Mort de Clément Méric: l’intention de tuer finalement non retenue contre l’agresseur

Publié: 9 juin 2013 par estellavaras dans A contre-courant
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AFP

Mis en ligne le 08/06/2013

Si le parquet avait défendu un homicide volontaire, le juge d’instruction a décidé de ne pas retenir le caractère volontaire de l’acte.

Le principal suspect dans l’enquête sur la mort d’un militant d’extrême gauche décédé après une rixe à Paris a été inculpé samedi pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner, a-t-on appris de source judiciaire.

Par ailleurs, dans le cadre de cette affaire qui a suscité une vive émotion en France, le gouvernement a annoncé l’ouverture d’une procédure visant à la dissolution d’un groupuscule d’extrême droite.

Alors que la qualification d’homicide volontaire avait été choisie par le parquet lors de l’ouverture de l’information judiciaire, le juge d’instruction qui a inculpé Esteban M. n’a pas retenu cette qualification.

Le juge a estimé, au vu des premiers éléments de l’enquête, que le suspect, Esteban M., un skinhead de 20 ans né à Cadix (Espagne), n’avait pas eu l’intention de tuer le militant d’extrême gauche Clément Méric, 18 ans, membre du groupe d’extrême gauche Action anti-fasciste Paris-Banlieue.

Le procureur de Paris, François Molins, avait estimé plus tôt samedi que trois éléments justifiaient de retenir une « intention homicide »: la force et la violence des coups portés au jeune homme, la possible utilisation d’un coup de poing américain, et la cause de la mort de Clément Méric, due à plusieurs coups et non à la chute consécutive à ces coups, selon les résultats de l’autopsie.

Un témoin, ami de Clément Méric, affirme que le suspect portait un coup de poing américain, et deux exemplaires de cet objet ont été trouvés chez le suspect lors d’une perquisition à son domicile.

Cpendant, ni l’enquête jusqu’ici, ni l’autopsie, n’ont permis de confirmer l’utilisation d’un coup de poing américain par Esteban M., qui soutient « avoir frappé à mains nues » et donné « deux coups », a précisé M. Molins.

Esteban M. et les quatre autres personnes présentées à la justice dans cette affaire, dont une jeune femme, ont tous reconnu être des sympathisants du mouvement français d’extrême droite Troisième Voie.

Le parquet a requis la détention provisoire pour les quatre hommes et le placement sous contrôle judiciaire pour la jeune femme, Katia.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault, qui après l’émotion suscitée par la mort de Clément Méric avait proclamé à l’Assemblée nationale sa volonté de « tailler en pièces » les groupuscules d’extrême droite, est passé à l’action samedi.

M. Ayrault a annoncé la décision d’engager « immédiatement » une procédure visant à la dissolution du groupuscule Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), qui compte de 20 à 30 membres et assure le service d’ordre de Troisième Voie.

« Nous sommes très déterminés et nous serons même impitoyables à l’égard de ceux qui nient les valeurs de la République, qui portent la haine », a renchéri samedi le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls.

Les JNR, « ça n’a pas de statut, pas de structure juridique, ça n’existe pas », a déclaré à l’AFP le fondateur de ce groupe, Serge Ayoub.

Sur le déroulement des faits, l’enquête de la police judiciaire a écarté la thèse d’un guet-apens.

La présence des deux groupes impliqués dans ce drame à une « vente privée de vêtements de marque anglaise » dans le quartier Saint-Lazare, mercredi à Paris, « semble totalement fortuite ».

Selon le procureur, il apparaît qu’un ami du groupe de Clément Méric a provoqué verbalement un membre du groupe Troisième voie à l’intérieur de la salle de vente. « D’après son audition, il aurait indiqué +les nazis viennent faire leurs courses+ ou quelque chose comme ça », a dit le procureur.

« D’après les auditions des gardés à vue », a poursuivi le procureur, « le groupe de la victime les aurait provoqués en disant +on vous a reconnus, vous avez intérêt à ne pas acheter beaucoup de sacs car on va vous attendre en bas+. »

Les suspects « prétendent avoir répliqué » aux coups qu’ils disent avoir reçus dans un premier temps, a expliqué le procureur. Il a décrit une « rixe », une « scène de violence avec échange de coups », en s’appuyant sur l’audition de « témoins objectifs » – deux vigiles de la salle de vente – et des personnes impliquées.

Pour Serge Ayoub, entendu vendredi par les enquêteurs, « ceux qui ont voulu cette bagarre sont les nervis, les petits amis de Clément » Méric. Quelque 4.000 personnes ont défilé samedi à Paris en hommage à l’étudiant d’extrême gauche, et un millier à Toulouse, dans le sud-ouest.

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