Moyen-Orient : les risques d’un engagement

Publié: 12 septembre 2014 par gandibleux dans Actualités, USA

Editorial du « Monde ». En entrant à la Maison Blanche, Barack Obama avait déjà annoncé une partie de son legs à l’Histoire. Il voulait être le président qui mettrait fin à deux malheureuses aventures américaines à l’extérieur : l’Irak et l’Afghanistan.

Pour l’Irak, au moins, c’est raté. Washington s’engage à nouveau dans ce pays. Même s’il ne s’agit que d’une campagne aérienne, elle peut être « longue », a dit, mercredi 10 septembre, M. Obama. La mission est complexe : défaire l’Etat islamique (EI), ce groupe djihadiste qui contrôle un vaste morceau de territoire à cheval sur la Syrie et l’Irak.

Ce faisant, les Etats-Unis s’impliquent dans un invraisemblable imbroglio moyen-oriental. Ils interviennent dans deux guerres civiles – en Syrie et en Irak. Mais celles-ci sont elles-mêmes l’expression d’un conflit régional plus large, à la fois stratégique et religieux – la bataille entre la majorité sunnite du monde arabe et sa minorité chiite qu’appuie cette puissance non arabe qu’est l’Iran…

Dire que le terrain est miné relève du délicat euphémisme. Et les précédentes interventions américaines dans la région n’incitent pas à l’optimisme. Mais la question qui se pose est la suivante : M. Obama avait-il le choix ? Elle s’adresse aussi à François Hollande, le plus engagé des Européens auprès des Etats-Unis dans cette affaire.

Produit des tragédies que s’inflige le monde arabe, l’Etat islamique est un mouvement terroriste puissant, riche, porteur d’une idéologie totalitaire et ne reculant devant aucune violence. Il s’est taillé un territoire, vend du pétrole en contrebande, s’est emparé de la deuxième ville d’Irak, menace les faubourgs de Damas et risque de déstabiliser, demain, la Jordanie et le Liban.

M. Obama a jugé, sans doute à raison, qu’il était de l’intérêt des Etats-Unis d’enrayer cette course à l’abîme dans une région déjà en proie au chaos. Il a l’appui des Européens et, plus particulièrement, de la France.

Ceux-là savent que l’EI séduit nombre de jeunes musulmans d’Europe, avec le dessein affiché de les entraîner à l’action terroriste. « On ne peut pas laisser secréer un sanctuaire islamiste à cinq heures de vol de Paris », dit-on dans la capitale française. Sans doute à raison, là aussi.

Pour l’heure, M. Obama a le soutien massif de l’opinion américaine, que les actes barbares de l’EI a retournée. Il a l’appui du Congrès, des démocrates comme des républicains (pas forcément un bon signe…).

Officiellement, il a aussi l’appui du monde arabe. A la suite de l’Irak et de l’Arabie saoudite, dix pays arabes au moins devraient dire, lundi 15 septembre, à Paris, qu’ils apportent leur assistance logistique et financière à cette campagne – mais, curieusement, pas de participation directe aux opérations militaires.

Désireux de protéger la majorité chiite au pouvoir en Irak, l’Iran ne le dit pas mais se range activement, sur le terrain, aux côtés des Etats-Unis dans cette affaire…

Bombarder des bases disséminées sur un vaste terrain, et souvent en pleine ville, ne sera pas facile. Plus difficile encore est le nécessaire accompagnementpolitique. Il faut forcer Bagdad à faire la paix avec ses minorités. Il faut peserpour mettre un terme à la tragédie syrienne. Cela implique un investissement politico-diplomatique massif. Au moins autant qu’une intervention militaire.

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