Ces affiches anti-américaines que Téhéran a fait retirer

Publié: 29 octobre 2013 par gandibleux dans Actualités, Monde, USA
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M : le blog : 29 octobre 2013

A l’approche d’une reprise des négociations sur le programme nucléaire iranien entre Téhéran et les Six (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine, Russie, plus Allemagne), les 7 et 8 novembre à Genève, de grandes affiches anti-américaines, accrochées le 22 octobre le long de plusieurs autoroutes dans la capitale iranienne, ont été retirées. Le porte-parole de la mairie de Téhéran, Mohammad-Hadi Ayyazi, a soutenu, vendredi 25 octobre, cette décision en soulignant que les démarches nécessaires n’avaient pas été accomplies. Selon lui, ces images n’avaient pas obtenu l’autorisation de l’organisation responsable en ce domaine, composée de représentants du ministère de la culture et de l’orientation islamique et également de certaines autorités de la mairie de Téhéran.

Cette campagne anti-américaine, intitulée « L’honnêteté américaine », avait pour l’objectif de dévoiler la nature peu fiable des Américains. Une de ces affiches montre un Américain face à un Iranien, les deux assis autour d’une table ronde. Cette disposition et les drapeaux américain et iranien au fond de la salle laissent penser qu’il s’agirait des négociations entre les deux pays, n’ayant plus de relations diplomatiques depuis la prise d’otage à l’ambassade américaine à Téhéran en 1979.

Vêtu d’une veste classique et d’une cravate (symbole par excellence de décadence morale en Occident), l’Américain porte un pantalon militaire et tient sous la table, à l’insu de son interlocuteur iranien, un fusil braqué dans sa direction.

Sur une autre affiche de la même campagne, à la place d’un fusil, l’Américain tient à son côté un chien d’assaut.

Certains sites et analystes considèrent ces affiches comme une remise en cause de la diplomatie plus ouverte menée par le gouvernement du président modéré Hassan Rohani, depuis son arrivée au pouvoir en août. « Ces pancartes pourront être interprétées comme l’opposition de certaines mouvances politiques au « gouvernement de l’espoir et de la bonne gestion » [les slogans électoraux du président Rohani]« , peut-on lire dans le quotidien réformateur Ghanoon, le 26 octobre.

Depuis le premier voyage à New York du président iranien, en septembre, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, sa conversation téléphonique historique avec son homologue américain, Barack Obama, ainsi que la rencontre entre les ministres des affaires étrangères des deux pays, n’ont pas cessé de susciter la colère des plus conservateurs en Iran.

Bien que ces affiches anti-américaines aient été rapidement retirées, elles continuent à intriguer la presse iranienne quant à leur origine. Ghanoon a également avancé, dans son numéro du 26 octobre, que les responsables du gouvernement de l’ancien président conservateur Mahmoud Ahmadinejad [2005-2013] étaient derrière cette campagne publicitaire, menée par une organisation artistique « indépendante », nommée Oj.

Toujours selon la même source, un conseiller de M. Ahmadinejad, Mohammad-Ali Ramin, à l’origine, notamment, des déclarations négationnistes de l’ex-président tant polémiques, est un membre actif de l’organisation Oj. Questionné sur les nouvelles évolutions et l’éventualité d’une reprise des relations bilatérales avec Washington, Mahmoud Ahmadinejad avait fait part, en septembre, de son indignation en annonçant que le peuple iranien était « en guerre contre les Etats-Unis ».

Si des voix se font entendre au sein des dirigeants politiques critiquant la diplomatie du président Rohani, des médias et des personnages moins conservateurs ont dénoncé cette campagne qui pourrait, selon eux, compromettre la politique d’apaisement du gouvernement.

« Tir vers la diplomatie de Rohani dans les rues de Téhéran », avait titré le site Asr Iran. Le site s’est également interrogé sur la manière dont cette organisation non gouvernementale avait pu avoir la possibilité d’accrocher ces affiches sans l’autorisation de la mairie de Téhéran. « Nous croyons que le business de beaucoup de personnes dépend de la poursuite des tentions et des sanctions[internationales]. Au rythme où les négociations [nucléaires] avancent, ces marchands des sanctions augmenteront leur sabotage », peut-on lire sur Asr Iran.

  » Dans un monde plein d’injustice, nous ne commettons pas d’injustice mais n’en acceptons pas non plus « 
Les images envoyées de Téhéran montrent que ces affiches ont été remplacées par une nouvelle série sur laquelle on peut lire : « Dans un monde plein d’injustice, nous ne commettons pas d’injustice mais n’en acceptons pas non plus ».
La décision de la mairie de Téhéran de décrocher ces affiches n’a guère plu aux durs du régime qui y voient une faiblesse de l’Etat iranien. Le quotidien ultraconservateur Kayhan l’a, de son côté, qualifiée d’« acte désagréable » et de « résignation » face à l’Amérique, ce « Grand Satan ».
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