immédiatement épinglés“, explique-t-il, “on peut se. demander si l’intention est raciste ou pas, probablement pas, mais c’est un problème d’utiliser ce type de codes qui seront mal perçus. C’est un manque de tact”

Frédéric Godart tient tout de même à rappeler que “la mode fonctionne avec des éléments sémantiques et culturels immédiatement identifiables”.Ce qui explique donc le recours à certains stéréotypes pour réaliser des séries mode sur l’Afrique. “Il y a aussi eu des problèmes avec la représentation de la femme japonaise en geisha, en femme soumise. Là, on associe une dimension raciste à une dimension sexiste. Ou on va mettre une plume à une femme et ça va être une référence aux Amérindiens”. En novembre dernier, la marque de lingerie Victoria’s Secret avait dû présenter ses excuses aux Amérindiens après avoir fait défiler Karlie Kloss avec une coiffe amérindienne.

Dans l’article du Guardian consacré à la couverture de The Independentque l’on mentionnait plus haut, la journaliste écrit : “je suppose que c’est fait pour être subversif, mais qu’est-ce que cela dit des races aujourd’hui lorsqu’un journal de qualité décide que ses lecteurs n’auront une vision de l’Afrique qu’à travers une mannequin blanche maquillée en noir plutôt qu’à travers une réelle mannequin noire ?

Où sont les minorités ?

Au-delà du recours aux stéréotypes, les photos taxées de “black face” rappellent surtout à quel point les minorités sont peu représentées dans la mode. “Toutes les études montrent qu’on a une sous représentation drastique des modèles noirs et asiatiques. On le voit aussi en Chine où les mannequins sont très souvent blanches“, rappelle Frédéric Godart. Selon Jezebel qui a tenu les comptes, à la dernière Fashion Week automne-hiver de New York, 82,7% des mannequins étaient blancs.

Catherine Ormen, chargée de la création du Musée de la mode à Marseille et auteur d’une Brève histoire de la mode (Hazan, 2011), déplore aussi la sous-représentation des minorités dans cette industrie et la publication de séries mode avec des mannequins peintes en noirPour elle, il y un problème plus général : celui des “images hyper léchées qui ne représentent pas la réalité”. Pour autant, elle y voit un exemple du processus de “sublimation” appliqué par l’industrie de la mode :

“Cette transfiguration- puisqu’il s’agit vraiment de ça avec la peinture d’un corps en noir- consiste à pousser encore plus loin l’image du rêve et d’une chose irréelle.”

A ce propos, elle cite une photographie de Man Ray représentant une main blanche et une autre peinte en noir. “Ça [ces séries mode – ndlr]participe du phénomène de l’outrance, comme mettre un homme en femme, présenter des femmes très maigres, des photos très léchées grâce à Photoshop. C’est le même processus qui consiste à aller toujours plus loin pour surprendre, attirer le regard, enfoncer de nouvelles portes. C’est un peu le phénomène d’avant-garde“.

Néanmoins, si la mode a un fort côté artistique, elle reste, pour Frédéric Godart, une industrie qui se doit, comme toute industrie, “d’avoir une attitude éthique et d’être sensible aux réactions de ses consommateurs“. Il conclut : “il y assez de créativité dans la mode pour qu’ils puissent se défaire de ces stéréotypes, voire les combattre. S’ils veulent jouer sur le blanc/noir, on peut envisager une campagne avec 50% de mannequins blancs et 50% de mannequins noirs !

Les Inrocks

 

 

Un tribunal du Kurdistan iranien a condamné un homme à défiler dans les rues de la ville de Marivan grimé en femme. Une décision qui a déclenché la polémique sur les réseaux sociaux, où des hommes postent depuis des photos d’eux habillés en femme.

Le 15 avril dernier, en Iran, un homme vêtu d’un foulard et d’une jupe a été promené à l’arrière d’une voiture de police dans les rues de la ville de Marivan, située dans le Kurdistan iranien, en guise de punition pour ses crimes. L’homme était, a priori, accusé de violence physique et de trouble à l’ordre public (les circonstances de ses forfaits restent floues). Une vidéo postée le 19 avril dernier sur Youtube témoigne de la scène

Le lendemain, des femmes et des hommes iraniens défilaient dans Marivan, pancartes en main, pour protester contre cette sentence. Là encore une vidéo filmée à la volée a été postée sur Youtube:

Dans le même temps, 17 députés iraniens ont envoyé une lettre au ministère de la Justice dans laquelle ils dénoncent cette pratique.

