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Le Monde.fr avec AFP | 09.03.2014 à 14h43 • Mis à jour le 09.03.2014 à 18h37

Un seul candidat, désigné par le parti unique, est autorisé à solliciter les suffrages dans chacune des 687 circonscriptions – ici, le leader de Corée du Nord, Kim Jong-Un.

Un seul candidat, désigné par le parti unique, est autorisé à solliciter les suffrages dans chacune des 687 circonscriptions – ici, le leader de Corée du Nord, Kim Jong-Un. | AFP/KNS

Les Nord-Coréens ont voté dimanche 9 mars pour une élection parlementaire avec, dans chaque circonscription, un seul candidat désigné. Cet exercice, loin des pratiques démocratiques, permet aux autorités de recenser les défections à l’étranger.

Des électeurs « fous de joie » se précipitaient dans les bureaux de vote à travers le pays, dansant en cercles dans les rues en costume traditionnel ou jouant de la musique en l’honneur de l’homme fort du pays, Kim Jong-un, a rapporté l’agence d’Etat KCNA.

Un seul candidat, désigné par le parti unique, est autorisé à solliciter les suffrages dans chacune des 687 circonscriptions. Les électeurs n’ont qu’à choisir entre « oui » et « non » sur le bulletin de vote. Le taux de participation en 2009 était de 99,98 %, avec un taux d’approbation des candidats de 100 %… Le vote se déroulait dimanche sans difficulté, selon KCNA, avec une participation de 91 % en début d’après-midi.

Les médias officiels, qui rappelaient le devoir « de tout individu » de se rendredans les bureaux de vote pour y déposer son bulletin – même si légalement, ce n’est pas obligatoire –, ont abondamment promu le scrutin et la participation électorale en publiant des poèmes intitulés par exemple Flots de l’émotion et du bonheur.

EXÉCUTION DE PLUSIEURS CADRES

Il s’agit de la première élection de l’Assemblée suprême du peuple depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un, après la mort de son père Kim Jong-il, en décembre 2011. Comme son père avant lui, Kim se présente dans la circonscrition numéro 111, celle du mont Paektu.

Le mont Paektu est situé dans les confins septentrionaux de la Corée du Nord, près de la frontière chinoise. Il est considéré comme sacré par les Nord-Coréens car le fondateur du pays, Kim Il-sung, père de Kim Jong-il, y établit un camp de guérilla antijaponaise du temps de la colonisation de la Corée par le Japon.

Les élections parlementaires se tiennent normalement tous les cinq ans et l’assemblée ne se réunit qu’une ou deux fois par an, souvent lors d’une session unique d’une journée pour voter le budget et entériner les décisions prises par le Parti des travailleurs. La dernière session remonte à avril 2013. Y avait été adopté un décret spécial officialisant le statut de puissance nucléaire de la Corée du Nord.

Le réel intérêt du scrutin pour les observateurs étrangers est de découvrir la liste finale des candidats, susceptible de fournir des indications sur les grâces et disgrâces au sein du régime après la purge ordonnée l’an dernier par Kim Jong-un.

Le dirigeant nord-coréen a écarté un certain nombre de personnalités du cœur dupouvoir et fait exécuter plusieurs cadres dont son propre oncle et mentor, Jang Song-thaek, mis à mort en décembre sous l’accusation de trahison et corruption.

Escalade des tensions entre la Chine et le Japon

Source: AFP© reuters.

La Chine doit prendre des mesures de rétorsion, « même excessives », après la visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe au sanctuaire de Yasukuni, estimait vendredi un média d’Etat chinois, tandis que des analystes pointaient le danger d’une escalade des tensions.

« Les gens en ont assez des vives condamnations futiles et toujours pareilles », écrivait le quotidien Global Times dans un éditorial, citant la protestation officielle émise par le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi.

Wang avait fait état jeudi de sa « vive condamnation » après le geste de Shinzo Abe, premier chef de gouvernement nippon depuis 2006 à se rendre au sanctuaire controversé de Yasukuni au coeur de Tokyo.

Yasukuni, un sanctuaire shintoïste, honore les 2,5 millions de soldats morts pour le Japon durant les guerres modernes, mais abrite aussi les noms de 14 criminels de guerre condamnés en 1946 et symbolise ainsi le passé militariste japonais.

« La Chine doit prendre des contre-mesures appropriées et même légèrement excessives », sous peine « d’apparaître comme un tigre de papier », a poursuivi le journal, réputé pour son ton nationaliste. Le quotidien suggère ainsi de « mettre Abe et ses hommes de main », dont les ministres et députés qui ont rendu visite cette année au sanctuaire, sur une « liste noire » de personnes « totalement indésirables » et leur interdire toute visite en Chine durant cinq ans.

Il s’agirait d’un « avertissement pour la prochaine génération de politiciens japonais », conclut le journal, demandant que le Premier ministre japonais soit considéré « comme les terroristes et les fascistes ».

De son côté, la Corée du sud, qui a elle aussi souffert des exactions nippones durant la deuxième guerre mondiale, avait exprimé « sa colère » après la visite « anachronique » d’Abe.

