Suisse : « Il fallait dire stop »

Publié: 10 février 2014 par gandibleux dans Actualités, Monde
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Le Monde.fr | 10.02.2014 à 17h16 • Mis à jour le 10.02.2014 à 17h44

Entre fierté et inquiétude, les lecteurs suisses du monde.fr réagissent au résultat de la votation remettant au cause l'accord de libre circulation avec l'Union européenne.

Au lendemain de la votation suisse remettant au cause l’accord de libre circulation avec l’UE, plus de deux cents citoyens suisses ont répondu à un appel à témoignages lancé sur lemonde.fr. Si beaucoup d’internautes se sont exprimés contre le texte de cette votation, semblant refléter en cela les disparités régionales entre les cantons francophones – majoritairement opposés au texte – et les cantons germanophones – favorables –, un certain nombre de lecteurs ont également exposé leurs arguments en faveur de cette initiative qui propose de réintroduire des quotas d’immigrés, de frontaliers et de demandeurs d’asile.

ILS ONT VOTÉ POUR L’INITIATIVE

  • « Il fallait dire stop » par Alexia

C’est parfait que la votation soit passée serrée ! Oui, il fallait dire stop à une accélération de l’immigration, mais ne pas laisser croire que nous étions des rétrogrades non plus. Concrètement, la vie s’est quand même globalement compliquée ces dernières années, avec une énorme pression en Suisse romande sur les loyers, une grande augmentation de la circulation avec l’arrivée de frontaliers, d’immigrés. Il faut prendre le temps d’intégrer correctement les nouveaux arrivants.

  •  « Un grand jour pour la Suisse » par Matteo R. (Locarno, étudiant)

J’habite dans le canton du Tessin, qui a massivement approuvé le texte avec 68,2 % de oui et me rejouis vivement de ce vote. C’est un signal clair envoyé au gouvernement, qui doit se rendre compte que la Suisse a besoin de réformes, pas seulement dans la politique migratoire, mais aussi dans les domaines destransports, de la santé, du logement et, surtout, du marché du travail. Le peuple suisse a demontré qu’ils ne se pliait pas à la peur et aux menaces que les opposants au texte et l’Union européenne ont proférées. C’est un grand jour pour la Suisse.

  • « Exister face au poids lourd européen » par Sebastien M. (Genève, employé de banque)

J’ai voté oui. J’y ai longuement réfléchi, ai pesé le pour et le contre, lu beaucoup d’avis contradictoires. Et je dois avouer qu’il n’y avait pas d’argumentation structurée au refus de ce texte. Le seul argument entendu (et rabâché) était : attention, l’Europe va sévir si le peuple suisse accepte l’initiative. Cela a attisé la défiance du peuple suisse face à une Europe se voulant hégémonique. Avec ce vote, il y a ce sentiment « d’exister » face au poids lourd qu’est l’Europe. Les conséquences ? On verra bien, mais il y a fort à parier qu’elles ne seront pas aussi catastrophiques que l’UE veut bien le faire croire…

  • « L’Europe a une image détestable » par Jean-Luc G. (Genève, retraité)

Les citoyens suisses sont fatigués de la manière dont le gouvernement et les principaux partis politiques gèrent le pays. Le peuple n’a pas voulu entrer dans l’Union européenne mais le gouvernement n’arrête pas de signer des accords avec Bruxelles, contre les avis précédemment exprimés. Aujourd’hui, l’Europe a une image détestable.

ILS ONT VOTÉ CONTRE L’INITIATIVE

  • « Je ne comprends pas mon pays » par Leila R. (étudiante)

Je ne comprends pas mon pays. Me serais-je à tel point trompée en croyant vivredans un pays tourné vers l’extérieur, pragmatique, recherchant constamment l’excellence, académique, technologique ? Aujourd’hui j’ai l’impression d’un retour en arrière alors qu’on avait trouvé une formule qui marche. Il y a vingt-deux ans, mon âge, la Suisse disait « non » à l’Espace économique européen. S’ensuivait une décennie de stagnation économique, jusqu’aux accords bilatéraux [de 1999 avec l’Union européenne, entrés en vigueur en 2002], qui allaient permettre derenouer avec la croissance et le plein emploi. Je pars en Erasmus à Berlin en mars, une opportunité qui pourrait disparaître en vertu de la « clause guillotine » qui lie tous les accords bilatéraux entre eux. À l’image de ce programme pour les jeunes, je pensais que la Suisse allait de l’avant. Apparemment, je me trompais.

  •  « Déçu et inquiet » par Stéphane A. (Lausanne, assistant technique en bloc opératoire)

Je suis déçu et inquiet du résultat, car je travaille dans la santé en milieu hospitalier, où les étrangers sont nombreux, compétents et absolument nécessaires. Je suis outré de l’image négative des travailleurs étrangers donnée par le parti UDC, à l’initiative de ce vote. En revanche, nous savons encoredonner, même si cela va à l’encontre de nos idées, d’encourageantes leçons de démocratie directe, notion sacrée chez nous et inconnue dans l’Union européenne.

  • « J’ai suivi les résultats avec une réelle angoisse » par Marc M. (Bulle, Fribourg)

C’est avec une réelle angoisse que j’ai suivi les résultats de ces votations. J’ai eu l’impression de revivre ce 29 novembre 2009 lorsque le peuple suisse avait accepté l’initiative populaire contre la construction de minarets. Et comme en 2009, je n’arrivais pas à y croire. La démocratie directe a parlé : nous allons devoirrespecter le choix de la majorité des votants. Ce lundi matin, débriefing avec les collègues de travail : nous sommes fâchés, c’est un sentiment de tristesse mêlé à de la colère qui nous anime. « Comment peut-on encore croire que la Suisse ira mieux en fermant ses portes aux étrangers ? »

  • « Notre richesse nous est montée à la tête » par Arthur B. (Zürich, étudiant)

Un triste dimanche de plus. Un nouveau tour joué par la démocratie directe. Je suis étudiant et j’ai la chance de ne pas m’inquiéter pour mon avenir professionnel. Je suis conscient que c’est une chose devenue rare en Europe. Cette votation ne va pas directement changer mon quotidien mais voudra dire beaucoup de bureaucratie pour mon oncle qui a un restaurant. Il emploie beaucoup d’Européens faute de trouver des Suisses prêts à travailler dans le service. Notre richesse nous est montée à la tête et il y a beaucoup de métiers que les Suisses ne sont plus prêts à faire. Ce vote, c’est l’insolence d’un pays qui va trop bien.

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