Maîtriser la langue, une étape cruciale pour les étudiants

Publié: 24 mars 2014 par estellavaras dans A contre-courant
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Contribution externe Publié le dimanche 23 mars 2014 à 18h04 – Mis à jour le lundi 24 mars 2014 à 12h36

 

Une opinion de Philippe Hambye, sociolinguiste, UCL (Centre VALIBEL, Institut Langage &Communication).

La semaine de « la langue française en fête » qui s’achève a été l’occasion de célébrer la richesse du français, mais aussi de rappeler combien sa maîtrise constitue une ressource importante. A cet égard, au sein des universités, les problèmes de maîtrise de la langue apparaissent depuis plusieurs années comme une des embûches dans la transition de l’enseignement secondaire vers le supérieur.

Mais de quoi parle-t-on quand il est question de maîtrise du français ? Dans l’esprit de la plupart des gens, « bien écrire » – puisque c’est le plus souvent à l’écrit que la question se pose – c’est écrire « sans fautes ». Plus généralement, c’est la méconnaissance des règles du français qui est pointée du doigt, en particulier lorsqu’on évoque, par exemple, le taux important d’échecs scolaires parmi les élèves issus de l’immigration, supposément bilingues ou non francophones.

Or, des recherches suggèrent que les difficultés des scripteurs faibles sont moins liées à une méconnaissance des règles propres à une langue donnée, qu’à un mésusage de ces règles : par exemple, le problème n’est pas tant que les étudiants manquent de vocabulaire ou ne connaissent pas le sens des mots, mais bien qu’ils ne tiennent pas compte du sens précis des mots qu’ils lisent ou utilisent dans leurs textes.

En d’autres termes, ceux qui ont des difficultés à l’écrit n’exploitent pas adéquatement les outils linguistiques dont ils disposent de manière à recevoir ou à transmettre efficacement un message, dans le rapport isolé avec un texte (ce qui semble en revanche nettement plus accessible pour eux dans le dialogue avec un enseignant). Lire et écrire pour communiquer efficacement suppose d’adopter une posture particulière par rapport au texte, qui consiste à l’appréhender de façon distanciée, pour en analyser la structure, le fonctionnement et déterminer ainsi le message précis que ce texte véhicule.

C’est cette posture analytique et réflexive qui fait défaut chez certains étudiants et qui les empêche, par exemple, tant de saisir les consignes d’une question d’examen que d’y répondre adéquatement. Force est de constater que notre enseignement ne parvient pas à faire acquérir cette posture par les étudiants qui n’y ont pas déjà été accoutumés dans le cadre familial.

Sans doute parce que dans leur formation initiale, les enseignants ne sont pas eux-mêmes été sensibilisés à ces enjeux, qui restent en général implicites : ce rapport particulier au langage fait partie des savoir-faire dont on hérite plus qu’on ne les apprend.

En outre, les activités scolaires visant à développer de façon systématique les compétences d’analyse du langage des élèves (ex. transformer des phrases actives à la voix passive) déconnectent souvent ces compétences de leur fin ultime (bien communiquer), et contribuent dès lors à en faire des exercices de pure manipulation formelle dénués de pertinence pour les élèves.

Il semble pourtant crucial d’apprendre aux élèves à interroger la façon dont est produit le sens des discours auxquels ils sont confrontés ou qu’ils écrivent, en les invitant à se poser en priorité certaines questions (mon texte exprime-t-il mes idées de façon juste, précise, lisible, etc. ?) plutôt que d’autres (le vocabulaire est-il varié ? Le style est-il soutenu et fait-il sérieux ?).

C’est cet objectif que poursuivent des dispositifs pédagogiques mis en place à l’UCL – parmi lesquels le site internet REFLEX (http://sites.uclouvain.be/reflex/), que nous avons mis au point avec Stéphanie Kleinen et Isabelle Motte.

Il s’agit cependant d’initiatives isolées qui gagneraient à être intégrées dans une réflexion sur les moyens d’aider les étudiants du secondaire comme du supérieur à mieux exploiter leurs connaissances sur la langue, de manière à les mettre au service de la communication et de l’échange d’idées.

 

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