Archives de la catégorie ‘Israël / Palestine’

Elise Lambert, publié le 29/03/2015 à 21:06

Téhéran et les six grandes puissances sont en passe de conclure un accord sur le dossier du nucléaire iranien. La nouvelle a déclenché la colère d’Israël.

Les délégations américaine (g) avec John Kerry et iranienne (d) se font face lors des négociations sur le programme nucléaire iranien à l'hôtel Beau Rivage à Lausanne le 27 mars 2015
Les délégations américaine (g) avec John Kerry et iranienne (d) se font face lors des négociations sur le programme nucléaire iranien à l’hôtel Beau Rivage à Lausanne, le 27 mars.

afp.com/Brendan Smialowski

A deux jours de la date limite pour un accord, des diplomates occidentaux ont indiqué qu’un compromis sur le nucléaire iranien entre l’Iran et les six grandes puissances (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine et Allemagne) était sur le point d’être conclu, ce dimanche.

L’un des points clés concerne le nombre de centrifugeuses (machines permettant d’enrichir l’uranium) que l’Iran aurait accepté de réduire à 6000, voire moins. L’Iran dispose actuellement de 19 000 centrifugeuses, dont la moitié en activité.

Des questions en suspens

Téhéran aurait également accepté d’exporter tout ou partie de son stock d’uranium faiblement enrichi, qui se monte à environ 8000 tonnes.

Selon ces mêmes diplomates, ces compromis sont loin d’être actés et les choses peuvent encore changer. « Le détail des négociations est à l’intérieur de la chambre des négociations et personne n’est autorisé à les donner à l’extérieur, a déclaré un négociateur iranien. Mais le fait que nous conserverons notre enrichissement, qu’aucun site ne sera fermé, ce sont les bases des négociations ».

La question de l’enrichissement d’uranium est au coeur du dossier du nucléaire iranien. Les grandes puissances veulent s’assurer que l’Iran ne se dotera pas de la bombe atomique, en contrôlant étroitement ses activités nucléaires. En cas d’accord, les sanctions internationales qui asphyxient l’économie iranienne depuis des années seraient progressivement levées.

La colère d’Israël

La nouvelle a donné lieu à une violente charge du Premier ministre israélien. Selon Benjamin Netanyahou, « le dangereux accord qui est négocié à Lausanne confirme toutes nos inquiétudes, voire même au-delà. Cet accord permettrait à l’Iran de conquérir le Moyen-Orient ».

Le chef du gouvernement israélien se bat depuis des années pour mobiliser la communauté internationale contre le programme nucléaire iranien. Israël a notamment été accusé par le Wall Street Journal d’avoir espionné les négociations en cours et d’avoir partagé des informations confidentielles avec des élus américains.

La date limite pour un accord est fixée au 30 juin. Mais la fin mars est une « étape très importante » pour permettre aux négociations de se poursuivre.

 

LE MONDE | 19.11.2014 à 08h26 • Mis à jour le 19.11.2014 à 13h34 |Par Hélène Sallon
Funérailles de trois des quatre victimes de l'attentat de mardi 18 novembre à Jérusalem.
L’attentat contre la synagogue Kehilat-Yaakov dans le quartier d’Har Nof, à Jérusalem, qui a fait cinq victimes, mardi 18 novembre, est le dernier acte d’un cycle d’attaques et de représailles qu’Israéliens et Palestiniens semblent incapables de juguler. Depuis l’échec des négociations de paix bilatérales, sous égide américaine, en avril, les deux camps semblent n’avoir pour seule perspective qu’une escalade de la haine réciproque et de la violence.
  • L’enlèvement de trois jeunes Israéliens, le 12 juin, avive les tensions

L’étincelle a été l’enlèvement de trois jeunes Israéliens, Naftali Fraenkel, Gilad Shaar et Eyal Yifrach, par une cellule isolée du Hamas près du bloc de colonies de Goush Etzion en Cisjordanie, le 12 juin. La nouvelle de leur enlèvement avait suscité l’espoir au sein de la population palestinienne que ces « trois Shalit » – du nom du soldat israélien enlevé par le Hamas en 2006 et libéré en 2011 contre 1 027 prisonniers palestiniens – soient échangés contre de nouveaux prisonniers. Le sujet était alors à vif dans la société palestinienne avec la grève de la faim suivie depuis avril par des dizaines de prisonniers pour dénoncer leur détention.
La réponse du gouvernement israélien avait été à la mesure de l’effroi ressenti par la population israélienne. Se gardant de révéler au public les éléments qui pointaient déjà vers leur mort, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, avait lancé l’opération « Gardiens de nos frères » en Cisjordanie pour retrouver les trois jeunes et leurs ravisseurs. Le bouclage du district d’Hébron et l’arrestation de plus de 400 sympathisants et membres du Hamas avaient été vécus comme une « punition collective » par les Palestiniens. Des affrontements entre jeunes Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes avaient fait neuf morts et des dizaines de blessés.
  • Le bilan de l’attaque d’une synagogue à Jérusalem-Ouest s’alourdit

    Un policier druze a succombé hier à ses blessures, portant à 5 le nombre de personnes tuées hier par deux Palestiniens dans le quartier de Har Nof, un bastion du parti ultra-orthodoxe israélien Shass. L’attaque, la plus meurtrière depuis 2008, a eu lieu durant la prière du matin. Les attaquants, armés de hachoirs et d’un pistolet, ont ensuite été abattus par la police. Il s’agit de deux cousins originaires de Jérusalem-Est, et pères chacun de plusieurs enfants. L’attentat intervient au surlendemain de ce que les Palestiniens ont qualifié de ‘crime raciste’. Un chauffeur de bus palestinien a été retrouvé pendu à Jérusalem-Ouest. Un suicide selon la médecine légale israélienne, ce que la famille de la victime et un médecin légiste palestinien contestent. Seule certitude, une dizaine de proches des assaillants palestiniens a été interpellée hier, alors que l’État hébreu enterrait ses morts. Des milliers de personnes ont assisté le jour même aux funérailles de trois des victimes devant les lieux du drame. Les rabbins Aryeh Kupinsky, Cary Willam Levine et Avraham Goldberg, ont ensuite été inhumés dans un cimetière proche.

