Soudan: chrétienne, elle doit mourir

Publié: 19 mai 2014 par estellavaras dans A contre-courant
Marie-France Cros Publié le jeudi 15 mai 2014 à 22h25 – Mis à jour le vendredi 16 mai 2014 à 07h47

 

International Mme Ishag a refusé de se convertir à l’islam, religion de son père absent, mais pas de sa mère.

« Nous vous avions donné trois jours pour abjurer votre foi, mais vous avez insisté pour ne pas revenir à l’islam. Je vous condamne à la peine de mort par pendaison. »

C’est la sentence prononcée jeudi matin par Abbas Mohammed Al-Khalifa, juge au tribunal de Khartoum, contre une jeune mère de 27 ans, Meriam Yahia Ibrahim Ishag, enceinte de huit mois.

« Apostasie » et « adultère »

En réalité, Meriam ne pouvait « revenir » à l’islam : elle a été élevée dans la foi copte (chrétiens orthodoxes), celle de sa mère, alors que son père, musulman, était absent durant son enfance. L’ « apostasie » (le fait de changer de religion) dont elle est accusée – et que la charia punit de mort – repose donc uniquement sur le dogme que la fille d’un musulman est musulmane. « Je suis chrétienne et je n’ai jamais fait acte d’apostasie » , a déclaré calmement l’accusée lors de son procès.

La jeune femme a aussi été condamnée à cent coups de fouet pour « adultère « . Le mot désigne, en l’occurrence, son mariage avec un Sud-Soudanais, chrétien. Le juge considère qu’étant fille d’un musulman, Meriam est forcément musulmane. Et, selon la charia, une musulmane ne peut épouser un homme d’une autre religion, sous peine de voir son mariage considéré comme nul et non avenu, explique Al-Jazeera.

Le Soudan applique la charia depuis septembre 1983, sous le gouvernement du président Gaafar Nimeiry. Et la religion chrétienne est depuis longtemps dans le collimateur des autorités islamistes de Khartoum.

Un harcèlement constant

Au cours des années, l’arsenal juridique à l’encontre des Eglises s’est durci; aux renvois de missionnaires et à l’interdiction d’évangéliser se sont ainsi ajoutées les interdictions de bâtir une église et les saisies et destructions de propriétés appartenant aux Eglises. A l’islamisation forcée (distribution de nourriture, lors de famines, seulement aux musulmans, même quand les dons provenaient d’ONG chrétiennes étrangères) s’est additionné le crime (déportation dans le désert, sans eau, des populations expulsées de quartiers chrétiens de Khartoum lors d’opérations « d’assainissement urbain » ). Le tout dans une atmosphère de répression quotidienne : flagellation des chrétiennes brassant de la bière artisanale; accès à l’université seulement pour les filles portant le voile gris ou noir des islamistes; arrestation de prêtres et harcèlement par la Sûreté…

Certaines ONG de défense de la liberté religieuse notent cependant un durcissement depuis la sécession, en juillet 2011, du Sud-Soudan, chrétien et animiste, après une longue et meurtrière guerre civile due au rejet, par le Sud, de l’imposition de l’islam par Khartoum. Le président Béchir avait juré, peu avant, de renforcer la loi islamique en cas de victoire du « oui » au référendum sur l’indépendance du Sud; il recueillit 98 % des voix… Nombre de chrétiens, d’origine sud-soudanaise, avaient alors quitté le Soudan, laissant bien seuls les chrétiens locaux (2 % de la population) – coptes de Khartoum et autres chrétiens des Monts Nouba et du Nil bleu.

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