SYRIE • Une conférence pour masquer l’inaction américaine

Publié: 15 mai 2013 par ghaouatyousra dans Actualités, Monde, Société
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Sur les panneaux : "Espoir. Discussions sur le plan de paix en Syrie." A gauche, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères et, à droite, son homologue américain John Kerry. Dessin de Bleibel, Liban.

Courrier International

 

Inviter Vladimir Poutine à des pourparlers sur la paix en Syrie ne mènera nulle part, estime un journaliste américain. Rien n’indique que Moscou s’accordera avec Washington pour mettre le régime d’Assad sous pression.

 

Il y a quelques mois, le secrétaire d’Etat John F. Kerry a commencé à relancer la politique syrienne des Etats-Unis en soulignant la nécessité de « modifier le rapport de force sur le terrain pour [déstabiliser] le président Assad ». Le dirigeant syrien n’avait manifestement pas l’intention de quitter le pouvoir et ne voyait aucun besoin de négocier une transition politique.

Les Etats-Unis et leurs alliés, concluait M. Kerry, devaient donc prendre des mesures pour soutenir l’opposition de façon à modifier les calculs du régime. Il y a encore quelques semaines, Karen DeYoung, duWashington Post, écrivait que le gouvernement envisageait de fournir des armes aux forces rebelles.

Assad plus accroché au pouvoir que jamais

Mais aujourd’hui, M. Kerry semble faire marche arrière. Au lieu de prendre des mesures pour faire reculer le président Assad et inviter son régime moribond à négocier, il s’empresse, avant même d’exercer des pressions plus fortes, d’organiser une conférence de paix avec la Russie pour le début du mois de juin. Renonçant à livrer des armes à l’opposition, il déclarait le 14 mai que les Etats-Unis apporteraient « davantage de soutien » à l’opposition si « le président Assad se fourvoyait à nouveau » en refusant d’assister à la conférence.

Ce retour à une diplomatie multilatérale qui a déjà échoué à plusieurs reprises en Syrie intervient au moment où M. Assad, loin de se sentir plus acculé, est en train de marquer des points sur le terrain grâce aux nouveaux combattants venus du Liban. Si la situation a changé pour le président syrien, c’est très vraisemblablement qu’il a davantage confiance en lui. En tout cas, il n’existe pas le moindre signe donnant à penser qu’il est prêt à négocier son départ.

Un pari hasardeux

Alors pourquoi le gouvernement Obama prépare-t-il des « projets énormes », comme l’indique M. Kerry, pour la conférence de paix ? Washington semble une nouvelle fois espérer que le gouvernement Poutine règle le problème Assad. L’an dernier, les autorités américaines avaient fait le même pari hasardeux, mais M. Poutine n’avait pas exhaucé leurs voeux. Pourtant, M. Kerry semble toujours y croire. Le ministre des Affaires étrangères russe lui a, dit-il, assuré qu’il connaît déjà les noms des négociateurs désignés par M. Assad.

Il n’est pas impossible qu’une délégation du gouvernement syrien se rende à Genève. Mais au lieu de traduire un changement de stratégie du président, il s’agira sans doute plutôt d’une nouvelle manœuvre pour gagner du temps et éviter que les Occidentaux ne renforcent leur soutien aux rebelles. Le régime avait eu recours à la même stratégie l’an dernier en acceptant de coopérer avec une mission de paix de l’ONU. Il n’a cessé ensuite de lui mettre des bâtons dans les roues.

Une solution trop idéale

Pour ce qui est de M. Poutine, il ne donne aucun signe d’être revenu sur son principal objectif vis-à-vis de la Syrie, à savoir éviter le changement de régime souhaité par l’Occident. La Russie continue à fournir des armes à M. Assad, y compris peut-être des systèmes de missiles sophistiqués à même de gêner d’éventuelles frappes aériennes des Etats-Unis ou d’Israël. La campagne anti-américaine menée par M. Poutine suit son cours, comme en témoigne l’opération de propagande digne de l’époque de la guerre froide qui a été organisée à Moscou le 14 mai, aprèsl’arrestation d’un Américain accusé d’espionnage.

M. Kerry a raison de considérer que l’issue idéale pour la Syrie est un règlement négocié. Mais l’empressement du gouvernement américain à enrôler la Russie et le régime Assad dans des pourparlers sans agir au préalable pour modifier l’équilibre des forces sur le terrain montre que cette initiative, comme celles qui l’ont précédée, vise probablement davantage à justifier la passivité des Etats-Unis qu’à mettre fin au carnage en Syrie.

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commentaires
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