Archives de la catégorie ‘USA’

Le Monde.fr | 07.10.2015 à 17h03 • Mis à jour le 07.10.2015 à 18h00 | Par Cécile Hennion

L'hôpital de Kunduz, le 3 octobre.

L’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) a, mercredi 7 octobre, à Genève, de nouveau qualifié de « crime de guerre » le bombardement dans la nuit du 3 au 4 octobre de son hôpital de Kunduz (Afghanistan), qui a fait 22 morts parmi les patients et le personnel soignant. Que recouvre cette accusation, et quelles peuvent être ses conséquences ?

  • Qu’est-ce qu’un crime de guerre ?

Le Statut de la Cour pénale internationale (CPI) définit les crimes de guerre comme des « violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés internationaux ». Notion a priori subjective, la « gravité » des violations est reconnue, dans la pratique, lorsque ces violations impliquent des morts, des blessés, des destructions ou des prises illégales de biens.

Un autre élément entre en compte pour évaluer la « gravité » : si la violation contrevient aux « valeurs importantes ». Les exemples donnés dans cette catégorie par le droit international humanitaire (DIH) coutumier sont, entre autres, la mutilation de cadavres, le fait de faire subir des traitements humiliants à des personnes ou encore l’enrôlement dans les forces armées d’enfants âgés de moins de 15 ans.

Les crimes de guerre peuvent consister en des actes ou en des omissions (comme le fait de ne pas fournir de nourriture ou des soins médicaux nécessaires aux personnes qui se trouvent aux mains de l’adversaire). Si ces actes ou omissions sont « généralisés » et « systématiques », on peut alors parler alors de « crimes contre l’humanité ».

  • Cette définition peut-elle s’appliquer à la destruction de l’hôpital de Kunduz ?

Les autorités américaines risquent de contester une telle accusation, même si celle-ci paraît assez bien établie dans le cas de l’hôpital de MSF. Parmi la longue liste des crimes de guerre recensés par le DIH figurent en effet « le fait d’attaquer le personnel sanitaire ou religieux, les unités sanitaires ou les moyens de transports sanitaires » ; « le fait de soumettre à une attaque la population civile ou des personnes civiles ne participant pas directement aux hostilités ». Le cas du bâtiment de l’hôpital de Kunduz, bombardé pendant près d’une heure, en partie détruit et incendié, avec un bilan de 22 morts et 37 blessés parmi les médecins et les patients de l’établissement, pourrait donc entrer dans la catégorie des crimes de guerre.

A l'hôpital de Kunduz, le 7 octobre.

Même à considérer une situation hypothétique (et démentie par Médecins sans frontières) selon laquelle des combattants auraient utilisé l’hôpital pour se réfugier, voire comme base de lancement d’attaques, le DIH considère clairement comme un crime de guerre « le fait de lancer une attaque en sachant qu’elle causera incidemment des pertes en vies humaines ou des blessures parmi la population civile ou des dommages aux biens de caractère civil qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu ».

Les attaques dirigées contre le personnel humanitaire, qui se sont multipliées de façon inquiétante lors des derniers conflits, sont également considérées comme un crime de guerre par le DIH.

  • Qui sont les responsables ?

Différentes enquêtes ont été annoncées par les autorités américaines, afghanes, et par l’OTAN. Le général John Campbell, chef des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan, a d’ores et déjà affirmé au Sénat, mardi 6 octobre, que « la chaîne de commandement américain » avait failli en ordonnant le bombardement de l’hôpital à la demande des Afghans. Il a même parlé d’« erreur ».

Mais MSF réclame – en vain à ce stade – une véritable enquête internationale, indépendante, puisque les responsabilités de nombreux acteurs – OTAN, armée américaine, autorités et armée afghanes – peuvent s’entremêler dans ce genre de cas. La présidente de l’ONG, Joanne Liu, a exigé, mercredi, la création d’une « commission internationale humanitaire pour établir les faits », indiquant « ne pas faire confiance à une enquête militaire interne ».

La présidente de MSF, Joanne Liu, et son directeur pour la Suisse, Bruno Jochum, le 7 octobre à Genève.
La présidente de MSF, Joanne Liu, et son directeur pour la Suisse, Bruno Jochum, le 7 octobre à Genève. FABRICE COFFRINI / AFP

Par ailleurs – et dans la tragédie de Kunduz il pourrait s’agir d’un point essentiel –, le droit international a introduit dans sa définition de crime de guerre l’« élément psychologique ». La jurisprudence internationale a en effet indiqué que les crimes de guerre sont des violations qui sont commises « avec intention », c’est-à-dire avec « l’intention de provoquer le résultat criminel » ou avec « négligence coupable ou imprudence ». C’est pourquoi le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a estimé que si cette frappe était reconnue comme délibérée, elle pourrait « constituer un crime de guerre ».

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Elise Lambert, publié le 29/03/2015 à 21:06

Téhéran et les six grandes puissances sont en passe de conclure un accord sur le dossier du nucléaire iranien. La nouvelle a déclenché la colère d’Israël.

Les délégations américaine (g) avec John Kerry et iranienne (d) se font face lors des négociations sur le programme nucléaire iranien à l'hôtel Beau Rivage à Lausanne le 27 mars 2015
Les délégations américaine (g) avec John Kerry et iranienne (d) se font face lors des négociations sur le programme nucléaire iranien à l’hôtel Beau Rivage à Lausanne, le 27 mars.

afp.com/Brendan Smialowski

A deux jours de la date limite pour un accord, des diplomates occidentaux ont indiqué qu’un compromis sur le nucléaire iranien entre l’Iran et les six grandes puissances (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine et Allemagne) était sur le point d’être conclu, ce dimanche.