  • Les tensions s’étendent à Jérusalem-Est pendant l’été

Les tensions ont gagné les quartiers arabes de Jérusalem-Est, le 2 juillet, lorsque Mohammed Abou Khdeir, un Palestinien de 16 ans du quartier de Chouafat, est retrouvé mort, brûlé vif. Le meurtre avait été perpétré par trois juifs extrémistes en représailles à la découverte des corps des trois jeunes Israéliens, deux jours plus tôt. Elle a libéré les expressions de haine au sein d’une frange extrémiste de la population israélienne, chauffée à blanc par les discours revanchards de certains responsables politiques.
La guerre déclenchée, le 8 juillet, dans la bande de Gaza par Israël, en représailles aux tirs de roquettes des groupes armés palestiniens, a encore avivé cette colère. Pendant les cinquante jours de guerre, qui ont fait plus de 2 140 victimes côté palestinien, les émeutes ont été quasi quotidiennes à Jérusalem-Est. En dépit des appels répétés du Hamas à une troisième intifada, le mouvement a été contenu. Les cellules du mouvement islamiste n’ont ni les capacités ni la marge d’action pour susciter un vaste soulèvement dans les territoires. Partisan de la voie diplomatique, le président palestinien, Mahmoud Abbas, a maintenu la coopération sécuritaire avec Israël, au point d’interdire la plupart des manifestations de soutien avec la bande de Gaza pour éviter toute déstabilisation.
  • Les attentats isolés marquent une escalade de la violence

La fin de la guerre de Gaza, le 26 août, n’a pas éteint les foyers de tensions à Jérusalem-Est. La multiplication des annonces de nouveaux projets delogement dans les colonies et les provocations d’extrémistes juifs appelant à une remise en cause du statu quo sur l’esplanade des Mosquées ont alimenté de nouvelles émeutes. Le gouvernement Nétanyahou y a opposé une réponse sécuritaire, qui s’est traduite par plus de 1 000 arrestations depuis l’été et de nouvelles restrictions à l’accès sur l’esplanade des Mosquées. Celles-ci ont été levées sous la pression de la Jordanie, garante du statu quo.
Fin octobre, les attaques d’individus isolés se sont systématisées, traduisant une nouvelle escalade de la violence. Certaines de ces attaques ont été menées par des membres du Djihad islamique ou du Hamas, qui ont appelé àmultiplier les attentats de cette nature. Le 22, un Palestinien a jeté sa voiture sur un arrêt du tramway, tuant un bébé. Le 29, Yehuda Glick, extrémiste religieux juif de renom, militant pour l’accès des juifs au Mont du temple, a été victime d’une tentative d’assassinat. Deux autres attentats à la voiture-bélier ont été perpétrés à Jérusalem, le 5 novembre, faisant un mort. Une bavure policière contre un Arabe israélien, tué le 8 novembre à Kfar Cana, a étendu le cycle actuel de violences au-delà de Jérusalem, vers le nord du pays. Deux jours plus tard, deux attaques au couteau, ont fait deux morts en Cisjordanie et à Tel-Aviv. Dans la nuit, des colons israéliens ont incendié la mosquée du village palestinien d’Al-Mughayir, près de Ramallah en Cisjordanie.
L’attentat contre la synagogue d’Har Nof, à Jérusalem, marque un nouveau palier. Il a été perpétré au surlendemain de ce que les Palestiniens ont dénoncé comme un « crime raciste », celui d’un chauffeur de bus palestinien, Youssef Ramouni, retrouvé pendu dans son dépôt de Jérusalem-Ouest. La médecinelégale israélienne a conclu à un suicide, une version contestée par un médecin légiste palestinien. Cette attaque conforte la droite israélienne dans son choix d’une ligne sécuritaire dure et éloigne la perspective d’une reprise des négociations de paix avec l’Autorité palestinienne.

Israël a estimé mardi que le vote du parlement britannique en faveur d’une reconnaissance de l’Etat de Palestine nuisait à la recherche de la paix.

«Une reconnaissance internationale prématurée envoie aux dirigeants palestiniens le message alarmant qu’ils peuvent se soustraire aux choix difficiles que les deux parties ont à faire, et sape les chances d’atteindre une paix véritable», dit un communiqué du ministère israélien des Affaires étrangères.

Les parlementaires britanniques ont adopté lundi soir par 274 voix contre 12 une motion appelant le gouvernement britannique à «reconnaître un Etat palestinien aux côtés de l’Etat d’Israël».

L’Autorité palestinienne a salué ce vote comme «un pas important en direction de la justice et de la paix».

«Notre droit à l’autodétermination n’est pas un objet de négociations», a dit dans un communiqué au nom de l’Autorité palestinienne Mme Hanan Ashrawi, rejetant ainsi l’objection israélienne selon laquelle une telle reconnaissance doit passer par des négociations avec Israël.

«La reconnaissance de la Palestine ne dépend pas de l’issue de négociations avec Israël et ne fera l’objet d’aucune transaction de notre part; une telle prétention n’est pas seulement injuste, elle est immorale», a dit Mme Ashrawi, membre du Comité exécutif de l’OLP, qui chapeaute l’Autorité palestinienne.

Dimanche 12 octobre, des ministres des Affaires étrangères d’Europe, du Moyen-Orient et d’Amérique se réuniront au Caire à l’occasion d’une conférence sur la reconstruction de Gaza, à la suite des bombardements menés par Israël il y a quelques mois dans le cadre de l’opération «Bordure protectrice». Les Palestiniens demandent 4 milliards de dollars (un peu plus de 3 milliards d’euros) à la communauté internationale – de quoi couvrir la moitié des dégâts causés par ce dernier conflit qui a fait plus de 2 000 morts parmi les Palestiniens.

Alors qu’ils s’apprêtent à se rendre au Caire, la plupart des bailleurs de fonds reconnaissent qu’ils ne peuvent tout simplement pas continuer à donner de l’argent pour reconstruire Gaza sans tenter de mettre un terme au cycle de destruction, chaque guerre reprenant là où la dernière s’était achevée, avec des victimes et des dégâts toujours plus nombreux. Un diplomate européen s’est avoué préoccupé par le fait que «quoi que nous contribuions à reconstruire, cela sera de nouveau détruit».

L’HYPOCRISIE DE L’EUROPE

En effet, on pourrait être tenté de comparer au tonneau des Danaïdes la manière dont l’Europe, plus important donateur d’aide à la Palestine, continue de mettre en œuvre des projets d’aide dans les Territoires occupés, projets que le conflit récurrent finit systématiquement par anéantir.

L’engagement de l’Europe auprès de la Palestine repose aussi sur de l’hypocrisie. Alors même qu’ils continuent de faire preuve de générosité (à elle seule, l’UE octroie 600 millions de dollars par an, sans compter les dons qui proviennent de pays à titre individuel) et de condamner l’expansion des colonies illégales à laquelle se livrent les Israéliens, les Etats membres de l’UE s’opposent obstinément à une mesure qui pourrait inciter les acteurs à instaurer la paix et les dissuader de tout acte de destruction à l’avenir : l’accession de la Palestine au statut de la Cour pénale internationale (CPI).

