Quel avenir pour la République islamique ?

Publié: 14 juin 2013 par estellavaras dans Actualités
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Vincent Braun

Mis en ligne le 14/06/2013- lalibre.be

Cinquante millions d’Iraniens sont appelés à voter ce vendredi pour élire leur septième président parmi six candidats.

La République islamique d’Iran a-t-elle encore un avenir ? L’élection de son septième président, dont le premier tour se déroule ce vendredi, survient dans un contexte difficile. La mauvaise gestion du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, la crise économique (voir LLB du 13/6), les revendications sociales, le contentieux nucléaire, l’impact de plus en plus profond des sanctions internationales, voire le sillage du conflit syrien sont autant d’éléments qui menacent l’existence même de la république des mollahs. Fondé dans la foulée de la Révolution islamique de 1979, ce régime est l’unique exemple au monde d’une théocratie (basée sur les préceptes islamiques) aux mains de religieux chiites. Au printemps prochain, elle célébrera ses 35 ans d’existence. Si Allah lui prête vie.

1Des institutions brocardées. Le sociologue Majid Golpour est pessimiste sur l’avenir de la « prétendue » République islamique. Pour lui, elle est moribonde. Les dirigeants sapent eux-mêmes les fondements de l’idéologie khomeiniste en ne respectant pas la Constitution. Il illustre son propos par l’évincement de l’ancien président Ali Akbar Hachémi Rafsanjani de l’élection présidentielle, pour des raisons indéterminées mais infondées juridiquement. « La décision des gardiens de la Constitution est anticonstitutionnelle, de même que le comportement du guide. D’un point de vue constitutionnel, nous sommes à la fin de la république islamique », affirme-t-il sans ambages. « Ils se trahissent eux-mêmes. Il n’y a pas besoin de critique ou d’opposition pour mettre en difficulté les institutions : ils s’en occupent eux-mêmes. Ali Larijani (le président du Parlement) a passé son temps à mettre en difficulté le gouvernement d’Ahmadinejad. Le président a dit publiquement qu’il ne voyait pas pourquoi il devrait s’expliquer devant l’assemblée islamique (lorsque celle-ci l’a sommé de justifier son bilan économique au printemps 2012). Les trois pouvoirs sont tellement en guerre ouverte que cette république ne peut plus rien donner. »

2Une Constitution équilibrée. La République islamique a jusqu’ici réussi à gérer ses deux composantes essentielles, républicaine (avec en théorie l’égalité homme-femme, l’égalité entre majorité et minorités religieuses ) et islamique (basée sur les préceptes de l’islam, dont l’interprétation fluctue selon que les ayatollahs sont progressistes ou conservateurs). « Du fait de sa loi fondamentale, le régime a été capable d’avoir en son sein plusieurs factions pour jongler entre l’islamité et la laïcité. C’est ce qui fait sa force », relève la sociologue et politologue Azadeh Kian, professeur à l’Université de Paris 7. Mais combien de temps pourra-t-il encore le faire alors que la société se laïcise et que le pouvoir religieux se radicalise ?

3Un guide malmené. Premier personnage de l’Etat, Ali Khamenei a soutenu sans condition Mahmoud Ahmadinejad depuis sa première candidature à la présidentielle de 2005 (y compris par la fraude massive organisée pour le réélire en 2009). Khamenei pensait pouvoir le contrôler à sa guise. Mais le président populiste s’est révélé imprévisible et arrogant. Ahmadinejad n’a eu de cesse de s’autonomiser du guide suprême, malmenant son autorité et affaiblissant son statut. Le président l’a forcé à prendre position sur des sujets relatifs à la gestion quotidienne de l’Etat. Ce faisant, il a contribué à faire descendre le Guide suprême de son pédiestal. On se souvient de la crise de 2011 où le guide a bloqué le limogeage du ministre du Renseignement décidé par Ahmadinejad : le Président a refusé de se rendre à ses bureaux onze jours durant. Un affront aux institutions et au pouvoir du guide.

4Une opposition absente. Il n’y a pas d’alternative politique crédible au régime, pour le moment. Le mouvement vert, qui avait commencé à se structurer dans la foulée de la contestation née de la réélection truquée de Mahmoud Ahmadinejad il y a quatre ans, est en veilleuse. A l’époque, ceux qui avaient proposé une alternative étaient d’anciens hauts responsables : Mir Hossein Moussavi (Premier ministre de Khomeiny) et Mehdi Karoubi (ex-président du Parlement).« La force de ce régime, c’est aussi la faiblesse de son opposition et sa capacité d’incarner tous les rôles », résume Azadeh Kian. « L’alternative du pouvoir se trouve à l’intérieur même du régime. Ce n’est ni les Moudjahidine soutenus par l’Europe et les Etats-Unis, ni le prince Pahlavi, ni d’autres petits groupes d’opposants ».

5Une instabilité régionale. La scène géopolitique de la région pousse les Iraniens à la prudence. C’est aussi un atout pour le régime. « Beaucoup d’Iraniens sont de plus en plus inquiets de la probabilité de bombardements de sites militaires et nucléaires en Iran. Vu les interventions en Afghanistan, en Irak, les révolutions arabes, le conflit syrien, les Iraniens ne veulent pas du chaos chez eux », souligne la sociologue.

6Une contestation hypothétique. L’élection présidentielle se jouant essentiellement entre des candidats conservateurs, l’éventualité la plus plausible d’assister à un mouvement de contestation serait le déclenchement d’une révolte populaire à large échelle motivée par la situation économique et sociale. Si elle devait se prolonger, la crise actuelle pourrait bien faire émerger un tel mouvement dans les classes pauvres et moyennes paupérisées. Le rôle du prochain président et l’avenir des sanctions internationales seront déterminants.

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