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A un an du centenaire, l’initiative du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est une première.

La Turquie a fait un geste en faveur de la communauté arménienne en adressant mercredi pour la première fois ses condoléances officielles aux descendants des victimes de ce drame, reconnu en tant que génocide par de nombreux pays.

« Nous souhaitons que les Arméniens qui ont perdu la vie dans les circonstances ayant caractérisé le début du XXe siècle reposent en paix et nous exprimons nos condoléances à leurs petits-enfants », a déclaré dans un communiqué le Premier ministre islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, la veille du 24 avril, considéré comme étant la date anniversaire du début du génocide arménien.

Une première

C’est la première fois qu’un responsable turc de ce rang se prononce aussi ouvertement sur les événements qui ont marqué les dernières années d’un Empire ottoman sur le déclin sans pour autant utiliser le mot « génocide » que la Turquie nie catégoriquement.

« C’est un devoir humain de comprendre et de partager la volonté des Arméniens de commémorer leurs souffrances à cette époque », selon le communiqué, qui ajoute : « On ne peut contester que les dernières années de l’Empire ottoman aient été une période difficile, générant des souffrances pour des millions de citoyens ottomans, turcs, kurdes, arabes, arméniens et autres, quelle que soit leur religion ou leur origine ethnique. » Dans son message, le Premier ministre évoque la nécessité d’une réconciliation entre Arméniens et Turcs. « La République de Turquie continuera d’aborder avec sagesse toutes les idées conformes aux valeurs universelles du droit. Mais se servir des événements de 1915 comme un prétexte pour être hostile envers la Turquie et les transformer en conflit politique est inacceptable », dit-il.

Le 24 avril 1915 avait donné le coup d’envoi du premier génocide du XXe siècle. Des centaines de milliers d’Arméniens de l’Empire ottoman, accusés de complot avec l’ennemi russe, avaient été déportés par le gouvernement turc pendant la Première Guerre mondiale, nombre d’entre eux ayant été tués (1,5 million, selon les Arméniens, 500.000 environ, selon les Turcs) et la plupart de leurs biens confisqués.

Un enjeu international

Le régime pourrait souhaiter ainsi tendre la main à la diaspora arménienne et aux pays qui accueillent et soutiennent les Arméniens avant la commémoration du centenaire du début de leur déportation en 2015. La Turquie risque de se retrouver alors dans une situation particulièrement inconfortable sur la scène internationale. Mais le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a balayé l’analyse, affirmant à la presse que « la Turquie ne fait pas de déclaration sous la force des pressions. »

Même si l’Etat turc refuse d’attribuer toute volonté génocidaire au gouvernement ottoman de l’époque, le génocide est timidement commémoré par la société civile turque depuis quelques années alors que cette question constitue l’une des obstacles pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Même si pour une grande partie de la population turque il ne représente plus un tabou, le mot « génocide » provoque le courroux dans un pays où les victimes turques des nationalistes arméniens qui ont profité du démembrement de l « homme malade », l’Empire ottoman, se comptent en milliers dans l’Est anatolien.

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Cros Marie-France/S.Vt./JdT Publié le dimanche 09 février 2014 à 17h56 – Mis à jour le lundi 10 février 2014 à 14h11

International Une « épidémie » de viols qui a gagné tout le pays…

L’épidémie de viols au Kivu, à l’est du Congo, est dénoncée depuis les années 1990. Longtemps, cependant, elle a été tue par les victimes, la culture locale poussant les maris à répudier leur épouse violée. En 2007, la rapporteure spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’Onu chargée de la violence envers les femmes stigmatisait pourtant « la pire des crises que j’ai jamais rencontrées ». Par le nombre de viols (plus de 10000 avoués par an dans chacune des deux provinces du Kivu, sans compter ceux qui restent tus) et par la cruauté qui les accompagne.

Beaucoup de Congolais affirment que cette pratique a été amenée dans leur pays par les génocidaires rwandais qui se sont réfugiés au Kivu. Depuis leur arrivée (1994), cependant, le nombre de viol a explosé au Congo, y compris dans les régions où n’a pas sévi la guerre. Au Kivu, depuis 2009, on signale aussi un nombre croissant d’hommes violés.

De plus en plus de civils

Si la grande majorité des viols sont commis par l’armée congolaise et par les groupes armés formés par les anciens génocidaires rwandais, une proportion grandissante de violeurs civils est dénoncée dans tout le pays. Cette progression est attribuée à la fois à une plus grande audace des femmes – qui ne reçoivent souvent aucune aide pour élever l’enfant né du viol – à dénoncer les faits et, surtout, à l’impunité dont jouissent les violeurs. Celle-ci est liée à la désintégration croissante des structures traditionnelles, alors que le système de justice moderne néglige totalement les victimes de viols, même si quelques jugements condamnant des violeurs ont eu lieu ces dernières années.

