Israël: comment savoir qu’un produit provient des Territoires occupés?

Publié: 30 juillet 2014 par gandibleux dans Actualités, Israël / Palestine, Monde
La Belgique souhaite mettre en place un nouveau label pour permettre aux consommateurs de distinguer, parmi les produits en provenance d’Israël, ceux qui proviennent des territoires occupés. Outre le fait que les grandes surfaces auront le choix de l’imposer ou non, les grandes enseignes et les entreprises importatrices ne sont actuellement pas en mesure de certifier que ces produits ne proviennent pas des Territoires occupés.

Une réalité dénoncée depuis le 21 février 2014 par une campagne du Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11),« Made in Illegality ».

Or, selon l’organisation non gouvernementale belge de solidarité internationale, « les échanges économiques et commerciaux entre l’UE et Israël sont très importants ». « En 2010, l’association israélienne Who Profits estimait qu’Israël avait exporté des fruits et légumes pour une valeur totale de 2,1 milliards de dollars, dont 66% vers le marché européen », peut-on lire sur le site internet de la campagne.

Le problème est que ces produits (fruits, légumes, vins, produits manufacturés, etc.) sont systématiquement étiquetés « Made in Israël », sans préciser s’ils viennent des Territoires occupés. Ce qui rend quasiment impossible l’identification de leur localisation d’origine sauf pour des produits très précis comme les gazéificateurs SodaStream. Des machines à Soda fabriquées dans la colonie de Maale Adumim, la 3ème plus grande colonie de Cisjordanie avec ses quelque 40 000 colons israéliens.

Pour le reste, comme pour les dattes, olives, figues, agrumes, melons, goyaves, pastèques, vignes, poivrons, concombres, oignons, herbes aromatiques, tomates-cerise, aubergines et patates douces, les principaux produits cultivés dans les colonies israéliennes de la vallée du Jourdain, c’est presque mission impossible dans les conditions actuelles.

Mêmes difficultés pour les produits de la vigne. Le marché viticole israélien est contrôlé par six maisons (Carmel Winery, Barkan Winery, Teperberge 1870 Winery, Binyamina et Tishbi Estate Winery) et toutes possèdent des vignobles en territoires occupés syrien (Golan) et/ou palestinien. À l’exception de quelques marques, il est donc impossible de distinguer les vins produits à base de raisin cultivé en Israël des vins pour lesquels des vignes dans les Territoires palestiniens occupés ont été exploitées.

Comment appliquer ce nouveau Label en Belgique ?

Du côté des grosses enseignes présentes en Belgique, on préfère s’abstenir de commentaire sur le sujet. Tous s’en remettent à Comeos, la fédération professionnelle belge pour le commerce et les services, qui s’est fendue d’un communiqué à la mi-journée.

Selon elle, ce label ne sera probablement pas utilisé par les grandes chaînes de distribution vu la complexité du système à mettre en œuvre (trois étiquettes différentes à appliquer ; comment vérifier ? ; par qui ?) et les coûts supplémentaires que cela engendrerait.

Son administrateur délégué, Dominique Michel, interrogé par Daphné Van Ossel, parle même de« très mauvaise idée ». « Tout le monde sait bien que c’est une question politique, le gouvernement veut se donner l’impression qu’il fait quelque chose et demande aux consommateurs de prendre position », dit-il. Or, pour lui, « le rôle du commerçant n’est pas de prendre position dans un débat politique ».

Dominique Michel rappelle que « si le gouvernement veut donner un signal à Israël, il a d’autres moyens pour le faire », comme par exemple, rappeler un ambassadeur.

Et de conclure : « Je crois que c’est un coup dans l’eau et que le gouvernement le sait parfaitement ».

Des « subventions généreuses » pour investir dans les colonies

Les investissement dans les Territoires occupés sont pourtant volontairement encouragés par les autorités israéliennes. Selon le CNCD, « des subventions sont généreusement octroyées par l’État israélien » à tout Israélien qui décide d’y investir dans les secteurs industriels et agro-industriels :« Avantages fiscaux, ristournes sur la location des terrains, fonds alloués pour la recherche et le développement, etc. Sans oublier de mentionner les fonds considérables investis par le gouvernement pour la construction d’infrastructures à l’usage des colons, notamment les routes qui leur sont réservées et qui permettent l’accès rapide aux marchés israélien et étranger ».

Un dispositif qui n’est pas sans effet puisque, ces dernières décennies, « les Palestiniens ont perdu un tiers de leurs terres agricoles, en partie à cause des spoliations des colons qui ont bénéficié de l’appui de l’État israélien », rapporte l’ONG israélienne, Kerem Navot, citée par le CNCD.

Sont cités en exemple la vallée du Jourdain et la zone industrielle de Michor Adumin.

On apprend ainsi qu’« en 1975, afin de construire la colonie de Maale Adumim, Israël a exproprié 3000 hectares de terres dans la zone où vivaient les bédouins Jahalins. Au cours des années suivantes, il a procédé à de nouvelles expropriations et destructions de maisons et de biens appartenant aux Jahalins pour implanter le parc industriel de Mishor Adumim. En 1991, Israël a donné à Maale Adumim le statut de ville et a continué de l’agrandir. Trois ans plus tard, l’administration civile a ordonné l’expulsion de dizaines de familles jahalins installées sur des terrains voués à accueillir un nouveau quartier de la colonie. Aujourd’hui, la colonie de Maale Adumim s’étend à 7 kilomètres à l’est de Jérusalem » et « la zone industrielle de Mishor Adumim abrite une production importante dans les secteurs du plastique, du ciment, du tannage du cuir, des détergents et de l’aluminium ».

Des sociétés internationales impliquées dans ces investissements

Parallèlement, des sociétés internationales contribuent à leur manière à la réalisation de ces infrastructures dans les Territoires occupés. Le CNCD en cite trois :

« G4S, multinationale britannico-danoise qui fournit à travers sa filiale israélienne des services et des équipements de sécurité aux postes de contrôle israéliens, aux prisons où sont détenus des prisonniers politiques palestiniens au sein d’Israël et à des entreprises privées dans les colonies;

Alstom et Veolia, multinationales françaises, impliquées, depuis 2004, dans le projet de tramway qui relie Jérusalem aux colonies voisines en violation du droit international;

En Belgique, c’est le groupe bancaire Dexia SA, dont l’État belge est actionnaire majoritaire, qui est lui aussi directement impliqué dans le financement des colonies à travers sa filiale israélienne, Dexia Israël. Malgré les campagnes dont le groupe a fait l’objet et ses déclarations de séparation de sa filiale, Dexia SA est toujours lié à Dexia Israël qui continue à financer les colonies israéliennes à travers notamment des prêts accordés aux municipalités ».

 

C. Biourge

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