La CPI est un tribunal indépendant et permanent qui entend des affaires relatives aux crimes internationaux les plus graves, notamment les génocides, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. Elle n’intervient que lorsqu’un dossier n’est pas traduit en justice au niveau national, et ne peut enquêter sur les crimes et les poursuivre en justice que s’ils ont été commis sur le territoire ou par les ressortissants d’Etats parties au statut de la CPI, ou qui ont accepté la compétence de la CPI par une déclaration ad hoc.

Ni la Palestine ni Israël ne sont parties à la CPI : Israël refusant de reconnaître sa compétence (c’est également le cas de pays comme la Chine, le Soudan, le Zimbabwe et les Etats-Unis), tandis que la tentative palestinienne pour donner compétence à la CPI en 2009 a échoué au motif que la Palestine n’était alors pas officiellement reconnue en tant qu’Etat. Cependant, la Palestine ayant le statut d’observateur de l’ONU depuis 2012, elle peut désormais prétendre à accéder au statut de Rome de la CPI – ce qu’a d’ailleurs confirmé récemment l’actuelle procureur de la CPI, Fatou Bensouda.

LA NÉCESSITÉ DE L’ADHÉSION AU CPI

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, travaille actuellement à l’obtention d’une résolution de l’ONU qui établirait un échéancier pour le retrait d’Israël, mais il a fait savoir qu’en cas de rejet de cette résolution, l’étape suivante serait l’adhésion à la CPI. Du fait des pressions exercées par les Etats-Unis et Israël, Mahmoud Abbas serait plus susceptible de choisir l’option CPI si l’UE cessait de manifester son opposition et contribuait à lui donner l’espace dont il a besoin pour y parvenir.

L’accession de la Palestine au statut de Rome de la CPI est souhaitable, car les deux parties seraient alors tenues de rendre compte des crimes de guerre et seraient donc dissuadées de commettre de nouveaux abus. Elle dissuaderait également l’expansion des colonies, le statut de Rome définissant comme un crime de guerre «le transfert, direct ou indirect, par une puissance occupante d’une partie de sa population civile, dans le territoire qu’elle occupe». Quant aux bailleurs de fonds, cette adhésion les doterait d’une garantie plus solide qu’à présent que leur argent et leurs projets d’aide ne seront pas gaspillés ou détruits.

Et pourtant, malgré les innombrables arguments jouant en faveur de cette accession au statut de la CPI, l’UE fait fortement pression sur la Palestine pour qu’elle ne s’engage pas sur cette voie. Les conclusions du conseil des Affaires étrangères de l’UE en juillet ont invité la Palestine à «faire usage de ce nouveau statut de manière constructive et à n’entreprendre aucune initiative qui serait de nature à éloigner davantage encore les chances d’aboutir à une solution négociée». En privé, l’UE tient des propos encore plus vigoureux, affirmant que l’accession au statut de la CPI entraverait l’instauration d’une solution à deux Etats.

UNE VISION À COURT TERME

Cette démarche, motivée par la peur de la réaction israélienne, est peu judicieuse et axée sur une vision à court terme. L’obligation de rendre des comptes ne saurait empêcher des négociations constructives – bien au contraire ; elle rendrait l’instauration de la paix plus probable à long terme. Et céder aux pressions des gouvernements qui menacent de quitter les pourparlers de paix ne peut que pousser à la perpétration de nouveaux abus. Comme l’a affirmé récemment un porte-parole de l’Office de secours et de travaux de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), «en l’absence […] d’obligation de rendre des comptes à l’égard des atteintes au droit international commises par toutes les parties au conflit, nous craignons un retour au schéma non viable caractérisé par le blocus, des tirs de roquettes et des destructions».

La position de l’UE est hypocrite, tant l’Europe a pour habitude de soutenir la CPI en général et d’encourager vivement les autres pays à y adhérer (la ratification du statut de la CPI est une condition explicite à certains accords commerciaux et de développement européens, et l’UE a par le passé supprimé son aide aux pays ne l’ayant pas ratifié). Cette position va également à l’encontre de l’obligation des pays de l’UE de soutenir le mandat de la Cour en leur qualité de membres de la CPI. En définitive, la position de l’UE nuit à ses propres intérêts et investissements, ainsi qu’aux espoirs de voir s’établir une paix durable.

Cette semaine, en plus d’octroyer des fonds à la reconstruction, les bailleurs de fonds éclairés – et surtout l’UE – devraient cesser de s’opposer à l’accession de la Palestine au statut de la CPI. Cela permettra tant aux Palestiniens qu’aux Israéliens d’obtenir la justice qu’ils méritent, et marquera une avancée positive contre l’impunité qui se trouve au cœur du cycle dévastateur de violence et de haine au Proche-Orient.

Sir Desmond DE SILVA ancien procureur en chef de la Cour spécial pour la Sierra Leone et Sir Geoffrey NICE a été procureur du Tribunal International pour l’ ex-Yougoslavie

En Israël, la tentation de l’exil

Publié: 21 septembre 2014 par gandibleux dans Actualités, Israël / Palestine, Monde

M le magazine du Monde | 20.09.2014 à 20h08 • Mis à jour le 20.09.2014 à 20h47 |Par Par Marie de Vergès

Une jeune fille court vers un abri,  à Ashkelon, le 8 juillet 2014, lors d'une alerte pendant l'opération "Bordure protectrice".

Dans quelques jours, Nitzan Cohen quittera Israël, le pays où elle est née, avec un billet aller simple, direction New York. Pour combien de temps ? Rien n’est encore tranché. Cette jeune femme de 27 ans, diplômée de psychologie, veut surtout prendre un peu le large. Détentrice d’un passeport américain, elle mûrit depuis plusieurs mois sa décision. L’opération « Bordure protectrice » menée cet été à Gaza n’a fait que renforcer son choix.

« Israël est un petit pays avec une guerre tous les deux-trois ans, décrit-elle. La pression est constante. » Nitzan a fait ses études à Beersheba, la capitale du Néguev, régulièrement exposée aux tirs de roquette du Hamas à Gaza. A chaque confrontation, l’alarme ne cessait de retentir, précipitant tout le monde aux abris. « J’aime mon pays, mais je ne trouve pas vraiment normal de vivreainsi », explique-t-elle.

