Désindustrialisation inéluctable ?

Publié: 19 mai 2013 par estellavaras dans Analyse
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Michel Quévit

Mis en ligne le 18/05/2013 sur le site de lalibre.be

Pour la Wallonie, encore fortement marquée par l’industrialisation, il est essentiel de développer des stratégies offensives qui permettent de faire évoluer son tissu productif.

Les annonces de licenciements collectifs se multiplient en Wallonie : ArcelorMittal Liège, Caterpillar à Gosselies, Duferco à La Louvière. Ce phénomène des fermetures d’entreprises n’est pas circonstanciel. On constate depuis plusieurs années une diminution de l’emploi industriel ou manufacturier. En effet, la Wallonie aurait perdu près de 10 000 emplois manufacturiers entre 2000 et 2010 et l’IWEPS prévoit la perte supplémentaire de 17 000 unités d’emploi manufacturier de 2012 à 2017. Le processus de désindustrialisation touche le plus durement le Hainaut et Liège qui occupe 66 % de l’emploi manufacturier wallon et où l’activité industrielle lourde s’est concentrée. Le phénomène s’observe aussi dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique du Nord depuis les années 1970. Tous les Etats de l’UE à l’exception de l’Allemagne, sont affectés par une diminution de l’emploi manufacturier.

Sur un plan macroéconomique, on observe que ce processus structurel de désindustrialisation est à mettre en relation avec la croissance économique des grands pays émergents face auxquels les pays européens sont de plus en plus en position de faiblesse. En effet, sur les six dernières années, le taux de croissance du PIB de l’UE n’est que de 7,18 % contre 21,64 % pour la Chine, 24,43 % pour le Brésil et 12,47 % pour l’Inde !

Pour la Wallonie, encore fortement marquée par l’industrialisation, il est essentiel de développer des stratégies offensives qui permettent de faire évoluer son tissu productif afin de faire face à la concurrence des pays émergents tels que la Chine, l’Inde ou le Brésil. Certes, la Région wallonne s’est déjà partiellement adaptée à ces évolutions importantes avec le Plan Marshall et la création des pôles de compétitivité, dans lesquels 550 entreprises se sont impliquées, dont 80 % sont des PME.

Cette tendance est encourageante et met en évidence l’importance à accorder aux PME et TPE qui représentent 80 % du tissu productif wallon. Notons que les Régions européennes les plus compétitives le doivent en priorité au tissu très dense de PME dite globales car fortement orientées vers l’exportation.

La Région wallonne s’est dotée d’une structure particulièrement performante qui constitue un atout majeur : l’Agence d’Exportation de Wallonie (AWEX). Depuis plus d’une décennie, le volume des exportations wallonnes est en constante progression. En 2000, la Wallonie contribuait pour 15,4 % des exportations belges. Elle atteint actuellement les 22 %. Leur croissance est structurelle et significative comparativement aux régions voisines de la Belgique. De 1996 à 2009, les exportations augmentent de + 6,7 % devançant les scores de l’Allemagne (+ 6,2 %), des Pays-Bas (+ 6,1 %), de la Flandre (+ 5,2 %), de l’UE15 (+ 4,9 %) et de la France (+ 4,0 %).

Elément plus significatif et déterminant, les exportations wallonnes se développent particulièrement dans les pays émergents BRICS tels que la Chine (+ 35,7 %), l’Inde (+ 66,7 %), le Brésil (+ 56,8 %) et l’Afrique du Sud (+ 68,9 %). Bien évidemment, la désindustrialisation avec les fermetures d’entreprises qu’elle entraîne a un impact négatif sur l’export wallon. Les exportations wallonnes accusent un repli de 3,1 % sur les neufs premiers mois de 2012 et plus significativement vers les pays émergents BRICS où la chute est de 8,1 % alors que les pays européens y enregistrent une croissance de 8,5 %.

La Région wallonne sera pleinement novatrice si elle veille à ce que ce soit l’ensemble du tissu productif, y compris les PME, qui adopte les nouveaux déterminants de la compétitivité. Ces nouveaux facteurs de compétitivité sont à considérer comme des moyens et non des fins en soi. Ils peuvent servir un développement économique purement productiviste centré sur le profit comme ils peuvent contribuer à une économie à visage humain, respectueuse des personnes et de l’environnement.

La Wallonie gagnerait à orienter sa politique industrielle autour de quatre axes stratégiques :

1) des politiques qui s’inscrivent dans la société de la connaissance en accordant plus d’importance à la promotion de pédagogies qui stimulent le désir d’apprendre et l’apprendre à apprendre, la capacité d’analyse critique et ce à tous les niveaux du système scolaire depuis le primaire jusqu’au secondaire, à la formation tout au long de la vie, par le renforcement de l’éducation permanente, au développement de la créativité dans la formation des jeunes de sorte qu’ils soient préparés à contribuer à la recherche et l’innovation et à se situer face aux mutations technologiques et sociétales;

2) des politiques offensives de développement qui concilient la croissance économique et le respect de l’environnement : le soutien prioritaire aux entreprises qui promeuvent des productions de biens ou de services respectueux de l’environnement – notamment par l’utilisation de matières premières renouvelables, par la gestion et la récupération des déchets recyclables, par le développement de procédés de fabrication économiseurs d’énergie et de matières premières non renouvelables, etc. -, la valorisation du patrimoine environnemental et écologique, la sensibilisation des responsables politiques locaux et la mobilisation des populations à une meilleure gestion des ressources naturelles, des transports durables et des énergies renouvelables;

3) des politiques d’équité sociale visant : la sensibilisation de la population aux enjeux d’une société plus équitable par la lutte contre la pauvreté, l’accès à la santé et à un logement décent. L’ouverture aux étrangers immigrés et le développement du dialogue interculturel : s’ouvrir aux apports culturels extérieurs et anticiper sur le dialogue entre les générations futures, la prise en compte des problèmes liés à la longévité et le développement d’une solidarité intergénérationnelle;

4) des politiques culturelles visant : la valorisation de la multiculturalité dans l’espace de l’Union européenne, qui compte 23 langues avec leur propre racine historique, et le développement d’une citoyenneté européenne responsable qui s’enrichisse de nos différences culturelles car la diversité culturelle est un atout considérable pour une ouverture au monde.

La concrétisation de ces différentes politiques pour la Wallonie implique d’adopter une approche transversale de développement à une échelle régionale eu égard aux compétences régionales et communautaires et cela en partenariat avec l’Union européenne.

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