La mobilité scolaire peine à séduire les élèves

Publié: 7 août 2013 par estellavaras dans Belgique
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Stéphanie Bocart Publié le mercredi 07 août 2013 à 05h39 – Mis à jour le mercredi 07 août 2013 à 09h40

Belgique

 

Depuis 2011, les élèves du secondaire peuvent partir à l’étranger dans une école d’accueil. Grâce aux programmes d’échanges Expedis et Comenius. Mais les candidats manquent à l’appel.

Expedis

 

Lancé en 2011 par la Fédération Wallonie-Bruxelles, le programme Expedis (1) s’adresse à tous les élèves de la 3e à la 6e année de l’enseignement secondaire ordinaire ou spécialisé (forme 4). Il entend offrir aux élèves la possibilité de fréquenter un établissement scolaire d’une autre communauté linguistique belge ou d’un autre pays pendant une période oscillant d’un mois à une année scolaire entière. « Ce programme permet de détacher temporairement un élève de son école d’origine vers une école d’accueil et une famille d’accueil, tout en respectant une série de critères , explique-t-on à la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO). Avant la mise en place d’Expedis, les élèves qui le souhaitaient partaient à l’étranger, mais, soit ils s’inscrivaient dans des écoles de langues, soit ils partaient comme cela, sans aucun contrôle. C’était un risque en quelque sorte. Ici, ce sont des mobilités certifiées : ce programme est lié à l’équivalence du niveau des études. »

Concrètement, toutes les dispositions sont prises, tant par l’école d’origine que l’école d’accueil, pour que soit assuré le continuum pédagogique. De même,  « l’école d’origine s’engage à soutenir l’élève avant, pendant et après son retour »  , précise-t-on à la DGEO. Tout au long du séjour,  « il y a un mécanisme de soutien, propre à chaque école; l’élève à l’étranger n’est pas abandonné »  . Et à son retour, l’école veille « à garantir sa réintégration harmonieuse » dans sa classe, que ce soit via des cours de remédiation, des dispenses d’examens pour certaines matières, etc.

Cadre privé ou organisé

Pour partir dans le cadre du programme Expedis, l’élève (et ses parents) a le choix entre deux formules : via un organisme de coordination (2) ou dans un cadre privé. Si l’élève et sa famille optent pour un voyage coordonné par un organisme agréé, la durée du séjour peut s’étendre d’un mois à une année scolaire entière. En revanche, l’élève qui choisit de partir dans un cadre privé pourra partir jusqu’à trois mois maximum.

Mais, en tout état de cause, il n’y a pas de bourse. « Ce sont les parents qui financent le séjour de leur enfant , souligne la DGEO. Dans quelle proportion ? Cela, on ne peut pas le déterminer. Si les parents font appel à un organisme de coordination, évidemment que les frais sont plus importants. Mais si l’élève part dans un cadre privé, chez de la famille ou des amis, par exemple, les frais sont différents. »

Ce facteur financier pourrait-il expliquer, en partie, que le programme Expedis attire peu d’élèves ? En 2012-2013, première année de la mise en œuvre effective d’Expedis, 67 élèves ont effectué un voyage d’une période moyenne de trois mois; 9 d’entre eux ont séjourné en Flandre, 31 dans un pays de l’UE (7 aux Pays-Bas, 5 en Espagne, 4 en Allemagne, 2 au Portugal, 1 en Autriche) et 27 dans un pays extracommunautaire (7 aux USA, 6 au Canada, 5 en Australie, 5 en Nouvelle-Zélande). Parmi ces 67 élèves, 10 sont partis dans un cadre privé.

Pour l’année à venir, l’Administration a reçu 80 demandes d’élèves, dont 16 dans un cadre privé. Principales destinations ? Le Canada (40), la Flandre (12) et les USA (6).

Selon la DGEO,  « un programme comme Expedis dépend avant tout de la motivation de l’élève. Et puis, il faut que l’école soit derrière lui; elle doit être d’accord et le soutenir. Expedis n’est pas un programme imposé, obligatoire »  . Par ailleurs,  « ce dispositif ouvre le champ d’action vers des parents qui ne font pas appel à un organisme de coordination. Il y a des parents qui se débrouillent très bien seuls pour trouver une famille d’accueil »  . Enfin, mis en place il y a deux ans, Expedis  « doit encore se faire connaître auprès du public »  .

(1) Plus d’infos sur www.enseignement.be

(2) Il y a cinq opérateurs : Kasteel Van Velm, WEP, Education First, AFS et YFU ASBL.

 

Comenius

 

Cette année, 33 élèves s’embarqueront dans l’aventure d’un séjour individuel en Europe, dans le cadre du programme européen de mobilité scolaire Comenius (1).