Dans l’opinion publique congolaise, les victimes de viol se voient généralement attribuer la responsabilité des sévices qu’elles ont subis : elles sont globalement accusées, en dépit des évidences contraires, d’avoir porté un « accoutrement indécent ».

Pourtant, les « points sexuellement transmissibles » sont un phénomène bien connu des universités et écoles (obligation de coucher avec un enseignant pour passer de classe). L’Enquête démographique et de santé 2007 indiquait que 64 % des Congolaises déclaraient avoir subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans et 49 % au cours des deux dernières années. Et, en 2012, le Congo était en tête des maternités précoces dans le monde, avec 201 pour 1000.

 

“Elles sont rejetées par leur famille”

Les femmes du village de Burhinyi, dans le Sud-Kivu, ont subi l’arrivée de différentes vagues de bandes armées avec leur lot de pillages, viols et enlèvements. Nombre d’entre elles ont été emmenées dans la forêt pour devenir femmes de combattants et esclaves sexuelles. De ces relations, des enfants sont nés.

Stigmates de viols ou bébés aimés malgré tout ? Quel espoir pour ces filles-mères de s’en sortir ? Nous avons rencontré des mamans malgré elles qui avaient réussi à s’enfuir. Certaines se sont enfuies enceintes. D’autres sont parties avec leur petit dernier, né dans la forêt, contraintes d’abandonner les aînés au campement des bandes armées. “Quand elles parviennent à fuir, le retour au village est une souffrance supplémentaire : elles sont rejetées par leur famille et leurs enfants ne sont pas les bienvenus. Elles ont vécu l’enfer et n’ont plus rien”, nous explique Odette Byumanine, de l’association congolaise Diobass.

À Burhinyi, l’accalmie dans les violences favorise un retour au travail des champs. “Nous essayons de les aider en les regroupant, en les formant à des méthodes de culture plus performantes et en leur donnant de quoi démarrer un petit commerce”, poursuit Mme Byumanine, responsable d’un de ces groupements de femmes soutenu par le partenaire local de l’ONG belge Solidarité socialiste. Nous avons rencontré des mamans, qui ont témoigné pudiquement, avec leurs mots, de ce qu’elles ressentaient envers leur enfant non désiré.

 

 

 

“Cela finira par des révoltes”

Le Dr Denis Mukwege soigne les femmes violées, torturées et mutilées sexuellement dans l’est du Congo. Elles sont plus de 40 000 à avoir bénéficié, le plus souvent gratuitement, de son aide médicale et psychologique mais aussi sociale, économique et juridique. C’est dire si l’homme, nommé docteur honoris causa de l’UCL lundi dernier, sait ce qu’elles ont vécu. Le gynécologue obstétricien de Bukavu a rencontré nombre de femmes devenues mères des suites d’une agression. “J’ai vu beaucoup de cas où les mamans s’attachent, acceptent que leur enfant est la moitié de leur corps.”

Mais – il le constate aussi – les enfants issus de ces violences “sont souvent rejetés par leur communauté”. “Malheureusement, lorsqu’une de ces filles trouve un homme qui accepte de vivre avec elle, il ne veut pas prendre un “enfant du serpent”. Il craint que cela apporte des problèmes aux enfants du couple. J’ai vu des mères arriver à l’hôpital avec leur petit, nous dire qu’elles n’en voulaient plus et nous demander de le prendre. Ou alors elles l’abandonnent, tout simplement.” Ces enfants doivent aussi gérer psychologiquement les conséquences de leur origine. “Un jour, un enfant de dix ans m’a posé la question : pourquoi m’appelle-t-on “Interahamwe” ? Comment lui expliquer qu’il est issu d’un viol” perpétré par des membres de cette milice extrémiste hutue du Rwanda ?

Le Dr Mukwege raconte aussi l’histoire de ce village ayant “ annoncé qu’il acceptait de reprendre ses femmes, mais demandait que tous les enfants “retournent” au Rwanda. Il y en avait 3 000, vous imaginez le drame ? On n’allait quand même pas les déposer à la frontière, en disant : voilà !” L’exclusion sociale guette la plupart de ces enfants. “Beaucoup ne sont même pas enregistrés à l’état civil.” Et “cela finira par des révoltes”. Mais “la communauté internationale ne prend pas cette question avec sérieux. Et l’Etat encore moins.” Or, “si l’on ne prend pas le temps d’y réfléchir pour y apporter des réponses, le problème des enfants issus du viol est une vraie bombe à retardement”.

Le retour de la peste noire?

Publié: 29 août 2013 par estellavaras dans Analyse
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Sophie Devillers (avec AFP) Publié le jeudi 29 août 2013 à 18h18 – Mis à jour le jeudi 29 août 2013 à 18h19

Planète 160 personnes ont été hospitalisées au Kirghizistan, par crainte d’une épidémie de peste bubonique. Un garçon de 15 ans en est mort cette semaine. La même peste noire a tué la moitié de l’Europe au quatorzième siècle.

