La mixité des étudiants menacée en Turquie

Publié: 12 novembre 2013 par estellavaras dans Europe

Jérôme Bastion, Correspondant à Istanbul Publié le mardi 12 novembre 2013 à 05h38 – Mis à jour le mardi 12 novembre 2013 à 10h07

 

Erdogan veut combattre la cohabitation d’étudiants de sexe opposé. Le Premier ministre turc est accusé d’imposer une islamisation rampante.

Dans la nuit de samedi à dimanche, six policiers de la ville de Manisa ont sonné au domicile de trois étudiantes vivant en colocation et qui se trouvaient à ce moment en compagnie de deux amis. « Vivez-vous ici, hommes et femmes ensemble ? », ont interrogé les agents lors de ce contrôle, avant d’infliger à chacun des résidents une amende d’environ 30 euros pour « trouble à l’ordre public ». Le préfet de la province de Manisa, Abdurrahman Savas, a beau s’en défendre : il risque de passer pour le premier haut fonctionnaire à appliquer avec zèle les consignes du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan visant à sanctionner les étudiants cohabitants de sexe opposé .
« Assiste-t-on à la mise en place d’une police des mœurs ?« , s’est indigné, hier, sur NTV Haluk Koç, le vice-président du parti républicain du Peuple. Le week-end précédent, le chef du gouvernement avait surpris en annonçant avoir ordonné aux préfets de remédier à ces cas de cohabitation mixte, intolérables au regard de la morale prônée par son parti de la Justice et du Développement (AKP, au pouvoir depuis 2002). Après avoir libéralisé le port du voile à l’université et dans la fonction publique, mais aussi interdit l’avortement (qualifié de « crime contre l’Humanité ») et restreint la vente d’alcool, le gouvernement Erdogan est de plus en plus accusé d’islamiser la société, et de s’immiscer dans la vie privée de la population turque, musulmane à 99%.

« Ce qui se passe (dans ces logements d’étudiants mixtes) n’est pas clair », a-t-il déclaré. « Toutes sortes de choses peuvent arriver; les parents se plaignent et demandent ce que fait l’Etat. » C’est justement sur la foi d’une « plainte » que la police est intervenue chez les étudiants de Manisa, reconnaît le préfet Savas, mais pour « tapage nocturne ». Les jeunes en question disent pourtant avoir été surpris en train de discuter calmement, mais affirment avoir été questionnés avec insistance sur la nature de leur cohabitation.

Multiplication des contrôles

Le cas n’est pas isolé : une étudiante vivant dans un appartement d’Istanbul, où elle dit « recevoir régulièrement une amie », a raconté (selon le quotidien « Radikal » du 9 novembre) que des policiers étaient récemment venus, également sur dénonciation, demander « avec qui elle vivait ». Selon le journal « Hürriyet », le ministre de l’Intérieur annonce d’ailleurs préparer une circulaire renforçant le contrôle des locataires « non enregistrés ». La semaine passée, des dizaines d’appart-hôtels, d’auberges de jeunesse et de résidences d’étudiants ont reçu la visite de fonctionnaires de police, et une trentaine d’entre eux ont été fermés, reconnaît la Direction de la Sûreté d’Istanbul, qui parle de « routine ».

Ces mises en garde et ces contrôles suscitent depuis quelques jours une vive controverse, jusqu’au sommet du gouvernement : le vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement, Bülent Arinç, a d’abord publiquement dénoncé le projet de surveillance des colocations mixtes, puis rappelé à l’ordre par Tayyip Erdogan, a promis de continuer à « faire respecter sa position ». En visite en Turquie, le Commissaire européen pour l’élargissement, Stephan Füle, a, lui, souhaité vendredi que ce débat se termine « dans le respect du droit et des choix individuels de mode de vie ».

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