Gabriel Garcia Marquez, la mort d’un géant

Publié: 17 avril 2014 par estellavaras dans A contre-courant

Le prix Nobel de littérature colombien est décédé. Son œuvre rayonne bien au-delà des lettres sud-américaines dont il est un des principaux représentants.2

Décédé ce 17 avril à Mexico, Gabriel García Márquez est né à Aracataca, en Colombie, le dimanche 6 mars 1927, à 9 heures du matin. « En pleine tempête de pluie, inhabituelle en cette saison », précise son biographe Gerald Martin, et le détail n’est pas anodin puisque les livres à venir seront nourris de faits tirés du passé de l’écrivain. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler qu’il a été, enfant, élevé par ses grands-parents maternels, c’est-à-dire par un colonel et son épouse. Le colonel connaissait les histoires d’Aracataca et de la région, en particulier celles qui étaient survenues pendant la crise de la banane, conflit sanglant et marquant qui trouvera une place dans son œuvre.

Les années de préparation

Après le lycée, où il a commencé à manifester son intérêt pour l’écriture et a publié quelques textes dans la revue de l’école, García Márquez entre en février 1947 à l’université de Bogota, où son père l’a poussé à s’inscrire en droit. L’établissement ferme l’année suivante suite à des émeutes, l’étudiant part à Carthagène pour la suite de son cursus mais le journalisme l’en détourne. Il a 21 ans et se lance simultanément dans la rédaction de son premier roman.

C’est à Baranquilla, au début des années cinquante, que se forge définitivement sa vocation d’écrivain, ainsi qu’il le confirma quarante ans plus tard à Gerald Martin, comparant l’effervescence intellectuelle de la ville à celle de Cordoue au Moyen-âge. Le Groupe de Barranquilla rassemble des écrivains et des artistes dans une ambiance festive que García Márquez, le plus jeune de la bande, est invité à partager. Entre la production de chroniques ou l’écriture du roman qui deviendra Des feuilles dans la bourrasque (1955), il fréquente les prostituées de l’endroit. Alvaro Mutis, l’ami de toute une vie et un autre grand écrivain, le pousse à retourner à Bogota où il l’accueille en janvier 1954.

De plus en plus journaliste et déjà un peu romancier, Gabo, comme l’appellent ses proches (et parfois même ses moins proches), part pour l’Europe en 1955. Il découvre les dessous de la Guerre froide à la conférence de Genève. Découvrant en même temps que les Suisses s’intéressent davantage au Tour de France… Il traverse le Vieux Continent, envoie des articles à des journaux qui, parfois, ferment, et se retrouve à Paris, à la fin de l’année, sans grands moyens. Mais il écrit : La Mala Hora (1962), Pas de lettre pour le colonel (1961). Il passe quelques années dans différents pays d’Amérique latine et s’installe à Mexico en 1961.

C’est la période où son statut change : peu après la sortie de Pas de lettre pour le colonel, les nouvelles de Les funérailles de la grande mémé sont publiées en 1962, au moment où il reçoit un prix littéraire pour La Mala Hora et où il écrit trois cents pages de L’automne du patriarche (1975). Les préparatifs, en somme, de Cent ans de solitude, roman qui l’occupe entièrement de 1965 à 1966.

Prix Nobel de littérature

Succès instantané, ce roman est paru aussi à Barcelone, qui est alors le centre du « boom » de la littérature sud-américaine dont Gabriel García Márquez devient aussitôt la figure centrale quand il arrive en Espagne en novembre 1967. Il a été précédé par la réputation de son livre.

Il séjourne en Europe jusqu’au début de 1971, moment où il retourne en Amérique latine pour se remettre plus résolument au travail. L’automne du patriarche, commencé en 1962, repris à Barcelone, est toujours en chantier. Sa rédaction se poursuivra entre l’Europe et l’Amérique.

Il s’agit là aussi d’une œuvre ambitieuse, sur le thème d’un pouvoir déconnecté de la réalité, incarné par un dictateur vieillissant. Par une de ces coïncidences dont l’histoire littéraire est friande, il est occupé à le terminer quand il assiste, de Colombie, devant la télévision, à l’assaut du palais gouvernemental chilien le 11 septembre 1973. Pinochet prend le pouvoir, un dictateur en chasse un autre…

Les secousses politiques du monde mobilisent Gabo. Outre le Chili, le Nicaragua, Cuba, la Révolution des œillets au Portugal… Un temps, la littérature passe à l’arrière-plan de ses préoccupations. Il affirme même qu’il n’y reviendra pas avant le renversement de Pinochet.

Mais en 1981, coutumier des contradictions, il renverse la perspective : « Je suis plus dangereux comme écrivain que comme politicien. » Il n’a pas tort. Il doit penser aussi que sa célébrité repose une œuvre encore trop mince. Et prépare la parution de Chronique d’une mort annoncée (1981). A cette tragédie construite comme un classique, il apporte son style inimitable, après une ouverture dont le contenu, en forme de retour vers le futur, fait écho à celle de Cent ans de solitude : « Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s’était levé à cinq heures et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l’évêque arrivait. »

Gabriel García Márquez est devenu « le nouveau Cervantès », son nom circule à l’approche du Prix Nobel 1982. Il a lui-même tenté de préparer le terrain en se rendant plusieurs fois à Stockholm dans les années septante. La nouvelle, qui lui parvient à Mexico le 21 octobre, une minute avant six heures du matin, par un coup de téléphone du vice-ministre suédois des Affaires étrangères, le prend malgré tout par surprise : « Je suis baisé », dit-il à Mercedes, qu’il a épousée en 1958. Deux minutes plus tard, le président colombien l’appelle. Appels téléphoniques, télégrammes, cela n’arrête pas. La presse donne l’assaut à son domicile, la police doit fermer la rue… Le tourbillon habituel dans ce genre de circonstance, en somme.

Mais il est, contrairement à beaucoup d’autres, un lauréat évident, presque naturel. Couronné, dit l’Académie suédoise, « ses romans et ses nouvelles, dans lesquels le fantastique et le réalisme se combinent dans un univers à l’imagination très riche, reflétant la vie d’un continent et ses conflits ».

Lors d’une conférence de presse improvisée, il annonce qu’il ne portera pas de smoking lors de la cérémonie mais, en l’honneur de son grand-père, un habit traditionnel latino-américain.

Dans son discours de réception, La solitude de l’Amérique latine, il trouve le moyen de mêler inextricablement la poésie et la politique.

Amour, mémoires et polémiques

Son prochain roman parlerait d’amour, a-t-il annoncé. Il tient parole : L’amour aux temps du choléra sort en 1985. Le premier chapitre est ponctué par la mort de deux vieux amis – l’un se suicide, l’autre tombe en rattrapant son perroquet. Résolument descriptif d’une journée précise, ce début lance, comme de coutume, dans le même temps des lignes vers le passé, où la pêche sera bonne. Un amour impossible traverse les années, les illumine et les empoisonne.

Rien de plus classique comme sujet. Rien de plus inattendu comme livre. Il n’en a pourtant pas fini avec l’amour. Après Le général dans son labyrinthe (1989) qui évoque Bolívar, il y revient dans De l’amour et autres démons (1994) une brève tragédie où il convoque la rage avec les démons qui l’accompagnent, mais aussi la foi, la superstition, les rêves et la réalité.

Puis à nouveau avec Mémoire de mes putains tristes (2004), comme une dernière poussée de fièvre.

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