Archives de la catégorie ‘Amérique latine’

Le président bolivien, Evo Morales, a été élu largement dimanche 12 octobre à la tête du pays, pour un troisième mandat de cinq ans. Selon les résultats encore non officiels, il totalise une écrasante majorité des suffrages, soit 61 %.

La majorité des six millions d’électeurs se sont montrés reconnaissants envers cet ancien berger de lamas qui a su amener la Bolivie à une stabilité politique et économique sans précédent. « Aujourd’hui nous sommes dignes. Plus jamais nous ne serons mendiants, ni humiliés », aime-t-il à répéter après neuf ans à la tête de ce pays enclavé, aux finances dopées par la nationalisation des hydrocarbures.

« NOUVEAU TRIOMPHE DU PEUPLE BOLIVIEN »

Le dirigeant de gauche a dédié cette victoire électorale à ceux qui « luttent contre l’impérialisme », notamment « à Fidel Castro et à Hugo Chavez ».« Merci pour ce nouveau triomphe du peuple bolivien », a-t-il lancé depuis le balcon du palais présidentiel.

Selon les résultats des instituts Mori et Ipsos, relayés par les chaînes de télévision, le président l’emporte largement dans tous les départements du pays, à l’exception du Beni (nord-est), qui va à son rival Samuel Doria Medina, du parti Unité démocrate.

VOTE OBLIGATOIRE DANS LE PAYS

Au niveau national, M. Medina remporte 24 % des voix ; l’ex-président conservateur Jorge Quiroga, 9 % ; le candidat du Parti Vert, Fernando Vargas, 3 % ; et le social-démocrate Juan del Granado, 3 %. Ces résultats non officiels portent sur 100 % du décompte des voix. Evo Morales obtiendrait également 111 des 130 députés de la chambre basse et 25 des 36 sièges de sénateurs.

Quelque six millions de Boliviens ont voté dimanche dans le calme. Pour la première fois, plus de 200 000 Boliviens de l’étranger ont pu faire entendre leur voix lors de cette huitième élection depuis le retour à la démocratie. Le vote est obligatoire dans le pays sous peine d’une amende élevée. La consommationd’alcool a été interdite quarante-huit heures avant le suffrage et jusqu’à douze heures après, ainsi que le port d’armes à feu.

Arrivé au pouvoir en 2006 avec 54 % des voix dès le premier tour, Evo Morales avait été triomphalement réélu en 2009 avec 64 % des suffrages. Il est le plus ancien président en exercice du continent. Le premier chef de l’Etat amérindien de Bolivie a affronté les électeurs fort d’une stabilité politique inédite dans un pays qui a connu 160 coups d’Etat depuis l’indépendance, en 1825.

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Le Monde.fr avec AFP | 23.04.2014 à 00h35 • Mis à jour le 23.04.2014 à 09h48

Pneus brûlés en guise de barricades, coups de feu et casse : de violentes émeutes ont éclaté dans la soirée du mardi 22 avril dans une favela du quartier touristique de Copacabana, dont deux grandes avenues et un tunnel ont été fermées à la circulation. Un jeune homme, qui aurait environ 30 ans, a été tué d’une balle dans la tête au cours des affrontements.

A l’origine de cette flambée de violence : un danseur de la favela Pavao-Pavaozinho, Douglas Rafael da Silva Pereira, 25 ans, aurait été tué par les forces de l’ordre après avoir été confondu avec un trafiquant de drogue, selon la policecitée par les médias brésiliens.

Ses amis affirment qu’il a été battu à mort par la police alors qu’il s’était réfugié dans une école de la favela qui bénéficiait d’une unité de police pacificatrice (UPP) depuis décembre 2009 en vue de la sécurisation de la ville pour la Coupe du monde (12 juin-13 juillet). La police explique que  :

« Les circonstances de la mort de Douglas font l’objet d’uneenquête. Le rapport fait sur place indique que les blessures de Douglas sont compatibles avec une mort occasionnée par une chute. Témoins et habitants seront convoqués pour témoigner. »

« ON EST BLOQUÉS CHEZ NOUS »

« Cela a commencé vers 17 h 30 [22 h 30 à Paris]. Il y a de la fumée partout, des tirs dans la rue et des personnes courent pour rentrer chez elles. De nombreux camions du BOPE [police d’élite] viennent de monter dans la favela [de Pavao-Pavaozinho]. On est bloqués chez nous, on ne peut pas sortir », a déclaré à l’AFP Etienne, un étudiant français installé à Rio, qui habite dans la rue Saint Roman, rue qui monte à la favela.