L’un des points clés concerne le nombre de centrifugeuses (machines permettant d’enrichir l’uranium) que l’Iran aurait accepté de réduire à 6000, voire moins. L’Iran dispose actuellement de 19 000 centrifugeuses, dont la moitié en activité.

Des questions en suspens

Téhéran aurait également accepté d’exporter tout ou partie de son stock d’uranium faiblement enrichi, qui se monte à environ 8000 tonnes.

Selon ces mêmes diplomates, ces compromis sont loin d’être actés et les choses peuvent encore changer. « Le détail des négociations est à l’intérieur de la chambre des négociations et personne n’est autorisé à les donner à l’extérieur, a déclaré un négociateur iranien. Mais le fait que nous conserverons notre enrichissement, qu’aucun site ne sera fermé, ce sont les bases des négociations ».

La question de l’enrichissement d’uranium est au coeur du dossier du nucléaire iranien. Les grandes puissances veulent s’assurer que l’Iran ne se dotera pas de la bombe atomique, en contrôlant étroitement ses activités nucléaires. En cas d’accord, les sanctions internationales qui asphyxient l’économie iranienne depuis des années seraient progressivement levées.

La colère d’Israël

La nouvelle a donné lieu à une violente charge du Premier ministre israélien. Selon Benjamin Netanyahou, « le dangereux accord qui est négocié à Lausanne confirme toutes nos inquiétudes, voire même au-delà. Cet accord permettrait à l’Iran de conquérir le Moyen-Orient ».

Le chef du gouvernement israélien se bat depuis des années pour mobiliser la communauté internationale contre le programme nucléaire iranien. Israël a notamment été accusé par le Wall Street Journal d’avoir espionné les négociations en cours et d’avoir partagé des informations confidentielles avec des élus américains.

La date limite pour un accord est fixée au 30 juin. Mais la fin mars est une « étape très importante » pour permettre aux négociations de se poursuivre.

 

La vidéo tourne depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, américains en particulier. Et fait beaucoup parler. On y voit une personne – a priori un homme à en juger par son déhanché – se livrer manifestement à un acte sexuel avec un animal (cheval, jument, âne ? Impossible à dire). Si  elle  est  tant  partagée, ce n’est pas tant pour ce qu’elle montre que pour la présentation qui en est faite : un drone aurait capté un soldat de l’Etat islamique violant une chèvre. Sauf qu’en fait non, comme le prouve le journaliste de Gawker Adam Weinstein.

«C’est tentant de le croire, non ?, écrit-il. Nos ennemis mortels de l’Etat islamique sont si primitifs, si tordus, qu’ils se livrent à des relations sexuelles avec des animaux de basse-cour. C’est prouvé par cette vidéo prise par un drone ! Sauf que c’est bidon».

 

Non seulement, relève Adam Weinstein, la vidéo en elle-même ne permet à aucun moment d’identifier le protagoniste comme un membre de l’EI, mais ce n’est pas la première fois qu’une vidéo similaire est utilisée pour raconter une telle histoire. La même vidéo, tournée apparemment en 2010, a été postée en 2013 puis en 2014 sur Youtube, avec un récit différent. Dans la version 2013, le rôle principal de cette fable, à géométrie variable en fonction de l’ennemi visé, était tenu par un terroriste wahhabite, et, dans celle de 2014, par un moudjahid afghan.

D’autre part, le journaliste a inspecté les métadonnées de la vidéo : elle aurait été tournée le 7 juin 2011 – bien avant que l’Etat islamique n’apparaisse sur la scène médiatique – dans une zone temporelle estampillée «UTC + 4.5», soit la zone correspondant à Kaboul. Pas franchement à côté de l’Irak ou de la Syrie.

Il ne s’agirait, en outre, même pas d’une vidéo tournée par un drone mais par un missile de défense appelé Jlens, «étant donné [que la caméra ne bouge pas] et vu l’angle bas de prise de vue», selon un expert militaire cité par le journaliste. Et de préciser qu’il se rappelle avoir vu de telles vidéos mettant prétendument en scène Irakiens ou Afghans, selon l’ennemi du jour, «dès 2007».

LIBERATION

Le mythe de l’invasion arabo-musulmane

Publié: 17 septembre 2014 par gandibleux dans Actualités, EI, Israël / Palestine, Monde, Société, USA
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Le monde diplomatique: par Raphaël Liogier, mai 2014

La maison du maître d’école « vendue par la mairie et transformée en mosquée »… Ces propos — pour le moins approximatifs — tenus le 11 avril sur Europe 1 par le philosophe Alain Finkielkraut révèlent des fantasmes désormais très répandus. Notamment grâce à « Eurabia », paru en 2005.

A l’automne 1956, la France et le Royaume-Uni, alliés d’Israël, occupent pendant quelques jours le canal de Suez, récemment nationalisé par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Mais, sous la pression soviétique et américaine, ils sont contraints de se retirer. En réaction à cette attaque, Nasser décide d’expulser des milliers de Juifs d’Egypte. Parmi eux se trouve une jeune femme dont le regard sur le monde sera surdéterminé par le traumatisme de l’expatriation : Gisèle Orebi, devenue plus tard célèbre sous le nom de plume de Bat Ye’or (« fille du Nil » en hébreu), mettra au point la version la plus radicale du complot musulman contre l’Occident.