“Kurd Men For Equality”

Mais la contestation s’est surtout organisée sur les réseaux sociaux via un mouvement baptisé Kurd Men For Equality. Sur la page Facebook qui lui est dédié, des hommes iraniens postent des photos d’eux habillés en femme. L’objectif – affiché aux quatre coins de la page – est de démontrer qu’”être une femme n’est pas un outil d’humiliation et de punition” et qu’une telle pratique n’est donc pas acceptable.

Contacté via Facebook, un des administrateurs de la page nous assure que c’est la première fois en Iran qu’une telle condamnation a lieu. Il nous raconte que le mouvement est parti d’un certain Massoud Fathipour, qui a publié sur son profil Facebook une photo de lui habillé avec des vêtements de femme. Aussitôt, des activistes et des journalistes kurdes ont transformé son geste en une véritable campagne, créant une page Facebook et appelant les hommes iraniens à suivre son exemple. “En trois jours, nous avions recueilli 6000 soutiens et des dizaines d’hommes avaient posté des photos d’eux habillés en femme sur notre page” affirme l’administrateur contacté. A l’heure où l’on écrit cet article, la page a recueilli 7619 mentions j’aime.

Autre photo postée sur la page Facebook Kurd Men For Equality

Étonnamment, ce n’est pas la première fois qu’un tel mouvement est lancé en Iran. En 2009, des hommes s’étaient aussi pris en photo vêtus de hijab (voile laissant le visage apparent). Le contexte était alors différent: le mouvement visait à protester contre l’arrestation de l’activiste Majid Tavakoli, accusé par la police de s’être déguisé en femme afin de quitter un rassemblement étudiant incognito. Des activistes affirmaient eux que la police avait forcé Tavakoli à revêtir un hijab afin de l’humilier, tandis que d’autres soutenaient que les photos le montrant en hijab qui circulaient à droite et à gauche avaient été truquées. L’affaire est résumée en photos dans une vidéo sur YouTube.

L’administrateur de la page Kurd Men For Equality que nous avons contacté nous explique que certains groupes “ayant des liens avec le régime” ont demandé des excuses à la police pour son action misogyne, qui ne s’est pas encore exécutée. A la question de savoir si certains d’entre eux avaient depuis le lancement de leur campagne rencontré des problèmes avec le gouvernement ou les forces de l’ordre, il répond: “Ils semblent avoir été tellement troublés et énervés par la campagne que certains sites proches de l’establishment iranien l’ont sévèrement attaquée“. Mais, si menace il y a eu, ça n’a pas eu l’air de l’effrayer outre mesure. L’administrateur préfère avant tout se réjouir du nombre de soutiens étrangers reçus depuis le lancement de la campagne. Pas plus tard qu’aujourd’hui, une certaine Roj Ghaderi publiait une photo d’elle dans un jardin tenant une pancarte sur laquelle est inscrit “greetings from germany”.

 

 

 

Les Inrocks

 

 

Dans le pays qui lança le printemps arabe, les noirs s’organisent pour défendre leurs droits.

Tunis, 21 mars. À l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des discriminations raciales, se tient un colloque : “Les noirs en Tunisie, visibles… invisibles”.

L’intitulé peut sembler banal, mais c’est une véritable révolution dans un pays maintenu pendant des décennies dans l’illusion de son homogénéité et qui, depuis son indépendance et la présidence de Bourguiba, cultive une “tunisianité” interdisant toute référence au fait minoritaire : le racisme était jusqu’ici un immense tabou.

À l’origine de l’événement, l’association ADAM, première association de défense des droits des noirs jamais créée en Tunisie. Bien qu’absents des sphères dirigeantes, les noirs constitueraient 15% de la population (soit plus que les Afro-Américains aux Etats-Unis). Leur présence en Tunisie est ancienne, tous ne sont pas des descendants d’esclaves, de générations  de commerçants et de migrants venus d’Afrique subsaharienne au fil des siècles et qui ont donné naissance aux citoyens noirs actuels.

“Alors que je manifestais pendant la révolution, on m’a dit ‘Qu’est-ce que tu fais là ?’”