« MAUVIETTES MÉPRISABLES »

Quelque 30 % des Israéliens se disent aujourd’hui tentés par l’émigration, selon un sondage diffusé début septembre par la chaîne de télévision israélienne Channel 2. Pour en savoir plus sur les motivations des candidats à l’exil, il suffit de consulter la page Internet Quitter Israël, un site en hébreu délivrant conseils et témoignages. Les uns citent l’insécurité et la tension causées par un conflit qui n’en finit plus. Les autres évoquent une trop grande implication du fait religieux dans le quotidien. Pour beaucoup parmi les jeunes, c’est aussi le coût de la vie qui sert d’aiguillon au départ : depuis cinq ans, les salaires ont stagné tandis que les prix de l’immobilier ont explosé. « J’ai beaucoup de mal à trouverun appartement décent à un prix normal, rapporte Danna Frank, une résidente de Tel-Aviv qui vient de terminer son école de cinéma. Quand je lis ce que racontent sur Facebook mes contacts partis à Berlin, ça me fait sérieusementréfléchir : il est clair qu’on y vit mieux avec beaucoup moins. »

Parmi les motivations des candidats à l'exil, la situation économique et la peur de la guerre.

L’émigration existe depuis la création de l’Etat hébreu. Mais elle reste un phénomène qui fait débat dans un pays construit par ses immigrants. La langue reflète ce malaise : les Israéliens partis à l’étranger sont surnommés yordim,« ceux qui descendent », par opposition aux nouveaux venus, les olim (« ceux qui montent »). Dans les années 1970, le premier ministre Yitzhak Rabin n’avait que mépris pour ces déserteurs traités de « mauviettes méprisables ». A l’automne 2013, un documentaire filmant le quotidien de jeunes Israéliens établis enEurope et aux Etats-Unis a relancé la polémique. Le ministre des finances Yaïr Lapid avait fustigé « ces gens prêts à jeter à la poubelle le seul pays qu’ont les juifs parce que Berlin est plus confortable ».

« PARTIR SERAIT COMME TRAHIR »

Pour le démographe Sergio Della Pergola, en dépit du tam-tam médiatique, le taux d’émigration est en réalité très faible. « Plus faible qu’en Suisse et dans la plupart des pays développés, précise-t-il. Et parmi ceux qui disent vouloir partir, il est difficile de distinguer ce qui relève de la discussion de salon ou du projetconcret. » Ce professeur à l’université hébraïque de Jérusalem affirme aussi que la question s’est banalisée : « Israël est une société plus mûre et la mobilité internationale y est devenue une donnée comme une autre. » C’est ce que semble montrer l’enquête de Channel 2 : chez 64 % des sondés, le sujet de l’émigration suscite des réactions de bienveillance ou d’indifférence. Seuls 36 % y sont hostiles.

Pourtant, les Israéliens tentés par l’exil confessent souvent une ambivalence face à leur projet. Michal et Avi (les prénoms ont été changés) ont vécu neuf ans à Londres. En janvier 2013, à la naissance de leur fille, ils sont revenus à Jérusalem. L’enchaînement de violences de l’été – kidnappings, meurtres et offensive sanglante à Gaza – les fait aujourd’hui douter. « La situation politiqueme désole et me donne envie de repartir, raconte Michal d’un ton voilé par l’émotion. Mais mes grands-parents ont choisi de quitter l’Allemagne et lesPays-Bas pour venir ici au début des années 1930. Partir définitivement après deux générations serait comme trahir un engagement. »

Le Monde.fr | 15.09.2014 à 04h48 • Mis à jour le 15.09.2014 à 11h27

Les Etats-Unis ont annoncé que plus de quarante pays participeraient, d’une manière ou d’une autre, à la coalition contre l’Etat islamique (EI). Parmi eux, vingt-cinq sont nommés dans une liste fournie par le département d’Etat. D’autres pourraient collaborer de manière plus discrète dans divers domaines :diplomatie, renseignement, assistance militaire, lutte contre le recrutement et les réseaux financiers du groupe djihadiste.

carte des membres de la coalition:

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel_interactif/2014/09/11/les-etats-de-la-coalition-internationale-face-a-l-ei_4485948_4355770.html

  • Les soutiens militaires

Etats-Unis : Le président, Barack Obama, a annoncé mercredi que le pays était prêt à lancer des frappes aériennes en Syrie contre l’EI. Il a par ailleurs indiqué que les forces américaines étendraient les raids qu’elles mènent en Irak depuis un mois. Au total, 1 600 militaires seront déployés pour apporter un appui aux forces armées en termes d’équipements, de formation et de renseignement.

France : Paris livre des armes aux peshmergas (combattants kurdes) et 58 tonnes de fret humanitaire dans la région d’Erbil depuis un mois. Le président François Hollande a promis vendredi à Bagdad d’aider « encore davantage militairement » l’Irak dans lutte contre l’EI. De source diplomatique, il serait « logique » que le pays participe à des frappes aériennes. Lundi matin,« les vols de reconnaissance français contre l’Etat islamique ont débuté au dessus de l’Irak ».

Royaume-Uni : Londres a livré des mitrailleuses lourdes et des munitions aux forces kurdes. La participation aux frappes aériennes est aussi envisagée, mais les autorités n’ont pas encore pris de décision. Le premier ministre, David Cameron, a affiché dimanche sa détermination à « prendre toutes nouvelles mesures nécessaires » après l’assassinat du travailleur humanitaire britannique David Haines.

Canada : Ottawa a annoncé le déploiement de plusieurs dizaines de militaires aux côtés des soldats américains conseillant les forces kurdes dans le nord de l’Irak. Une mission de trente jours reconductible.

Australie : Canberra a promis dimanche le déploiement de 600 militaires aux Emirats arabes unis (EAU) dans le cadre de la coalition internationale contre l’EI.

Allemagne : Trois livraisons sont prévues pour les combattants kurdes, à savoir30 systèmes de missiles antichars, 16 000 fusils d’assaut et 8 000 pistolets.

Italie : Rome a indiqué la livraison de mitrailleuses, ainsi que d’armes légères saisies par les autorités judiciaires italiennes il y a une vingtaine d’années à bord d’un navire à destination de l’ex-Yougoslavie.

L’Albanie, la Pologne, le Danemark et l’Estonie ont annoncé la livraison d’équipements militaires. Par ailleurs, les Philippines sont prêtes à rejoindre une alliance, selon les déclarations de son secrétaire aux affaires étrangères à l’Agence France-Presse, sans autre précision pour l’heure.

  • L’aide humanitaire et les dons

Arabie saoudite : Riyad s’est engagé à verser 500 millions de dollars au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Le grand mufti a qualifié les djihadistes d’« ennemi numéro un de l’islam ».