Après avoir « gangrené » le Vieux Continent, affirme-t-elle, la« civilisation arabo-musulmane » en fera la conquête. Cette prédiction apocalyptique constitue la trame du best-seller qu’elle publia aux Etats-Unis en 2005, après plusieurs décennies de maturation : Eurabia,traduit en hébreu, italien, néerlandais et français (Jean-Cyrille Godefroy, Paris, 2006). Le sous-titre, L’axe euro-arabe, renvoie aux « forces de l’Axe » coalisées autour de l’Allemagne nazie durant la seconde guerre mondiale. D’après Bat Ye’or, citée en référence dans le manifeste du tueur norvégien d’extrême droite Anders Behring Breivik, un monde arabo-musulman conquérant serait en passe de submerger une Europe décadente et cynique. Celle-ci aurait marchandé, en échange d’une pluie de pétrodollars, son soutien indéfectible à la Palestine, l’ouverture béante de ses frontières méditerranéennes et l’acceptation, in fine, de l’islamisation.

Ce scénario pour le moins grossier (1) a connu un succès inattendu, au point de devenir un argument majeur de l’extrême droite européenne. En France, la présidente du Front national (FN), Mme Marine Le Pen, ne cesse de fustiger l’« impérialisme islamiste », qui se manifeste selon elle par l’ampleur des investissements saoudiens et qataris à l’étranger, et l’« islamisation de l’Europe », visible à travers le port du foulard (2). Son conseiller aux affaires internationales, le géopolitiste Aymeric Chauprade, déclarait quant à lui, quelques mois après le début du « printemps arabe » : « En favorisant l’effondrement des régimes autoritaires qui formaient le dernier écran protecteur de l’Europe face à la misère africaine, nous avons libéré des énergies qui vont travailler au service de trois buts : davantage d’immigration vers l’Europe, davantage de trafics, davantage d’islamistes. » (Valeurs actuelles,25 septembre 2011.)

Initialement confinée à quelques groupes extrémistes (en France, le Bloc identitaire, Riposte laïque, l’Observatoire de l’islamisation, etc.), la thèse d’Eurabia s’est diffusée et banalisée. Les partis politiques qui la défendent obtiennent des scores honorables aux élections. En Suisse, elle est portée par l’Union démocratique du centre ; en Norvège, par le Parti du progrès ; en Autriche, par le Parti libéral ; outre-Manche, par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni. Des intellectuels la promeuvent, certains explicitement, comme la journaliste italienne Oriana Fallaci (disparue en 2006), citée dès la première ligne du premier chapitre d’Eurabia, l’économiste allemand Thilo Sarrazin ou le romancier français Renaud Camus (3). Tous rencontrent de vifs succès en librairies.

Mais la vision de Bat Ye’or fait aussi vendre des journaux : on ne compte plus les « unes » de magazines consacrées à la « menace » musulmane. Quand L’Express met en scène le combat de « L’Occident face à l’islam » (6 octobre 2010) ou assène « Les vérités qui dérangent » sur l’islam (11 juin 2008), Le Point répond en agitant « Le spectre islamiste » (3 février 2011), promet de révéler « Ce qu’on ne dit pas sur la burqa » (21 janvier 2011) ou s’emporte face à « Cet islam sans gêne » (1er novembre 2012). Le Figaro Magazine, Valeurs actuelles, mais parfois aussi Marianne ou Le Nouvel Observateur n’ont pas des lignes très différentes (4).

Même des chercheurs sérieux dans leur domaine participent à la diffusion de la thèse d’Eurabia, tel l’historien Egon Flaig (5) en Allemagne. En France, la démographe Michèle Tribalat a signé une préface dithyrambique au livre à succès de Christopher Caldwell qui annonce l’effondrement d’une Europe vaincue par l’islam (6).

Existe-t-il vraiment une « menace arabo-musulmane » justifiant l’emballement médiatico-politique qu’Eurabia a contribué à provoquer ? Bat Ye’or affirme tout d’abord que les pétrodollars du Golfe permettent aux musulmans de « s’acheter » l’Europe — une émission de Canal Plus (20 mai 2013) s’intitulait « Qatar : conquérir le monde en quatre leçons ». Pourtant, si, en 2011, le Proche-Orient réalisait 22 % de ses exportations vers l’Europe et l’Amérique du Nord, il ne représentait que 5 % de celles de ces deux espaces (7). En d’autres termes, c’est l’Occident qui abreuve le Proche-Orient de ses devises, et non l’inverse.

Le volet « relations internationales » du scénario d’Eurabia n’est pas plus réaliste. Loin de se montrer complaisants à l’égard de la Palestine, les Etats européens sont de solides alliés d’Israël. Certes, comme le souligne avec insistance Bat Ye’or, ils ont voté pour la résolution 43/177 de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) en faveur de l’indépendance de la Palestine en 1988. Mais cent quatre nations ont alors fait de même — seuls les Etats-Unis et Israël ont voté contre.

Depuis, l’Union européenne ne s’est guère distinguée par son engagement pour la cause palestinienne, au contraire. Quand, en septembre 2011, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a remis au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon une demande de reconnaissance de la Palestine par le Conseil de sécurité, le Royaume-Uni et la France se sont empressés de déclarer qu’ils s’abstiendraient (8).

A défaut d’être achetée par les monarchies du Golfe, l’Europe est-elle menacée par un déferlement de populations musulmanes ? Selon les estimations les plus hautes qui circulent sur Internet, l’Union européenne serait actuellement habitée, secrètement, par cinquante millions de musulmans, et ce nombre devrait doubler dans les vingt ou trente ans à venir. Ces chiffres ne sont pas inventés par des hurluberlus, mais lancés par des gens a priori crédibles, comme le journaliste canadien Mark Steyn, père de l’expression « génocide européen » et l’un des principaux propagateurs du mythe d’Eurabia en Amérique du Nord. Selon lui, les musulmans devraient constituer 40 % de la population européenne en 2020.

