Ioulia Timochenko, une ambitieuse revenante

Publié: 25 février 2014 par gandibleux dans Actualités, Europe, Monde
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Le Monde.fr | 23.02.2014 à 12h23 • Mis à jour le 24.02.2014 à 10h02 | Par Mathilde Gérard

Au terme d’une journée épique et historique, samedi 22 février, marquée par la destitution du président Viktor Ianoukovitch, Ioulia Timochenko est sortie de prison. Elle incarne pourtant, pour de nombreux manifestants, les intrigues de palais contre lesquelles ils se battent.

C’est en fauteuil roulant, manifestement fatiguée mais très émue, que Ioulia Timochenko a harangué une foule de milliers de personnes, samedi soir 22 février, sur la place de l’Indépendance à Kiev. Le retour aux affaires de la « dame de fer » d’Ukraine, qui a pourtant nié être candidate au poste de premier ministre, pourrait bouleverser la donne politique

Incarcérée depuis plus de deux ans pour la signature, alors qu’elle était première ministre, d’un contrat gazier avec la Rusie jugé défavorable à son pays, son sort était au cœur des réticences européennes à se rapprocher de l’Ukraine. Pourtant, depuis le début de la révolution de Maïdan il y a trois mois, sa libération n’a jamais été une demande des protestataires.

Figure politique du passé, Ioulia Timochenko est d’abord l’un des symboles de la « révolution orange » de 2004. Reconnaissable à sa tresse blonde, cette femme d’affaires charismatique, aux discours tranchants, avait alors mené une active campagne contre l’élection frauduleuse de Viktor Ianoukovitch, obtenant en quelques semaines de manifestations pacifiques l’annulation du scrutin.

Mais la « coalition orange », victorieuse fin décembre 2004, se dissout vite dans les luttes intestines de pouvoir et Ioulia Timochenko ne tient que quelques mois comme première ministre du président Viktor Iouchtchenko en 2005.

Accusant son ancien allié, Viktor Iouchtchenko, de sexisme, Ioulia Timochenko revient toutefois à la tête du gouvernement ukrainien en 2007. Mais son incapacité à déléguer ses prises de décision et à obtenir des compromis politiques grippe le pouvoir et empêche toute réforme substantielle.

Pendant ses années à la tête du gouvernement, l’égérie de la « révolution orange » pro-occidentale entretient paradoxalement d’assez bonnes relations avec la Russie. Native de Dnipropetrovsk, dans la partie russophone de l’Ukraine, Ioulia Timochenko est perçue par Vladimir Poutine comme une pragmatique, comme lui

Paralysie politique, crise économique : les Ukrainiens n’ont toutefois pas gardé un bon souvenir des années de pouvoir « orange », malgré les espoirs démocratiques suscités par la révolution de 2004. Lors de l’élection présidentielle de 2010, Viktor Iouchtchenko obtient à peine 6 % des votes et Ioulia Timochenko est largement battue au second tour par Viktor Ianoukovitch

Commencent alors les ennuis judiciaires pour celle qui promet de lutter sans relâche contre Viktor Ianoukovitch. En 2011, elle est condamnée à sept ans de prison pour la signature d’un contrat avec Gazprom jugé défavorable à l’Ukraine. Des enquêtes sont également ouvertes sur sa proximité avec l’ex-premier ministre Pavlo Lazarenko, incarcéré aux Etats-Unis pour escroquerie et blanchiment d’argent.

Ioulia Timochenko dénonce un procès politique et rejette les accusations contre elle. Quelques mois après son arrestation, elle entame une grève de la faim de trois semaines. Souffrant d’hernies discales, elle est transférée en mai 2012 à l’hôpital-prison de Kharkiv, dans l’est du pays.

A plusieurs reprises, Vladimir Poutine s’exprime en faveur de Ioulia Timochenko pendant son incarcération, proposant à l’ex-première ministre d’être soignée dans un hôpital en Russie. Ses conditions d’emprisonnement sont également au cœur des relations entre l’Ukraine et l’Union européenne, qui fait de sa libération une condition à un accord d’association

Depuis sa cellule de Kharkiv, Timochenko transmet plusieurs communiqués appelant les manifestants à maintenir la pression sur le pouvoir, rester sur les barricades, et à ne signer aucun compromis avec Viktor Ianoukovitch, critiquant en creux les leaders des partis d’opposition au discours plus modéré

C’est une motion surprise au Parlement, proposée par son chef de parti Arseni Iatseniouk, qui a permis d’annuler, vendredi 21 février, l’article du code pénal au titre duquel elle avait été emprisonnée. En vingt-quatre heures à peine, l’opposante est sortie de prison et a signé son retour en politique, à Kiev.

Si son visage trônait depuis trois mois sur l’« arbre de Noël » qui surplombe la place de l’Indépendance, beaucoup de manifestants se méfient du retour de Ioulia Timochenko, perçue comme une pure politicienne. Aux premiers jours de la contestation de Maïdan, en novembre, ils se félicitaient justement que leur protestation soit horizontale, sans « leader providentiel » faisant des promesses intenables

Mais, à l’heure où se pose la question de reprendre les rênes du pouvoir, il est urgent pour les manifestants de se trouver un nouveau chef. A 53 ans, Ioulia Timochenko, qui s’est montrée intraitable ces dernières années avec le pouvoir, a une longueur d’avance sur les autres prétendants au pouvoir.

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