Turquie : Ankara a mandaté plus de 100 camions d’aide humanitaire et dressé un camp de réfugiés près de Dahuk, dans le nord de l’Irak.

Koweït : Le pays a alloué 10 millions de dollars d’aide humanitaire.

Australie : Canberra va accueillir 4 400 réfugiés irakiens et syriens et organise de nombreux largages humanitaires.

Le Royaume-Uni, le Canada, la France, la Norvège et la Pologne ont aussi envoyé de l’aide humanitaire. L’Italie, l’Espagne, l’Irlande et le Luxembourg ont annoncé le versement de dons. D’autres pays, dont le Japon, la Suisse, laCorée du Sud ou encore la Nouvelle-Zélande, ont fait des dons spécifiques au Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’Organisation des nations unies (ONU).

  • Le cas des pays du Golfe et des pays arabes

Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, a cherché cette semaine àrallier l’Egypte – qui conditionne sa participation sécuritaire à un mandat de l’ONU – et la Turquie – qui refuse pour l’instant de participer aux opérations armées – à la « guerre » que Washington a déclaré à l’EI. Dans son offensive diplomatique, il a obtenu jeudi à Djedda (Arabie saoudite) l’engagement, éventuellement militaire, de dix pays arabes, dont l’Arabie saoudite.

Les Etats-Unis pourraient trouver de l’aide à Bahreïn, siège de la Ve flotte américaine, au Koweït – qui accorde des facilités militaires aux Etats-Unis –, et au Qatar – qui met à la disposition des Américains la base aérienne d’Udeid et accueille le Centcom, commandement militaire chargé du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. L’attitude du Qatar reste en revanche incertaine ; Doha étant soupçonné en Occident de financer des groupes islamistes radicaux.

Les pays de la Ligue arabe se sont aussi engagés à lutter contre le terrorisme et l’EI aux niveaux « politique, sécuritaire et idéologique », mais individuellement peu de pays arabes ont décrit l’ampleur de leur implication.

  • Pas de participation de l’Iran et de la Syrie

L’Iran, qui n’a pas été convié à la conférence internationale prévue lundi 15 septembre à Paris pour organiser la lutte contre l’EI, a affirmé qu’il ne souhaitait de toute façon pas y participer. Téhéran aide néanmoins et conseille les Kurdes irakiens. « Dès les premiers jours, les Etats-Unis par la voix de leur ambassadeur en Irak ont demandé une coopération contre Daech. J’ai refusé car ils ont les mains entachées. Le secrétaire d’Etat américain a également demandé à Mohammad Javad Zarif [chef de la diplomatie iranienne] et il a refusé », a déclaré l’ayatollah Ali Khamenei sur Twitter, à la sortie de l’hôpital où il a été opéré de la prostate.

La Syrie de Bachar Al-Assad est aussi persona non grata dans la coalition internationale, malgré l’implantation du groupe sunnite dans le pays et la menace qu’il représente pour le régime.

Le Monde.fr avec AFP | 16.09.2014 à 19h08 • Mis à jour le 16.09.2014 à 21h21

Le nombre de colons israéliens en Cisjordanie occupée a atteint en juin 382 031 personnes, soit plus de 7 500 colons de plus que six mois plus tôt.

Le nombre de colons israéliens en Cisjordanie occupée a atteint en juin 382 031 personnes, soit plus de 7 500 colons de plus que six mois plus tôt, a annoncé mardi 16 septembre le principal mouvement de colons.

Entre les mois de janvier et juin, le nombre de colons a augmenté de 2 %, a indiqué le Conseil de Yesha, organisation regroupant des maires de colonies, soit quasiment le double de la croissance démographique dans le territoire israélien, qui atteint 1,9 % par an.

Selon Yesha, la plus grande colonie est Beitar Illit, au sud-ouest de Jérusalem, qui compte 63 087 habitants. Aux colons en Cisjordanie s’ajoutent les quelque 200 000 Israéliens installés à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israëldepuis 1967.

ILLÉGAL AU REGARD DU DROIT INTERNATIONAL

La communauté internationale ne reconnaît pas l’annexion de Jérusalem-Est et considère les colonies en territoire occupé comme illégales au regard du droitinternational. La poursuite de la colonisation dans les territoires occupés ou annexés est considérée comme une entrave majeure aux efforts déployés depuis des décennies pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

Pourtant, fin août, Israël a décidé de s’approprier 400 hectares proches de la colonie de Gva’ot, dans les environs de Bethléem en Cisjordanie occupée. Il s’agit de la plus grande saisie de terres en territoires palestiniens occupés depuis trente ans, selon l’ONG israélienne La Paix maintenant. Dix à 15 familles de colons vivent pour l’heure dans cette colonie, selon l’association, au sein du secteur largement colonisé de Gush Etzion (60 000 colons), entièrement sous contrôle israélien.

Cette décision a été condamnée par les Etats-Unis comme « contre-productive au regard de l’objectif fixé par Israël de parvenir à une solution négociée à deux Etats avec les Palestiniens ». Elle a été prise en réaction à l’enlèvement dans ce secteur et à l’assassinat de trois adolescents israéliens en juin.

Le mythe de l’invasion arabo-musulmane

Publié: 17 septembre 2014 par gandibleux dans Actualités, EI, Israël / Palestine, Monde, Société, USA
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Le monde diplomatique: par Raphaël Liogier, mai 2014

La maison du maître d’école « vendue par la mairie et transformée en mosquée »… Ces propos — pour le moins approximatifs — tenus le 11 avril sur Europe 1 par le philosophe Alain Finkielkraut révèlent des fantasmes désormais très répandus. Notamment grâce à « Eurabia », paru en 2005.

A l’automne 1956, la France et le Royaume-Uni, alliés d’Israël, occupent pendant quelques jours le canal de Suez, récemment nationalisé par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Mais, sous la pression soviétique et américaine, ils sont contraints de se retirer. En réaction à cette attaque, Nasser décide d’expulser des milliers de Juifs d’Egypte. Parmi eux se trouve une jeune femme dont le regard sur le monde sera surdéterminé par le traumatisme de l’expatriation : Gisèle Orebi, devenue plus tard célèbre sous le nom de plume de Bat Ye’or (« fille du Nil » en hébreu), mettra au point la version la plus radicale du complot musulman contre l’Occident.