Sachant que cette communauté — entendue au sens large — représente actuellement entre 2,4 % et 3,2 % de la population de l’Union européenne (douze à seize millions de personnes), il faudrait, pour voir se réaliser les prédictions de Steyn, que ces pourcentages soient multipliés par quinze en dix ans. Une évolution possible, affirment les adeptes d’Eurabia, car des vagues de musulmans immigrent en Europe, puis s’y « reproduisent » de manière exceptionnelle et appliquent une stratégie de conversions de masse. Sur ces trois points, la réalité des chiffres contredit leurs arguments.

Les sociétés européennes connaissent en effet un taux d’accroissement migratoire stable depuis les années 1980. Il est de 1,1 ‰ en France, de 3 ‰ au Royaume-Uni et de — 0,7 ‰ en Allemagne (chiffres de 2009). Seuls trois pays à majorité musulmane, le Maroc, la Turquie et l’Albanie, figurent parmi les dix premières communautés d’immigrants installés dans l’Union (9). De plus, les musulmans ne procréent pas davantage que les autres. Dans la plupart des pays musulmans, le taux de natalité est très proche de ceux observés dans les Etats occidentaux, et parfois même plus bas, comme en Iran (10). Et le taux de fécondité des femmes musulmanes installées en Europe connaît une baisse continue depuis les années 1970, jusqu’à rejoindre celui de la population générale au début des années 2000 (11).

Restent les conversions. Le 4 janvier 2011, le quotidien The Independentalertait ses lecteurs sur un risque d’« islamisation du Royaume-Uni »,car le nombre de convertis avait doublé depuis dix ans, passant de cinquante mille à cent mille personnes entre 2001 et 2011 (pour une population totale de soixante millions d’habitants). Une personne sur six cents serait convertie à l’islam ; à un rythme de cinq mille conversions par an (à peine plus qu’en France ou en Allemagne), il faudrait six mille ans pour que le Royaume-Uni devienne un pays à majorité musulmane.

Une « invasion » très lente, donc, surtout quand on la compare à la croissance étourdissante des conversions au christianisme évangélique et pentecôtiste dans le monde, par exemple en Chine et en Afrique : dix mille par jour (12) ! Il s’agit de la plus rapide progression religieuse de l’histoire — de zéro à cinq cents millions d’adeptes en moins d’un siècle —, mais peu de médias s’alarment de l’« évangélisation du monde »…

En dépit de son caractère fantaisiste, l’influence du scénario d’Eurabiane cesse de croître. L’ombre du complot musulman alimente une nouvelle logique de défense culturelle : défense des « valeurs » et du « mode de vie » des peuples européens « de souche » menacés par l’ensemble des minorités ethnoculturelles dont les musulmans représentent la quintessence idéale et terrifiante. Grâce au mythe d’Eurabia, des partis européens objectivement situés à l’extrême droite peuvent prétendre dépasser la distinction droite-gauche. Et se présenter, en falsifiant ces valeurs, comme des défenseurs du progrès, de la liberté, de la démocratie, de l’indépendance, de la tolérance, de la laïcité, séduisant ainsi au-delà de leur périmètre électoral habituel.

Le Monde.fr avec AFP | 16.09.2014 à 08h25 • Mis à jour le 16.09.2014 à 09h26

Le virus Ebola ayant fait plus de 2 400 morts en Afrique de l'Ouest, les Etats-Unis vont présenter un plan d'action centre le virus mardi 16 septembre.

Le 2 septembre, Médecins sans frontières, en première ligne contre le virus Eboladans les grandes capitales comme dans les villages de l’Ouest africain, poussait un cri d’alerte devant les Nations Unies. Devant l’insuffisance de la réponse internationale contre l’épidémie, le docteur Joanne Liu, présidente de l’ONG, avait accusé les Etats d’avoir « rallié une sorte de coalition mondiale de l’inaction », les appelant à mobiliser et envoyer en Afrique de l’Ouest des ressources médicales civiles et militaires.

En réponse à cet appel, le président américain Barack Obama devrait annoncermardi 16 septembre l’envoi de quelque 3 000 militaires américains en Afrique de l’Ouest, pour participer à la lutte contre le virus Ebola, a indiqué un haut responsable américain. M. Obama doit présenter son plan d’action lors d’une visite dans la journée au siège des centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), à Atlanta.

« Pour combattre cette épidémie à la source, nous devons mettre en place une véritable réponse internationale », a indiqué cette même source, selon qui le plan qui sera présenté mardi par M. Obama doit permettre d’« inverser la tendance ».Le virus a tué plus de 2 400 personnes, d’après le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), principalement au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée.

Les militaires participeront en particulier à la construction de nouveaux centres de traitement dans les zones les plus touchées, et le gouvernement américain aidera également au recrutement et à la formation des personnels chargés de les gérer.

L’essentiel des efforts américains seront concentrés au Liberia. Un centre de commandement sera installé dans la capitale, Monrovia. Les Etats-Unis souhaitent aussi créer un site permettant la formation de 500 travailleurs sanitaires par semaine dans le pays, peu après la déclaration de l’OMS qui estimait manquer de 1 000 professionnels de santé localement.

Dans le plan de Barack Obama, 3 000 militaires devraient construire de nouveaux centres de traitement, et 500 travailleurs sanitaires devraient être formés chaque semaine.

Dans ce cadre, l’Agence américaine pour le développement international (Usaid, pour United States Agency for International Development) distribuera, en partenariat avec le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef, pour United Nations International Children’s Emergency Fund), des kits de protection à destination des 400 000 familles les plus vulnérables du Liberia.

COMBIEN COÛTE EBOLA ?

A ce stade, les Etats-Unis ont déjà consacré 100 millions de dollars à la lutte contre le virus. L’Usaid a annoncé son intention de débloquer 75 millions de dollars supplémentaires, en particulier destinés à augmenter le nombre de centres de traitement.

