Vivre une année sans internet

Publié: 6 mai 2013 par estellavaras dans A contre-courant
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Nicolas Capart

Mis en ligne le 04/05/2013 sur le site de lalibre.be

Paul Miller a passé un an déconnecté… Mais il est de retour sur la toile.

365 jours hors connexion. Autant dire une éternité. Un défi que nombre d’entre-nous hésiterait à relever, trop dépendants que nous sommes de la technologie en général et du worl wide web en particulier. Mais un défi que Paul Miller a tenté. Et la tâche fut, pour lui, ardue. Car ce monsieur exerce la profession de journaliste spécialiste des nouvelles technologies sur le site The Verge. Un métier où il est branché quasiment 24 heures sur 24. Pourtant, Miller s’est déconnecté, a résilié son abonnement wifi et troqué son smartphone dernier cri pour un bon 3310 des familles… « J’abandonne l’une des cinq plus importantes innovations technologiques de tous les temps pour un peu de paix et de calme », écrivait-il à l’époque. Il était temps pour lui de revenir à la vie réelle en quittant ce monde virtuel.

Un an plus tard, il réapparaît sur la toile et fait le bilan de cette expérience. Mitigé le bilan. Au fil d’un carnet de bord détaillé jour après jour, Paul Miller nous explique que l’expérience ne fut pas concluante. « Mon plan était de quitter Internet et ainsi de trouver le “vrai” Paul, entrer en contact avec le “vrai” monde, mais le vrai Paul et le vrai monde sont déjà liés inextricablement à Internet. Non pas que ma vie n’était pas différente sans Internet. Simplement, ce n’était pas la “vraie” vie. »

Soudain à la tête d’un joli capital temps à pourvoir, d’ordinaire dédié au surf sur les vagues de l’information, le journaliste en a profité pour retourner à l’essentiel (« ne passons pas à côté des choses simples » disait très justement une célèbre marque de jambon dans un spot publicitaire). Lire de vrais livres imprimés pendant plus de dix minutes, se repérer à l’aide de plans et de cartes en papier, aller rendre visite à ses proches à défaut de leur envoyer des mails, et recevoir du courrier manuscrit de ses lecteurs lui souhaitant bien du courage dans cette entreprise (Miller écrivait toujours pour The Verge mais ne les mettait plus en ligne, et les transmettait à ses collègues par voie physique).

Des dires de sa frangine, Miller, plus impliqué dans la vie d’autrui, était « moins un connard » qu’avant. Autant dire que cette dernière semblait apprécier la nouvelle idée de son frère. Mais rapidement, le journaliste a commencé à se sentir seul. Pas envie de bouger voir des amis, la flemme de répondre à toutes les lettres qu’on lui envoyait. Un constat s’impose alors à lui: « Internet n’est pas une activité individuelle, c’est quelque chose qu’on fait les uns avec les autres. Internet, c’est là où sont les gens ».

Voilà donc que Paul Miller déchante. Quitter le net lui a sans doute apporté calme et sérénité un temps, mais l’exode n’a résolu aucun de ses problèmes, loin s’en faut. Il avoue même avoir dormi les dernières 24 heures de sa cure anti-web, histoire de voir les minutes s’égréner plus vite sans doute. Au réveil, il écrit: « Il est 20h00 et je viens de me réveiller. Je suis allé au café du coin pour dîner, regarder les Knicks jouer, lire deux journaux et le New Yorker. Maintenant, je suis en train de regarder Toy Story, regardant à l’occasion le curseur clignotant sur ce texte, dont j’aimerais qu’il s’écrive tout seul, inventant les épiphanies que m’a vie n’a pas réussi à produire ».

Sa conclusion finale: si on a l’impression de ne pas avoir de vie, ce n’est pas Internet qu’il faut blâmer mais nous-mêmes. Depuis, Miller sur la toile à nouveau sévit.

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