L’explosion démographique ne s’arrêtera pas au cours de ce siècle

Publié: 21 septembre 2014 par gandibleux dans A contre-courant, Actualités, Monde

Le monde: , par Pierre Barthélémy

Même si elle fait bien moins souvent la « une » des gazettes que les retours programmés des uns ou des autres à la vie politique, il s’agit d’une des questions majeures pour le siècle en cours : combien la Terre comptera-t-elle d’habitants humains en 2100 ? L’incroyable explosion démographique que nous connaissons depuis quelques décennies – nous étions 2,5 milliards en 1950, nous sommes 7,2 milliards aujourd’hui – va-t-elle prendre fin bientôt ? Les scénarios retenus ces dernières années par l’ONU n’ont cessé de dériver. Dans les années 2000, on a d’abord évoqué une stabilisation autour de 9 milliards d’habitants en 2050, puis on a glissé vers une stabilisation plus tardive, vers 2100 aux alentours de 10 milliards d’habitants. Même cette hypothèse corrigée pourrait se révéler trop optimiste si l’on en croit une étude parue dans Science le 18 septembre et principalement conduite par des démographes des Nations unies, selon laquelle la stabilisation si attendue n’aura probablement pas lieu au cours de ce siècle.

Le mot le plus important de la phrase précédente est « probablement ». En effet, la nouveauté de cette étude est une approche probabilistique des projections, qui permet de quantifier le degré de confiance que l’on peut leur accorder. Surtout, elle se base sur une analyse statistique approfondie des données recueillies ces dernières années pour estimer, le plus objectivement possible, l’évolution prévisible des facteurs démographiques les plus importants, et notamment le taux de fécondité. Jusqu’à présent, ces estimations étaient réalisées par les experts… qui n’étaient pas toujours d’accord entre eux. L’article de Science se base quant à lui sur des équations décrivant le plus précisément possible l’évolution récente du taux de fécondité dans les grandes régions de ce monde.

Principal résultat de l’étude : il n’existe que 30 % de chances pour que la population de la planète atteigne un plateau au cours de ce siècle. Selon les chercheurs, il y a 8 chances sur 10 pour qu’elle soit comprise entre 9,6 et 12,3 milliards d’humains en 2100, le milieu de cette fourchette s’approchant des 11 milliards. Interrogé par Science sur ce qui pourrait infirmer ces projections, l’un des auteurs de ce travail, Adrian Raftery (université de l’Etat de Washington) a déclaré : « Il se pourrait que nous ayons des épidémies, des guerres ou des troubles qui engendrent une mortalité massive. Mais pour être honnête, il faudrait un événement d’une magnitude énorme pour faire dévier cette trajectoire. »

Comme on peut le voir sur la répartition par continent ci-dessous, l’Asie, à la fin du siècle, restera probablement le continent le plus peuplé, mais il existe de bonnes chances pour qu’elle soit alors déjà en train de redescendre la montagne démographique après en avoir atteint le sommet aux environs de 2050.

Ainsi que le montre clairement le graphique, c’est l’explosion programmée de la population africaine qui va alimenter la croissance démographique de l’humanité à la fin du siècle. Actuellement d’un milliard d’habitants, elle s’inscrira très probablement (taux de confiance de 95 %) en 2100 dans une fourchette comprise entre 3,1 et 5,7 milliards d’habitants. Si l’on s’en tient au chiffre médian de 4,2 milliards, cela représente un quadruplement de la population actuelle du continent !

Ce phénomène est dû à la persistance d’un taux de fécondité élevé chez la majorité des Africaines. Longtemps les démographes ont prévu qu’il baisserait au même rythme que celui constaté en Asie et en Amérique latine depuis les années 1950, mais ce n’est pas ce qui advient dans la réalité. Même si le taux de fécondité en Afrique baisse depuis un petit moment, les experts ont remarqué récemment que ce déclin ralentissait. Cela s’explique à la fois par un accès aux moyens de contraception compliqué pour un quart des femmes et par la persistance d’un modèle familial avec une norme de 4 à 5 enfants. L’étude donne pour exemple le cas du Nigeria, pays déjà le plus peuplé d’Afrique avec 160 millions d’habitants, qui a 9 chances sur 10 de passer la barre des 500 millions d’ici à la fin du siècle.

Dans la dernière partie de leur étude, les démographes insistent sur l’évolution d’un autre critère important à leurs yeux, celui du nombre d’actifs par retraité, qui s’obtient en divisant la population âgée de 20 à 64 ans par la population de 65 ans et plus. Actuellement, le taux le plus bas du monde est détenu par le Japon, pays vieillissant qui ne fait plus guère d’enfants : 1,9, soit moins de deux actifs pour une personne âgée. Ce nombre, exceptionnel aujourd’hui, devrait être des plus banals pour les pays développés dans un proche avenir. L’étude ne donne pas les chiffres de la France mais ceux de notre voisin allemand. Aujourd’hui, le nombre d’actifs par retraité est de 2,9 outre-Rhin mais il devrait connaître un déclin très rapide, passant à 1,7 en 2035 et à 1,4 en 2100. Le phénomène ne touchera pas que les pays les plus développés : des géants démographiques que sont la Chine, l’Inde et, dans une moindre mesure, le Brésil devraient aussi connaître ce vieillissement rapide d’ici à la fin du siècle. Comme le dit l’étude, il est déjà temps pour eux d’investir une partie des bénéfices qu’ils tirent d’une population abondante et jeune dans des systèmes de protection sociale pour les personnes âgées de demain

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