Le jeune Timerbek Issakounov, 15 ans, travaillait comme berger dans un petit village montagnard du Kirghizistan, non loin de la frontière avec le Kazakhstan et la Chine. Il est mort jeudi dans un hôpital local, de la peste bubonique. C’est cette même peste, extrêmement contagieuse, qui a fait des millions de morts en Europe, au XIVe siècle, sous le nom de « peste noire ».

Après ce décès, plus de 160 personnes ont dû être hospitalisées dans un but préventif, ont précisé mercredi les autorités de cette ex-république soviétique d’Asie centrale, qui excluent cependant toute menace d’épidémie. « Au total, 160 personnes ont été en contact » avec le garçon contaminé, selon le ministère de la Santé. « Toutes ces personnes sont sous surveillance médicale » et prennent des antibiotiques et l’état de tous les patients est « satisfaisant ».

Par ailleurs, quatre nouvelles personnes souffrant de fièvre, un des symptômes de la peste, mais qui n’ont pas été en contact avec le jeune garçon, ont aussi été hospitalisées, selon le ministère de la Santé. Mardi, trois personnes s’étaient déjà présentées avec de la fièvre et des ganglions enflés au niveau du cou et sous les aisselles, autre symptôme de la peste.

Le ministère a cependant assuré que les analyses préliminaires de ces trois patients étaient négatives. Le jeune berger contaminé est décédé dans le district d’Ak-Souou (est), situé non loin d’un lac prisé des touristes. Selon le ministère, il est décédé de peste bubonique apparemment après avoir été piqué par une puce. Le dernier cas de peste bubonique a été enregistré au Kirghizistan il y a 30 ans.

« Il est bien connu que la peste bubonique est endémique, bien implantée au Kazakhstan », signale le microbiologiste Pierre Wattiau, responsable du labo de référence pour la peste en Belgique, au Centre d’étude et de recherches vétérinaire et agrochimique, qui dépend du SPF Santé publique. « Elle circule via les animaux sauvages, les rongeurs en particulier, et de temps en temps, il y a un cas humain. Il y a d’ailleurs des équipes de chercheurs locales qui travaillent sur la peste dans la nature sauvage. Le Kirghizistan est frontalier du Kazakhstan, même si ce sont d’immenses territoires. Ce n’est donc pas étonnant. C’est de voir apparaître la peste en Europe qui serait très surprenant ! »
 

MIEUX COMPRENDRE CE FLÉAU

 

 

Pierre Wattiau est responsable du laboratoire de référence pour la peste (humaine et animale) en Belgique (diagnostic, recherche…).

1. Comment la peste bubonique se transmet-elle ? 

Le mode de transmission classique de la peste se fait via les parasites, en particulier les puces. Plutôt qu’humaine, c’est surtout une maladie de rongeurs. Une fois les animaux infectés avec une puce, eux-mêmes meurent. La puce, sur un cadavre qui se refroidit, n’attend qu’une chose : voir passer un animal à sang chaud, pour s’y installer, piquer, et donc transmettre la peste. La propagation classique d’une épidémie ? Une population de rongeurs (de rats en Europe) est infectée par ses propres puces. Cela passe d’animal en animal. Ces animaux finissent par mourir. Mais les rats, par instinct, ne veulent pas mourir près de leur groupe, et sortent des égouts. Les humains viennent voir les rats crevés dans la rue. Grave erreur, car à ce moment-là, la puce saute des rats en train de mourir, pour passer aux humains ! Les hommes peuvent aussi s’infecter entre eux, si le malade développe un stade pulmonaire, ce qui n’est pas systématique. En toussant, l’infecté va vaporiser de la bactérie tout autour de lui, par voie orale. Cela, c’est redoutable. C’est ce qui a fait qu’il y a eu des épidémies si destructrices dans le passé. C’est pour cela que la maladie est si contagieuse.

2. Quelles sont les précautions à prendre ? 

Si un cas de peste est suspecté, il faut tout d’abord solliciter de l’aide médicale d’urgence pour traiter la personne atteinte et confirmer le diagnostic. Comme mesure de précaution, il faut protéger les voies respiratoires par le port de masques, également par le patient, et éviter les contacts directs (port de gants), isoler la personne et celles avec qui elle a été en contact. Il faut enrayer une éventuelle transmission par voie pulmonaire. Le patient n’est pas contagieux tant qu’il n’expectore pas. Et qu’il n’a pas de puces… La peste est parfaitement curable par antibiotiques. Le jeune berger a sans doute pâti d’un diagnostic trop tardif. Lorsque la bactérie a gagné la circulation sanguine, les antibiotiques ne peuvent plus agir.