L’universitaire noire Maha Abdelhamid est la cofondatrice de cette association, née du tourbillon révolutionnaire. Elle me reçoit dans la maison familiale de Gabès dans le sud où les noirs sont plus nombreux :

“Les discriminations, on en n’en parlait qu’entre nous ! Après la révolution, mes amis et moi avons lancé une page Facebook pour dénoncer les propos racistes. Puis vint celle de Taoufik Chahiri, l’actuel président d’ADAM, qui invitait les gens à raconter leurs expériences personnelles”.

Par centaines, les internautes s’insurgent contre le vocabulaire raciste qui empoisonne les médias et la vie quotidienne, comme le mot oussif (esclave domestique), courant pour désigner les noirs. La majorité d’entre eux exprime leur ras-le-bol d’être perçus comme des étrangers : “Alors que je manifestais pendant la révolution, on m’a dit ‘Qu’est-ce que tu fais là ? C’est pour les Tunisiens’ !” se souvient-elle. Son cousin Ahmed salarié d’une société d’ameublement rapporte, agacé, les “plaisanteries” de ses collègues :

“Lors de conversations anodines sur la crise j’ai droit à des commentaires comme ‘on va rétablir l’esclavage, les noirs ne seront plus au chômage’”.

Sur les réseaux sociaux, des textes demandant des lois pour encadrer les actes et propos racistes apparaissent et l’association naît en 2012.

“Vous divisez la Tunisie !”

À Tunis, la manifestation organisée par ADAM mêle tables rondes et interventions artistiques. Sur l’avenue Bourguiba se produit un groupe de Taïfa, musiciens noirs venus du sud du pays. Après la prestation, les militants sont pris à partie par une demi-douzaine de Tunisiens dits “blancs”, visiblement offensés : “Il n’y a pas de racisme en Tunisie ! Où vois-tu la discrimination ? Vous divisez la Tunisie !”. C’est le déni endémique, que dénoncent inlassablement les antiracistes tunisiens. Dans la cohue, quand Sofiene, juriste et membre d’ADAM, est apostrophé directement en français – “Quel est le problème ?” –, il répond en arabe, d’un ton las : “C’est ça le problème !”. Il est tunisien et, parce qu’il est noir, on s’adresse à lui comme à un étranger.

Les tables rondes évoquent le racisme structurel lié à l’histoire de la Tunisie. Aujourd’hui encore, certains actes de naissance comportent la mention atig (affranchi) suivi du nom du “maître” qui a libéré l’ancêtre esclave. ADAM a présenté un dossier au ministre de la Justice pour retirer ces mentions. En vain. Dans son intervention, l’historien Salah Trabelsi martèle : “Notre histoire, notre langage sont imprégnés de ce passé, il faut faire ce travail idéologique et sémiologique”.

Ce “passé pas encore dépassé”

Sur scène, le slammeur Anis Chouchène dénonce en arabe la mémoire coupable de la Tunisie, ce “passé pas encore dépassé”. Il jette à la figure d’un public où toutes les générations sont représentées la cruauté du racisme ordinaire : “Quand le Kahlouch* rentre dans un café, tous les regards sur lui se sont braqués/ Il entend s’élever la voix de l’orgueil : Et toi le Kahlouch où est mon café ?”. L’audience rit, on sent le vécu.

Nouiri Omran savoure ce moment unique. Il est venu de la région de Mednine dans le sud: “Chez moi le racisme est plus fort qu’à Tunis, il y a un vrai clivage, on nous appelle les abid (“esclaves”), nous appelons les Blancs les h’rar (“libres”)”. La vie professionnelle de ce discret technicien de laboratoire est très affectée par le racisme :

“On m’a confié un poste inférieur à mon niveau et je n’ai pas progressé depuis 2003 ». Il ne supporte plus l’invisibilité des noirs : « Personne ne nous entend, nous ne sommes pas au Parlement, ni dans les ministères”.

Marié à une femme noire, l’homme discret se souvient avoir essuyé le refus de trois familles lorsqu’il a demandé la main de leur fille blanche mais il garde espoir : “Ce que fait ADAM est très important, je suis très fier. J’ai fait cinq cents km pour assister à cela.”.

Les noirs sont les plus défavorisés socialement

La plupart des noirs appartiennent aux couches sociales les plus défavorisées ; pourtant, Maha Abdelhamid ne doute pas qu’ADAM, menée par des intellectuels, saura représenter cette base de sans voix. Portée par cet élan nouveau, la trentenaire défend les revendications de son association qui souhaite peser dans le jeune processus démocratique tunisien. Alors que l’Assemblée nationale constituante (ANC) élabore la nouvelle constitution, elle déplore sa cécité quant à la situation des noirs : “Personne ne parle de notre existence, c’est à nous de nous présenter devant l’ANC”.

