Retour sur l’escalade des violences à Jérusalem

Publié: 20 novembre 2014 par gandibleux dans Actualités, Israël / Palestine, Monde
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LE MONDE | 19.11.2014 à 08h26 • Mis à jour le 19.11.2014 à 13h34 |Par Hélène Sallon
Funérailles de trois des quatre victimes de l'attentat de mardi 18 novembre à Jérusalem.
L’attentat contre la synagogue Kehilat-Yaakov dans le quartier d’Har Nof, à Jérusalem, qui a fait cinq victimes, mardi 18 novembre, est le dernier acte d’un cycle d’attaques et de représailles qu’Israéliens et Palestiniens semblent incapables de juguler. Depuis l’échec des négociations de paix bilatérales, sous égide américaine, en avril, les deux camps semblent n’avoir pour seule perspective qu’une escalade de la haine réciproque et de la violence.
  • L’enlèvement de trois jeunes Israéliens, le 12 juin, avive les tensions

L’étincelle a été l’enlèvement de trois jeunes Israéliens, Naftali Fraenkel, Gilad Shaar et Eyal Yifrach, par une cellule isolée du Hamas près du bloc de colonies de Goush Etzion en Cisjordanie, le 12 juin. La nouvelle de leur enlèvement avait suscité l’espoir au sein de la population palestinienne que ces « trois Shalit » – du nom du soldat israélien enlevé par le Hamas en 2006 et libéré en 2011 contre 1 027 prisonniers palestiniens – soient échangés contre de nouveaux prisonniers. Le sujet était alors à vif dans la société palestinienne avec la grève de la faim suivie depuis avril par des dizaines de prisonniers pour dénoncer leur détention.
La réponse du gouvernement israélien avait été à la mesure de l’effroi ressenti par la population israélienne. Se gardant de révéler au public les éléments qui pointaient déjà vers leur mort, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, avait lancé l’opération « Gardiens de nos frères » en Cisjordanie pour retrouver les trois jeunes et leurs ravisseurs. Le bouclage du district d’Hébron et l’arrestation de plus de 400 sympathisants et membres du Hamas avaient été vécus comme une « punition collective » par les Palestiniens. Des affrontements entre jeunes Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes avaient fait neuf morts et des dizaines de blessés.
  • Le bilan de l’attaque d’une synagogue à Jérusalem-Ouest s’alourdit

    Un policier druze a succombé hier à ses blessures, portant à 5 le nombre de personnes tuées hier par deux Palestiniens dans le quartier de Har Nof, un bastion du parti ultra-orthodoxe israélien Shass. L’attaque, la plus meurtrière depuis 2008, a eu lieu durant la prière du matin. Les attaquants, armés de hachoirs et d’un pistolet, ont ensuite été abattus par la police. Il s’agit de deux cousins originaires de Jérusalem-Est, et pères chacun de plusieurs enfants. L’attentat intervient au surlendemain de ce que les Palestiniens ont qualifié de ‘crime raciste’. Un chauffeur de bus palestinien a été retrouvé pendu à Jérusalem-Ouest. Un suicide selon la médecine légale israélienne, ce que la famille de la victime et un médecin légiste palestinien contestent. Seule certitude, une dizaine de proches des assaillants palestiniens a été interpellée hier, alors que l’État hébreu enterrait ses morts. Des milliers de personnes ont assisté le jour même aux funérailles de trois des victimes devant les lieux du drame. Les rabbins Aryeh Kupinsky, Cary Willam Levine et Avraham Goldberg, ont ensuite été inhumés dans un cimetière proche.

  • Les tensions s’étendent à Jérusalem-Est pendant l’été

Les tensions ont gagné les quartiers arabes de Jérusalem-Est, le 2 juillet, lorsque Mohammed Abou Khdeir, un Palestinien de 16 ans du quartier de Chouafat, est retrouvé mort, brûlé vif. Le meurtre avait été perpétré par trois juifs extrémistes en représailles à la découverte des corps des trois jeunes Israéliens, deux jours plus tôt. Elle a libéré les expressions de haine au sein d’une frange extrémiste de la population israélienne, chauffée à blanc par les discours revanchards de certains responsables politiques.
La guerre déclenchée, le 8 juillet, dans la bande de Gaza par Israël, en représailles aux tirs de roquettes des groupes armés palestiniens, a encore avivé cette colère. Pendant les cinquante jours de guerre, qui ont fait plus de 2 140 victimes côté palestinien, les émeutes ont été quasi quotidiennes à Jérusalem-Est. En dépit des appels répétés du Hamas à une troisième intifada, le mouvement a été contenu. Les cellules du mouvement islamiste n’ont ni les capacités ni la marge d’action pour susciter un vaste soulèvement dans les territoires. Partisan de la voie diplomatique, le président palestinien, Mahmoud Abbas, a maintenu la coopération sécuritaire avec Israël, au point d’interdire la plupart des manifestations de soutien avec la bande de Gaza pour éviter toute déstabilisation.
  • Les attentats isolés marquent une escalade de la violence

La fin de la guerre de Gaza, le 26 août, n’a pas éteint les foyers de tensions à Jérusalem-Est. La multiplication des annonces de nouveaux projets delogement dans les colonies et les provocations d’extrémistes juifs appelant à une remise en cause du statu quo sur l’esplanade des Mosquées ont alimenté de nouvelles émeutes. Le gouvernement Nétanyahou y a opposé une réponse sécuritaire, qui s’est traduite par plus de 1 000 arrestations depuis l’été et de nouvelles restrictions à l’accès sur l’esplanade des Mosquées. Celles-ci ont été levées sous la pression de la Jordanie, garante du statu quo.
Fin octobre, les attaques d’individus isolés se sont systématisées, traduisant une nouvelle escalade de la violence. Certaines de ces attaques ont été menées par des membres du Djihad islamique ou du Hamas, qui ont appelé àmultiplier les attentats de cette nature. Le 22, un Palestinien a jeté sa voiture sur un arrêt du tramway, tuant un bébé. Le 29, Yehuda Glick, extrémiste religieux juif de renom, militant pour l’accès des juifs au Mont du temple, a été victime d’une tentative d’assassinat. Deux autres attentats à la voiture-bélier ont été perpétrés à Jérusalem, le 5 novembre, faisant un mort. Une bavure policière contre un Arabe israélien, tué le 8 novembre à Kfar Cana, a étendu le cycle actuel de violences au-delà de Jérusalem, vers le nord du pays. Deux jours plus tard, deux attaques au couteau, ont fait deux morts en Cisjordanie et à Tel-Aviv. Dans la nuit, des colons israéliens ont incendié la mosquée du village palestinien d’Al-Mughayir, près de Ramallah en Cisjordanie.
L’attentat contre la synagogue d’Har Nof, à Jérusalem, marque un nouveau palier. Il a été perpétré au surlendemain de ce que les Palestiniens ont dénoncé comme un « crime raciste », celui d’un chauffeur de bus palestinien, Youssef Ramouni, retrouvé pendu dans son dépôt de Jérusalem-Ouest. La médecinelégale israélienne a conclu à un suicide, une version contestée par un médecin légiste palestinien. Cette attaque conforte la droite israélienne dans son choix d’une ligne sécuritaire dure et éloigne la perspective d’une reprise des négociations de paix avec l’Autorité palestinienne.
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