3. Y a-t-il des risques en Belgique ? 

Que la peste arrive du Kirghizistan via ce patient : définitivement non. Et il n’y a pas la moindre trace de peste en Belgique, ni chez les hommes, ni chez les animaux. Mais une raison pour laquelle il existe un laboratoire de référence pour la peste en Belgique (outre réagir en cas d’utilisation de la bactérie par arme biologique) est qu’on peut très bien avoir des touristes qui reviendraient ici avec une symptomatologie comme celle-là. Des gens qui feraient du trekking dans la nature, et seraient en contact avec des animaux porteurs de la peste, par exemple. Ce n’est pas exclu du tout. C’est un scénario plausible. Et il faut pouvoir reconnaître et soigner ces symptômes. Mais je n’ai jamais vu de cas de peste humaine de ma vie, et je pense que cela n’arrivera pas ! Il y a de grands foyers de peste dans le monde, mais pas en Europe continentale. Il y a eu des cas il y a moins de dix ans en Algérie, il y en a régulièrement dans l’Ouest des USA. Les grands réservoirs de peste potentiels sont le Brésil, l’Inde, la Chine. Ce sont souvent des cas isolés, mais il arrive qu’il y ait des épidémies de quelques dizaines de personnes, comme en Inde, il y a une dizaine d’années. C’est souvent dans les communautés les plus pauvres, où les conditions de vie et l’hygiène sont les plus précaires.

AFP Publié le lundi 22 juillet 2013 à 11h55 – Mis à jour le lundi 22 juillet 2013 à 12h03

International L’information a été confirmée par la principale intéressée.

 

 

La Norvégienne condamnée à Dubaï après avoir porté plainte pour viol a été autorisée à quitter les Emirats arabes unis, a annoncé lundi sur Twitter le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide. « Marte est libérée! Merci à tous ceux qui se sont signalés pour l’aider », a écrit M. Eide.

L’ambassade de Norvège aux Emirats a confirmé de son côté que Marte Dalelv, 24 ans, avait reçu l’autorisation de quitter le pays. « Marte a récupéré son passeport et peut quitter le pays. Il n’a pas encore été décidé quand elle partirait », a indiqué l’ambassadeur Aase Bjerke à l’agence de presse norvégienne NTB.

La jeune femme avait été condamnée mercredi à 16 mois de prison par un tribunal de Dubaï pour comportement indécent (une relation sexuelle hors mariage), parjure et consommation d’alcool.

Elle avait dénoncé un viol commis par un collègue lors d’un voyage d’affaires dans l’émirat.

Son cas avait provoqué l’indignation en Norvège et ailleurs. Oslo avait affirmé avoir fait part de son incompréhension aux autorités émiraties.

Dimanche, Marte Dalelv avait indiqué aux médias norvégiens qu’elle était convoquée par le parquet à 10H00 (6H00 GMT), mais qu’elle ne savait pas ce qui lui serait annoncé.

 

Elle avait fait appel et devait être rejugée, vraisemblablement en septembre. En attendant, elle avait trouvé refuge dans une église norvégienne de Dubaï.

AFP Publié le dimanche 14 juillet 2013 à 20h53 – Mis à jour le dimanche 14 juillet 2013 à 20h54

 

 

International Le Premier ministre turc islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, proche de M. Morsi, a affiché un soutien sans faille à son allié, qualifiant de « coup d’Etat » son éviction par l’armée. 

 

Des milliers de Turcs se sont rassemblés dimanche soir à Istanbul à l’appel d’un parti islamiste pour un meeting de soutien au président déchu égyptien Mohamed Morsi, au cours duquel un responsable des Frères musulmans a assuré que « la résistance continuera ».
« Le peuple égyptien est dans les rues par millions (…) Nos actions sont pacifiques mais nous continuerons de résister sans nous incliner, sans fléchir », a affirmé devant la foule Ibrahim Munir, secrétaire général de l’organisation internationale des Frères musulmans.
Les partisans de Mohamed Morsi manifestent depuis deux semaines pour exiger de nouveau le retour du premier président démocratiquement élu du pays. « Nous sommes pleinement convaincus qu’à la fin de cette résistance, ce sont le peuple, la paix et la liberté en Egypte qui seront les vainqueurs », a ajouté M. Munir, selon la traduction en turc de ses propos. A Istanbul, les manifestants, réunis par le Parti de la Félicité (SP) près des murailles byzantines de la ville, ont scandé des slogans tels que « nous sommes à tes côtés, Morsi » et « nous sommes tous des musulmans, nous sommes tous des frères », a constaté un photographe de l’AFP.
La foule, qui agitait de nombreux drapeaux égyptiens et palestiniens, a également conspué le général Abdel Fattah al-Sissi, ministre de la Défense et nouvel homme fort du pays depuis l’éviction de M. Morsi par l’armée le 3 juillet « L’Egypte a connu beaucoup de pharaons, mais pour chaque pharaon il y a un Moïse, pour chaque Sissi il y a un Morsi », a déclaré Selman Esmerer, président de la branche stambouliote du SP. M. Munir a pour sa part accusé les responsables du coup de force d’être les marionettes de puissances étrangères, qu’il n’a pas nommées.
« Ceux qui ont réalisé ce coup d’Etat ne l’ont pas commis cette traîtrise seuls, ils l’ont fait avec un soutien venant de l’étranger », a-t-il affirmé. La manifestation intervient alors que M. Morsi et d’autres membres de la confrérie islamiste des Frères musulmans étaient interrogés dimanche par la justice égyptienne, qui a décidé du gel des avoirs de 14 responsables islamistes, dans le cadre de l’enquête sur les violences sanglantes des dernières semaines.
Le Premier ministre turc islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, proche de M. Morsi, a affiché un soutien sans faille à son allié, qualifiant de « coup d’Etat » son éviction par l’armée. « En ce moment, mon président en Egypte est Morsi parce qu’il a été élu par le peuple », a déclaré samedi M. Erdogan.