Profitant de la présence de milliers d’organisations internationales au Forum social mondial de Tunis, elle interpelle avec verve celles qui œuvrent pour les droits des minorités. Si bien qu’à l’issue du forum, un collectif d’associations brésiliennes, françaises et américaines constitué ad hoc publie un texte appelant entre autres “le gouvernement tunisien ainsi que l’Assemblée nationale constituante (…) à prendre en compte leurs revendications, inscrire dans le projet de constitution le principe de la lutte contre toute forme de discrimination, dont la discrimination raciale, et pénaliser les propos et actes racistes”. Jusqu’à présent, le parti au pouvoir Ennahda est resté sourd aux revendications des minorités tunisiennes.

Rokhaya Diallo

*Terme péjoratif signifiant “noir”

 

 

La Dernière Heure

 

 

L’association visée est « Resto du Tawhid », du Belge converti à l’islam Jean-Louis Denis

BRUXELLES La commune de Schaerbeek a décidé vendredi d’interdire la distribution de repas gratuits aux démunis autour et dans la gare du Nord parce qu’au moins une association aurait profité de cette distribution pour inciter des jeunes à partir combattre en Syrie.
L’information, qui a été publiée par plusieurs médias, est confirmée dimanche par le bourgmestre de Schaerbeek Bernard Clerfayt (FDF). L’association visée est « Resto du Tawhid », du Belge converti à l’islam Jean-Louis Denis. Celui-ci a réagi, via sa page Facebook, à cette interdiction. Il affirme que l’association poursuivra son action, dans d’autres communes si nécessaire.
« Je comprends que ça ne soit pas une décision qui plaise mais nous le faisons par prévention », explique Bernard Clerfayt. « Nous avons appris que monsieur Denis utilisait ses distributions de repas du samedi pour tenir des discours radicaux, dans lesquels il appelle à partir en Syrie. »
Selon le bourgmestre, deux jeunes partis en Syrie récemment ont notamment gravité autour de l’association et de M. Denis. « Ils ont été signalés à plusieurs reprises comme étant présents lors des distributions de repas et des prêches. Ce sera aux autorités judiciaires de déterminer exactement ce qu’il en est et de voir si des poursuites ont lieu d’être, mais entre-temps, la commune a pris les mesures préventives nécessaires. »
Toujours d’après M. Clerfayt, Jean-Louis Denis aurait, malgré l’interdiction, tenté d’organiser samedi la distribution mais la police l’en a empêché.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierluigi Bersani, chef du Parti démocrate (Pd), lors d'un des votes à la chambre basse du parlement pour l'élection présidentielle. L'échec des candidats qu'il a soutenus l'a conduit à annoncer sa démission de son poste au Pd. Copyright Reuters

La Tribune

 

L’échec de la candidature de Romano Prodi, ancien Premier ministre et président de la Commission, à la présidence du pays, en raison de défection d’une centaine de membres du Parti démocrate (Pd), qui avait soutenu sa candidature a conduit le leader du Pd, Pier Luigi Bersani, désavoué, à démissioner de sa tête, ajoutant à la confusion. Un cinquième tour s’est soldé par une forte abstention des grands électeurs, et aucun candidat ne semble pouvoir réunir une majorité de votes. Les tractations en coulisse vont reprendre.

Le chef de file du centre gauche italien, Pier Luigi Bersani, a annoncé vendredi soir qu’il démissionnerait de la tête du Parti démocrate (PD) dès que serait élu le futur président de la République, fustigeant la « trahison » d’une partie de ses troupes. Les deux candidats qu’il avait successivement proposés pour succéder à Giorgio Napolitano, Franco Marini puis Romano Prodi, n’ont pu se faire élire par les grands électeurs. Son double échec a révélé l’ampleur des dissensions au sein même du Parti démocrate, dont plusieurs dizaines d’élus ont voté contre ses consignes.

