Les fautes d’orthographe? « Inacceptables dans les médias! »

Publié: 6 mai 2014 par estellavaras dans Société
A.W. Publié le mardi 06 mai 2014 à 16h25 – Mis à jour le mardi 06 mai 2014 à 16h27

 

SociétéDans le jargon de l’internet, on appelle « grammar nazis » ces gens qui traquent la moindre faute d’orthographe. Les attaques de ces terroristes de la langue française sont aussi douloureuses que salutaires pour les sites d’informations et les chaînes de télé. Une capture d’écran et voilà le criminel traité publiquement d’analphabète voire, pire… de « stagiaire » (alors qu’on a connu de grands journalistes incapables d’accorder correctement un participe passé. Non, on ne citera pas de noms…)!

Et l’impitoyable vitesse de publication imposée par l’information « en temps réel », qui explique certaines erreurs, n’excuse rien pour autant. Car, quand la forme est bancale, c’est tout le fond du texte qui en prend un coup. Dans ce contexte, les consommateurs d’informations n’ont jamais semblé aussi soucieux de l’orthographe. D’ailleurs, sur les réseaux, les chasseurs de fautes ont leur maître incontesté: depuis fin février, « Bescherelle ta mère » (qui est à la fois un site internet , une page Facebook et un compte Twitter ) traque les pataquès du web francophone.

Corriger l’internet, une tâche sans fin

Corriger l’internet? Autant tenter de renflouer le Titanic avec un dé à coudre, pensez-vous. C’est pourquoi « Bescherelle ta mère » a choisi la manière forte. Avec des insultes bien frappées. La preuve avec ce tout premier tweet du 28 février:

 

 

 

« Dans un premier temps, je trouvais drôle d’associer le nom ‘Bescherelle’, qui n’était pas encore réservé sur Twitter par l’éditeur Hatier, avec une image plus violente », raconte Sylvain Szewczyk à LaLibre.be. « Mais je ne pensais pas que ça marcherait à une échelle si importante. » La preuve: son concept rassemble aujourd’hui plus de 70.000 « likes » sur Facebook et 32.000 « followers » sur Twitter (diantre, « likes », « followers »… des anglicismes!).

Mieux, l’initiative de Sylvain lui a permis de trouver du boulot dans la communication. A 21 ans et avec un diplôme d’informatique en poche, il y a de quoi faire des jaloux.  » A un moment, il y avait une rumeur disant que Hatier allait m’embaucher. Du coup, l’agence Marcel, qui travaille notamment avec la marque de boissons Oasis, a lancé que je ferais mieux de venir chez eux. Je leur ai envoyé un Bescherelle avec un lien vers mon site… Je commence lundi prochain! »

Hatier, justement, n’a pas beaucoup apprécié l’initiative à ses débuts. Le ton de « Bescherelle ta mère » était jugé trop corrosif. Il s’est adouci… ou presque. Sa toute dernière initiative mélange des photos de chatons et des règles syntaxiques de base.

 

Chatons ou pas, la hargne reste bien là. « Je me suis rendu compte qu’il y avait un problème de fond: les Français ne disent pas grand-chose, mais il y a beaucoup de gens qui sont pour la protection de l’orthographe et de la conjugaison », note encore Sylvain.

S’il ne se considère pas comme un « justicier de l’orthographe » (« C’est le Nouvel Obs qui m’a donné ce surnom en premier »), le jeune homme bondit à chaque erreur lue dans les médias. « Tous les jours, il y a des fautes sur i>Télé et BFM. Bien sûr, il faut être indulgent parce qu’ils travaillent plus rapidement. » Il n’empêche, « je trouve quand même ça inacceptable de la part des grands médias. Par contre, pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’apprendre à écrire correctement, c’est différent. »

 

 

 

« Bescherelle ta mère » reçoit régulièrement des contributions d’internautes, au point d’être « un peu dépassé ». Le site internet de Sylvain compte entre 250 et 300.000 visites mensuelles. Les revenus générés par les quelques pubs qui s’affichent payent l’hébergement du site et améliorent son quotidien. Revers de la médaille: un grand pouvoir implique de grandes responsabilités… « Au début, quand j’ai lancé le concept, je faisais parfois des fautes. Maintenant je sais que je n’ai plus le droit à l’erreur. Une faute que je fais toujours c’est d’écrire ‘par contre’ au lieu de ‘en revanche’. On me le reproche souvent. Mais bon, c’est le jeu! »

 

 


L’angoisse de la faute: « On n’est pas des machines »

 

 

Même pour ceux qui ont une bonne orthographe, la peur de la faute est omniprésente. « Franchement, au boulot c’est la honte », nous confie par exemple une jeune pharmacienne. « Parfois, avant d’écrire sur mes petites boîtes de médicaments, et que j’hésite sur l’orthographe d’un mot, je le tape discrètement sur mon ordi devant moi, ni vu ni connu.. et encore je ne dois pas écrire des romans! »

L’angoisse touche aussi les professeurs… de français: « J’ai déjà fait une faute ou deux en écrivant au tableau. On pense écrire une phrase puis on en écrit une autre… », raconte une enseignante. « Et donc le verbe ne s’accorde plus de la même façon. Dans le cas d’une faute d’orthographe d’usage (style 2 ou 1 m), je dis simplement à mes élèves que je doute et on cherche ensemble la réponse. » De toute façon, c’est bien connu, ajoute un autre, « un prof ne fait pas de fautes. Il teste l’attention des étudiants. Nuance ».

Mais les rigoristes de l’orthographe ne sont jamais bien loin. « Il existe tellement d’outils que je trouve inacceptable d’encore laisser des fautes de frappe ou d’orthographe », s’insurge une traductrice. « Dans la vie courante, je suis indulgente avec mes amis (dans certaines limites tout de même, il faut que le texte reste compréhensible sinon je m’énerve), mais beaucoup moins avec les auteurs, les traducteurs… et surtout les journalistes! » Dont acte.

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