Annick Hovine Publié le lundi 15 juillet 2013 à 05h38 – Mis à jour le lundi 15 juillet 2013 à 07h09

 

 

Belgique Les immigrés de la deuxième génération qui choisissent un époux migrant sont désormais minoritaires: 39% pour les Turcs, 38% pour les Marocains. Pour la première génération, cela reste la première option. Un changement radical d’orientation qui se fait au profit d’union locales entre immigrés du même groupe ethnique, pointe une étude de l’UGent. 

 

Le mariage n’a plus vraiment la cote. Beaucoup de couples hésitent à se passer la bague au doigt. Ce n’est pas le cas des migrants : chaque année, le registre national encode toujours plus d’unions de personnes avec un passé migratoire.
Ainsi, le nombre d’unions dans lesquelles au moins un des deux conjoints est un migrant a augmenté de 41 % entre 2001 (9 914 mariages) et 2008 (14 019 mariages). Le nombre de cohabitations légales a, lui, carrément explosé, passant de 223 à 2 075 (soit une multiplication par 14).

Passé migratoire

Cela implique qu’au niveau des mariages conclus en Belgique, une part de plus en plus importante concerne des personnes avec un passé migratoire, souligne Frank Caestecker, professeur en Sciences administratives et gestion publique de l’Université de Gand (UGent), qui a mené une recherche pour tenter de cartographier, à partir de données quantitatives, les choix conjugaux des personnes avec un passé migratoire. Il a ainsi relevé toutes les modifications dans l’état civil – en raison d’un mariage ou d’une cohabitation légale – entre le premier janvier 2001 et le 31 décembre 2008 (soit au total 107 560 unions), en se concentrant sur les populations marocaine et turque, qui comptabilisent plus de la moitié des mariages (51 %).

Il s’agit des deux plus grandes communautés de migrants extra-européens installées en Belgique : 160 000 habitants d’origine turque (sans compter les enfants de la troisième génération, nés avec la nationalité belge) et plus de 250 000 personnes d’origine marocaine (sans les descendants nés belges) sont recensés par le registre national.

Au profit d’unions locales

Les résultats ? La popularité globale des unions avec migrations du conjoint diminue, durant la période couverte, pour passer d’un peu plus de 50 % en 2001 à 43 % en 2008. Cette diminution s’est faite essentiellement au profit d’unions locales et homogames (entre personnes de la même communauté installées en Belgique), dont le taux augmente de 25 % en 2001 à 31 % en 2008. Le taux des mariages mixtes augmente proportionnellement moins, passant de 23 % à 26 %.

Le professeur Caestecker repère dans ces évolutions statistiques « un changement radical d’orientation » chez les migrants de deuxième génération, la réorientation ayant été un peu plus radicale chez les Belgo-Turcs que chez les Belgo-Marocains (voir infographies ci-dessous). Du coup, la différence positive qui existait chez les migrants marocains de deuxième génération, qui optaient déjà davantage pour un conjoint immigré, a disparu.

Les immigrés de la deuxième génération qui choisissent un époux migrant représentent désormais moins de la moitié : 39 % pour les Turcs et 38 % pour les Marocains.

« Si cette tendance se confirme, nous pourrons constater d’ici quelques années qu’une grande majorité de Belgo-Turcs et Belgo-Marocains choisiront des unions locales majoritairement homogènes du point de vue ethnique », avance encore le professeur Caestecker.

La faible stabilité des mariages entre migrants de deuxième génération et conjoints migrants constituerait une explication plausible à cette réorientation.

Cette recherche couvre une période durant laquelle les migrants pouvaient réaliser leurs choix conjugaux sans être trop affectés par les décisions politiques. Mais depuis 2011, le gouvernement a donné un tour de vis dans le regroupement familial, en exigeant des critères plus sévères pour la migration des conjoints. Quel impact ces nouvelles dispositions auront-elles sur les choix conjugaux ? On ne pourra le constater que dans les années qui viennent.

 

J.-C.M.

Mis en ligne le 15/06/2013- lalibre

Dès lundi, à Mons, Charleroi et ailleurs, magistrats et greffiers passent à l’action.

A huit jours d’intervalle, le conseil des ministres a approuvé deux projets de loi de la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (Open VLD) visant à redessiner le paysage judiciaire belge.

