Le cauchemar des innocents accusés des attentats

Publié: 19 avril 2013 par gandibleux dans Actualités, Société, USA
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Alors que la chasse à l’homme tient en haleine le monde entier, deux hommes, dans un premier temps désignés par les médias comme suspects, se remettent difficilement d’un cauchemar interminable. D’abord eux-mêmes victimes des attentats du marathon de Boston, ces deux jeunes sont devenus malgré leur irréprochabilité les sujets d’accusations infâmes.
  © reuters.

Ils s’appellent Abdulrahman Ali Alharbi, 22 ans, et Salah Barhoum, 17 ans. Ils ne se connaissent pas mais ils ont commis un délit d’un nouveau genre: être un étranger « à la peau mate » sur les lieux d’un attentat terroriste.

Étudiant blessé et incriminé
Le premier, Alharbi, est un étudiant saoudien que l’on a soupçonné d’être à l’origine des attaques alors qu’il était parmi les nombreuses victimes. Alors qu’il était hospitalisé pour être soigné des éclats de bombes qui l’avaient blessé, la police fédérale a effectué une descente dans son appartement estudiantin. Rapidement identifié comme suspect sur les photos d’avant le drame, il a vu son kot fouillé de fond en comble à la recherche de preuves de son appartenance à un groupement islamiste terroriste. Son colocataire, également saoudien, a aussi fait les frais de cette suspicion en subissant un interrogatoire de cinq heures qui l’a terrorisé. Peu après, il s’est avéré que les deux jeunes gens étaient on ne peut plus innocents. Ils peinent à se remettre de l’insulte dont ils ont été l’objet et des dégâts occasionnés à leur domicile.

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Pisté sur les réseaux sociaux
Le second à parler de son calvaire est encore plus jeune. Salah Barhoum est un jeune homme sans histoire de 17 ans passionné de course à pied. Il n’était pas parvenu à se qualifier pour le marathon de Boston mais avait décidé, bon joueur, d’y assister pour admirer et encourager les participants. Après le drame, qui l’avait déjà profondément choqué mais dont il était par chance sorti indemne, il constate avec effroi qu’un cliché de lui est diffusé dans tous les médias et qu’on l’avait « identifié » sur Facebook et Twitter. Sa mère reconnaît son fils et se sent mal. En une seule une, le New York Post avait transformé le jeune homme anonyme et sympathique en « un des hommes aux sacs » du marathon de Boston. Un poseur de bombe, forcément, vu que Marocain avec un sac à dos sur les lieux d’un drame.

« Peau mate »
Paniqué à la vue de l’engouement à son encontre sur les réseaux sociaux, Salah Barhoum s’est « rendu » à la police, tel un coupable, pour justifier de sa présence innocente au marathon de Boston. Blanchi aujourd’hui, il est profondément marqué par cette expérience d’injustice et de profilage raciste et confie qu’il n’a jamais rien vécu d’aussi horrible. Le New York Post a eu la correction, bien que trop tardive, de publier la vérité sur l’innocence des jeunes aux sacs à dos. Mais l’article ne comporte pas d’excuses à l’égard des deux victimes ou de leur communauté ni de remise en question sur l’argument raciste à la base de leur une, ce qui est aujourd’hui réclamé par plusieurs associations. CNN est également parti sur un terrain glissant, annonçant en direct que le suspect avait « la peau mate ». Un assertion démentie plus tard. La pression du direct et la nécessité d’apporter enfin des éléments nouveaux avaient sans doute poussé le journaliste à commettre un impair éthique.

Agressions racistes en « représailles »
Salah Barhoum a quant à lui réalisé que c’est uniquement son origine marocaine, sa peau mate, qui l’ont incriminé d’office. Il est profondément marqué par cette amalgame raciste et craint les conséquences, que le doute à son encontre ne persiste. « Même me promener en rue est devenu un geste stressant désormais. Un gars a même appelé ses amis en me voyant en disant ‘Hey, le type des infos vient de passer juste là devant mon nez’. Je suis parti, mais c’est loin d’être agréable », explique-t-il. Son père, furieux, qualifie l’équipe rédactionnelle du New York Post de « criminels ». « Qui va payer pour cette erreur? Nous! Je n’ose même plus envoyer mon fils à l’école! », s’indigne-t-il. Et si les médias américains ont surfé sur la vague des enquêtes amateurs, ils ne sont pas les seuls. Nombre de résidents de Boston et d’ailleurs, portés par l’émotion, la terreur et la haine, ont décidé de faire justice eux-mêmes et de retrouver les auteurs des attentats. D’autres ont déversé leur rage en accusant des innocents, « naturellement » tous étrangers. Et pourtant, les autorités l’avaient souligné, les auteurs pouvaient tout autant être des terroristes blancs d’extrême-droite que des « Arabes ». Mais les agressions racistes envers des individus au faciès arabe, d’Asie du Sud ou du Moyen-Orient ont été légion depuis.

Apprentis justiciers armés d’internet et de smartphones
Sur internet, outre sur les réseaux sociaux qui étaient bombardés de photos de « suspects » prises par des téléphones portables, on a vu apparaître des forums du type « findbostonbombers » où les internautes partageaient clichés et ébauches d’enquêtes personnelles. Une chasse à l’homme dangereuse, car berceau de rumeurs infondées et d’arguments racistes. Le FBI lui-même a invité la population a la modération, leur demandant de ne plus faire circuler d’images soi-disant incriminantes. Et une spécialiste du EFF (Electronic Frontier Fondation) sur les droits numériques de rappeler que le risque de faire du mal à des innocents est trop grands. Les cyber-détectives, s’ils peuvent par leurs témoignages et leur matériel photographique ou vidéo aider le FBI, ne doivent pas se substituer à de véritables professionnels. Les dérives d’un tel comportement pourraient s’avérer dramatiques.

 

 

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