Après avoir « gangrené » le Vieux Continent, affirme-t-elle, la« civilisation arabo-musulmane » en fera la conquête. Cette prédiction apocalyptique constitue la trame du best-seller qu’elle publia aux Etats-Unis en 2005, après plusieurs décennies de maturation : Eurabia,traduit en hébreu, italien, néerlandais et français (Jean-Cyrille Godefroy, Paris, 2006). Le sous-titre, L’axe euro-arabe, renvoie aux « forces de l’Axe » coalisées autour de l’Allemagne nazie durant la seconde guerre mondiale. D’après Bat Ye’or, citée en référence dans le manifeste du tueur norvégien d’extrême droite Anders Behring Breivik, un monde arabo-musulman conquérant serait en passe de submerger une Europe décadente et cynique. Celle-ci aurait marchandé, en échange d’une pluie de pétrodollars, son soutien indéfectible à la Palestine, l’ouverture béante de ses frontières méditerranéennes et l’acceptation, in fine, de l’islamisation.

Ce scénario pour le moins grossier (1) a connu un succès inattendu, au point de devenir un argument majeur de l’extrême droite européenne. En France, la présidente du Front national (FN), Mme Marine Le Pen, ne cesse de fustiger l’« impérialisme islamiste », qui se manifeste selon elle par l’ampleur des investissements saoudiens et qataris à l’étranger, et l’« islamisation de l’Europe », visible à travers le port du foulard (2). Son conseiller aux affaires internationales, le géopolitiste Aymeric Chauprade, déclarait quant à lui, quelques mois après le début du « printemps arabe » : « En favorisant l’effondrement des régimes autoritaires qui formaient le dernier écran protecteur de l’Europe face à la misère africaine, nous avons libéré des énergies qui vont travailler au service de trois buts : davantage d’immigration vers l’Europe, davantage de trafics, davantage d’islamistes. » (Valeurs actuelles,25 septembre 2011.)

Initialement confinée à quelques groupes extrémistes (en France, le Bloc identitaire, Riposte laïque, l’Observatoire de l’islamisation, etc.), la thèse d’Eurabia s’est diffusée et banalisée. Les partis politiques qui la défendent obtiennent des scores honorables aux élections. En Suisse, elle est portée par l’Union démocratique du centre ; en Norvège, par le Parti du progrès ; en Autriche, par le Parti libéral ; outre-Manche, par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni. Des intellectuels la promeuvent, certains explicitement, comme la journaliste italienne Oriana Fallaci (disparue en 2006), citée dès la première ligne du premier chapitre d’Eurabia, l’économiste allemand Thilo Sarrazin ou le romancier français Renaud Camus (3). Tous rencontrent de vifs succès en librairies.

Mais la vision de Bat Ye’or fait aussi vendre des journaux : on ne compte plus les « unes » de magazines consacrées à la « menace » musulmane. Quand L’Express met en scène le combat de « L’Occident face à l’islam » (6 octobre 2010) ou assène « Les vérités qui dérangent » sur l’islam (11 juin 2008), Le Point répond en agitant « Le spectre islamiste » (3 février 2011), promet de révéler « Ce qu’on ne dit pas sur la burqa » (21 janvier 2011) ou s’emporte face à « Cet islam sans gêne » (1er novembre 2012). Le Figaro Magazine, Valeurs actuelles, mais parfois aussi Marianne ou Le Nouvel Observateur n’ont pas des lignes très différentes (4).

Même des chercheurs sérieux dans leur domaine participent à la diffusion de la thèse d’Eurabia, tel l’historien Egon Flaig (5) en Allemagne. En France, la démographe Michèle Tribalat a signé une préface dithyrambique au livre à succès de Christopher Caldwell qui annonce l’effondrement d’une Europe vaincue par l’islam (6).

Existe-t-il vraiment une « menace arabo-musulmane » justifiant l’emballement médiatico-politique qu’Eurabia a contribué à provoquer ? Bat Ye’or affirme tout d’abord que les pétrodollars du Golfe permettent aux musulmans de « s’acheter » l’Europe — une émission de Canal Plus (20 mai 2013) s’intitulait « Qatar : conquérir le monde en quatre leçons ». Pourtant, si, en 2011, le Proche-Orient réalisait 22 % de ses exportations vers l’Europe et l’Amérique du Nord, il ne représentait que 5 % de celles de ces deux espaces (7). En d’autres termes, c’est l’Occident qui abreuve le Proche-Orient de ses devises, et non l’inverse.

Le volet « relations internationales » du scénario d’Eurabia n’est pas plus réaliste. Loin de se montrer complaisants à l’égard de la Palestine, les Etats européens sont de solides alliés d’Israël. Certes, comme le souligne avec insistance Bat Ye’or, ils ont voté pour la résolution 43/177 de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) en faveur de l’indépendance de la Palestine en 1988. Mais cent quatre nations ont alors fait de même — seuls les Etats-Unis et Israël ont voté contre.

Depuis, l’Union européenne ne s’est guère distinguée par son engagement pour la cause palestinienne, au contraire. Quand, en septembre 2011, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a remis au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon une demande de reconnaissance de la Palestine par le Conseil de sécurité, le Royaume-Uni et la France se sont empressés de déclarer qu’ils s’abstiendraient (8).

A défaut d’être achetée par les monarchies du Golfe, l’Europe est-elle menacée par un déferlement de populations musulmanes ? Selon les estimations les plus hautes qui circulent sur Internet, l’Union européenne serait actuellement habitée, secrètement, par cinquante millions de musulmans, et ce nombre devrait doubler dans les vingt ou trente ans à venir. Ces chiffres ne sont pas inventés par des hurluberlus, mais lancés par des gens a priori crédibles, comme le journaliste canadien Mark Steyn, père de l’expression « génocide européen » et l’un des principaux propagateurs du mythe d’Eurabia en Amérique du Nord. Selon lui, les musulmans devraient constituer 40 % de la population européenne en 2020.

Sachant que cette communauté — entendue au sens large — représente actuellement entre 2,4 % et 3,2 % de la population de l’Union européenne (douze à seize millions de personnes), il faudrait, pour voir se réaliser les prédictions de Steyn, que ces pourcentages soient multipliés par quinze en dix ans. Une évolution possible, affirment les adeptes d’Eurabia, car des vagues de musulmans immigrent en Europe, puis s’y « reproduisent » de manière exceptionnelle et appliquent une stratégie de conversions de masse. Sur ces trois points, la réalité des chiffres contredit leurs arguments.