Ces textes ont fait l’objet de nombreuses critiques de la part du Conseil consultatif de la magistrature, du Conseil supérieur de la Justice, du Conseil d’Etat mais aussi des magistrats eux-mêmes, à commencer par ceux qui militent au sein de l’Association syndicale des magistrats (ASM) et de l’Union professionnelle de la magistrature (UPM).

Ces deux « syndicats » seront entendus, mardi, en commission Justice de la Chambre, qui entamera dans la foulée la discussion des deux projets.

La présidente de l’ASM, Manuela Cadelli (voir interview ci-contre) nous a confié que si les textes concoctés par Mme Turtelboom passaient tels quels, un recours devant la Cour constitutionnelle serait aussitôt déposé.

En attendant, ce lundi, les chefs de corps des juridictions montoises mais aussi le personnel des greffes et le barreau annonceront des actions tandis qu’on peut s’attendre à un arrêt de travail à Charleroi, le 18 juin. Il y en avait déjà eu un à Namur en avril.

La mobilisation est donc grande contre des projets de loi dont on rappellera les grandes lignes. Il s’agit d’une part de ramener le nombre d’arrondissements judiciaires de 27 à 12. Ils correspondront aux 10 provinces, à quoi il s’agit d’ajouter Bruxelles et Eupen. Ce faisant, le gouvernement entend réaliser des économies d’échelle.

La réforme vise aussi la mobilité des magistrats (et du personnel administratif) via des délégations et en prévoyant la nomination des magistrats des tribunaux de première instance et des parquets simultanément dans tous les arrondissements d’un même ressort de cour d’appel.

Le deuxième projet de loi, adopté en conseil des ministres voici une semaine, porte sur l’autonomie de gestion. Il crée un collège du ministère public et un collège des cours et tribunaux. Un plan de gestion présenté par les entités judiciaires locales servira désormais de base à une négociation entre ces collèges et la ministre de la Justice afin de s’accorder sur une enveloppe budgétaire fermée. La répartition des moyens se fera moyennant concertation entre ces organes de gestion et les entités locales.

Mathieu Colleyn et Vincent Rocour

Mis en ligne le 15/06/2013- lalibre.be

« Vous verrez dans deux ans, tous ceux qui ont signé cet accord diront qu’il faut refinancer Bruxelles. Je prends date. »

En plein débat parlementaire sur les décisions prises à Ostende par le gouvernement bruxellois, Didier Gosuin, chef de file du FDF, a partagé son heure de table avec « La Libre ».

Estimez-vous que Rudi Vervoort (PS) a réussi son passage de témoin à la ministre-Présidence bruxelloise ?

Il a incontestablement marqué la communication. Son événement à Ostende a été relayé partout. Il existe.

Et sur le plan politique ?

On verra sur la durée. Si la politique n’était que de la com’, ce serait à désespérer. Il faut concrétiser, dépasser les effets d’annonce. Et on en est loin. Un musée d’art contemporain le long du canal ? Certes, c’est un bon produit de promotion de Bruxelles mais encore faut-il savoir si le fédéral est d’accord et s’il en a les moyens. La réalité c’est qu’on est dans une période d’assainissement budgétaire. Le Fédéral doit encore trouver 4 milliards

La décision la plus marquante, c’est celle de l’implantation du stade sur le parking C. Une bonne option, pour le FDF ?

Le FDF a toujours estimé que l’option de Schaerbeek Formation n’était pas la bonne. Il ne restait donc que le Heysel et le parking C. Mais avec des inconvénients. Il faudra voir si la Flandre acceptera d’avoir une infrastructure fédérale sur son territoire. C’est une difficulté intra-flamande et non bruxelloise. Et je constate que la Flandre n’est pas prête pour résoudre ce problème avant les élections.

Vous pensez donc comme M. De Wolf (MR) qu’il aurait fallu un accord de coopération avant de l’annoncer.

Bien sûr. Toute décision délicate en Belgique doit être balisée au préalable si elle veut avoir une chance de survie. Parce que nous ne sommes plus dans un fédéralisme de coopération. Dès le moment où l’on donne aux entités fédérées un pouvoir équivalent au fédéral, on est dans le confédéralisme, au mieux, de compétition, au pire, de combat. On a vu tout de suite une réaction flamande avec Kris Peeters qui lie le dossier du stade avec le projet commercial Uplace. Le risque, c’est de devoir avaler beaucoup de couleuvres. Je pense notamment à l’élargissement du ring que la Région bruxelloise combat.

Le ring pourrait être une monnaie d’échange pour le stade ?

La Flandre nous y a habitués. Avec elle, tout se vend. Le gouvernement bruxellois s’est mis en position d’être à la merci de ses exigences, à défaut d’avoir balisé la décision du stade. Ce qui me fait dire que c’était avant tout une façon d’exister.

Pour vous il est impossible de construire ce stade avant 2020 ?

