Financez le resto que vous fréquentez

Publié: 9 juin 2013 par estellavaras dans A contre-courant
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C.M.

Mis en ligne le 08/06/2013

Le « crowdfunding », principe de financement alternatif, attire les restaurateurs. Mais aussi les clients qui deviennent leurs banquiers et participent ainsi à l’expansion d’une enseigne. L’auberge espagnole, version finance ?

Les banquiers n’aiment pas les restaurants. Ils apprécient s’y sustenter, mais pas financer leur création, leur rénovation, leur expansion. Dans la liste des entreprises susceptibles de se voir entrouvrir les portes d’un prêt bancaire, l’Horeca est au plus bas.

De là à imaginer que les clients desdits restaurants viennent à la rescousse des restaurateurs, il y a un pas que le crowdfunding (financement alternatif) a franchi. Le principe est couru aux Etats-Unis. Un peu moins en Belgique, où il débute. Deux commerces de bouche bruxellois y ont toutefois goûté : la pâtisserie Saint-Aulaye et l’enseigne belge de référence des pizzas ‘al taglio’ (littéralement ‘à la taille’, et, en l’occurrence, rectangulaires) Mamma Roma. Avec délice : à coup de 500, 1 000, 5 000 euros, voire plus, leurs clients leur ont prêté près de 100 000 euros, sous la houlette de la plateforme de financement Look&Fin.

Plus qu’un prêt

Toutes deux ont obtenu plus qu’un simple prêt. Pour Mamma Roma (7 points de vente: 6 à Bruxelles en propre pour un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros, 1 à Waterloo en franchise, 52 équivalents temps-plein), « derrière le financement, il y avait l’idée de faire participer les consommateurs à notre projet, les inciter à s’approprier la marque, leur permettre d’être artisans de l’expansion », explique Carmelo Cennamo, un des 7 actionnaires de Mamma Roma, mais surtout son directeur général depuis 3 ans et l’acteur de son développement (1er restaurant ouvert en 2005, les 4 derniers et l’atelier en 2012).

C’est sur le seul restaurant de Boondael (Ixelles, quartier de l’Université) que le principe de crowdfunding a pris cours. « Notre message ‘Placez votre argent dans une boîte que vous aimez !’ lui allait bien », sourit Carmelo Cennamo.

L’objectif étant surtout de faire participer le plus de clients à l’opération, Mamma Roma a limité les parts à 10 000 euros maximum. « L’offre a été lancée le 17 avril. En une semaine, plus de la moitié du prêt de 99 999 euros était signée. A ce jour, on est à 91,70 % prêtés par 53 investisseurs, et 7,50 % sont en négociation. »

L’aspect participatif se prolongera au-delà du prêt proprement dit. « On ne recrute pas seulement des investisseurs, mais aussi des ambassadeurs. Vont-ils défendre la marque ? S’impliquer ? Venir plus souvent ? Je l’espère vraiment », dit-il.

De Bruxelles à Paris, via… Anvers

Pour Mamma Roma, le crowdfunding reste encore un test. D’ici quelques mois – de remboursement -, Carmelo Cennamo verra s’il se lance dans une seconde opération. Voire s’il la réitère à chaque nouvelle ouverture et la conseille à ses futurs franchisés. « Je dois assurer mon développement, trouver des alternatives au financement bancaire 5% des ventes servent à rembourser le prêt et l’intérêt, dit-il. Si le restaurant performe, cela nous coûtera plus cher qu’une banque. Mais là n’est pas la question, selon moi. Et puis, si cela coûte plus cher, c’est aussi que cela marche mieux « 

Pour l’instant, et suite à une récente augmentation de capital (à 6 millions d’euros au total, partiellement en immobilier), Mamma Roma a de quoi financer seule son expansion. Qui est ambitieuse. Au-delà de la frontière linguistique, puisqu’un premier Mamma Roma s’ouvrira prochainement en Flandre, à Leuven (en franchise) et sans doute un second avant la fin de l’année à Anvers. Et au-delà de la frontière française, à Paris, cet automne. Deux ouvertures sont programmées avec un associé français : Faubourg Saint-Antoine et dans la rue piétonne Daguerre. Six autres suivront l’an prochain, sans associé cette fois. « On a besoin d’être accompagné pour débroussailler le terrain. Après, on prendra seul notre envol. »

Un atelier qui tourne autour de la pâte

Trois des sept restaurants actuels ont leur pizzaïolo à demeure, « pour conserver le savoir-faire et imaginer de nouvelles recettes, indique Carmelo Cennamo. Ils sont notre laboratoire et font partie de l’histoire de la marque ». Les restaurants français, comme les autres belges seront alimentés directement par l’atelier de l’enseigne. Un atelier de 800 m² qui réceptionne les produits (85 % en provenance d’Italie), les conditionne à la mesure d’une pizza, fait « pousser » la pâte (qui exige pas moins de 72 heures « Mais c’est elle qui fait la qualité de nos pizzas »), précuit certaines pizzas (une centaine de recettes), gère l’offre (« Pour ne pas nous contenter de nos seuls best-sellers et ouvrir l’appétit des clients à d’autres goûts »), etc. L’atelier est prévu pour une capacité de 20 restaurants. Mamma Roma a encore de la marge, mais, vu ses projets, pas tant que cela

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