Assita Kanko: « Chaque minute qui passe, cinq petites filles sont mutilées dans le monde »

Publié: 7 février 2014 par estellavaras dans Afrique, Monde
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Publié le jeudi 06 février 2014 à 21h15 – Mis à jour le jeudi 06 février 2014 à 21h45

Belgique LaLibre.be pose trois questions à Assita Kanko.

A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les mutilations génitales féminines, rencontre avec Assita Kanko, conseillère communale MR à Ixelles et victime de l’excision. Auteur de « Parce que tu es une fille. Histoire d’une vie excisée », elle se confie à LaLibre.be.

 

Témoignage

 

Comment avez-vous vécu le drame de l’excision et pourquoi avez-vous décidé d’en faire une des croisades de votre vie?

Douloureusement. Je me bats pour la liberté individuelle. La femme est un individu comme les autres. Il n’y a pas de raison que, parce qu’elle est née femme, on lui fasse subir des choses horribles qui nuisent à sa santé et à son épanouissement. J’avais cinq ans quand ça m’est arrivé au Burkina Faso, mon pays d’origine. Sous de faux prétextes, j’ai été emmenée à l’endroit où m’attendait l’exciseuse. Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Une horreur qui me révolte sans m’aigrir.

C’est pour cela aussi que j’ai écrit ce livre. C’est d’une part pour toutes les petites filles qui risquent encore d’être mutilées et d’autres part pour dire aux 125 millions de femmes qui ont déjà été excisées qu’elles peuvent s’en sortir.

L’année passée, deux mille femmes risquaient la mutilation dans notre pays. Cette année les chiffres dévoilés le 5 février dernier indiquent un risque de mutilation pour 4000 filles. Chaque minute qui passe, cinq petites filles sont mutilées dans le monde selon Unicef. Comment pourrais-je me taire ? Renoncer à agir au nom de ma propre pudeur? Face une telle étendue de honte et de cruauté ?

Peut-on se relever d’une telle expérience? Si oui, comment?

Bien sûr. Heureusement d’ailleurs. Mais se relever n’arrive pas du jour au lendemain, c’est tout un processus. Je vais bien aujourd’hui. Je suis libre, heureuse et épanouie à tel point que j’étais prête pour écrire et publier mon livre. Mais ma seule liberté ne me suffit pas. Je pense aux autres filles, aux autres femmes. Se relever dépend de plusieurs facteurs. Notamment du type de mutilations subies, des rencontres qu’on fait, du processus mental qui se déclenche, de l’environnement, de l’éducation…

Certaines femmes, comme l’ex-top model Waris Dirie (auteur de « Fleur du désert ») ont eu besoin d’une opération chirurgicale pour pouvoir faire des choses simples comme uriner ou avoir ses menstruations sans douleur intense. D’autres sont mortes après l’excision.

L’excision a-t-elle également cours en Europe? En Belgique? Comment combattre ces pratiques?

Bien sûr. Sinon pourquoi aurait-on une loi ? Pourquoi les chiffres seraient-ils si parlants ? Exemple : dans une émission de TV Bruxelles diffusée l’année dernière, on voit ce médecin qui témoigne du fait qu’un monsieur s’était présenté pour demander une circoncision pour son fils et une excision pour sa fille. Ce père trouvait cette demande parfaitement normale.

Hier soir sur la VRT dans l’émission Terzake, on voyait une femme devenue européenne de nationalité défendre ouvertement l’excision. Quand cela ne se passe pas ici clandestinement c’est pendant les vacances dans le pays d’origine.

Il faut combattre ces pratiques dictées par les traditions. Les mêmes règles valent pour tout le monde. Je n’accepte pas qu’au nom des différences culturelles ou religieuses on mutile des petites filles. Les solutions passeront par l’éducation et par l’autonomie financière des femmes. Tant qu’une femme n’est pas financièrement indépendante, elle ne peut pas revendiquer sa liberté et la vivre pleinement.

Par ailleurs il faut un parcours d’intégration obligatoire. La loi doit pouvoir être appliquée, elle doit atteindre son objectif primaire qui est la protection des gens, et dans ce cas précis des enfants. Qu’ils soient noirs ou blancs, ils ont mal de la même manière. Stop au relativisme culturel. Le relativisme culturel, c’est aussi une barbarie. La loi se heurte pour l’instant à trop d’obstacles et devrait être remise sur la table pour être rendue plus efficace. Un mécanisme de contrôle et de prévention devrait être possible afin de protéger les petites filles. Je ne voudrais pas que ça arrive à ma fille et à aucune autre petite fille où que ce soit dans le monde. Cela fait partie de mes combats et c’est pour cela que j’ai décidé d’en parler.

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