Après un « dérapage » sexuel

Publié: 4 juin 2014 par estellavaras dans A contre-courant
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Une opinion de Charles Delhez Publié le mardi 03 juin 2014 à 18h58 – Mis à jour le mercredi 04 juin 2014 à 19h40

Opinions Ouvrons les yeux après les événements du collège Saint-Michel. Beaucoup d’enfants sont éduqués très tôt, par Internet, à une sexualité hard. Et puis personne ne leur en parle… Une opinion de Charles Delhez, auteur, avec Armand Lequeux, de Le sexe et le goupillon (Fidélité 2010).

Les événements du collège Saint-Michel (1) ouvriront-ils les yeux à ceux qui préfèrent ne pas voir ? « Tout ce que vous ignorez de la sexualité de nos ados », titrait Le Vif/L’Express à la suite de ce dérapage. Mais comment peut-on l’ignorer, puisque les ados sont le reflet de cette société où, notamment, les sites pornos sont les plus visités. Beaucoup d’enfants sont éduqués très tôt, par Internet, à une sexualité hard et nourrissent leurs fantasmes sur écran.

Il ne s’agit pas, dans ces lignes, de juger quiconque, surtout pas des adolescents qui sont précisément à cette étape de leur vie où ils cherchent, parfois confusément, les valeurs qui orienteront leur existence. Je voudrais ici simplement interroger notre société : que leur offrons-nous ? Après une époque trop puritaine, qui était autant le fait des croyants que des libres-penseurs, nous en sommes arrivés à l’excès inverse. Je ne plaide pas pour un retour à « l’ordre moral », mais au « principe d’humanité » (J.-Cl. Guillebaud). Les anthropologues nous montrent que le passage de la société animale à la société humaine est marqué par l’interdit de l’inceste, c’est-à-dire par la régulation de la sexualité. Les règles matrimoniales sont parmi les plus étudiées par eux, car elles structurent la vie en société. Aujourd’hui, une dérégulation est évidente, alors que dans tous les autres domaines, nous n’hésitons pas à recourir à des normes de plus en plus nombreuses.

Ne peut-on expliquer cette anomie par l’absence de paroles à propos de la sexualité ? Qui ose encore parler du sens de la sexualité avec les ados ? Un groupe de mes étudiants s’est risqué à une petite enquête auprès de 70 personnes entre 18 et 24 ans : Pensez-vous que le rapport sexuel est un acte sacré ? 62,86 % ont répondu non. Seules 22,86 % avaient un avis positif. Le titre de leur travail était : « La banalisation du sexe en dehors du mariage et la perte de son caractère sacré ». Je me souviens encore de cet autre étudiant qui, pour montrer l’ouverture des catholiques, me proposait d’organiser une distribution de préservatifs. Je me suis permis de lui répondre que selon moi, la première question n’était pas « pour ou contre le préservatif », mais celle de l’éducation affective. La sexualité est-elle réduite à sa dimension ludique, fruit d’une pulsion que l’on assouvit, consiste-t-elle à se faire plaisir entre gens qui s’apprécient, ou est-elle l’expression de sentiments très forts et, finalement, d’un don de soi ?

On a déconnecté la sexualité de la procréation, la voilà maintenant trop souvent déconnectée des sentiments. Or, si elle ne se limite pas à la procréation, elle est cependant plus qu’une pulsion. L’originalité de l’être humain est d’accompagner ses gestes d’une parole. Ainsi qu’a pu l’écrire le pédopsychiatre Philippe van Meerbeeck, il est plus important de pouvoir dire ‘je t’aime’ que de faire l’amour. Il est aussi plus important de pouvoir donner un sens à cet acte, qui est à la fois expression de l’amour et don de la vie, que d’en bien maîtriser la technique.

La sexualité est un domaine mystérieux, sur lequel nous n’avons pas totalement prise. Pour utiliser la formule de Rudolf Otto concernant la religion, on pourrait dire que la sexualité suscite à la fois fascination – elle attire – et terreur – serai-je à la hauteur ? On ne s’étonnera donc pas que certaines cultures l’aient sacralisée (que l’on songe aux prostituées sacrées). Actuellement, hélas, elle est devenue « un sujet comme les autres » (85,71 %, selon la même enquête). En apparence, du moins.

La crise du sens est la plus grave de celles que nous traversons aujourd’hui. Un minimum de consensus social sur les grands sujets de l’existence humaine, tels l’amour et la mort, ne façonne plus notre culture. Du coup, plus personne ne se risque à prendre la parole. Et si ce « dérapage » nous délivrait de notre mutisme ?

(1) Je ne reviendrai pas sur les faits, parfois amplement déformés. Il suffit de se rappeler que lors d’une retraite spirituelle, une élève de 15 ans s’est livrée à des relations sexuelles avec plusieurs garçons.

 

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