L’administration Obama a par ailleurs demandé au Congrès le déblocage de 88 millions de dollars supplémentaires. Le vote, dont l’issue favorable semble acquise, devrait avoir lieu cette semaine. Sur cette somme, 30 millions seront consacrés à l’envoi de matériel et d’experts sur le terrain et les 58 millions restants serviront au développement de traitements et de vaccins.

Lire l’interview du président de la Banque africaine de développement (édition abonnés) : « Nous prévoyons une chute de 2,5 points du PIB pour les pays frappés par Ebola »

Il n’existe actuellement aucun médicament ni vaccin homologué contre Ebola. Un vaccin expérimental, efficace sur des singes, fait l’objet d’un essai clinique depuis début septembre aux Etats-Unis. Si les résultats sont probants, il pourrait être prêt avant la fin 2015.

Devant l’urgence de la situation, le Conseil de sécurité des Nations unies, habituellement chargé de veiller à la paix et à la sécurité internationale, a pris la décision importante de se saisir du dossier Ebola, et tiendra une « réunion d’urgence » jeudi 18 septembre.

Le nouvel observateur:rue 89

Le meurtre d’un troisième otage par les djihadistes, un humanitaire écossais, David Haines, 44 ans, décapité à son tour, après les deux journalistes américains, constitue la première réponse de l’autoproclamé Etat islamique à la mobilisation internationale conduite par les Etats-Unis pour les combattre.

Cette riposte destinée à choquer les Occidentaux a des allures de défi, comme si les dirigeants de ce mouvement d’un nouveau type, experts en communication et en réseaux sociaux, voulaient signifier qu’ils ne redoutaient pas la confrontation annoncée.

Le moment n’est pas choisi au hasard : John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, achève une tournée au Moyen-Orient, destinée à mobiliser une coalition contre les djihadistes, et une réunion internationale se tient lundi à Paris pour l’appuyer. Dans le message vidéo, les djihadistes accusent David Cameron d’armer les Peshmergas kurdes et de s’engager au côté des Etats-Unis dans cette crise.

Le titre de la vidéo contenant la décapitation de David Haines (capture)

Leur message est d’abord un argument de propagande en direction du monde arabo-musulman, auquel il signifie que l’Etat islamique, cette organisation supra-nationale radicale, est devenue le « principal ennemi » de l’Occident, et surtout des Etats-Unis, détrônant Al Qaeda.

EI dépasse Al Qaeda

En mettant en scène, puis en ligne, les cérémonies cruelles de décapitation d’Occidentaux, l’EI dépasse son maître Al Qaeda, dont il est issu mais avec lequel il a rompu.

Il atteint son but si l’on en juge par l’afflux de jeunes musulmans issus des pays occidentaux pour rejoindre les rangs djihadistes, convaincus de donner un sens sacrificiel à leur vie plutôt que de végéter aux marges des sociétés européennes.

Comment répondre à ce défi qui est né et a prospéré dans les chaos irakien et syrien, deux crises symptomatiques du monde actuel ?

  • la première est née de la folie idéologique de l’administration Bush qui, sur la base d’un mensonge, a renversé le dictateur Saddam Hussein en pensant libérer les forces de la démocratie libérale, et se retrouve avec la résurgence des conflits confessionnels et ethniques ;
  • la seconde est née du soulèvement d’un peuple contre une des dictatures les plus féroces du Moyen-Orient, et de l’enlisement de cette révolution oubliée de tous, transformée en guerre civile dont les plus radicaux ont fait leur miel.

Il y a une ironie cruelle dans le fait que les Etats-Unis, responsables actifs de la première crise, et passifs de la seconde, prennent aujourd’hui la tête de la coalition anti-djihadistes. Ils restent évidemment les seuls à disposer des capacités militaires et politiques pour mener cette action, mais peuvent-ils véritablement s’engager dans une nouvelle aventure militaire dans cette région sans s’interroger sur ce qui a mal tourné précédemment ?

Contradictions

D’autant qu’ils se heurtent, à chaque pas, aux contradictions de l’opération :

  • les rebelles modérés syriens, dont Barack Obama a fait l’un des fers de lance de la guerre anti-djihadistes, refusent de s’engager s’ils n’ont pas l’assurance que la chute de Bachar el-Assad est bien au programme ;
  • l’Iran, si influent dans la région, se retrouve dans le même camp que les Etats-Unis en Irak, mais contre eux en Syrie, l’autre « front » de la lutte anti-djihadistes. Et Téhéran a été écarté de la réunion de lundi à Paris ;
  • la Turquie, voisine, membre de l’Otan, et si impliquée depuis le début de la crise syrienne dans une diplomatie et des actions pas toujours transparentes, refuse de se joindre à la coalition, un échec pour Washington ;
  • la France, l’un des pays les plus allants pour rejoindre l’action militaire en Irak, refuse cette fois de s’engager en Syrie en l’absence de résolution de l’ONU, alors qu’il y a un an, lors de l’affaire des armes chimiques, c’était Paris qui poussait Washington à bombarder les positions de Bachar el-Assad…
  • l’Arabie saoudite, soupçonnée d’avoir été le bailleur de fonds des djihadistes, directement ou par le biais de certaines grandes familles, se retrouve aujourd’hui, par un tour de magie, dans le camp vertueux des anti-djihadistes.

Ce ne sont que quelques-unes des contradictions que les Américains et leurs alliés devront résoudre avant de passer aux choses sérieuses.

Barack Obama, qui s’est adressé aux Américains en milieu de semaine, s’efforce de convaincre de la cohérence de sa décision. Il a reçu, en off, les éditorialistes de la presse américaine, puis les dirigeants du Congrès.

