Le retour de la peste noire?

Publié: 29 août 2013 par estellavaras dans Analyse
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Sophie Devillers (avec AFP) Publié le jeudi 29 août 2013 à 18h18 – Mis à jour le jeudi 29 août 2013 à 18h19

Planète 160 personnes ont été hospitalisées au Kirghizistan, par crainte d’une épidémie de peste bubonique. Un garçon de 15 ans en est mort cette semaine. La même peste noire a tué la moitié de l’Europe au quatorzième siècle.

Le jeune Timerbek Issakounov, 15 ans, travaillait comme berger dans un petit village montagnard du Kirghizistan, non loin de la frontière avec le Kazakhstan et la Chine. Il est mort jeudi dans un hôpital local, de la peste bubonique. C’est cette même peste, extrêmement contagieuse, qui a fait des millions de morts en Europe, au XIVe siècle, sous le nom de « peste noire ».

Après ce décès, plus de 160 personnes ont dû être hospitalisées dans un but préventif, ont précisé mercredi les autorités de cette ex-république soviétique d’Asie centrale, qui excluent cependant toute menace d’épidémie. « Au total, 160 personnes ont été en contact » avec le garçon contaminé, selon le ministère de la Santé. « Toutes ces personnes sont sous surveillance médicale » et prennent des antibiotiques et l’état de tous les patients est « satisfaisant ».

Par ailleurs, quatre nouvelles personnes souffrant de fièvre, un des symptômes de la peste, mais qui n’ont pas été en contact avec le jeune garçon, ont aussi été hospitalisées, selon le ministère de la Santé. Mardi, trois personnes s’étaient déjà présentées avec de la fièvre et des ganglions enflés au niveau du cou et sous les aisselles, autre symptôme de la peste.

Le ministère a cependant assuré que les analyses préliminaires de ces trois patients étaient négatives. Le jeune berger contaminé est décédé dans le district d’Ak-Souou (est), situé non loin d’un lac prisé des touristes. Selon le ministère, il est décédé de peste bubonique apparemment après avoir été piqué par une puce. Le dernier cas de peste bubonique a été enregistré au Kirghizistan il y a 30 ans.

« Il est bien connu que la peste bubonique est endémique, bien implantée au Kazakhstan », signale le microbiologiste Pierre Wattiau, responsable du labo de référence pour la peste en Belgique, au Centre d’étude et de recherches vétérinaire et agrochimique, qui dépend du SPF Santé publique. « Elle circule via les animaux sauvages, les rongeurs en particulier, et de temps en temps, il y a un cas humain. Il y a d’ailleurs des équipes de chercheurs locales qui travaillent sur la peste dans la nature sauvage. Le Kirghizistan est frontalier du Kazakhstan, même si ce sont d’immenses territoires. Ce n’est donc pas étonnant. C’est de voir apparaître la peste en Europe qui serait très surprenant ! »
 

MIEUX COMPRENDRE CE FLÉAU

 

 

Pierre Wattiau est responsable du laboratoire de référence pour la peste (humaine et animale) en Belgique (diagnostic, recherche…).

1. Comment la peste bubonique se transmet-elle ? 

Le mode de transmission classique de la peste se fait via les parasites, en particulier les puces. Plutôt qu’humaine, c’est surtout une maladie de rongeurs. Une fois les animaux infectés avec une puce, eux-mêmes meurent. La puce, sur un cadavre qui se refroidit, n’attend qu’une chose : voir passer un animal à sang chaud, pour s’y installer, piquer, et donc transmettre la peste. La propagation classique d’une épidémie ? Une population de rongeurs (de rats en Europe) est infectée par ses propres puces. Cela passe d’animal en animal. Ces animaux finissent par mourir. Mais les rats, par instinct, ne veulent pas mourir près de leur groupe, et sortent des égouts. Les humains viennent voir les rats crevés dans la rue. Grave erreur, car à ce moment-là, la puce saute des rats en train de mourir, pour passer aux humains ! Les hommes peuvent aussi s’infecter entre eux, si le malade développe un stade pulmonaire, ce qui n’est pas systématique. En toussant, l’infecté va vaporiser de la bactérie tout autour de lui, par voie orale. Cela, c’est redoutable. C’est ce qui a fait qu’il y a eu des épidémies si destructrices dans le passé. C’est pour cela que la maladie est si contagieuse.

2. Quelles sont les précautions à prendre ? 

Si un cas de peste est suspecté, il faut tout d’abord solliciter de l’aide médicale d’urgence pour traiter la personne atteinte et confirmer le diagnostic. Comme mesure de précaution, il faut protéger les voies respiratoires par le port de masques, également par le patient, et éviter les contacts directs (port de gants), isoler la personne et celles avec qui elle a été en contact. Il faut enrayer une éventuelle transmission par voie pulmonaire. Le patient n’est pas contagieux tant qu’il n’expectore pas. Et qu’il n’a pas de puces… La peste est parfaitement curable par antibiotiques. Le jeune berger a sans doute pâti d’un diagnostic trop tardif. Lorsque la bactérie a gagné la circulation sanguine, les antibiotiques ne peuvent plus agir.

3. Y a-t-il des risques en Belgique ? 

Que la peste arrive du Kirghizistan via ce patient : définitivement non. Et il n’y a pas la moindre trace de peste en Belgique, ni chez les hommes, ni chez les animaux. Mais une raison pour laquelle il existe un laboratoire de référence pour la peste en Belgique (outre réagir en cas d’utilisation de la bactérie par arme biologique) est qu’on peut très bien avoir des touristes qui reviendraient ici avec une symptomatologie comme celle-là. Des gens qui feraient du trekking dans la nature, et seraient en contact avec des animaux porteurs de la peste, par exemple. Ce n’est pas exclu du tout. C’est un scénario plausible. Et il faut pouvoir reconnaître et soigner ces symptômes. Mais je n’ai jamais vu de cas de peste humaine de ma vie, et je pense que cela n’arrivera pas ! Il y a de grands foyers de peste dans le monde, mais pas en Europe continentale. Il y a eu des cas il y a moins de dix ans en Algérie, il y en a régulièrement dans l’Ouest des USA. Les grands réservoirs de peste potentiels sont le Brésil, l’Inde, la Chine. Ce sont souvent des cas isolés, mais il arrive qu’il y ait des épidémies de quelques dizaines de personnes, comme en Inde, il y a une dizaine d’années. C’est souvent dans les communautés les plus pauvres, où les conditions de vie et l’hygiène sont les plus précaires.

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