L’onde de choc mondiale: La mort de Kennedy

Publié: 23 novembre 2013 par gandibleux dans Actualités, Monde, USA
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Aux États-Unis, 'tout s'est arrêté'

À Dallas, il est 12h30 ce vendredi 22 novembre 1963 quand trois coups de feu sont tirés sur le convoi du président John Fitzgerald Kennedy. Une heure plus tard, le président des États-Unis est mort. En novembre 1963, le charismatique JFK, à la popularité jamais en berne, prépare sa réélection. C’est la raison de sa présence à Dallas le 22 novembre 1963. Mais la troisième étape de son voyage au Texas aura été la dernière. Aux États-Unis et ailleurs, c’est alors « un choc énorme », explique Nicole Bacharan, spécialiste des États-Unis et consultante pour Europe 1. « Même si beaucoup de gens avaient le sentiment que sa politique ne s’était pas encore concrétisée, il représentait beaucoup d’espoir. »

Sur l’antenne d’Europe 1, Philippe Labro, alors journaliste pourFrance-Soir, décrit la réaction des étudiants américains en larmes sur le campus d’une université du Connecticut, berceau du clan Kennedy. Les drugstores ont baissé le rideau, les jukebox sont arrêtés. Bureaux et magasins ont fermé leurs portes. « On a l’impression qu’il y a eu à l’annonce de cette nouvelle tragique un immense mouvement vers le foyer » des Américains qui souhaitent se retrouver en famille. À tel point que le journaliste constate que les routes sont encombrées entre New York et Hartford. Dans un pays « paralysé » et « paniqué », une nation qui lui semble même « enfantine », une seule question est sur toutes les lèvres : « Qu’est-ce qu’il va nous arriver ? »

La France est auprès de vous

La déflagration de Dallas fait le tour du monde. « Comme pour le 11-Septembre, c’est un moment pour lequel chacun se souvient où il était quand il a appris la mort de Kennedy », souligne Nicole Bacharan. Depuis l’Élysée, le général de Gaulle télégraphie à Jackie Kennedy, qu’il connaît pour l’avoir reçue à l’Élysée en 1961. Quelques mois après son élection, JFK s’était en effet rendu à Paris. En France, le jeune président avait conquis la presse en affirmant : « Je suis l’homme qui accompagne Jacqueline Kennedy à Paris, et j’en suis fier. » Dans son message de condoléances, lu au micro Europe 1 d’une voix lente et solennelle par le porte-parole de l’Élysée, le chef de l’État français promet à la veuve que « le président Kennedy ne sera jamais oublié ». « L’immense chagrin qui vient de vous frapper nous émeut ma femme et moi jusqu’au fond du cœur », affirme Charles de Gaulle.

Un autre télégraphe est envoyé par l’Élysée à Lyndon Johnson. Le vice-président vient en effet de prêter serment à bord de l’avion présidentiel Air Force One, quelques heures à peine après la mort de JFK. Dans ce court message, le général de Gaulle assure le nouveau président américain de « l’amitié plus que jamais fidèle et confiante de la France pour les États-Unis d’Amérique ». À ce moment-là, les relations entre les deux pays sont « bonnes », explique Nicole Bacharan car, en pleine guerre froide, « les désaccords ne pouvaient être qu’à la marge ».

À Rome, les rues sont désertes

En Italie aussi, on pleure Kennedy, le premier président américain catholique, et toujours le seul à ce jour. La nouvelle de sa mort se répand rapidement dans la capitale italienne. John Pasetti, le correspondant d’Europe 1, raconte avoir « vu des gens éclater en sanglots piazza Colonna », une place centrale de Rome. Les rues de la ville sont « désertes » et « dans les cafés, les orchestres ont cessé de jouer ».

Place Saint-Pierre, au Vatican, « une petite foule agenouillée prie en silence ». Deux religieux présents à Rome pour le concile Vatican II font part de leur sentiment. L’archevêque de Bamako, Mgr Sangaré, raconte « la consternation générale » dans la salle où se tenait la réunion. « Avant de quitter la salle, nous avons récité un de profundis pour le repos de l’âme du président Kennedy. » L’évêque de Nzérékoré, en Guinée, souligne de son côté que « beaucoup d’Africains sont consternés avec nous, parce que c’est certainement un homme qui a beaucoup lutté pour cette conviction chrétienne, pour nous, de l’égalité entre les hommes ».