Obama « déterminé », mais l’EI aussi

Les fuites dans la presse montrent un Président déterminé, plus du tout le « commandant en chef à reculons » qui était présenté ces dernières années, en raisons de ses hésitations.

S’il a impressionné ses « visiteurs du soir », le président américain n’a pas encore donné la preuve qu’il a réellement une stratégie qui lui permettra d’« éradiquer » l’EI, comme il s’y est engagé, en n’engageant pas d’hommes au sol (« no boots on the ground »), et sans embourber les Etats-Unis – et leurs alliés – dans une énième aventure militaire à l’étranger.

Pour l’heure, il est clair qu’il n’a pas impressionné les djihadistes, qui, sans sourciller, assassinent les uns après les autres des otages, victimes expiatoires d’un monde dans lequel journalistes ou humanitaires sont autant de cibles incarnant cet Occident honni. Il a déjà annoncé qu’un autre Britannique serait le prochain sur la liste.

Le piège de l’affrontement djihadistes-Occident est en train de se refermer. Sans troisième voie pour les peuples pris en tenaille.

L’Etat islamique annonce avoir exécuté l’otage britannique David Haines

Publié: 14 septembre 2014 par gandibleux dans EI, Monde, USA
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Le Monde.fr | 14.09.2014 à 13h11 • Mis à jour le 14.09.2014 à 13h15

La vidéo dans laquelle l’Etat islamique (EI) revendique l’exécution par décapitation de l’otage David Haines a été authentifiée, selon le ministère desaffaires étrangères britannique dimanche. « Tout montre que la vidéo est authentique et nous n’avons pas de raison de croire qu’elle ne l’est pas », a déclaré un porte-parole du ministère.

L’Etat islamique a revendiqué dans une vidéo l’exécution du travailleur humanitaire britannique David Haines, a rapporté la veille le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE. L’otage a été décapité en représailles de l’entrée du Royaume-Uni dans la coalition destinée à combattre le groupe djihadiste, selon le discours tenu par son bourreau. Ce dernier, qui s’exprime avec un fort accent britannique, s’adresse au premier ministre David Cameron dans un message à l’attention des « alliés de l’Amérique » :

« Vous êtes volontairement entrés dans une coalition avec les Etats-Unis contre l’Etat islamique, comme votre prédécesseur Tony Blair l’a fait avant vous, suivant une tendance parmi nos premiers ministres britanniques qui ne peuvent pas trouver le courage de dire non aux Américains. »

Cet homme, qui pourrait être le même que dans les vidéos des exécutions des deux journalistes James Foley et Steven Sotloff, menace par ailleurs d’exécuter un autre otage britannique, qui apparaît à la fin de la vidéo.

  • Réunion de crise à Londres

David Cameron a immédiatement réagi sur Twitter en condamnant le « meurtre odieux » de David Haines.

(Traduction : « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour traquer ces meurtriers et s’assurer qu’ils répondent de leurs crimes, qu’importe le temps que cela prendra. »)

M. Cameron a convoqué dimanche matin à Londres une réunion de crise en présence de hauts responsables militaires, a indiqué Downing Street.

Le président américain Barack Obama a aussitôt exprimé sa solidarité avec le Royaume-Uni et a fermement condamné « le meurtre barbare » de l’otage.

« Les Etats-Unis sont ce soir aux côtés de notre proche ami et allié dans le chagrin et la détermination. »

L’Elysée a condamné dimanche « l’odieux assassinat » de l’otage britannique qui « montre une nouvelle fois combien la communauté internationale doit semobiliser contre Daesh (acronyme arabe de l’EI), organisation de la lâcheté et de l’abjection », déclare la présidence française dans un communiqué.

Berlin a dénoncé un « acte odieux de violence barbare ».

  • Vaste coalition

Originaire de Perth en Ecosse, l’homme âgé de 44 ans et père de deux enfants, a été enlevé en mars 2013 en Syrie où il travaillait pour l’ONG française Acted. On le voit sur la vidéo mettant en scène la décapitation du journaliste américain Steven Sotloff diffusée en début de semaine dernière.

La famille de David Haines avait adressé un message au groupe terroriste, plus tôt dans la journée de samedi, demandant aux djihadistes d’entrer en contact avec eux. Son frère, Mike Haines, a réagi en rendant hommage à un « bon frère… qui a été récemment tué de sang froid ». « Il était et est aimé par toute sa famille et nous manquera terriblement », ajoute-t-il dans un communiqué.

L’EI a proclamé un « califat » – qui s’étend sur de larges zones d’Irak et de Syrie conquises par ses combattants – à la fin du mois de juin  avec à sa tête son leader, l’Irakien Abou Bakr Al-Baghdadi. Pour lutter contre les djihadistes, Washington s’efforce de mettre sur pied une vaste coalition internationale et le secrétaire d’Etat américain John Kerry a cherché samedi à rallier l’Egypte à cette « guerre » que les Etats-Unis ont déclarée contre l’EI.

En visite au Caire, le chef de la diplomatie américaine a jugé que l’Egypte était en « première ligne » dans la lutte « antiterroriste », au terme d’un marathon diplomatique qui l’a conduit à Bagdad, Amman, Jeddah (Arabie saoudite) et Ankara. M. Kerry bouclait une mission régionale destinée à engranger les soutiens pour cette coalition mondiale destinée, selon Barack Obama, à «affaiblir » puis à « détruire » l’EI.

 

 

Moyen-Orient : les risques d’un engagement

Publié: 12 septembre 2014 par gandibleux dans Actualités, USA

Editorial du « Monde ». En entrant à la Maison Blanche, Barack Obama avait déjà annoncé une partie de son legs à l’Histoire. Il voulait être le président qui mettrait fin à deux malheureuses aventures américaines à l’extérieur : l’Irak et l’Afghanistan.