« Un traître sur quatre membres »

« Il y a parmi nous un traître sur quatre, pour moi, c’est inacceptable », a-t-il dit au groupe parlementaire du PD, selon l’agence Agi. En Italie, le président de la République successeur de Giorgio Napolitano est élu au suffrage indirect par un collège de 1.007 grands électeurs (les sénateurs, les députés et 58 représentants des régions). Une majorité qualifiée des deux tiers était requise lors des trois premiers tours de scrutin, jeudi et vendredi matin. L’élection se joue désormais à la simple majorité absolue. Franco Marini, qui avait été choisi par Bersani en accord avec Peuple de la liberté (PDL), le parti de droite de Silvio Berlusconi, et le pôle centriste formé autour de Mario Monti, n’a pu franchir le seuil requis.

Romano Prodi, que Bersani avait ensuite choisi, en rupture avec la droite berlusconienne qui ne voulait pas entendre parler de l’ancien président du Conseil et de la Commission européenne, a à son tour été largement défait: il lui a manqué plus de 100 voix vendredi pour être élu, n’obtenant que 395 voix quand il lui en aurait fallu 504 pour être élu. Stefano Rodota, présenté par le mouvement Cinq Etoiles (M5S) de Beppe Grillo, est arrivé second avec 213 voix.

Tout ce que Bersani a tenté a échoué

Prodi a très vite tiré les conclusions: « Le résultat de ce vote et la manière dont il a été obtenu me conduisent à penser que les conditions nécessaires pour continuer ne sont plus réunies », a-t-il dit dans un communiqué diffusé vendredi en début de soirée. Bersani n’a pas tardé à l’imiter. « Il a assumé sa responsabilité à la suite du déshonneur de ce qui s’est produit », a dit Paolo Gentiloni, député influent du Parti démocrate qui participait à la réunion. Son départ signe l’échec de la stratégie qu’il a mise en oeuvre après les élections législatives des 24 et 25 février, qui ont donné à sa coalition la majorité à la Chambre des députés mais pas au Sénat, qu’aucun parti ne contrôle.

Des discussions exploratoires qu’il a menées pour tenter de mettre sur un pied une coalition de gouvernement au camouflet présidentiel: tout ce que Bersani a tenté a échoué. A ce stade, son départ accentue le trouble et l’incertitude en Italie, même si la perspective d’élections anticipées dès le mois de juin est de jour en jour plus probable. Matteo Renzi, le jeune maire de Florence que Bersani avait battu lors des primaires du centre gauche en décembre, semble le mieux placé pour prendre les rênes du Parti démocrate. A 38 ans, il est aujourd’hui, et de loin, la personnalité la plus populaire au centre-gauche.

Après s’être fait discret dans les semaines ayant suivi les élections de février, Renzi, incarnation de la branche sociale-démocrate du parti, a changé de braquet, dénonçant publiquement le choix de Marini – « un candidat du siècle dernier » – puis proclamant la fin de la candidature Prodi.

L’élection du président, une étape clé pour sortir de l’impasse politique qui dure depuis février

Mais plus le marasme politique dure, plus l’inquiétude s’installe. « La classe politique devrait avoir honte de ce qu’elle inflige à notre pays. Aujourd’hui, nous sommes face à un degré d’irresponsabilité qui dépasse toutes les bornes », a dénoncé Diego Della Valle, qui dirige le fabricant de chaussures de luxe Tod’s, l’une des entreprises les plus florissantes d’Italie. Car l’élection du successeur de Giorgio Napolitano à la tête de l’Etat est une étape clé pour débloquer la situation deux mois après les élections parlementaires des 24-25 février. Le prochain président aura en effet dans son jeu une carte que Napolitano, trop près de la fin de son mandat, ne pouvait plus abattre: la possibilité de dissoudre le parlement.

En se prononçant pour l’un des plus anciens adversaires politiques de Silvio Berlusconi, président du Peuple de la Liberté (PDL), Pier Luigi Bersani avait osé rompre le dialogue avec le centre-droit, y compris pour la formation d’un gouvernement. « Aujourd’hui, ils ont choisi Prodi et nous considérons qu’il s’agit d’un acte de rupture », avait déclaré Fabrizio Cicchitto, chef du groupe PDL à la Chambre des députés. « Cela signifie que les conditions fondamentales n’existent pas pour parvenir à un accord de gouvernement. »

Quelque 200 manifestants anti-Prodi ont protesté devant le parlement et plusieurs parlementaires emmenés par Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce, arboraient des tee-shirts sur lesquels on pouvait lire « Pas ça » ou encore « Le diable s’habille en Prodi ». Deux nouveaux tours de scrutin sont prévus ce samedi. Berlusconi a annoncé que ses troupes n’y prendraient pas part. Un cadre du PD a indiqué lui que les élus du centre-gauche voteraient certainement blanc.

