POLOGNE • La guerre des embryons n’a pas eu lieu

Publié: 2 mai 2013 par ghaouatyousra dans A contre-courant, Europe, Société
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Dessin de Schot, Pays-Bas.

Le Courrier Internationale

 

 

 

Le très conservateur ministre polonais de la Justice Jaroslaw Gowin a du démissionner le 29 avril. En cause, ses accusations sans preuve contre les scientifiques allemands, qu’il soupçonnait de travailler illégalement sur des embryons polonais.

 

Jaroslaw Gowin, ministre de la Justice polonais, a une fois de plus donné son avis sur la fécondation in vitro. « En Allemagne, on n’a pas le droit de faire des expériences sur des embryons allemands, c’est pourquoi on les importe, y compris de Pologne », a-t-il déclaré à l’occasion de la découverte d’un container destiné à stocker des embryons, retrouvé vide dans un vieil entrepôt à Poznan, et qui, selon lui, apporterait la preuve d’un trafic d’embryons. L’ambassade d’Allemagne à Varsovie a immédiatement protesté contre ces allégations.

Le ministre Gowin a expliqué qu’il s’était prononcé en tant que personne privée et non en tant que ministre. Mais aussitôt, il est devenu clair qu’il avait plutôt parlé en qualité de chef du groupe de réflexion scientifico-ecclésiastique qui, durant de longs mois, a travaillé sur le projet de loi régulant le statut des embryons.

La Pologne est le dernier pays en Europe à ne pas avoir de telle législation. Les membres de ce groupe ont analysé la situation dans différents pays et, à cette occasion, l’un des médecins du groupe a affirmé au ministre que les Allemands menaient des expériences sur des embryons congelés, achetés dans d’autres pays. Par précaution, le groupe scientifico-ecclésiastique de Jaroslaw Gowin a voulu adopter chez nous une loi plus éthique, interdisant tout simplement la congélation d’embryons, sans se préoccuper du fait que, sans la congélation, la méthode de fécondation in vitro serait inefficace dans de nombreux cas.

Le premier bébé éprouvette polonais a 25 ans, mais la fécondation in vitro reste illégale 

Une partie des scientifiques du groupe – les professeurs de génétique et d’éthique – n’ont pas réussi à supporter le poids de ce travail, subi de plus en plus comme une mission. Sécessionnistes, ils ont constitué leur propre groupe et élaboré leur propre projet de loi, présenté plus tard comme émanant de la société civile et concurrent au projet proposé par le gouvernement de la Plateforme civique. La proposition de ces experts indépendants a été rejetée par la Diète : Jaroslaw Gowin avait appelé à l’ignorer, puisqu’elle ne répondrait pas, selon lui, aux standards éthiques.

D’ailleurs, on n’a jamais réussi à voter quoi que ce soit sur le sujet. La Pologne fête le 25e anniversaire de son premier bébé éprouvette et pourtant, du point de vue légal, la méthode de fécondation in vitro n’existe toujours pas dans le pays. En tant que personne privée, Jaroslaw Gowin ne se sent pas vraiment responsable de cet état de fait.

Après les propos de Gowin sur les embryons, l’un de ses collègues ministres lui a fait des reproches, disant que s’il avait su quelque chose, il aurait dû en informer le bureau du procureur. Il n’a pourtant rien fait. Gowin a expliqué que s’il n’avait pas porté plainte contre l’hypothétique trafic d’embryons, c’est parce qu’il y avait un vide juridique en la matière et qu’on ne pouvait pas poursuivre et punir ce genre de délits.

En qualité de ministre dans un gouvernement qui souhaite maintenir de bonnes relations avec l’Allemagne, Jaroslaw Gowin prend désormais ses distances en disant qu’en réalité, il n’a pas formulé d’accusations. Plus encore, il déclare apprécier la législation allemande sur les embryons et leur congélation. Une référence presque absolue en Europe. Une bonne législation, mais pas pour nous.

POLOGNE — Le remplaçant de Gowin est un conservateur encore plus radical
Jaroslaw Gowin parti, la gauche découvre que le nouveau ministre de la Justice est encore plus à droite.
Si la gauche polonaise ne portait pas Jaroslaw Gowin dans son coeur, les féministes découvrent que son remplaçant au poste du ministre de la Justice, Marek Biernacki, est tout aussi conservateur, sinon encore plus radical. Juriste de formation, il a entamé sa carrière dans la nouvelle Pologne d’après 1989 en tant que liquidateur du patrimoine de l’ancien parti communiste.

« Biernacki est expert de la commission des services spéciaux à la Diète, où il siège – avec une interruption de quelques années – depuis 1997.

Récemment, il a voté contre la poursuite des travaux sur l’union civile [Pacs] », précise le journal en ligne Natemat. En Pologne, l‘IVG est encore possible en cas d’inceste, de viol et de déformation du fœtus. « En 2011, Biernacki a voté pour l’interdire totalement », rappelleNatemat.

 

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