Pour l’Irak, au moins, c’est raté. Washington s’engage à nouveau dans ce pays. Même s’il ne s’agit que d’une campagne aérienne, elle peut être « longue », a dit, mercredi 10 septembre, M. Obama. La mission est complexe : défaire l’Etat islamique (EI), ce groupe djihadiste qui contrôle un vaste morceau de territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak.

Ce faisant, les Etats-Unis s’impliquent dans un invraisemblable imbroglio moyen-oriental. Ils interviennent dans deux guerres civiles – en Syrie et en Irak. Mais celles-ci sont elles-mêmes l’expression d’un conflit régional plus large, à la fois stratégique et religieux – la bataille entre la majorité sunnite du monde arabe et sa minorité chiite qu’appuie cette puissance non arabe qu’est l’Iran…

Dire que le terrain est miné relève du délicat euphémisme. Et les précédentes interventions américaines dans la région n’incitent pas à l’optimisme. Mais la question qui se pose est la suivante : M. Obama avait-il le choix ? Elle s’adresse aussi à François Hollande, le plus engagé des Européens auprès des Etats-Unis dans cette affaire.

Produit des tragédies que s’inflige le monde arabe, l’Etat islamique est un mouvement terroriste puissant, riche, porteur d’une idéologie totalitaire et ne reculant devant aucune violence. Il s’est taillé un territoire, vend du pétrole en contrebande, s’est emparé de la deuxième ville d’Irak, menace les faubourgs de Damas et risque de déstabiliser, demain, la Jordanie et le Liban.

M. Obama a jugé, sans doute à raison, qu’il était de l’intérêt des Etats-Unis d’enrayer cette course à l’abîme dans une région déjà en proie au chaos. Il a l’appui des Européens et, plus particulièrement, de la France.

Ceux-là savent que l’EI séduit nombre de jeunes musulmans d’Europe, avec le dessein affiché de les entraîner à l’action terroriste. « On ne peut pas laisser secréer un sanctuaire islamiste à cinq heures de vol de Paris », dit-on dans la capitale française. Sans doute à raison, là aussi.

Pour l’heure, M. Obama a le soutien massif de l’opinion américaine, que les actes barbares de l’EI a retournée. Il a l’appui du Congrès, des démocrates comme des républicains (pas forcément un bon signe…).

Officiellement, il a aussi l’appui du monde arabe. A la suite de l’Irak et de l’Arabie saoudite, dix pays arabes au moins devraient dire, lundi 15 septembre, à Paris, qu’ils apportent leur assistance logistique et financière à cette campagne – mais, curieusement, pas de participation directe aux opérations militaires.

Désireux de protéger la majorité chiite au pouvoir en Irak, l’Iran ne le dit pas mais se range activement, sur le terrain, aux côtés des Etats-Unis dans cette affaire…

Bombarder des bases disséminées sur un vaste terrain, et souvent en pleine ville, ne sera pas facile. Plus difficile encore est le nécessaire accompagnementpolitique. Il faut forcer Bagdad à faire la paix avec ses minorités. Il faut peserpour mettre un terme à la tragédie syrienne. Cela implique un investissement politico-diplomatique massif. Au moins autant qu’une intervention militaire.

Quelques années après l’affaire Trayvon Martin, du nom de ce jeune noir abattu par un vigile qui sera par la suite blanchi par la Justice, les Etats-Unis s’embrasent de nouveau après qu’un policier ait tué un jeune noir dans des circonstances obscures. Les Etats-Unis n’ont-ils pas encore fait tomber les barrières raciales ?

Voilà près de dix jours que des émeutes ont lieu dans la petite ville de Ferguson, dans la banlieue de Saint-Louis, au Missouri. Dix jours d’affrontements entre manifestants noirs et forces de l’ordre depuis qu’un jeune homme de couleur a été abattu par un policier dans des circonstances controversées. La mort de Michael Brown et les émeutes qui s’en sont suivies suscitent un intérêt national aux Etats-Unis où elles ravivent le spectre de la ségrégation et du racisme. Mais est-ce vraiment de cela qu’il s’agit ?

Pour Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis, interrogée par Europe1 et20minutes.fr, « Ferguson, banlieue de Saint Louis, c’est une communauté qui n’a jamais fait face à son histoire raciale. Les villes qui ont connu de grandes émeutes tragiques, dans les années 60-70, ont fait des réformes, et notamment l’embauche de policiers noirs pour que la police ne soit plus reconnue comme force d’occupation« .

Or à Ferguson, si une grande majorité de la population est noire, les autorités et les policiers sont en grande partie blancs. « Il y a toujours à Ferguson, une hostilité et une méfiance mutuelle entre les noirs et la police. Face à un garçon noir très grand qui déambule dans la rue, la police a visiblement vu un suspect et a pu le traiter avec une brutalité extrême. Du côté des noirs, il y a une méfiance, la police est perçue comme une menace et pas comme une protection« .

La police fait d’autant plus peur à Ferguson qu’elle y est fortement armée, comme l’ont montré de nombreuses photos prises lors des événements. Les médias américains relèvent à quel point Ferguson ressemble à une « zone de guerre » et critiquent la « militarisation » de certaines polices aux Etats-Unis, note France TV Info.

En outre, la police n’en serait pas à sa première bavure à Ferguson, comme le relève également France TV Info, citant des médias américains.