Les sociétés européennes connaissent en effet un taux d’accroissement migratoire stable depuis les années 1980. Il est de 1,1 ‰ en France, de 3 ‰ au Royaume-Uni et de — 0,7 ‰ en Allemagne (chiffres de 2009). Seuls trois pays à majorité musulmane, le Maroc, la Turquie et l’Albanie, figurent parmi les dix premières communautés d’immigrants installés dans l’Union (9). De plus, les musulmans ne procréent pas davantage que les autres. Dans la plupart des pays musulmans, le taux de natalité est très proche de ceux observés dans les Etats occidentaux, et parfois même plus bas, comme en Iran (10). Et le taux de fécondité des femmes musulmanes installées en Europe connaît une baisse continue depuis les années 1970, jusqu’à rejoindre celui de la population générale au début des années 2000 (11).

Restent les conversions. Le 4 janvier 2011, le quotidien The Independentalertait ses lecteurs sur un risque d’« islamisation du Royaume-Uni »,car le nombre de convertis avait doublé depuis dix ans, passant de cinquante mille à cent mille personnes entre 2001 et 2011 (pour une population totale de soixante millions d’habitants). Une personne sur six cents serait convertie à l’islam ; à un rythme de cinq mille conversions par an (à peine plus qu’en France ou en Allemagne), il faudrait six mille ans pour que le Royaume-Uni devienne un pays à majorité musulmane.

Une « invasion » très lente, donc, surtout quand on la compare à la croissance étourdissante des conversions au christianisme évangélique et pentecôtiste dans le monde, par exemple en Chine et en Afrique : dix mille par jour (12) ! Il s’agit de la plus rapide progression religieuse de l’histoire — de zéro à cinq cents millions d’adeptes en moins d’un siècle —, mais peu de médias s’alarment de l’« évangélisation du monde »…

En dépit de son caractère fantaisiste, l’influence du scénario d’Eurabiane cesse de croître. L’ombre du complot musulman alimente une nouvelle logique de défense culturelle : défense des « valeurs » et du « mode de vie » des peuples européens « de souche » menacés par l’ensemble des minorités ethnoculturelles dont les musulmans représentent la quintessence idéale et terrifiante. Grâce au mythe d’Eurabia, des partis européens objectivement situés à l’extrême droite peuvent prétendre dépasser la distinction droite-gauche. Et se présenter, en falsifiant ces valeurs, comme des défenseurs du progrès, de la liberté, de la démocratie, de l’indépendance, de la tolérance, de la laïcité, séduisant ainsi au-delà de leur périmètre électoral habituel.

LE MONDE | 13.09.2014 à 10h58 • Mis à jour le 14.09.2014 à 08h47

Sous la bannière « Debout ! Plus jamais de haine des juifs », le Conseil central des juifs en Allemagne organise ce dimanche 14 septembre à Berlin une manifestation qui apparaît déjà comme un succès politique. Tous les partis, de la CDU à Die Linke, la gauche radicale, ainsi que la grande Confédération allemande des syndicats (DGB) soutiennent ce rassemblement. Le président de la République, Joachim Gauck, ainsi que de nombreux responsables politiques seront présents.

La chancelière, Angela Merkel, y prendra la parole, tout comme le cardinal Reinhard Marx et Nikolaus Schneider, plus hautes autorités des Eglises catholique et protestante allemandes, ainsi que Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, et bien sûr Dieter Graumann, président du Conseil central des juifs en Allemagne.

« NOUVEL ANTISÉMITISME »

S’ils ne prendront pas la parole, plusieurs responsables de la communauté musulmane ont envoyé un message de soutien à Dieter Graumann. L’idée de ce rassemblement date de cet été, lorsque des manifestations anti-israéliennes ont dégénéré. A Essen (Rhénanie-du-Nord – Westphalie), des manifestants ont tenté de s’en prendre à une synagogue, à Berlin un imam a appelé à « lescompter et à les tuer jusqu’au dernier » et on a entendu des slogans du genre« Hamas, Hamas, gazons les juifs ! ». Dieter Graumann avait alors dit que« c’était la pire période pour les juifs depuis le nazisme ».

Selon les responsables de la communauté juive, on assisterait en Allemagne à la montée d’un « nouvel antisémitisme ». Selon une enquête publiée par le Bundestag en 2011, près d’un quart des Allemands font preuve d’un antisémitisme larvé. Dans la communauté musulmane, ce pourcentage grimperait à 50 %. Le rabbin berlinois Daniel Alter, qui a lui-même été victime d’une agression, note que « l’antisémitisme a longtemps été tabou en Allemagne et que ce n’est plus le cas ».

Lors d'une manifestation contre l'antisémitisme, le 31 août à Francfort.

Dans certains milieux intellectuels, l’antisémitisme deviendrait même « tendance », se plaignent les responsables du Conseil central des juifs d’Allemagne, faisant notamment référence aux virulentes critiques de l’écrivainGünter Grass contre Israël.

Par ailleurs, en ce moment, les salafistes multiplient les provocations. Ainsi, début septembre, certains radicaux ont défilé dans les rues de Wuppertal (Rhénanie-du-Nord – Westphalie), revêtus de vestes orange portant la mention « Police de la charia ». Ils disaient aux clients de discothèques de ne pas boired’alcool ni d’écouter de musique et à ceux des salles de jeux de ne pas jouerd’argent. Une action qui a suscité des réactions hostiles, tant dans les médiasque chez les responsables politiques.

Mais y a-t-il pour autant un « nouvel antisémitisme » en Allemagne ? La réponse n’est pas évidente. Un jeune Berlinois de 23 ans, Armin Langer, qui fait des études pour devenir rabbin, estime même que ce sont « les musulmans qui sont les nouveaux juifs ». Vivant dans le quartier berlinois de Neukölln, décrit par Daniel Alter comme une « no-go area » pour les juifs – zone où il ne faut pas aller –, dénonce cette vision catastrophiste. Il a fondé à Neukölln, en début d’année, l’association Salaam-Schalom, qui regroupe juifs, musulmans et laïcs pour y favoriser le dialogue interculturel et religieux.

MONTÉE DU RACISME

Selon lui, il y a une montée du racisme en Allemagne et pas spécialement de l’antisémitisme. Il note que si plusieurs milliers de jeunes juifs ont quitté l’Union européenne, notamment l’Allemagne, ces dernières années, c’est autant pour des raisons économiques qu’en raison du climat d’insécurité qui y régnerait. D’ailleurs, fait-il remarquer, il y a également des milliers de juifs qui quittent Israël pour s’implanter en Europe, notamment à Berlin.

