Ukraine : Vitali Klitschko se déclare candidat à la présidence

Publié: 25 février 2014 par gandibleux dans Actualités, Europe, Monde
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L'ex-champion du monde de boxe Vitali Klitschko a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle anticipée du 25 mai.

Vitali Klitschko, ex-champion du monde de boxe et parmi les principaux leaders de la contestation en Ukraine, a annoncé, mardi 25 février, qu’il serait candidat à la présidentielle anticipée. « Je suis convaincu qu’il faut changer complètement les principes et les règles du jeu en Ukraine, il faut rétablir la justice », a-t-il déclaré à des journalistes.

La campagne électorale pour l’élection anticipée, prévue le 25 mai, a débuté mardi, selon la Commission électorale centrale. Les candidats ont jusqu’au 30 mars pour s’inscrire.

Le gouverneur pro-russe de la région de Kharkiv, Mikhaïlo Dobkine, s’est d’ores et déjà déclaré candidat. En revanche, Ioulia Timochenko n’a fait « aucune déclaration concernant l’élection présidentielle », selon sa porte-parole. L’ancienne chef de gouvernement, égérie de la « révolution orange » en 2004, emprisonnée depuis 2010 et libérée samedi, s’apprêtait à se rendre en Allemagne pour recevoir des soins.

Vitali Klitschko, lors d'une manifestation pro-Union européenne à Kiev.

L’ukrainien de l’opposant Vitali Klitschko a beau être hésitant, personne ne songerait à lui en tenir rigueur. A chacune de ses apparitions à la tribune de la place Maïdan (place de l’« Indépendance »), épicentre, à Kiev, de la contestation qui secoue l’Ukraine depuis deux semaines, c’est à lui que la foule réserve ses vivats les plus chaleureux, y compris les nationalistes ukrainiens, composante importante du mouvement. Ce traitement bienveillant tranche avec celui réservé au président, Viktor Ianoukovitch, lorsque celui-ci avait, sur le tard, fait sespremiers pas dans la pratique de la langue officielle du pays.

Sans doute parce que Vitali Klitschko, 42 ans, vient d’un autre monde, dans lequel les vieilles rancœurs entre Est russophone et Ouest ukrainophone n’ont pas place. Né au Kirghizistan, il a mené depuis l’Allemagne l’essentiel de sa brillante carrière de boxeur – 45 victoires en 47 combats, dont 41 par KO. C’est là aussi qu’il a bâti sa fortune, loin des arrangements de l’élite politico-économique ukrainienne.

Pour tout cela, le chef du parti libéral Oudar (alliance démocratique ukrainienne pour les réformes, dont l’acronyme signifie « coup de poing ») colle parfaitement au mouvement de contestation né après le refus du président ukrainien de signerun accord d’association avec l’Union européenne. Le « peuple de Maïdan » veut l’Europe. Il l’incarne et promet, s’il parvient au pouvoir, d’en offrir le meilleur : un Etat de droit débarrassé de la corruption, une justice qui fonctionne, une économie assainie. Soit la possibilité de vivre « en respectant les règles », l’un de ses slogans les plus anciens. Et peu importe si la contestation est née hors de tout mot d’ordre partisan ou si ses militants sont peu visibles dans la rue.

LE DIRIGEANT POLITIQUE LE PLUS ÉCOUTÉ DU MOUVEMENT

Son arrivée récente en politique lui permet d’apparaître comme un homme neuf, apte à séduire les déçus de la « révolution orange ». Ce colosse de 2,02 m a créé Oudar en 2010 après avoir échoué à conquérir la mairie de Kiev. Deux ans plus tard, il recueillait 13,95 % des voix aux élections législatives, faisant de saformation la troisième du pays.

Inquiet de sa popularité grandissante, M. Ianoukovitch a signé, au début de novembre, une loi faite sur mesure contre lui, interdisant à toute personne n’ayant pas vécu en Ukraine la décennie précédente d’être candidat à la présidentielle. Depuis le début de la révolte de Maïdan, il s’est imposé, sans être un grand orateur, comme le dirigeant politique le plus écouté du mouvement, plus que le nationaliste Oleg Tyagnibok (Svoboda) ou Arseni Iatseniouk (Batkivtchina), proche de l’opposante emprisonnée Ioulia Timochenko. C’est à lui seul que le ministre desaffaires étrangères français, Laurent Fabius, a lancé une invitation à se rendre àParis, évoquant, dans un entretien à RFI, « un homme (…) réputé incorruptible, ce qui est, paraît-il, là-bas, assez spécifique ».

Mais, depuis plusieurs jours, l’étoile pâlit. Vitali Klitschko est écouté, certes, mais, à mesure que le succès du mouvement devient incertain, son message s’obscurcit. Mardi 3 décembre, après la tentative ratée de l’opposition de fairetomber le gouvernement par une motion de défiance, pas plus que les autres dirigeants il n’a su donner un nouveau cap à la foule rassemblée sur Maïdan, réitérant son appel à une grève générale qui ne prend pas.

ON LE DIT DILETTANTE, VOIRE PROCHE DE CERCLES DU POUVOIR

Des doutes sont apparus. « Docteur Poings d’acier » – il est titulaire d’un doctorat en sciences du sport – serait-il trop tendre pour la « révolution » qu’il appelle de ses vœux ? « Si elle s’était retrouvée face à une foule survoltée de plusieurs dizaines de milliers de personnes, Ioulia Timochenko, elle, aurait su quoi faire, assure le politologue Vadim Kassarev. Elle aurait emmené tout ce monde à la résidence du président et aurait lancé une vraie révolution. »

Ceux qui commencent à douter de la capacité de Vitali Klitschko à mener le mouvement à son terme rappellent son passage au conseil municipal de Kiev, où il ne s’est pas illustré. On le dit dilettante, voire, plus grave, proche de certains cercles du pouvoir, comme en témoignerait la visite que lui a rendue en Floride, à la fin de 2012, l’oligarque Sergueï Lavotchkine, chef de l’administration présidentielle. Le boxeur doit maintenant composer avec une base radicalisée tout en ouvrant la voie à une sortie de crise, désormais forcément négociée avec lepouvoir. Dans le même temps, il doit asseoir son leadership sur l’opposition – notamment dans le cas, improbable, d’un retour de Ioulia Timochenko.

Le roi du KO ne se contenterait-il pas d’attendre prudemment l’affrontement avec Viktor Ianoukovitch à l’élection présidentielle de 2015 ? Mercredi soir, s’adressant à la foule de Maïdan, son frère cadet Wladimir Klitschko, boxeur lui aussi, a paruvendre la mèche : « N’abandonnez pas, sinon nous n’aurons pas d’élections justes en 2015. »

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