Vendredi, des manifestants, âgés pour la plupart d’une soixantaine d’années ou davantage, se sont réunis à Séoul pour scander des slogans contre Abe et demander le boycott des produits nippons.

Des échauffourées ont éclaté avec les forces de police, quand celles-ci ont tenté d’empêcher que soient brûlés des drapeaux japonais. Des scènes similaires ont été observées à Hong Kong, où des manifestants ont mis le feu à des drapeaux de l’armée japonaise, mais aussi à des portraits du général de la deuxième guerre mondiale Hideki Toko et d’Abe lui-même.

Pour les analystes, la visite d’Abe à Yasukuni témoigne de sa volonté de faire effectuer un tournant à droite au pays, et pourrait exacerber les tensions géopolitiques déjà vives en Asie du nord-est.

Les relations entre Tokyo et Pékin se sont sérieusement dégradées depuis plus d’un an en raison d’une querelle de souveraineté sur des îles inhabitées en mer de Chine orientale, administrées par le Japon sous le nom de Senkaku mais revendiquées par la Chine sous celui de Diaoyu.

Dans un commentaire publié vendredi, le Quotidien de l’Armée populaire de libération a estimé que cette visite au sanctuaire controversé « montre encore une fois l’impunité avec laquelle Abe s’avance dans la voie droitiste », y voyant « un signal très dangereux ».

Les criminels de guerre honorés à Yasukuni sont « des diables, des bouchers, des bourreaux, qui avaient du sang sur les mains, et qui ont bouleversé les existences de millions de personnes en Asie », a poursuivi le journal.

L’invasion de la Chine par le Japon dans les années trente a fait plusieurs millions de morts dans la population chinoise et a été marquée par de nombreuses atrocités de la part des troupes japonaises.

« Je pense que c’est extrêmement irresponsable » de la part d’Abe, a commenté Jia Qingguo, expert en relations internationales à l’université de Pékin.

« Peut-être croit-il vraiment que l’histoire de la deuxième guerre mondiale a été distordue par le reste du monde » mais il devrait être « conscient des conséquences négatives » de ses actes, a indiqué M. Jia à l’AFP.

Alors que les autorités japonaises avaient avancé qu’il s’agissait d’une visite à titre privé, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a estimé vendredi que cet argument était « faible et ne valait même pas qu’on prenne la peine de le réfuter ».

« Tout ce que nous voyons, c’est l’hypocrisie et les contradictions » du Premier ministre nippon, a ajouté Mme Hua, tout en refusant de s’exprimer sur les mesures spécifiques que Pékin pourrait adopter.

A Tacloban, le 8 novembre.

LE MONDE | 14.11.2013 à 11h36 • Mis à jour le 14.11.2013 à 18h47 |Par Florence de Changy (Tacloban (Philippines), envoyée spéciale)

Six jours après le passage du typhon Haiyan, la population de Tacloban, sur l’île de Leyte dévastée par des vents de plus de 320 km/h, manque encore de tout. A l’exception de la route principale, déblayée depuis lundi 11 novembre, le sol reste jonché d’un mélange indescriptible de tôles ondulées, de branches d’arbres et de camions renversés, qui donnent à l’ensemble des lieux, autrefois bucoliques, l’allure d’une immense décharge. Par endroits, l’odeur des cadavres putréfiés brise la respiration.

Comment les rescapés ont-ils réussi à survivre dans cette apocalypse ? Même si la population fait preuve d’un stoïcisme étonnant – beaucoup s’en remettent à Dieu –, la lenteur inexplicable des secours conduit petit à petit au sentiment profond d’être abandonnés de tous.

Manolo, un futur père de 30 ans, et sa femme enceinte Quincy attendent depuis des heures près de la piste de l’aéroport de Tacloban. Leur nom est enfin sur une liste, annoncent-ils fièrement. Ils n’attendent qu’à être appelés. « On a tout perdu, pourquoi rester ? Il n’y a plus rien ici, ni nourriture, ni eau potable, ni abri, ni vêtements… »

« PASSÉ 10 HEURES DU MATIN, C’EST DÉJÀ N’IMPORTE QUOI »

Avec le même espoir d’être embarqués vers Manille, la capitale du pays, ou Cebu, une île proche dont l’essentiel des terres a été épargnée, plusieurs centaines de personnes font la queue devant la grille d’entrée de l’aéroport. Une « entrée » symbolique puisque l’aéroport n’a plus ni murs ni enceinte. Même la tour de contrôle a été partiellement détruite. Elle a été investie par quelques survivants qui veulent suivre de près l’activité aérienne. C’est ici que se joue leur survie : qu’il s’agisse de voir l’aide tant attendue arriver, ou de voir embarquer leurs proches malades ou fragiles.

Malgré les ornières de boue et les flaques d’eau, Marc Lugo, un étudiant de 29 ans, a passé la nuit sur place avec sa sœur, son beau-frère et leurs trois jeunes enfants. Le bébé de six mois porte la même couche depuis des jours. « Au leverdu soleil, il y a un semblant d’ordre et d’organisation, mais, passé 10 heures du matin, c’est déjà n’importe quoi, raconte Marc. Personne ne connaît les règles et seuls quelques malades ont eu droit à un peu d’eau .»