Des hélicoptères survolaient la zone où un trafiquant surnommé « Pitbull » était recherché.

Jasper, étudiant néerlandais qui habite également dans la rue Saint-Roman, a également témoigné à l’AFP : « J’ai essayé de rentrer chez moi en taxi par Ipanema, mais le taxi n’a pas voulu aller jusqu’au bout et a fait demi-tour. Là, en redescendant, on a vu des groupes de personnes portant des armes, peut-être des policiers en civil. »

L’électricité était coupée dans toute la favela, selon un autre témoignage, et la rue Saint Roman était toujours bloquée par les forces de l’ordre à 19 h 30 locales (0 h 30 à Paris).

Aurélien Lachaud (st.)
Mis en ligne il y a 2 heures

Pour déstabiliser le pouvoir à Cuba, les Américains auraient soutenu en sous-main un « Twitter cubain ».

Ils sont plusieurs milliers à Cuba, à avoir pianoté sur « ZunZuneo », sorte de Twitter à la sauce cubaine. Personne ne savait que ce réseau social était en fait piloté par l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid). C’est ce que rapportent des journalistes d’Associated Press, jeudi 3 avril, documents à l’appui.

Nourrir la contestation

Dans un pays où l’accès à Internet est étroitement surveillé et sous contrôle de l’Etat, les créateurs de ce réseau social ont dû détourner l’attention et faire preuve de discrétion. L’argent qui alimentait « ZunZuneo » était placé dans les îles Caïmans, lieu bien connu pour son opacité bancaire. Il transitait ensuite jusqu’à Cuba, par le biais d’une société-écran basée en Espagne.

Pénétrer la société cubaine

A l’instar de Twitter, ZunZuneo désigne en cubain le sifflotement d’un oiseau. Mais le volatile n’aura pas gazouillé longtemps. Lancé en 2010, il a séduit au maximum 40 000 Cubains avant de disparaître en septembre 2012, au moment où les financements ont cessé. Selon les journalistes américains, l’objectif visé initialement consistait à toucher la société cubaine, principalement les jeunes, de manière à favoriser des manifestations contre le pouvoir communiste en place. Le but était également de récolter un maximun d’informations sur les utilisateurs cubains, et notamment leur orientation politique.

De nombreuses zones de flou entourent cette nouvelle affaire à l’arrière-goût de guerre froide. De leur côté, les dirigeants de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international n’ont pas souhaité réagir aux révélations avancées par Associated Press.

Selon l’agence, le fondateur de Twitter Jack Dorsey aurait même été approché dans ce projet, auquel il aurait finalement refusé de prendre part.

Edward Snowden propose au Brésil de collaborer

Publié: 17 décembre 2013 par gandibleux dans Actualités, Amérique latine, Monde, USA

Edward Snowden.

 

Le Monde.fr | 17.12.2013 à 18h19

L’ancien consultant des services secrets américain Edward Snowden, à l’origine d’accusations de surveillance de plusieurs pays par les Etats-Unis, a proposé auBrésil sa collaboration dans le cadre d’enquêtes sur l’espionnage d’activités brésiliennes par la NSA.

Le quotidien brésilien Folha de S.Paulo a publié mardi 17 décembre une lettre ouverte (consultable en anglais sur le site du Guardian) de l’ancien consultant des services secrets américains, actuellement réfugié en Russie. Le texte s’adresse au « peuple brésilien » et explique qu’Edward Snowden est prêt à « contribuer »aux enquêtes du Sénat brésilien sur les cas d’espionnage du Brésil.

 

 

En juillet, des informations publiées dans la presse démontraient que le Brésil était l’un des principaux pays visés par le programme de surveillance de la NSA, aux côtés de la Chine, la Russie, l’Iran et le Pakistan. Sur la base des documents de la NSA fournis par Edward Snowden, ce seraient 2,3 milliards d’appels téléphoniques et de mails brésiliens qui auraient été interceptés en dix ans.

Après ces révélations, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, avait vivement condamné l’espionnage américain devant l’Assemblée générale de l’ONU aprèsavoir suspendu une visite d’Etat à Washington prévue pour octobre.