Je n’ai pas dit cela. Mais il ne faut pas traîner, trouver un plan financier et un accord avec les partenaires publics et privés avant la fin de l’été. Mais dans le cas contraire

Faut-il une piste d’athlétisme pour ce stade ?

On ne peut pas d’un côté prôner le rayonnement international de Bruxelles et de l’autre, empêcher le seul événement sportif qui a une résonance internationale. Le problème du mémorial Van Damme devra être résolu.

Sur un plan politique, le FDF pourrait-il envisager former une majorité en 2014 avec le MR où les tensions sont palpables ?

Ça dépendra des rapports de force. C’est de la langue de bois mais c’est vrai. Les tensions internes ne m’étonnent pas. Je les ai vécues en interne. Dans certaines réunions, il valait mieux porter un gilet pare-balles. On était entre les deux camps et les balles sifflaient. La bagarre des egos est hélas dans les gènes du MR. Mais il ne lui sera pas possible de tenir l’ambiguïté. Soit c’est Reynders soit c’est De Wolf. Il faudra choisir. C’est le conseil que je donnerais à Charles Michel. Le citoyen a besoin de la clarté.

Vous avez vu M. Reynders en tête à tête ? Vous a-t-il confirmé ses ambitions pour la ministre-Présidence ?

Pas seulement à moi, aux médias aussi.

AFP

Mis en ligne le 14/06/2013- lalibre.be

La Russie craint un engrenage rapide.

La Russie a mis en doute vendredi les accusations des États-Unis sur le recours à l’arme chimique par le régime syrien, appelant les Américains à ne pas répéter ce qui avait mené à l’invasion de l’Irak en 2003. La Maison Blanche a nettement durci jeudi sa position face au régime syrien en l’accusant clairement, pour la première fois, d’avoir eu recours aux armes chimiques, et notamment à du gaz sarin, dans sa guerre contre les rebelles, et en promettant une aide militaire aux insurgés.

Mais le conseiller diplomatique du Kremlin Iouri Ouchakov a mis en doute vendredi ces affirmations et évoqué le précédent irakien. « Nous le dirons clairement: ce qui a été présenté par les Américains ne nous semble pas convaincant », a-t-il dit à des journalistes, indiquant qu’une rencontre avait eu lieu entre représentants russes et américains à ce sujet, dont les détails n’ont pas été divulgués.

« Je ne voudrais pas faire de parallèle, je ne veux pas croire qu’il s’agisse d’une situation similaire (à celle de l’Irak), quand le secrétaire d’Etat Colin Powell avait brandi une fiole au Conseil de sécurité », a ajouté M. Ouchakov. Il faisait référence à une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU en 2003, au cours de laquelle Colin Powell avait notamment montré une fiole contenant selon lui de l’anthrax, une arme biologique, pour justifier une intervention armée en Irak.

Les affirmations sur les armes irakiennes de destruction massive ont été depuis battues en brèche, M. Powell a déclaré regretter son erreur et avoir été trompé. Vendredi matin, le chef de la commission des affaires étrangères à la Douma (chambre basse du Parlement russe), Alexeï Pouchkov, avait déjà accusé les États-Unis d’avoir « fabriqué » ses informations.

« Obama suit la même voie que George Bush », le précédent président américain qui avait lancé l’opération militaire en Irak en 2003, avait ajouté ce membre du parti au pouvoir Russie unie. La Russie, principal soutien du régime syrien auquel elle livre des armes, a toujours émis les plus grandes réserves quant aux accusations visant le régime.

Dans un communiqué, la diplomatie russe s’est en revanche inquiétée de l’usage de gaz sarin par les rebelles, rappelant que le 6 mai, Carla del Ponte, membre de la commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’Homme en Syrie, avait affirmé qu’ils en avaient employé. Le conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, a par ailleurs estimé que la décision des Etats-Unis d’accroître leur aide aux rebelles syriens compliquerait les efforts pour mettre fin au conflit qui a fait plus de 93.000 morts, selon un nouveau bilan de l’ONU.

« Si les Américains décident vraiment et réellement de fournir une aide plus importante aux rebelles, une aide à l’opposition, cela compliquera la préparation d’une conférence internationale » pour trouver une solution politique au conflit, a souligné M. Ouchakov.

Le ministère des Affaires étrangères a été plus loin. « Nous avons peu de doutes sur le fait que la décision de fournir les groupes armés rebelles en armes et équipements militaires supplémentaires attisera la confrontation et les violences contre les civils », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Rappelant le massacre de 60 personnes, en majorité des femmes et des enfants, commis par des rebelles islamistes à Hatlah (dans la province de Deir Ezzor), le porte-parole du ministère, Alexandre Loukachevitch, a exprimé son « incompréhension face aux décisions prises ces derniers temps par certains pays pour aider l’opposition en Syrie ». Les États-Unis n’ont toutefois pas, à ce stade, annoncé de décision d’armer les rebelles face au régime syrien, évoquant simplement une augmentation de l’aide non létale.

