Au Brésil, les clichés ont la vie dure…

Publié: 12 mai 2014 par estellavaras dans A contre-courant
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À un mois du coup d’envoi du Mondial, nous passons les clichés les plus répandus sur le Brésil au tamis des chiffres et des faits. Force est de constater que la réalité locale se trouve parfois bien éloignée de l’image d’Épinal…

 

1. Le pays des belles fesses et des petits bikinis

Dans l’imaginaire commun, les Brésiliennes sont un fantasme planétaire, ou presque. Désolé messieurs, mais dans la réalité, elles sont loin de présenter les mensurations de leur sculpturale compatriote Gisele Bündchen. Selon le Ministère de la Santé, 50,8% des Brésiliens sont en surpoids et 17,5% obèses. La restauration rapide, grasse et sucrée, a le vent en poupe dans un pays qui est pourtant le paradis des fruits ! Sur la plage, peu importe les rondeurs, les Brésiliennes sont adeptes du « fio dental » (fil dentaire), nom de ce bikini-string qui laisse les fesses visibles. Les hommes optent pour le short de bain moulant. À tel point qu’un bas de bikini plus couvrant et un short de bain plus large « trahissent » de suite les étrangers. Mais attention, si les plus fins bikinis sont la règle et les fessiers généreux appréciés, le topless reste inexistant et tabou. Le Brésil, un pays tantôt machiste tantôt libéral.

 

2. Le pays du Carnaval et de la samba

Chaque année, Rio de Janeiro accueille la plus grande fête populaire de la planète. Cinq jours durant en février ou mars, tout tourne autour des spectacles de rue et des écoles de samba. Le défilé, grandiose, a son arène réservée : le Sambodrome, une avenue de 800 m de long entourée de gradins. Mais Rio a de la concurrence dans le Nordeste, où les réputations du Carnaval de Salvador de Bahia ou de Recife (frevo, une musique sautillante et rapide) ne sont plus à faire. Le Carnaval dure « seulement » cinq jours par an et la samba reste l’une des multiples richesses du kaléidoscope musical du pays. Les Nordestins préfèrent le forró ou le Bumbá-Meu-Boi, célèbre aussi en Amazonie. Cette danse folklorique est au cœur de festivités géantes organisées en juin. La bossa-nova, le funk, le reggae ou les musiques afro-brésiliennes sont aussi très appréciées.

 

3. Les Brésiliens sont toujours de bonne humeur

Peuple très convivial, il en faut beaucoup pour mettre un Brésilien en colère. Plus patients, ils relativisent davantage sur les tracas du quotidien. Le jeitinho est un concept-clé, dont l’idée est de trouver un moyen d’arranger les choses dans un pays où la bureaucratie et la corruption sont légion. Au Brésil, il faut du temps pour faire les choses, mais en général, cela finit par fonctionner. Là est bien l’essentiel. Le jeitinho ne signifie pas que tout est considéré avec légèreté ni que l’on peut tout se permettre. Les Brésiliens critiquent leur système de santé, leurs transports en commun ou la corruption mais n’en restent pas moins indéfectiblement attachés à leur pays. Si vous y ajoutez un certain complexe vis-à-vis de pays plus développés, vous comprenez que les critiques venant de l’étranger sont mal perçues et considérées comme une leçon de morale plus que comme un élément constructif. La différence culturelle explique en partie les relations tendues entre un pays, qui a organisé le Mondial à sa façon, et la Fifa, qui a multiplié les critiques et cristallise aujourd’hui les rancœurs.

 

4. Le pays du football

Le foot est le sport numéro un au Brésil et les amateurs supportent souvent leur club avec passion. Mais il existe bel et bien des Brésiliens qui n’aiment pas ce sport, et beaucoup plus qu’on ne l’imagine ! Dans une enquête publiée en 2008, 43% des sondés déclaraient ne pas aimer le football. En 2011, dans un autre sondage, un quart des personnes affirmaient ne supporter aucun club. Dans une enquête réalisée à Rio et publiée début mai, 45% des interrogés affirment qu’ils ne supporteront pas le Brésil pendant le Mondial, et 22% d’entre eux déclarent ne pas apprécier le foot. Enfin, dans un sondage récent publié par l’hebdomadaire Veja, ils sont 12% à avoir organisé leurs vacances en juin, loin de l’agitation footballistique.

 

5. Life is a beach

Le Brésil offre un littoral de près de 7500 km et des plages par milliers. C’est un théâtre où les Brésiliens vont pour voir et être vus. La plage est le cœur de la vie sociale le week-end, notamment à Rio de Janeiro. Individus de toutes couleurs de peau et de toutes conditions sociales y convergent alors. Pourtant, les plages cariocas traduisent une certaine hiérarchie sociale. Les célèbres plages d’Ipanema et Copacabana sont divisées en douze posto, des repères géographiques. Il y a le posto des mères de famille, le posto gay, le posto de la jeunesse branchée, celui des surfeurs ou des jeunes de banlieue. Mais la plage n’est pas tout. São Paulo, capitale économique et agglomération aux 20 millions d’habitants ; Brasilia, la capitale fédérale ; et Manaus, la grande ville amazonienne ; ne sont pas situées en bord de mer. Et les habitants des immenses favelas des zones nord et ouest de Rio ne voient pas l’océan depuis leurs fenêtres…

 

