Dieudonné joue le même spectacle, sans charges antisémites

Publié: 14 janvier 2014 par gandibleux dans A contre-courant, Actualités
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Dieudonné, lors de sa conférence de presse au Théâtre de la Main d'Or, à Paris, le 11 janvier.

Dieudonné s’est produit pour la première fois, lundi 13 janvier au soir, dans le cadre de son nouveau spectacle, Asu Zoa (« la face de l’éléphant » en langue ewondo du Cameroun, d’où est originaire son père), au Théâtre de la Main d’or, à Paris. Après avoir été interdit de scène pendant plusieurs jours pour son one-man-show Le Mur, en raison de ses propos antisémites, il a présenté un spectacle qui reprenait entièrement la trame du précédent, mais expurgé des attaques les plus frontales contre les juifs.

Plus de référence explicite au maréchal Pétain, qui apparaissait auparavant comme le président « préféré » de Dieudonné face à François Hollande. Le journaliste de France Inter Patrick Cohen est encore mentionné, mais sans les références aux chambres à gaz qui avaient choqué et mobilisé notamment le ministère de l’intérieur. De la même façon, Dieudonné ne dit plus : « Je n’ai pas à choisir entre juifs et nazis, je suis neutre dans cette affaire », « je n’étais pas né, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Qui a volé qui ? J’ai ma petite idée… ».

Dieudonné a aussi remplacé la chanson finale Shoahnanas par François, la quenelle, la sens-tu ?, sur l’air du Chant des partisans, reprise en chœur par le public. Si les charges antisémites les plus dures ont disparu, le thème reste présent. « Je ne suis pas antisémite, personne dans cette salle n’est antisémite. Parce qu’on n’a pas envie, on n’a pas le temps, on a d’autres choses à faire », dit Dieudonné dans Asu Zoa. Le sketch mettant en scène Manuel Valls à genou dans le bureau d’Alain Jakubowicz, le président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), est toujours là.

« QUENELLE » GÉNÉRALE

Les places pour la représentation de lundi avaient été toutes vendues en ligne avant même l’annonce de l’autorisation du spectacle, et une longue file de spectateurs patientaient devant le fief parisien de l’humoriste, à proximité duquel une demi-douzaine de fourgons de CRS stationnaient. De nombreux journalistes étaient présents, certains se faisant insulter par des spectateurs remontés. Dans la salle, pleine à craquer, juste avant le début du spectacle, le public a effectué une « quenelle » générale pour une photo de groupe à la demande d’un spectateur.

La préfecture de police de Paris avait autorisé lundi la représentation d’Asu Zoa, prenant acte qu’il s’agissait d’un nouveau spectacle. Dans la mesure où Dieudonné s’était engagé publiquement « à ne pas réitérer des propos contraires à la dignité de la personne humaine », il n’y avait « pas lieu d’interdire le spectacle », a-t-elle expliqué. Mais, a-t-elle prévenu, si des propos « tombant sous le coup de la loi venaient à être tenus », « toutes les conséquences en seraient tirées tant au plan judiciaire qu’administratif ».

Après les interdictions de son spectacle Le Mur à Nantes, à Tours et à Paris, toutes validées par le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative française, Dieudonné avait annoncé samedi qu’il abandonnait définitivement ce spectacle et qu’il en jouerait désormais un autre. Un spectacle qu’il aurait écrit en trois nuits et qui ne comporterait « pas les propos visés » par les arrêtés d’interdiction. L’artiste controversé avait déclaré que le show évoquerait « la position de l’Afrique dans le monde, son histoire » et les « ancêtres » de Dieudonné, né il y a quarante-sept ans d’un père camerounais et d’une mère bretonne.

VALLS « SCEPTIQUE », LA LICRA « VIGILANTE »

Lundi matin, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, s’était dit « sceptique » quant aux « remords soudains » de Dieudonné M’bala M’bala, condamné à plusieurs reprises pour antisémitisme, et qui restait « sous haute surveillance » selon lui. Le ministre, qui a été en pointe dans l’offensive gouvernementale contre l’humoriste, soulignait toutefois que « d’une manière générale, on n’interdit pas une personne, mais un spectacle qui porte gravement atteinte à la dignité humaine ».

Un porte-parole de la Licra, organisation qui a porté plainte plusieurs fois contre Dieudonné M’bala M’bala, a indiqué que ses responsables seraient « vigilants » et qu’ils comptaient suivre le spectacle sur les médias et les réseaux sociaux. La Licra s’inquiètait déjà lundi d’un possible message caché dans le titre du nouveau spectacle. « “Asu” est l’acronyme inversé pour “USA” et “Zoa” est le nom d’une organisation sioniste américaine », la Zionist Organisation of America, a expliqué le porte-parole.

D’autres ennuis attendent Dieudonné M’bala M’bala, qui est sous la menace d’une éventuelle expulsion du théâtre parisien qu’il loue depuis 1999. Judiciairement, il fait également l’objet d’enquêtes sur des soupçons d’organisation frauduleuse de son insolvabilité et de blanchiment d’argent.

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