The Atlantic publie les témoignages de résidents noirs de Ferguson qui expliquent le harcèlement policier dont ils sont victimes. En 2009, une affaire avait déjà fait grand bruit dans cette petite ville du Missouri. Henry Davis, un homme noir, avait été arrêté par erreur : c’était son homonyme qui était recherché. Mais il avait quand même été passé à tabac. Quelques jours plus tard, il était poursuivi pour avoir taché les uniformes des policiers avec son sang…

Pour la première fois, Amnesty International a envoyé une équipe sur le sol américain pour vérifier ce qu’il se passait à Ferguson. « Les Etats-Unis ne peuvent continuer à autoriser ceux qui sont censés protéger la population à devenir ceux que la population craint le plus« , a ainsi estimé le directeur exécutif d’Amnesty aux Etats-Unis, Steven W. Hawkins.

Ailleurs aussi

Mais la situation de Ferguson est-elle si particulière ? Pas pour Nicole Bacharan qui note que « ce drame met en lumière des situations qui n’ont pas disparu dans d’autres villes. C’est pourquoi il rencontre un tel écho dans le pays et sur les réseaux sociaux« .

Des internautes font ainsi circuler sur les réseaux sociaux d’autres histoires de violences policières sur des personnes de couleur :

De nombreuses discriminations

Selon USA Today, citant des statistiques (incomplètes) du FBI portant sur une période de sept ans jusqu’à 2012, un policier blanc tue une personne noire près de deux fois par semaine aux Etats-Unis. Mother Jones a fait une compilation de plusieurs statistiques montrant également que les noirs sont surreprésentés parmi les victimes de tirs policiers.

En 2013, le Pew Research Institute publiait une étude montrant que la population noire-américaine est encore loin d’avoir le même niveau de vie que la population blanche. Ainsi, en 1967, un ménage noir gagnait 55% de ce que gagnait un ménage blanc… pour 59% en 2011.

Le taux de chômage des populations noires est lui le double de celui des blancs depuis les années 50.

27,6% des Américains vivant sous le seuil de pauvreté sont ainsi des noirs, alors que ceux-ci ne représentent que 13% de la population totale.

En 2010, les hommes noirs étaient plus de six fois plus susceptibles d’être incarcérés que les hommes blancs.

« Les statistiques relatives à l’application de la peine de mort indiquent que la race, notamment de la victime, reste un facteur important dans l’application de la peine de mort aux États-Unis. Le risque d’être condamné à mort est quatre fois plus grand lorsque la victime est blanche que lorsqu’elle est noire, et jusqu’à 11 fois plus grand quand l’auteur du crime est un Noir et la victime blanche », explique Amnesty International, cité par France TV Info.

En 2013, un sondage, publié par Reuters, montrait que seulement un blanc sur dix aurait un compagnon ou une compagne d’une autre « race », et que 40% des blancs n’auraient aucun ami issu d’une autre minorité. Une réalité loin d’un vrai « melting pot » donc.

Pourtant, il y a quand même quelques signes d’amélioration selon Heather McGhee, vice-présidente de Demos, un groupe de réflexion américain sur l’égalité, citée par l’AFP : un président afro-américain est au pouvoir et de plus en plus de noirs fréquentent les bancs des écoles et universités.

Mais les préjugés deviennent plus insidieux. « Les préjugés sont devenus inconscients. C’est devenu rare de dire explicitement que vous ne voulez pas embaucher un Noir. Mais nous savons combien les stéréotypes agissent sur les personnes qui prennent des décisions », explique Heather McGhee.« Quand c’est inconscient, c’est bien plus difficile à combattre », déplore-t-elle.

Il y a un peu plus de 50 ans, le 2 juillet 1964, le président Lyndon Johnson signait le « Civil rights act », mettant ainsi fin à la ségrégation raciale, résultat d’un combat de plusieurs dizaines d’années.

Mais il aura encore fallu des années pour que les noirs américains deviennent des citoyens à part entière.

J.C.

Je ne veux pas mettre la charrue avant les bœufs. Nous avons besoin d’un projet clair. » Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, Barack Obama a prévenu qu’il ne fallait pas s’attendre à des frappes aériennes à court terme en Syrie. Les Etats-Unis n’ayant pas encore de stratégie pouvant mener à une éventuelle intervention militaire contre l’Etat islamique, le président a promis de consulter le Congrès.

Ces déclarations interviennent alors que l’administration Obama évoque depuis plusieurs jours de possibles frappes aériennes en Syrie pour prolongerl’opération militaire lancée en Irak le 8 août contre l’Etat islamique.

Depuis cette date, l’armée américaine a mené une centaine de raids dans le nord de l’Irak. Ces frappes ont notamment permis à l’armée irakienne dereconquérir le barrage stratégique de Mossoul, qui était aux mains des djihadistes.

Le général Martin Dempsey, plus haut gradé américain, estime que la totalité des combattants de l’Etat islamique peuvent être « défaits », à condition qu’ils soient visés également en Syrie.

ASSAD N’A PLUS DE « LÉGITIMITÉ », POUR OBAMA

Une telle opération mettrait cependant les Etats-Unis dans une position diplomatique délicate dans la mesure où Washington et Damas se retrouveraient dans ce cas de figure réunis face à un ennemi commun. S’exprimant sur le sujet, Barack Obama a assuré que les Etats-Unis n’avaient pas à faire de choix entre le régime de Bachar Al Assad d’une part et les djihadistes ultraradicaux de l’Etat islamique d’autre part.

« Nous continuerons à soutenir l’opposition modérée, car nous devons offrir aux gens en Syrie une alternative à Assad ou à l’Etat islamique », a poursuivi Barack Obama, selon qui le président syrien a perdu « toute légitimité » sur la scène internationale.

« Je ne vois aucun scénario dans lequel Assad serait capable d’une façon ou d’une autre d’apporter la paix dans une région qui est à majorité sunnite. Il n’a jusqu’ici jamais démontré sa volonté de partager le pouvoir avec eux ou dechercher un accord. »