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Christophe Lamfalussy

Mis en ligne le 05/03/2013 ( la libre Belgique)

Le président israélien vient en Belgique. Honneurs et désaccords.

Le président israélien Shimon Pérès entame ce mardi une visite de trois jours à Bruxelles, placée sous haute surveillance en raison des antagonismes que soulève le conflit israélo-palestinien en Belgique et de la recrudescence de l’antisionisme.

Shimon Pérès, 89 ans, membre de douze cabinets israéliens durant sa carrière, sera reçu avec tous les honneurs dans cette tournée franco-belge du 5 au 12 mars.

Mardi, il foulera le marbre du Palais d’Egmont avec Didier Reynders et aura un entretien avec le prince Philippe. Mercredi, il saluera le Premier ministre Elio Di Rupo mais aussi le trio européen Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso et Martin Schulz. Jeudi après-midi, il sera déjà en France où il verra François Hollande et s’adressera le 12 mars au Parlement européen à Strasbourg.

Mais ce qui a provoqué l’ire d’un petit groupe d’associations de gauche, en majorité propalestiniennes, c’est la séance académique à laquelle le prix Nobel de la paix participera ce mardi soir, au Palais des Académies à Bruxelles. Elle sera suivie d’un walking dinner. Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l’Académie Royale, est celui qui avait donné à Shimon Pérès les insignes de docteur Honoris Causa de l’ULB en 1987. Il dira quelques mots. Le ministre de la Défense, Pieter De Crem, l’accueillera aussi. Puis le recteur de l’ULB Didier Viviers procédera sur scène à son interview. Le public, trié sur le volet, pourra poser des questions. Le tout est organisé par le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB), sous le parrainage de l’ambassade d’Israël.

Une centaine de militants du Comac-ULB, le cercle politique des jeunes du PTB, a dénoncé hier sur le campus du Solbosch la participation du recteur à cette séance académique, ainsi que celle de Pieter De Crem.

Ils sont notamment soutenus par l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), qui dénonce « une subtile opération de com » à Bruxelles et voit dans Shimon Pérès et sa fonction présidentielle sans pouvoirs réels un vecteur « pour donner une image respectable d’Israël ».

L’UPJB ne rejoindra pas la manifestation prévue ce mardi aux alentours du Palais des Académies, mais intervient par communiqué de presse. « Shimon Pérès a été derrière toutes les décisions politiques d’Israël, dont l’annexion de Jérusalem-Est », nous précise Henri Wajnblum, ancien président de l’UJPB. « Nous trouvons inopportun qu’il soit reçu par le ministre de la Défense et le recteur de l’ULB. Je doute fort que sur la forme annoncée, il y ait un débat contradictoire ».

Crise de valeurs à l’ULB

Ces appels au boycott rendent furieux le président du CCOJB, Maurice Sosnowski, qui y voit la patte d’une extrême gauche minoritaire mais très organisée à l’ULB. « Aujourd’hui, certains ne veulent pas dialoguer », dit-il. « Quand vous voulez battre un chien, vous trouvez toujours un bâton. Qu’un homme politique ait fait des erreurs, c’est possible. Mais refuser le dialogue, c’est inadmissible. »

Paradoxe : plusieurs membres du Comac sont liés au groupe BDS qui appelle au boycott académique des universités israéliennes par l’ULB. La section locale de Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), lancé par des associations palestiniennes en 2005, avait eu toutes les peines du monde à se faire reconnaître par l’ULB, ce qui fut fait le 21 mai 2012. Aujourd’hui, elle appelle le recteur de l’université du libre examen à boycotter Shimon Pérès.

« Il existerait au sein de l’institution des germes qui constituent l’antithèse de ce qu’elle incarne », avance Marc Uyttendaele, professeur à l’ULB, dans une Carte Blanche au Soir. « L’ULB, en effet, a une histoire. Elle est façonnée par le libre examen, par le combat contre le totalitarisme religieux, par la résistance au nazisme, par le combat radical contre l’antisémitisme et toute autre forme de racisme. »

Quoi qu’il en soit, la séance académique de Bruxelles n’est pas l’objectif principal de la visite. À Bruxelles et en France, le Président israélien demandera aux Européens d’inscrire le Hezbollah sur leur liste noire du terrorisme. Le nucléaire iranien, l’instabilité du Liban, la guerre en Syrie font aussi partie des discussions