Trois familles ont décidé de partir ensemble. Leontia Ogatia gère les 19 enfants. Elle a déjà fait la liste des trente partants sur un morceau de carton d’emballage. Sorte de carte d’identité qui leur permettra peut-être de passer les contrôles, là-bas, au bout de ce long serpent humain, assoiffé et affamé.

Sur la piste, les vrombissements des réacteurs et des hélices sonnent la promesse d’une vie meilleure. Angeline, 22 ans, seconde sa tante Leontia et porte, outre un bébé sur la hanche, un sac rempli de provisions diverses. « Oui oui, on a détruit le supermarché », dit-elle en rigolant. « Qu’est-ce que vous voulez que l’on fasse ? On n’a rien reçu depuis le début. Il n’y a pas eu le moindre approvisionnement. »

ECHANGES DE COUPS DE FEU

Pas une boutique n’a rouvert à Tacloban où tous les rideaux de fer semblent avoirété forcés. Les distributeurs de billets qui n’ont pas pu être pillés sur place, ont été emportés. La façade du grand centre commercial Robinson est entièrement éventrée. Télévisions et machines à laver ont été volées. Angeline confirme qu’un couvre-feu a été instauré. Mais, d’après elle, ce n’est pas ça qui explique la fin des pillages : en réalité les magasins sont vides.

Depuis quelques jours, la peur, surtout la nuit, est là. Les 700 prisonniers des deux maisons d’arrêt de la zone se seraient échappés. Escortées par les hommes de la famille, Maria Miller, 56 ans, et sa nièce Eunice, sont, elles aussi venues, à l’aéroport. Elles sont encore sous le choc de la nuit terrifiante qu’elles viennent depasser alors qu’un groupe d’inconnus rôdait dans leur village.

D’autres rescapés parlent de la milice des rebelles de l’armée nationale populaire (NPA). « Ce sont des bandits mais comme ils sont armés, ils profitent du chaos pour descendre des montagnes et commettre pillages et attaques », déclare le soldat Luis, de l’armée philippine.

L'urgence est de ramasser les cadavres dont la décomposition est un vrai danger sanitaire.

Mardi, un garçon de 13 ans a été poignardé à la nuit tombante. Mercredi midi, lapolice dont la présence a été considérablement renforcée depuis vingt-quatre heures, a fermé un quartier entier de Tacloban. Des échanges de coups de feu ont été entendus et c’est, selon le maire de la ville, à cause de ces troubles qu’une cérémonie funéraire de masse n’a pas pu avoir lieu.

Au « Dôme », la salle polyvalente multisports qui a abrité 5 000 personnes pendant le typhon, il reste quelques dizaines de personnes. Les escaliers qui mènent aux gradins ont servi de poubelles et de latrines. Dehors, une ambulance a déployé un mini-hôpital de campagne. On y panse les plaies, on y distribue des antibiotiques et on pique contre le tetanos. Les médecins commencent à recevoir des bébés déshydratés, avec fièvre et diarrhée, un signe inquiétant.

CORPS MALADROITEMENT CACHÉS

Dans la bourgade « Paradiio » (« le paradis »), trois petits conduits d’eau ont été identifiés sous terre. Installé sur son tabouret, Nelson Albuyan, un vieil homme souriant, s’est autoproclamé gardien de l’eau. Pour éviter qu’elle ne coule quand il n’y a pas de « clients », il plie les tuyaux en deux et les serre d’un morceau de ferraille. « Technologie japonaise, conceptualisée par les Philippines », lance-t-il à l’égard de volontaires Japonais qui admirent l’astuce. Le vol rase-mottes de deux hélicoptères de l’armée philippine interrompt la conversation. « A part admirer le paysage, je ne sais pas très bien ce qu’ils font… » commente-t-il, sans la moindre trace de colère.

Le vieillard dit que l’urgence serait de ramasser les cadavres dont la décomposition est un vrai danger sanitaire : « Il y en a un qui a explosé pas loin.On ne peut pas toucher à cela. C’est vraiment au gouvernement ou à l’armée de s’en occuper. »

Sur la route de 11 km qui relie l’aéroport à la ville, des corps gonflés, au point d’avoir triplé de volume, deviennent si noirs qu’on dirait qu’ils ont été calcinés. Ils sont maladroitement cachés, ici sous un morceau de tôle arraché, là sous un panneau publicitaire. Des alignements de sacs noirs bordent aussi l’artère. Nelson a entendu dire que toute la zone devrait être évacuée pour être désinfectée. Mais quand ? Comment ? Dieu seul le sait…

Mercredi en fin d’après-midi, les opérations de secours ont visiblement accéléré, en partie grâce aux aux forces américaines présentes et à leurs hélicoptères qui font des navettes incessantes avec l’île de Cebu, notamment. A la base militaire de Manille, un nouveau contingent de marines tout juste arrivé d’Okinawa s’apprête à monter un camp sur place. C’est désormais à l’aide américaine que s’accrochent les derniers espoirs des Philippins de Tacloban.

Florence de Changy (Tacloban (Philippines), envoyée spéciale)