UNE DEMANDE D’ASILE EN CREUX

Dans sa lettre, Edward Snowden salue cette réaction du Brésil face aux accusations d’espionnage américain portant notamment sur des communications de Dilma Rousseff et de ses proches collaborateurs, ainsi que de responsables de la compagnie pétrolière publique Petrobras.

« Plusieurs sénateurs brésiliens ont demandé mon aide dans leurs enquêtes sur des crimes pouvant avoir été commis contre des citoyens brésiliens », peut-onlire dans le document publié mardi

Edward Snowden y indique avoir « répondu qu'[il était] prêt à les aider […], mais [que] malheureusement le gouvernement américain a beaucoup œuvré pourlimiter sa capacité de le faire. […] Jusqu’à ce qu’un pays m’offre un asile politiquepermanent, le gouvernement américain continuera à limiter ma liberté d’expression. »

Dans l’article accompagnant cette lettre, le journal Folha de S.Paulo affirme que le but d’Edward Snowden est bien de venir dans le pays où est déjà installé le journaliste américain Glenn Greenwald, avec qui Snowden a collaboré pour l’exploitation journalistique et la publication – notamment dans Le Monde – des documents de la NSA en sa possession.

« Si le gouvernement brésilien a de la gratitude pour les révélations [de Snowden], il est logique de le protéger », avait récemment déclaré Greenwald. Son compagnon, le journaliste brésilien David Miranda, a entamé, à la fin de novembre, une campagne de soutien demandant l’asile de Snowden dans le pays.

Alors que Brésil a une forte tradition d’octroi de l’asile politique, ni la présidence du Brésil, Dilma Rousseff, ni le ministère des affaires étrangères brésilien n’ont encore commenté la lettre publiée mardi. La publication de cette dernière intervient alors que la Maison Blanche a réaffirmé, lundi, son refus d’octroyer une amnistie à Edward Snowden.

Des murs peints en blanc et quelques mots en noir, dont la poésie surprend au milieu du paysage urbain d’une vingtaine de pays latino-américains. Une seule signature : Accion poetica

"Le ciel à tes pieds", une des nombreuses fresques d' Accion poetica de Tucuman, en Argentine

« Le ciel à tes pieds », une des nombreuses fresques d’ Accion poetica de Tucuman, en Argentine

Lorsqu’il a lancé Accion poetica, à Monterrey (nord-est du Mexique), l’écrivain Armando Alanis Pulido ne se doutait pas que ce mouvement essaimerait, en dix-sept ans, dans toute l’Amérique latine et en Europe. A l’origine de son initiative, un constat – « le déclin de la littérature et de la poésie » – et une statistique  : en  1996, les Mexicains ne lisaient plus qu’un livre par année en moyenne.

Mais comment réhabiliter l’écrit et la poésie locale ? Mario Murgia Elizalde, professeur à l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM), avance que le principal obstacle entre le peuple et la poésie est l’idée préconçue que cette dernière est opaque, difficile à lire et à comprendre. En réaction, l’idée d’Armando Alanis avec Accion poetica était de « fondre la poésie dans le paysage urbain de manière à ce qu’elle interpelle les passants et provoque la réflexion ». « Nous cherchons à peindre des phrases courtes- si possible pas plus de dix mots- qui puissent parler à tous en transmettant des messages positifs. Pas de politique. Pas de religion », précise-t-il. D’où le choix tacite du thème amoureux au départ.

« No esperes que te olvide, no olvides que te espero » (N’espère pas que je t’oublie, n’oublie pas que je t’attends ), extrait d’une chanson du rappeur « Shé », par la plus ancienne des Acciones poeticas, l’Accion poetica de Monterrey, au Mexique.

Le mouvement s’est répandu grâce au bouche à oreille. Au Mexique tout d’abord,  où il est présent dans de plus de vingt villes. « A partir de 2002, les réseaux sociaux ont pris le relais, transformant ce projet local en un mouvement international  », constate Antonella Moyano, un des piliers du mouvement au Pérou, pays où Accion poetica « sévit » dans dix-huit villes. Aujourd’hui, cette poésie silencieuse a « colonisé » les murs de plus de vingt-cinq pays.  La majorité d’entre eux – Argentine, Pérou, Equateur, Chili etc. – se trouvent en Amérique du Sud. Mais le concept a franchi l’Atlantique, de l’Espagne en passant par l’Italie, jusqu’en Angola.

