Émeutes à Ferguson: les Etats-Unis sont-ils un pays raciste ?

Publié: 30 août 2014 par gandibleux dans Actualités, Monde, USA

Quelques années après l’affaire Trayvon Martin, du nom de ce jeune noir abattu par un vigile qui sera par la suite blanchi par la Justice, les Etats-Unis s’embrasent de nouveau après qu’un policier ait tué un jeune noir dans des circonstances obscures. Les Etats-Unis n’ont-ils pas encore fait tomber les barrières raciales ?

Voilà près de dix jours que des émeutes ont lieu dans la petite ville de Ferguson, dans la banlieue de Saint-Louis, au Missouri. Dix jours d’affrontements entre manifestants noirs et forces de l’ordre depuis qu’un jeune homme de couleur a été abattu par un policier dans des circonstances controversées. La mort de Michael Brown et les émeutes qui s’en sont suivies suscitent un intérêt national aux Etats-Unis où elles ravivent le spectre de la ségrégation et du racisme. Mais est-ce vraiment de cela qu’il s’agit ?

Pour Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis, interrogée par Europe1 et20minutes.fr, « Ferguson, banlieue de Saint Louis, c’est une communauté qui n’a jamais fait face à son histoire raciale. Les villes qui ont connu de grandes émeutes tragiques, dans les années 60-70, ont fait des réformes, et notamment l’embauche de policiers noirs pour que la police ne soit plus reconnue comme force d’occupation« .

Or à Ferguson, si une grande majorité de la population est noire, les autorités et les policiers sont en grande partie blancs. « Il y a toujours à Ferguson, une hostilité et une méfiance mutuelle entre les noirs et la police. Face à un garçon noir très grand qui déambule dans la rue, la police a visiblement vu un suspect et a pu le traiter avec une brutalité extrême. Du côté des noirs, il y a une méfiance, la police est perçue comme une menace et pas comme une protection« .

La police fait d’autant plus peur à Ferguson qu’elle y est fortement armée, comme l’ont montré de nombreuses photos prises lors des événements. Les médias américains relèvent à quel point Ferguson ressemble à une « zone de guerre » et critiquent la « militarisation » de certaines polices aux Etats-Unis, note France TV Info.

En outre, la police n’en serait pas à sa première bavure à Ferguson, comme le relève également France TV Info, citant des médias américains.

The Atlantic publie les témoignages de résidents noirs de Ferguson qui expliquent le harcèlement policier dont ils sont victimes. En 2009, une affaire avait déjà fait grand bruit dans cette petite ville du Missouri. Henry Davis, un homme noir, avait été arrêté par erreur : c’était son homonyme qui était recherché. Mais il avait quand même été passé à tabac. Quelques jours plus tard, il était poursuivi pour avoir taché les uniformes des policiers avec son sang…

Pour la première fois, Amnesty International a envoyé une équipe sur le sol américain pour vérifier ce qu’il se passait à Ferguson. « Les Etats-Unis ne peuvent continuer à autoriser ceux qui sont censés protéger la population à devenir ceux que la population craint le plus« , a ainsi estimé le directeur exécutif d’Amnesty aux Etats-Unis, Steven W. Hawkins.

Ailleurs aussi

Mais la situation de Ferguson est-elle si particulière ? Pas pour Nicole Bacharan qui note que « ce drame met en lumière des situations qui n’ont pas disparu dans d’autres villes. C’est pourquoi il rencontre un tel écho dans le pays et sur les réseaux sociaux« .

Des internautes font ainsi circuler sur les réseaux sociaux d’autres histoires de violences policières sur des personnes de couleur :

De nombreuses discriminations

Selon USA Today, citant des statistiques (incomplètes) du FBI portant sur une période de sept ans jusqu’à 2012, un policier blanc tue une personne noire près de deux fois par semaine aux Etats-Unis. Mother Jones a fait une compilation de plusieurs statistiques montrant également que les noirs sont surreprésentés parmi les victimes de tirs policiers.

En 2013, le Pew Research Institute publiait une étude montrant que la population noire-américaine est encore loin d’avoir le même niveau de vie que la population blanche. Ainsi, en 1967, un ménage noir gagnait 55% de ce que gagnait un ménage blanc… pour 59% en 2011.

Le taux de chômage des populations noires est lui le double de celui des blancs depuis les années 50.

27,6% des Américains vivant sous le seuil de pauvreté sont ainsi des noirs, alors que ceux-ci ne représentent que 13% de la population totale.

En 2010, les hommes noirs étaient plus de six fois plus susceptibles d’être incarcérés que les hommes blancs.

« Les statistiques relatives à l’application de la peine de mort indiquent que la race, notamment de la victime, reste un facteur important dans l’application de la peine de mort aux États-Unis. Le risque d’être condamné à mort est quatre fois plus grand lorsque la victime est blanche que lorsqu’elle est noire, et jusqu’à 11 fois plus grand quand l’auteur du crime est un Noir et la victime blanche », explique Amnesty International, cité par France TV Info.

En 2013, un sondage, publié par Reuters, montrait que seulement un blanc sur dix aurait un compagnon ou une compagne d’une autre « race », et que 40% des blancs n’auraient aucun ami issu d’une autre minorité. Une réalité loin d’un vrai « melting pot » donc.

Pourtant, il y a quand même quelques signes d’amélioration selon Heather McGhee, vice-présidente de Demos, un groupe de réflexion américain sur l’égalité, citée par l’AFP : un président afro-américain est au pouvoir et de plus en plus de noirs fréquentent les bancs des écoles et universités.

Mais les préjugés deviennent plus insidieux. « Les préjugés sont devenus inconscients. C’est devenu rare de dire explicitement que vous ne voulez pas embaucher un Noir. Mais nous savons combien les stéréotypes agissent sur les personnes qui prennent des décisions », explique Heather McGhee.« Quand c’est inconscient, c’est bien plus difficile à combattre », déplore-t-elle.

Il y a un peu plus de 50 ans, le 2 juillet 1964, le président Lyndon Johnson signait le « Civil rights act », mettant ainsi fin à la ségrégation raciale, résultat d’un combat de plusieurs dizaines d’années.

Mais il aura encore fallu des années pour que les noirs américains deviennent des citoyens à part entière.

J.C.

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