Grèce: blogueurs, pirates, cinéastes en défense de la radiotélé publique

Publié: 15 juin 2013 par estellavaras dans A contre-courant
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AFP

Mis en ligne le 15/06/2013- lalibre.be

C’est la première fois dans l’histoire de l’audiovisuel public en Europe qu’une telle chose arrive dans un pays démocratique.

Depuis mardi, blogueurs et pirates du web ont lancé de nombreuses actions en défense du service public de radio-télévision grec ERT, dont la fermeture unilatérale mardi des écrans et des radios, décidée par le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, a choqué en Grèce et à l’étranger.

S’en prenant à M. Samaras, qui a pris cette décision sans préavis et sans l’accord de ses deux autres partenaires de la coalition gouvernementale, un blog grec s’est prévalu d’avoir préempté la propriété du nom Nerit, choisi comme identité du futur groupe audiovisuel public grec que souhaite installer le gouvernement à la place de ERT.

« Nous avons réservé le domaine de l’adresse électronique http://www.nerit.gr depuis que l’appellation de la nouvelle télévision a été annoncée », a indiqué vendredi Troktiko.gr, en affirmant que « le gouvernement ne l’avait pas fait ». Nerit.gr retransmet ces derniers jours via des pirates de l’internet les programmes produits par les salariés de la ERT, qui occupent depuis l’extinction des écrans mardi soir le siège de l’organisme audiovisuel à Athènes en réclamant sa réouverture.

Le réalisateur Marco Gastine a pour sa part mis en ligne l’extrait glaçant d’un documentaire, qu’il a intitulé « prophecy for ERT », montrant un candidat du parti neo nazi grec Aube Dorée, Yorgos Germenis, lors de la campagne électorale législative de mai 2012. Dans un discours, celui-ci prédit que s’il est victorieux, son parti va éteindre les émetteurs de la télévision publique ERT, accusée de gauchisme. Soit exactement ce qu’a fait le Premier ministre.

Sur twitter, le hashtag #ERT recevait vendredi après-midi une centaine de contributions chaque 10 minutes, essentiellement en grec, anglais et français, selon un comptage réalisé par l’AFP, trois jours après l’apparition des écrans noirs et l’extinction du signal de la ERT. Et une pétition en ligne pour la réouverture d’ERT avait recueilli 41.000 signatures au même moment. http://www.avaaz.org/en/greece_ert/?wMbSKbb

Toutes les contributions sur twitter ne sont pas en défense aveugle de la ERT, une institution certes vénérable, symbole, mais bâtie sur le clientélisme politique et entâchée de scandales, qui offrait parfois plus le visage d’une télévision d’Etat que d’une télévision publique d’un pays démocratique, selon Reporters sans frontières (RSF), qui demande néanmoins la réouverture des antennes au nom de la démocratie.

Dans son blog « coulisses de Bruxelles », le journaliste Jean Quatremer titre un long article « l’ERT était « ‘l’organisme le plus corrompu et le plus dysfonctionnel de la Grèce' ». (http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2013/06/gr%C3%A8ce-lert-%C3%A9tait-lorganisme-le-plus-corrompu-et-le-plus-dysfonctionnel-de-la-gr%C3%A8ce-.html)

En revanche, l’économiste Yanis Varoufakis, qui suit de près les méandres de la crise de la dette, explique pourquoi il défend un groupe audiovisuel qui l’a censuré parce que son opinion était contraire à celle du pouvoir grec de l’époque, et qu’il a toujours considéré comme « problématique ». http://yanisvaroufakis.eu/2013/06/14/why-am-i-defending-a-public-broadcaster-ert-that-banned-me-and-which-i-always-considred-problematic/

A Athènes, les programmes de la chaîne d’information Net, appartenant à ERT, sont retransmis via la chaîne analogique locale 902, contrôlée par le parti communiste grec (KKE).

L’aide de l’Union européenne de radiotélévision (UER) permet aussi de diffuser les programmes de la ERT via son site internet.

Au siège de la ERT, dans le nord d’Athènes, des syndicalistes du groupe de télécom OTE, ainsi que de nombreux citoyens ont apporté des modems, routeurs et serveurs pour faire face à la coupure des lignes téléphoniques de la station par le gouvernement.

Et les pirates Anonymous ont mis en garde contre des cyber-attaques visant les sites gouvernementaux à partir du 15 juin, après avoir revendiqué une attaque contre la cour d’appel d’Athènes jeudi.

« Si un jour vous voyez le noir sur votre écran télé, sachez que c’est le jour de la mort de démocratie », ont-ils indiqué.

Le « signal » de la ERT, service public de radio télévision grec, a cessé d’émettre mardi soir après l’encerclement des émetteurs par la police grecque. Depuis, tous les écrans du service public sont restés noirs et les chaines de radio publiques sont muettes.

C’est la première fois dans l’histoire de l’audiovisuel public en Europe qu’une telle chose arrive dans un pays démocratique, a déclaré le président de l’Union européenne de radiotélévision (UER), qui regroupe les chaînes publiques des pays européens et méditerranéens, Jean-Paul Philippot.

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