« Amor, amor, encontrame ! » (Amour, amour, rencontre moi ! ») Accion poetica de Cordoba, en Espagne.

Accion poetica est à l’image d’une nouvelle génération de poètes qui cherchent et trouvent des moyens originaux pour défendre leur art, de manière indépendante. « Nous sommes tolérés par les pouvoirs publics. Nous ne leur demandons rien : ni subventions, ni reconnaissance. La plupart des murs peints le sont avec l’autorisation de leurs propriétaires et notre propre argent », explique un membre d’Accion poetica de Quito, en Equateur. Les fresques sont créées en plein jour et le mouvement s’identifie en opposition aux actes de vandalisme.

« Te amo desde el principio de tu verso hasta el final de tu historia» (Je t’aime de tes premiers vers jusqu’à la fin de ton histoire. )

Peint par Accion poetica de Quito (Equateur) sur un mur de l’avenue Simon Bolivar

L’irruption de ces « artivistes » déclenche chez les riverains beaucoup de curiosité et des réactions positives, affirme Antonella Moyano. « Les voisins viennent souvent nous voir pendant que l’on peint. Notre démarche les intrigue, ils nous questionnent.  La plupart du temps, ils nous remercient. Ces phrases apportent un peu de beauté dans des quartiers où il ne fait pas vraiment bon vivre et permet aux gens de se distancer de leur quotidien. »

Ayudame a no pedir ayuda

« Ayudame a no pedir ayuda » (Aide moi à ne pas demander de l’aide)

Acción poetica de la ville de Tucuman, au nord de l’Argentine.

Accion poetica ne se limite plus au registre amoureux. Les participants, qui ne signent jamais de leur nom mais de celui de leur mouvement, s’adaptent aux contextes sociaux des lieux où ils se trouvent. Ils écrivent leurs rêves (« Quiero ser libre, pero a tu lado », J’aimerais être libre, mais à tes côtés), ironisent (« Tambien los sueños viajan en camión », Les rêves aussi voyagent en camion), donnent des conseils (« Sonrie, es gratis », Souris, c’est gratuit ). Tous défendent une vision de l’humain qu’une fresque chilienne résume : « Naciste para ser real, no perfecta » (Tu est née pour être vraie, pas pour être parfaite). Accion poetica estime que, entouré des actes illogiques et absurdes qui construisent son quotidien, l’homme doit trouver un moyen de les transformer en jeu, de déformer et reformer consciemment sa réalité par une action consciente. Cette action est la poésie réinventée par ce mouvement.

Tambien de este lado hay sueños

« Tambien de este lado hay sueños » (De ce côté-là aussi, il y a des rêves),

écrit à Tijuana, la plus grande ville de l’Etat mexicain de Basse-Caroline, du côté mexicain de la frontière avec les Etats Unis

« Chaque mur a aussi son histoire, et beaucoup de phrases sont des messages personnels », indique Cristina Oliva Serrano, une participante d’Accion poetica Trujillo, troisième plus grande ville du Pérou. Elle a elle-même choisi un hommage (« Una rosa para ti de acà hasta el cielo » (Une rose pour toi, d’ici au ciel), dédié à sa grand-mère décédée, qui porta jusqu’à son dernier jour une rose rouge entrelacée dans ses cheveux blancs.

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« Que lo unicó que muera en mi ciudad sea el miedo y la insecuridad » (Que ce qui meure dans ma ville ne soit que la peur et l’insécurité),

Accion poetica de Ciudad Juarez, ville frontière du Nord du Mexique, qui a connu près de dix homicides par jour en 2010, selon Amnesty International.

Pour Antonella Moyano,  Accion poetica prouve que, même si l’industrie du livre sur papier est en débandade, « la poésie est toujours vivante», évolue et conquiert de nouveaux territoires. Miguel Cruz, cofondateur d’Accion poetica à Ciudad Juarez, ville tristement célèbre de l’Etat mexicain de Chihuahua pour l’extrême violence qui y règne due au narcotrafic, renchérit  : « Accion poetica peint l’espoir de ma ville et de ma génération pour un avenir moins effrayant.»

Léonore Stangherlin (Monde Académie)