Christophe Lamfalussy

Mis en ligne le 18/03/2013 sur le site de lalibre.be

Sur base de dons majoritairement privés, les bateaux convoyèrent de la farine, du lait, de la viande, et on peut voir dans l’expo des caisses de bacon, d’abricots, de saumon en boîte, ainsi que les sacs de farine vides, brodés par les Belges et renvoyés aux Etats-Unis en signe de remerciement.

A l’heure où les Belges sont sollicités pour aider les réfugiés syriens, peut-être est-il bon de rappeler que la Belgique échappa à la famine durant la Première Guerre mondiale grâce à un énorme élan de générosité venu des Etats-Unis sous les auspices de la Commission for Relief in Belgium (CRB). C’est le thème d’une exposition qui vient de s’ouvrir à Ypres et qui sera visible jusqu’au 20 mai.

La visite de cette exposition temporaire peut être couplée à celle du « Flanders Field Museum » qui a déjà attiré près de 200 000 visiteurs depuis son ouverture en juin dernier. On y a une vue saisissante de ce que fut la Grande Guerre, du demi-million de soldats qui périrent dans les tranchées de l’Yser et des destructions qui furent imposées à Ypres, totalement rasée.

Dans une salle adjacente, plus de 150 objets, documents et photos relatent l’énorme opération humanitaire mise sur pied par l’Américain Herbert Hoover. Par bateaux, venus des ports américains, près de 3,2 millions de tonnes de vivres et de vêtements furent acheminés vers la Belgique entre janvier 1915 et décembre 1918.

« La Belgique était perçue comme un petit pays neutre, envahi. Les Belges voulaient restaurer leur intégrité territoriale. Il fallait sauver la ‘Brave Little Belgium’ comme on disait à l’époque » , explique Dominiek Dendooven, historien au « Flanders Fields Museum ». Près de sept millions de Belges risquaient la famine car l’agriculture nationale ne pouvait couvrir que 20 à 25 % des besoins de la population et l’occupant allemand ne se gênait pas pour opérer des saisies.

Un pont humanitaire

Sur base de dons majoritairement privés, les bateaux convoyèrent de la farine, du lait, de la viande, et on peut voir dans l’expo des caisses de bacon, d’abricots, de saumon en boîte, ainsi que les sacs de farine vides, brodés par les Belges et renvoyés aux Etats-Unis en signe de remerciement. Une collectionneuse du Nouveau-Mexique a également envoyé pour l’exposition une caisse avec les souvenirs de Robert Arrowsmith, le responsable de la CRB à Liège.

Pays neutre au début de la guerre, les représentants américains de la CRB opéraient librement dans la Belgique occupée. L’aide était distribuée via des comités locaux, avec l’assistance de deux industriels belges, Ernest Solvay et Emile Francqui. Outre-Atlantique, les socialistes et les syndicats considéraient le conflit comme une « guerre capitaliste » destinée à assouvir les ambitions territoriales des grands pays européens. Washington ne se rallia aux alliés qu’en avril 1917, et 50 000 soldats américains y perdirent la vie. « La Première Guerre mondiale fut le moment pivot où les Etats-Unis, tournant le dos à la doctrine Monroe, sont devenus une puissance mondiale » , souligne l’historien du musée.

L’aide américaine eut un impact bien après la guerre. Le surplus des fonds servit à créer la Fondation universitaire et la future Belgian American Educational Foundation (BAEF) qui continue aujourd’hui à octroyer des bourses aux étudiants belges et américains qui veulent étudier de l’autre côté de l’Atlantique. Les universités de Bruxelles, Louvain, Gand et Liège reçurent chacune 3,8 millions de dollars. A l’ULB, on l’utilisa pour construire en 1929 l’actuel bâtiment A du Solbosch, avenue Franklin Roosevelt. Même l’école des Carillonneurs de Malines reçut 3 000 dollars!

Le centenaire de la Première Guerre approchant, l’intérêt du public et des écoles grandit. La première exposition anniversaire, côté flamand, sera inaugurée en octobre 2013, centrée sur les soins médicaux pendant la guerre (Ypres) et sur les effets psychiatriques des guerres (musée du Dr Guislain à Gand).