On sait que Kennedy était croyant, mais une chose est sûre : dans les années 60, « la religion était beaucoup moins présente en politique » qu’elle ne l’est aujourd’hui, analyse Nicole Bacharan. Et avec JFK, les électeurs ont « réalisé qu’on pouvait être pleinement président américain sans aller prendre ses ordres au Vatican ».

Radio Moscou annule ses programmes

Quand Kennedy est tué, la guerre froide bat son plein. Et c’est à Cuba que les deux grandes puissances s’affrontent, après l’invasion ratée de la baie des Cochons, en avril 1961. En octobre 1962, la crise des missiles soviétiques, braqués depuis Cuba sur les États-Unis, tient le monde en haleine. Le pire est évité après une négociation de dernière minute entre Moscou et Washington. À Moscou, John F. Kennedy est ensuite vu comme un dirigeant « raisonnable, d’autant plus que quelques mois auparavant, il avait œuvré pour le Traité de Moscou, qui prévoit une interdiction partielle des essais nucléaires.

Le 22 novembre 1963, après avoir annoncé la mort de JFK, Radio Moscou interrompt ses programmes et diffuse de la musique funèbre. Un communiqué qui tourne en boucle se termine par une biographie de Kennedy, présenté, selon le correspondant d’Europe 1 à Moscou, « comme un éminent homme d’État américain ». « Dans l’ensemble, monsieur Khrouchtchev avait trouvé dans Kennedy un partenaire loyal, un homme coriace, certes, en certaines occasions, mais au moins un homme avec qui on savait à quoi s’en tenir », assure Philippe Tussinge. Dans la population, l’ambiance est plus à « l’incertitude » qu’à l’inquiétude. Mais on n’hésite pas à comparer l’événement à la mort de Franklin Roosevelt en 1945, remplacé par Harry Truman, un président considéré comme « mauvais » en URSS et avec lequel la guerre froide était entrée dans le vif du sujet.

Berlin perd son meilleur ami

S’il est un endroit où la mort de JFK a particulièrement choqué, c’est en Allemagne de l’Ouest. Moins de six mois avant d’être abattu, le président américain avait en effet lancé à Berlin ces mots célèbres : « Ich bin in Berliner. » Un discours prononcé à deux pas du mur de Berlin en signe de solidarité des États-Unis avec les habitants de la ville. À Berlin-Ouest, Kennedy, c’était « le rempart contre les soviétiques ». Pas étonnant donc que sa mort y soit accueillie avec tristesse. « Avec le premier citoyen du monde libre, John Kennedy, Berlin a perdu son meilleur ami », s’émeut ainsi Willy Brandt, le maire de Berlin-Ouest, cité par Pierre Roelandts, le correspondant d’Europe 1 à Bonn. La menace soviétique, concrète, est « quotidienne » : dans la ville, on craint que « les Russes avancent davantage », rappelle Nicole Bacharan, ajoutant : « Nous, on connaît la suite de l’histoire. Mais le jour-même, les gens ont eu extrêmement peur. »

Ludwig Erhard, chancelier depuis quelques semaines, apprend la nouvelle dans le train qui le ramène de France, où il vient de rencontrer le général de Gaulle. À son arrivée à Bonn, sans un mot pour les journalistes présents, comme Pierre Roelandts, le correspondant d’Europe 1, il se précipite dans sa voiture. Sans doute « pour cacher son désarroi et son chagrin ». Plus tard, il s’exprime à la radio d’une voix brisée par l’émotion, et lance : « Nous avons tous perdu John Kennedy. »

Crédits

  • Journaliste : Anne-Julie CONTENAY
  • Documentation Europe 1 : Benoît MUCKENSTURM et Sylvaine DENIS
  • Création graphique : Mikaël REICHARDT
  • Intégration : Emile EANG
  • © 2013 Europe1.fr
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