Blog-notes d’Istanbul: A chacun sa Turquie?

Publié: 15 juin 2013 par estellavaras dans Analyse
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Les événements qui se déroulent en Turquie suscitent bien plus de débats à l’étranger que d’autres sujets de l’actualité. Serait-ce parce qu’ils forcent les « spectateurs » à se définir, à choisir leur camp? Serait-ce surtout parce que les courants qui sont face à face à Istanbul représentent des options politiques fondamentales qui renvoient à des principes et à des valeurs essentiels qui nous interpellent?

Plusieurs Turquies se côtoient dans cette ville tentaculaire. Plusieurs Turquies se toisent sur cet espace réduit que constituent la Place Taksim et le parc de Gezi. Et les étrangers sont inévitablement amenés à préférer l’une à l’autre.

A la fin des années 1980, journaliste au Soir, je m’étais rendu à Istanbul et Ankara avec Guy Spitaels, alors vice-président de l’Internationale socialiste. La Turquie, à cette époque, était celle de l’Establishment kémaliste, rassemblé autour d’une armée omnipotente, de la « bourgeoisie blanche », des universitaires laïques (et souvent francophiles) d’Istanbul. D’apparence moderne, cette Turquie se référait pourtant à des modèles politiques d’un autre temps : un étatisme étouffant, un nationalisme ombrageux, l’autoritarisme politique, un oligarchisme condescendant à l’égard de la « Turquie noire », celle du monde rural anatolien ou des milieux populaires urbains. Je me souviens de la fascination que suscita, quelques années plus tard, la première ministre Tansu Ciller, censée incarner la modernité du pays, alors qu’elle était liée à un système de pouvoir autoritaire et arbitraire.

Au cours des années 1970, cet Establishment avait été violemment contesté par une autre Turquie, celle des groupes d’extrême-gauche, marxistes-léninistes, maoïstes, engagés dans des actions armées contre l’Etat et les mouvements d’extrême droite. Le coup d’Etat de 1980 fut justifié par le chaos et l’anarchie provoqués par ces affrontements. L’armée se présenta alors comme l’ultime recours, l’institution protectrice de la sécurité et de l’intégrité de la nation. Cinq ans plus tard, malgré le contrôle serré exercé par l’armée, le PKK (le parti des travailleurs du Kurdistan) se lança dans une attaque frontale contre le pouvoir, déclenchant une contre-insurrection brutale, l’un des épisodes les plus meurtriers de l’histoire récente du pays.

L’énigme AKP

Quelques années plus tard, en 2002, une autre Turquie fit son apparition avec la victoire électorale de l’AKP, le Parti de la Justice et du développement que certains eurent beaucoup de mal à qualifier. Islamisme modéré, islamisme déguisé ? Si les milieux laïques européens sonnèrent tout de suite le tocsin, ceux qui s’obstinaient à penser et à vivre la « multiculturalité » choisirent au contraire de parier sur ce parti qui semblait incarner la conciliation entre l’islam et la démocratie. C’est le choix que firent des associations antiracistes, des militants du dialogue des civilisations, ou encore généralement les partis écologistes.

Pendant quelques années, l’AKP leur donna satisfaction, en s’engageant dans les réformes prévues par le processus d’adhésion à  l’Union européenne, en bridant l’armée, en ouvrant un espace aux discussions sur la question kurde et les minorités. Et puis, à l’image des « libéraux » turcs qui avaient voté pour l’AKP pour moderniser le pays et le sortir de 70 ans d’autoritarisme et nationalisme « laïque », ils commencèrent à déchanter. En ligne de mire : l’autoritarisme croissant du premier ministre et des signes inquiétants d’une « islamisation rampante », risquant d’aller au-delà d’une politique fondée sur la reconnaissance de la réalité musulmane du pays.

La “nouvelle nouvelle Turquie”

Une troisième Turquie a fait ces derniers jours son entrée en scène. C’est la « Nouvelle nouvelle Turquie », écrit Kadri Gürsel ce matin dans le quotidien Hurriyet. Une Turquie, distante des partis politiques traditionnels, qui exige d’être consultée, qui remet en cause non seulement l’autoritarisme des « autres Turquies », mais aussi et surtout l’obsession de l’ancien et du nouvel Establishment d’imposer à tous leurs propres idées et propre style de vie.

Même si  les groupes de la vieille gauche, les mouvements ultranationalistes et les « autonomes » ont été très visibles sur la place Taksim et qu’ils ont tenté de récupérer la protestation, ils chantent faux par rapport à cette « nouvelle nouvelle Turquie ». Quelle que soit l’issue, calme ou tumultueuse du mouvement, cette Turquie-là, même minoritaire, laissera sa marque sur les événements. Et les “autres Turquies” seraient bien avisées, si elles pensent réellement au bien de leur pays, d’entendre leur message qui prône de sortir par le haut de tant d’années de crispation et de polarisation.