Calqué sur le même fonctionnement que « son grand frère » Erasmus, le programme d’échanges pour l’enseignement supérieur, Comenius est destiné aux élèves ayant minimum 14 ans. Il leur permet d’effectuer un séjour de trois à dix mois dans un établissement scolaire d’accueil et dans une famille d’accueil à l’étranger. « Dans les faits, en Communauté française, toutes les demandes ne dépassent pas quatre mois, c’est-à-dire un trimestre  , informe Manoëlle Joos, responsable du programme Comenius au sein de l’Agence francophone pour l’éducation et la formation tout au long de la vie (AEF Europe). Quand les élèves reviennent dans leur école d’origine, le trimestre passé à l’étranger est reconnu et ils ne repassent pas les examens puisqu’ils ont déjà été testés à l’étranger. » Cela étant,  « il ne faut pas se faire d’illusions : une grille horaire belge est assez différente des grilles horaires en Europe – on ne va jamais trouver un cours de néerlandais en Roumanie ! Il y a donc quand même une certaine adaptation des grilles horaires. Notre agence veille à respecter les options des élèves et puis va chercher à l’étranger des cours qui n’existent pas ici pour élargir leurs connaissances, éveiller leur curiosité »  .

Financé par la Commission européenne, le programme Comenius permet aux établissements qui y prennent part de recevoir une subvention. Celle-ci couvre : une allocation mensuelle (environ 120 euros/mois) versée aux élèves (ou à leurs parents), les frais de voyage (aller-retour) des élèves, l’organisation de la mobilité (courriers, coups de téléphone, réunions,…), et la préparation linguistique de chaque élève.  « De plus, les écoles reçoivent une subvention supplémentaire par élève étranger qu’elles accueillent dans leur établissement. »

Des partenariats préalables

Toutes les écoles ne peuvent pas intégrer le programme Comenius. Il est, en effet, réservé aux seuls établissements scolaires participant ou ayant participé à un partenariat scolaire multilatéral ou bilatéral Comenius. Soit, à ce jour, 180 écoles. « Comme il s’agit de mobilité mineure, l’idée est que les écoles qui vont s’échanger des élèves se connaissent au préalable et que les équipes pédagogiques se connaissent également , explique la responsable du programme, pour pouvoir assurer un encadrement adéquat des élèves du point de vue de la sécurité ainsi qu’un encadrement pédagogique. » Néanmoins, « le programme Comenius va connaître une refonte pour 2014-2020 , enchaîne-t-elle. Il est possible qu’à l’avenir, cette restriction de participer ou d’avoir participé à un partenariat préalable Comenius saute, ce qui ouvrirait les possibilités à de nombreuses écoles d’intégrer le programme » .

Un projet à long terme

Depuis son lancement en 2011, le programme de mobilité scolaire Comenius n’a pas encore séduit beaucoup d’élèves : 13 en 2011-2012, 23 en 2012-2013 et 33 pour la prochaine rentrée. Des chiffres qui tranchent avec les près de 3 000 étudiants qui partent chaque année à l’étranger dans le cadre du programme Erasmus. « Erasmus existe depuis vingt-cinq ans , rappelle Mme Joos. Si on reprend les chiffres d’Erasmus en 1987, ils n’étaient pas meilleurs. »

Il n’en reste pas moins que Comenius manque de candidats : « Nous avons une enveloppe de 65 000 euros pour financer la mobilité des élèves , reprend-elle. Or, elle n’est utilisée qu’aux deux tiers, car nous n’avons pas assez de candidatures. »

En cause ? Manoëlle Joos avance trois raisons. Primo, « il y a eu un manque de communication. Quand notre nouvelle équipe est arrivée en 2007 , se souvient-elle, on s’est rendu compte que le programme était très peu connu en Communauté française alors qu’il existe depuis 1995. Mais le bouche-à-oreille commence à faire son œuvre » . Secundo, « il y a effectivement la lourdeur du programme , reconnaît-elle. La mobilité Comenius demande beaucoup d’investissement de la part des écoles et quand elles le mettent en œuvre c’est un vrai projet d’école à long terme, qui doit être pensé un ou deux ans à l’avance. Or, les enseignants qui se lancent dans ce type de programme le font en plus : il faut donc trouver les bonnes volontés dans les écoles » . Tertio,  « il y a une culture de la mobilité qui n’est pas présente dans les établissements scolaires, les projets pédagogiques, chez les parents,… Dans des pays comme la Suède ou la Finlande, c’est plus que normal que tous les élèves partent en mobilité »  .

Cependant, « chaque année il y a un peu plus d’élèves et d’écoles qui participent , relève Mme Joos, même si cela reste marginal par rapport à la masse d’élèves en Communauté française. Mais je pense que c’est un bon départ » .

(1) Plus d’infos sur www.aef-europe.be

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