Ukraine : cinq questions sur la crise politique

Publié: 17 décembre 2013 par gandibleux dans Actualités, Europe, Monde
Tags:

Le Monde.fr | 03.12.2013 à 17h14 • Mis à jour le 11.12.2013 à 17h07

Manifestation pro-européenne à Kiev, mercredi 27 novembre.

Les forces de l’ordre ont renoncé, mercredi 11 décembre, à déloger les occupants la mairie de Kiev et ont quitté la place de l’Indépendance, toujours occupée par des milliers de pro-européens. La tension est toujours vive en Ukraine.

Lire les dernières informations Ukraine : l’opposition exclut tout « compromis » avec le pouvoir et tous nos reportages, décryptages et analyses sur la situation

  • Pourquoi ces manifestations ?

Le mouvement a démarré le 21 novembre après l’annonce, par le président Viktor Ianoukovitch, de la suspension des relations avec l’Union européenne (UE), alors qu’un accord d’association entre l’Ukraine et l’UE était sur le point d’être signé. Des étudiants et opposants de Viktor Ianoukovitch ont aussitôt convergé vers lecentre-ville de la capitale et de plusieurs autres villes, occupant la place de l’Indépendance (qui était déjà l’épicentre de la « révolution orange » de 2004) pourdemander au président de tenir les engagements qu’il avait pris et de signerl’accord.

Pour eux, il ne fait aucun doute que l’Ukraine a vocation, à terme, à rejoindrel’Union européenne, et cet accord aurait été une première étape en vue d’un rapprochement. Il aurait notamment permis de poser les bases de nouvelles normes démocratiques dans le pays. Le document, qui était en cours de négociations depuis plusieurs années entre Bruxelles et Kiev, aurait dû êtreparaphé lors du sommet de Vilnius sur le Partenariat oriental des 28-29 novembre. Depuis la fin de ce sommet, qui s’est conclu par un échec, les manifestants réclament désormais le départ de Viktor Ianoukovitch, accusé de « trahison ».Malgré les tentatives des forces de l’ordre pour les déloger, ils occupent toujours la place de l’Indépendance et la mairie de Kiev.

  • Qui sont les manifestants ?

EuroMaïdan (« Maïdan » veut dire « la place » en ukrainien, mais c’est aussi le nom utilisé par les Kieviens pour désigner la seule place de l’Indépendance) est un mouvement d’abord lancé par les étudiants, auquel s’est ralliée une large part de la population ukrainienne : des déçus de la révolution orange, qui n’a pas apporté la démocratisation du pays espérée, et des Ukrainiens de l’Est (culturellement plus proches de la Russie, mais qui désapprouvent la politique du président Viktor Ianoukovitch).

Ce mouvement populaire n’a pas vraiment de leader mais trois partis d’opposition se sont ralliés à la contestation et y sont très présents : le parti Oudar (« Coup de poing »), dirigé par le boxeur Vitali Klitschko, qui a fait de la lutte contre la corruption sa principale bataille ; l’alliance Batkivchtchina de l’ancienne première ministre emprisonnée, Ioulia Timochenko ; et le parti ultra-nationaliste Svoboda (« Liberté »), pour qui le rapprochement vers l’ouest est la seule direction possible pour échapper à l’emprise de la Russie dans le pays.

  • Quel rôle joue la Russie dans ce conflit ?

Le premier ministre Mykola Azarov n’a pas caché que la Russie avait fait pression pour que Kiev abandonne l’accord d’association avec l’UE. Moscou a-t-il agité la menace de représailles économiques en cas de signature de l’accord ou a-t-il au contraire fait miroiter la perspective de bénéfices économiques ? Pour l’instant, nul ne le sait. Mais le président Viktor Ianoukovitch a mis en avant les difficultés économiques de son pays pour justifier sa volte-face et notamment les risques pesant sur de nombreux emplois, si jamais la Russie décidait de fermer sesfrontières aux produits ukrainiens. Les exportations ukrainiennes dépendent à environ 30 % de la Russie. En août, alors que l’Ukraine négociait les détails de l’accord avec l’UE, Moscou avait bloqué pour quelques jours tous les produits d’exportation ukrainiens, entraînant un mouvement de panique à Kiev.