6. Le Brésil c’est Rio, Rio est le Brésil

Capitale politique jusqu’en 1960 et carte postale aux splendides paysages, Rio de Janeiro tient une place à part dans l’imaginaire collectif. Quand on évoque son nom, l’esprit vagabonde de suite vers la statue du Christ Rédempteur, le Pain de Sucre et les splendides plages. Pourtant, si Rio reste une ville à part et un important centre, elle n’est plus aujourd’hui ni la capitale politique (Brasilia) ni la capitale économique culturelle ou gastronomique du pays – des rôles joués par sa meilleure ennemie, São Paulo. La région métropolitaine de Rio regroupe près de 12 millions d’habitants, quand le Brésil en compte près de 200 millions. Le Brésil ne se limite pas à Rio…

 

7. Tout est dangereux

Le thème de criminalité est l’un des sujets les plus débattus. Certes, les douze villes-hôtes du Mondial ont des taux d’homicides bien supérieurs à 5 pour 100 000 habitants, le seuil « tolérable » selon les Nations Unies. En 2013, Rio a connu un taux de 23,1 homicides pour 100 000 habitants. La situation est plus alarmante dans les métropoles du Nordeste comme Salvador (62) et Recife (57,1) ou en Amazonie, à Manaus (57,2). Toutefois, il convient de relativiser un peu ces chiffres : le Brésil n’est pas un coupe-gorge permanent ni en tout lieu. Il faut être vigilant et non paranoïaque. Les homicides concernent en majorité des jeunes de quartiers difficiles, où les touristes ne devraient pas se rendre. Pour éviter les vols, quelques comportements peuvent minimiser les risques. Il faut éviter de marcher dans des endroits déserts ou d’exhiber chaînes, montres et appareils photo de valeur. Il est conseillé de demander son chemin dans une boutique en cas de doute et de prendre des taxis dès la nuit tombée. En cas d’agression, il ne faut surtout pas réagir mais donner ses biens sans rechigner.

 

8. Pelé est une idole

L’Argentine a eu Maradona et le Brésil a eu Pelé. 1-1, balle au centre ? Aux yeux des Brésiliens, le « Roi Pelé » est évidemment le meilleur joueur de l’Histoire. Lui, l’homme de tous les records et de tous les superlatifs. Pelé c’est trois victoires en Coupe du monde et 1281 buts inscrits en 1363 matches. Il a fait rêver la planète par ses qualités balle au pied. Mais l’image de l’ancienne icône s’écorne avec la multiplication de ses déclarations polémiques. En juin dernier, tandis que des manifestations géantes secouent le pays, Pelé demande aux Brésiliens « d’oublier toute cette confusion » et « de ne pas mélanger les choses ». Immédiatement, le web s’enflamme et les critiques fusent. Au point de contraindre l’ancienne idole à faire volte-face et à soutenir les manifestations. En avril, la machine s’emballe de nouveau. Pelé déclare que le décès d’un ouvrier de 23 ans sur le chantier du stade de São Paulo « est un accident, ce sont des choses qui arrivent dans la vie», avant de se déclarer plus préoccupé par le « chaos » dans les aéroports du pays. Balle au pied, Pelé était et reste une idole. Devant les micros, c’est une toute autre affaire.

 

9. La caipirinha est la boisson nationale

À en croire les étrangers, ce cocktail à base de cachaça (eau-de-vie de canne à sucre) et de citron vert serait donc LA boisson nationale au Brésil. Pourtant, la cachaça n’est pas la boisson alcoolisée la plus consommée dans le pays. C’est la bière, plus légère et moins chère, qui occupe le haut du palmarès. Au Brésil, une bière digne de ce nom est servie bien fraîche. En 2009, un Brésilien a bu en moyenne 57 litres de bière sur l’année (22e rang mondial) quand un Belge en a bu 84 litres (12e rang). La cachaça arrive deuxième, et est dégustée soit pure soit dans une caïpirinha. Un Brésilien en consomme aujourd’hui environ 12 litres par an. Assez loin derrière, le vin rouge est la troisième boisson alcoolisée la plus consommée. Le Brésil se classe premier producteur mondial de cachaça – plus de 4000 marques existantes, et quatrième producteur mondial de bière.

 

10. Il fait toujours beau et chaud

L’été austral est résolument très chaud au Brésil mais qu’en est-il de l’hiver ? Les Diables Rouges, qui joueront leur premier tour à Belo Horizonte, à Rio de Janeiro et à São Paulo, s’en sortent plutôt bien de ce côté-là. Car les trois métropoles offrent des conditions climatiques proches en juin, avec peu de pluie et des températures variant entre 15°C et 25°C. Pour certains, la variété des climats sera bien plus complexe à gérer. Les sélectionneurs de la Suisse et de l’Angleterre ont exprimé leur mécontentement de jouer à Manaus, au cœur de l’Amazonie. Il y fait chaud et très humide toute l’année. Les Russes, habitués au froid, devront affronter la chaleur étouffante de Cuiabá (centre-ouest), souvent au-delà des 30°C, même en « hiver ». Les Russes changeront ensuite d’atmosphère à Rio pour leur match face à la Belgique avant de s’adapter à une troisième réalité pour leur troisième match, à Curitiba (Sud). Où le thermomètre pourrait descendre sous les 10°C et où il a neigé en 2013.

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