La communauté juive d’Allemagne, qui comptait 560 000 personnes en 1933 lors de l’arrivée des nazis au pouvoir, n’en comptait plus que 15 000 après la guerre. Aujourd’hui, il y aurait un peu plus de 120 000 juifs en Allemagne, ce qui en ferait la troisième communauté en Europe, après la Grande-Bretagne et laFrance. Une très grande majorité d’entre eux sont arrivés de l’est de l’Europe, notamment de Russie, dans les années qui ont suivi la réunification. C’est notamment parce que la communauté juive en Allemagne est la seule à se développer en Europe que le Congrès juif mondial tient à Berlin, les 15 et 16 septembre, son assemblée annuelle.

Frederic Lemaitre

Israël : le choc des 43 « refuzniks »

Publié: 14 septembre 2014 par gandibleux dans Actualités, Israël / Palestine, Monde

43 officiers et soldats israéliens, réservistes de la prestigieuse unité de renseignement 8 200, refusent de combattre les Palestiniens. Et le font savoir.

En Israël, c’est le choc de cette fin de semaine. La publication par le grand quotidien Yedioth Aharonot d’une lettre rédigée par 43 officiers et soldats, tous réservistes de la prestigieuse unité de renseignement 8 200. Les signataires, dont la censure interdit de publier les noms, déclarent refuser désormais de « participer aux actions contre les Palestiniens et de continuer à être les outils du renforcement du contrôle militaire sur les territoires occupés ». « Le service de renseignement, écrivent-ils, permet le contrôle permanent de millions de personnes à l’aide d’une surveillance en profondeur, très intrusive, et qui s’immisce dans de nombreux secteurs du quotidien des individus. Toutes choses qui ne permettent pas de vivre normalement. Sans compter qu’elles alimentent encore plus la violence et font s’éloigner la résolution du conflit… »

Ils rappellent que la population palestinienne, vivant sous un régime militaire depuis quarante-sept ans, est totalement exposée à l’espionnage et la surveillance du renseignement israélien, sans aucune des limitations draconiennes qui, dans ce domaine, s’appliquent, en les protégeant, aux citoyens israéliens. « Nous avons signé cette lettre dans un sentiment d’urgence, a déclaré à la radio Daniel (un nom d’emprunt) . Quand j’ai rejoint l’unité, il y a 10 ans, je savais que j’allais faire un travail important pour la défense d’Israël. Aujourd’hui, nous avons compris que la situation est différente. Que la seule mission de notre unité dans les territoires occupés n’est pas la défense du pays, mais le contrôle d’un autre peuple. »

 Joyau du renseignement militaire et de l’espionnage, l’unité 8 200 est considérée comme l’oreille et, d’une certaine manière, l’oeil de l’armée. Elle est spécialisée dans l’écoute électromagnétique et le déchiffrement des codes. Seules les meilleures recrues rejoignent ses rangs, les bacheliers les plus doués en maths, en physique et en informatique. En la quittant, après leur service parfois prolongé de plusieurs années, ils sont nombreux à créer des start-up. De fait, 8 200 est à l’origine du boom technologique israélien de ces 20 dernières années. Jusqu’en 2001, sa mission était entièrement tournée vers l’ennemi extérieur, la Syrie, le Liban, l’Iran, etc. C’est le Premier ministre Ariel Sharon qui, en 2001, au début de la seconde intifada et dans le cadre de la lutte contre les attentats-suicides, a rajouté les Palestiniens à cette liste.

« La vie des autres »

Parmi les problèmes de conscience des 43 « refuzniks », les liquidations ciblées tiennent une place prépondérante en raison des bavures ayant entraîné la mort d’innocents. « N », une jeune femme de 26 ans aujourd’hui employée d’une start-up, raconte : « Après avoir repéré un individu à côté de ce qui était un dépôt d’armes, une frappe ciblée est décidée. Je me souviens de l’image sur l’écran. Le suspect est dans un champ. Le missile part. Il y a une explosion, de la fumée. Une femme court vers lui. C’était sa mère et nous venions de tuer un enfant… je ne sais même pas s’il y a eu enquête. » Quant à « Y », il accuse : « Notre travail n’était pas seulement tactique. Nous devions aussi collecter des informations très privées concernant des Palestiniens sans lien aucun avec le terrorisme. Par exemple, un homosexuel ou une personne malade ayant besoin d’un traitement coûteux en Israël. Nous devions les signaler. Car ils pouvaient être ainsi la cible d’un chantage afin d’en faire des collabos… »

Pour « D », 29 ans, capitaine de réserve, le moment déclencheur eut lieu dans une salle de cinéma, lors de la projection de La Vie des autres,ce film de 2006 évoquant la mise sur écoutes par la Stasi, la police secrète est-allemande, d’une grande partie de la population. « J’étais en état de choc. D’un côté, je m’identifiais aux victimes. La façon dont on les traquait les privait des droits les plus élémentaires. De l’autre, j’ai soudain compris que, lors de mon service militaire, j’avais été du côté de ceux qui traquent. Que nous faisions exactement la même chose, seulement d’une façon beaucoup plus efficace. »

Dans le passé, à plusieurs reprises, des réservistes ont exprimé publiquement leur refus de la politique israélienne à l’égard des Palestiniens. On se souvient des 27 pilotes et des 13 membres du commando d’état-major qui, en 2003, n’ont plus voulu prendre part aux liquidations ciblées. Mais, pour l’unité 8 200, c’est une première. Même si, selon le spécialiste des affaires de défense et du renseignement à Yedioth Aharonot Ronen Bergman, un lieutenant avait reçu, en 2003, l’ordre de préparer le bombardement du QG du Fatah à Khan Younès, il avait refusé parce que des civils s’y trouvaient. « Il s’agit, avait-il dit, d’un ordre évidemment illégal. » Finalement, il avait été limogé et libéré de l’armée, sans être traduit en justice. Visiblement, explique Ronen Bergman, l’armée ne voulait pas que les questions inhérentes à cet acte de rébellion fassent l’objet d’un débat public. Cette lettre des 43 va-t-elle permettre à ce débat d’avoir lieu ? Peut-être ! répond le journaliste de Yediot. Mais d’ores et déjà les contre-feux sont allumés. D’autres réservistes de 8 200 font circuler une lettre condamnant l’initiative des refuzniks et affirmant qu’en fait l’unité sauve des vies. Une autre organisation, proche du mouvement de colonisation, réclame leur limogeage immédiat et déclare qu’ils « ne méritent pas de porter l’uniforme de Tsahal ».

Quel sera l’effet de cette « lettre des 43 » ? Jusqu’à présent, ce genre de protestation n’a eu que des échos limités. En 2012, les déclarations très dures de six anciens grands patrons du Shin Beth contre la politique gouvernementale d’occupation, dans le cadre du film The Gatekeepers, ont été très vite oubliées. L’oeuvre a eu plus de succès à l’étranger qu’en Israël.