Lire notre éditorial : L’Europe doit soutenir l’aspiration démocratique à Kiev

Aujourd’hui, Moscou ne cache pas ses espoirs de voir l’Ukraine rejoindre l’union douanière qu’elle forme avec le Kazakhstan et la Biélorussie, et aimerait, à terme,former une union eurasienne aux ambitions plus larges. A Kiev, la formationpolitique du président Ianoukovitch, le Parti des régions, assure que « l’Ukraine n’a pas vocation à rejoindre l’union douanière de la Russie ». Pourtant, le président s’est rendu, vendredi 6 décembre, à Sotchi en Russie en fin de semaine pourdiscuter de coopération économique. Moscou a également affiché son mépris pour le mouvement EuroMaïdan : « Les événements en Ukraine ressemblent plus à un pogrom qu’à une révolution, a déclaré M. Poutine lors d’une visite en Arménie.Ces actions ont été préparées de l’extérieur. Nous voyons comment des groupes bien organisés sont impliqués. »

  • 1 / 9
    L’opposition pro-européenne maintient la pression en Ukraine, à Kiev, après cinq jours de protestation contre le pouvoir. Les manifestants occupent l’hôtel de ville depuis samedi, et bloquent les accès aux bâtiments gouvernementaux.

    Crédits : AP/Efrem Lukatsky facebook twitter google + linkedin pinterest

  • Ils protestent contre la suspension par le président Viktor Ianoukovitch d’un accord d’association avec l’Union européenne, vendredi 28 novembre.

    Crédits :AFP/SERGEI SUPINSKY facebook twitter google + linkedin pinterest

  • Des affrontements avec la police ont fait de nombreux blessés parmi les opposants, mais aussi chez policiers et journalistes. Les réseaux sociaux russes et quelques chaînes de télévision ukrainiennes évoquent la présence de titouchkis, des « gros bras », dans les deux camps.

    Crédits :REUTERS/VASILY FEDOSENKO facebook twitter google + linkedin pinterest

  • Les manifestants d’EuroMaïdan sont-ils représentatifs ?

Le président Ianoukovitch a d’abord dénigré le mouvement, estimant que quelques milliers de manifestants ne faisaient pas une opinion publique. Mais à Kiev, les quelques milliers de manifestants étaient en réalité beaucoup plus nombreux, car s’organisant pour venir quatre à cinq heures par jour et se relayant 24h/24. Et dimanche 1er décembre, ils étaient plus de 100 000 dans les rues de la capitale et des dizaines de milliers dans les autres grandes villes du pays.

Une majorité d’Ukrainiens estiment que leur pays a vocation à se rapprocher de l’Union européenne, y compris parmi l’électorat du président Ianoukovitch. Mais la population diverge profondément sur le calendrier d’un tel rapprochement. Beaucoup, notamment dans l’est du pays, se rallient à la thèse du gouvernement selon laquelle le pays n’est pas encore prêt. Pour eux, il faut faire une « pause »dans les relations avec l’UE, le temps de moderniser les infrastructures du pays et de négocier de meilleures conditions avec les Vingt-Huit.

Pour les partisans d’un rapprochement accéléré, l’association avec l’UE est au contraire urgente. Sans nier les conséquences économiques d’un tel accord, ils privilégient surtout la possibilité de mettre en place de nouvelles règles politiques dans le pays.

  • Qui est responsable des violences constatées début décembre ?

Très pacifiques et bon enfant les premiers jours, les manifestations ont pris une tournure nettement plus crispée depuis début décembre et la fin du sommet de Vilnius. Plusieurs centaines de personnes ont été blessées dans les affrontements entre les policiers casqués et armés de boucliers d’un côté, et des manifestants, certains s’interrogeant sur la possible infiltration de « titushkis » (des casseurs) dans leurs rangs. Des images ont circulé en boucle sur les réseaux sociaux, faisant part de violences dans les deux camps : d’impressionnantes photos montrent une tractopelle conduite par des nationalistes ultra, faisant reculerune ligne de policiers manifestement apeurés ; d’autres images de journalistes et manifestants au visage ensanglanté illustrent la violence de la répression par les forces Berkout.

Des manifestants ont utilisé un tracteur contre des policiers dans les rues de Kiev, dimanche 1er décembre.

 Cette répression musclée, pour laquelle le premier ministre a présenté ses excuses, mardi 3 décembre devant le Parlement, a ressoudé les rangs des manifestants qui sont descendus ensuite dans la rue bien plus nombreux qu’attendu.

Le pouvoir attribue ces débordements aux partis d’opposition, qui eux-mêmes rejettent la faute sur le dos de provocateurs. Pour Piotr Porochenko, un des oligarques qui soutient activement l’opposition, les incidents ont été provoqués par« 500 individus spécialement formés et équipés, amenés par les autorités pourdiscréditer notre action pacifique ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s